Missak MANOUCHIAN et les FTP-MOI au Panthéon

80 ans après avoir été fusillés par les nazis, Missak MANOUCHIAN et ses camarades sont entrés au Panthéon, ce 21 février 2024. Le Panthéon est un monument national qui permet d’honorer les grands hommes et femmes de l’histoire de la France

Ce groupe, les FTP-MOI (Francs Tireurs Partisans – Main d’Oeuvre Immigré), appartenait à la résistance communiste qui organisait les étrangers. Ils agissaient, entre autre, en région parisienne et menaient des actions armées, des sabotages, des actions de propagande contre les nazis et les collabos français: leur chef était un Arménien, Missak Manouchian.

Arrêtés et fusillés par les nazis

Arrêtés en novembre 1943 par la police française, livrés aux nazis, ils sont fusillés au Mont Valérien (sur les hauteurs de Paris), le 21 février 1944.

Les nazis n’en restent pas là. Ils cherchent à discréditer l’action de résistance du groupe Manouchian en placardant partout en France la célèbre « Affiche Rouge ». Cette affiche cherche à faire passer les résistants du groupe Manouchian pour des bandits, des terroristes.

Pourtant, c’est pour une France libre, démocratique, plus juste socialement que meurent sous les balles allemandes ces juifs étrangers, ces italiens, espagnols, polonais, arméniens…

Une leçon pour le présent

L’histoire du groupe Manouchian est une leçon pour le présent. Ces étrangers et ces juifs, souvent pointés du doigt sous la IIIème République par la xénophobie rampante (Manouchian voit sa demande de naturalisation française rejetée à deux reprises), persécutés sous le régime de Vichy, n’en meurent pas pas moins pour que vive la France, une France plus fraternelle. Comme le dit l’historien Denis Peschanski,  » Avec Manouchian, ce sont tous les résistants étrangers qui entrent au Panthéon « .

Missak Manouchian au Panthéon: reportage documentaire du journal Le Monde (clique sur le lien ou photographie)

https://www.lemonde.fr/politique/video/2024/02/21/missak-manouchian-un-immigre-communiste-au-pantheon_6217659_823448.html

Lettre d’adieu de Missak Manouchian à sa compagne Mélinée:

L’affiche rouge chantée par Léo Ferré

Le poème d’Aragon

Titre : L’affiche rouge

Poète : Louis Aragon (1897-1982)

Recueil : Le Roman inachevé (1956).

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

Ni l’orgue ni la prière aux agonisants

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

Vous vous étiez servis simplement de vos armes

La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

L’affiche qui semblait une tache de sang

Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles

Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence

Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants

Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre

À la fin février pour vos derniers moments

Et c’est alors que l’un de vous dit calmement

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le coeur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon.

À découvrir sur le site https://www.poesie-francaise.fr/louis-aragon/poeme-l-affiche-rouge.php

Analyse de l’affiche rouge : Histoire par l’image

CONTEXTE HISTORIQUE

Une opération de propagande d’envergure

Constitué et organisé entre la fin de l’année 1942 et février 1943, le réseau Manouchian fait partie du groupe de résistance des « Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée » (F.T.P.-M.O.I.). Composé de vingt-trois communistes (dont vingt étrangers : espagnols, italiens, arméniens et juifs d’Europe centrale et de l’Est), le réseau est l’auteur de nombreux attentats et actes de sabotage contre l’occupant nazi. Le réseau Manouchian tient son nom de son dirigeant : Missak Manouchian.

Arrêtés en novembre 1943, ses membres sont jugés lors d’un procès qui se déroule devant le tribunal militaire allemand du Grand-Paris, du 17 au 21 février 1944. Vingt-deux des vingt-trois membres du réseau sont condamnés à mort et fusillés le 21 février au fort du Mont-Valérien. Olga Bancic, la seule femme du groupe, sera décapitée le 10 mai.

Réalisée par les services de propagande allemands en France, « Des libérateurs ? La libération ! Par l’armée du crime » (aussi appelée « L’affiche rouge ») est placardée dans Paris et dans certaines grandes villes françaises au moment du procès ou le jour après l’exécution (le 22 février). Publiée à 15 000 exemplaires et accompagnée de nombreux tracts évoquant l’événement, elle constitue une opération d’envergure contre la Résistance.

ANALYSE DES IMAGES

L’armée du crime

L’image est organisée en trois parties. Barrant le haut et le bas de l’affiche, la question « Des libérateurs ? » et sa réponse « La libération ! Par l’armée du crime » délivrent explicitement le message que veulent faire passer ses auteurs.

Dans un triangle rouge figurent la photo, le nom, l’origine et les actions menées par dix résistants du groupe Manouchian : Grzywacz, juif polonais, 2 attentats – Elek, juif hongrois, 8 déraillements – Wasjbrot, juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements – Witchitz, juif polonais, 15 attentats – Fingerweig, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements – Boczov, juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats – Fontanot, communiste italien, 12 attentats – Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats – Rayman, juif polonais, 13 attentats – Manouchian, Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés.

Six photos (attentats, armes ou destructions) représentent enfin la menace qu’ils constituent à travers certains des attentats qui leur sont reprochés.

INTERPRÉTATION

L’ennemi de l’intérieur

« L’affiche rouge » entend d’abord présenter les membres du réseau Manouchian comme de dangereux terroristes. La couleur rouge, dominante, évoque leur appartenance politique mais aussi le sang qu’ils ont versé. De même, la présentation des photos en médaillon au-dessus de leur « palmarès » évoque une iconographie criminelle. Qualifié de « bande », le réseau Manouchian se voit ainsi refuser toute reconnaissance politique.

L’image insiste aussi sur le fait que cette « armée du crime » est constituée d’étrangers. Hirsutes, agressifs et patibulaires, ces hommes sont en plus des « juifs », des « rouges », des étrangers. Alors que les actes de résistance se multiplient, les autorités allemandes entendent ainsi persuader les citoyens du danger que ces hommes font courir au pays. Loin de libérer la France (pour la rendre aux Français), ils menacent au contraire de la livrer au chaos et aux puissances néfastes venues de l’extérieur.

Bibliographie

Jean-Emmanuel DUCOIN (dir.), Groupe Manouchian – Fusillés le 21 février 1944 – Des héros, à la vie, à la mort, hors-série de L’Humanité, Paris, février 2007.

Philippe GANIER-RAYMOND, L’Affiche rouge, Paris, Fayard, 1975.

Jacques RAVINE, La Résistance organisée des Juifs en France (1940-1944), Paris, Julliard, 1973.

Benoît RAYSKI, L’Affiche rouge, Paris, Denoël, 2009.

Pour citer cet article

Alexandre SUMPF, « L’affiche rouge », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 23/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/affiche-rouge

Interview de l’historien Denis Peschanski dans Le Monde du 21 février 2024