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La grande bourgeoisie et les frères Pereire

Un extrait de JP Rioux sur les frères Pereire, point de passage du programme de Première.

La grande bourgeoisie bancaire et industrielle crée et maîtrise des moyens de production de plus en plus massifs. Elle a provoqué avec hardiesse la révolution industrielle et en recueille les avantages. (…) Aux premiers temps de la révolution industrielle, quelques individus décidés, issus de milieux ruraux et pauvres ou de l’artisanat, peuvent risquer l’aventure et y réussir. (…) Mais ces accessions individuelles ou familiales ne doivent pas faire illusion. Outre qu’elles postulent l’élimination des rivaux les plus proches, elles restent exceptionnelles. Le moyen le plus sûr pour se hisser au rang de grand capitaine d’industrie, c’est la possession initiale d’un capital. Gros négociants, armateurs, banquiers deviennent plus aisément industriels pour peu qu’ils aient quelque hardiesse et le sens de l’utilisation des compétences de leurs subordonnés. (…)

En France, les Pereire sont un bon exemple de ces financiers-promoteurs. Deux jeunes israélites d’origine portugaise, Emile et Isaac Pereire, arrivent à Paris en 1822, boursicotent, s’entichent de saint-simonisme, publient quelques articles. Dès 1835, ils sont sur toutes les affaires nouvelles et particulièrement les chemins de fer. Avant le second Empire, ils rêvent d’une banque moderne. Sous Napoléon III leurs affaires s’étendent aux transports urbains et maritimes, au gaz, aux construction de matériel ferroviaire ; leurs ambitions sont aux dimensions de l’Europe, de la Russie à l’Espagne. Mais en 1867, la faillite du Crédit Mobilier les élimine des grandes entreprises. Ils représentent cette fièvre d’industrialisation accélérée qui saisit les capitalistes français du second Empire.

Jean Pierre RIOUX, La révolution industrielle, 1780-1880, Editions du Seuil, Paris, 1989, p. 214-217.