Notes qui vont de 1900 à 1939: en vue de la préparation du sujet d’agrégation sur le travail en Europe contemporaine
Xavier VIGNA, Histoire des ouvriers au XXème siècle, Editions Perrin, Paris, 2012, 408 pages

- XXème siècle caractérisé par la centralité de la classe ouvrière en nombre et dans le champs politique (PCF-SFIO).
- Le monde ouvrier est un monde en mouvement
En 1911 = 6 millions d’ouvriers en France (29,9 % de la population). Différenciation de population mais dépendance commune au patronat = salariat.
La Lorraine, le Nord, la région parisienne, marseillaise, le Montbéliard ont une industrie massive. L’Ouest est plus délaissé excepté des grands ports comme Saint-Nazaire, Nantes, le Midi avec Marseille.
- Ex : Le Nord rassemble une grande concentration d’ouvriers textiles avant 1914 = 210 000 ouvriers (dont 55.000 à Lille) + forte présence du travail à domicile.
On trouve des districts industriels autour de villes ou des systèmes productifs localisés (ex : argenton sur creuse dans l’Indre : 10.000 salariés dans la chemiserie dans les années 1930. D’autres territoires sont spécialisés autour d’une activité le pays de Montbéliard et la grosse horlogerie. 16.000 à Besançon, 12.000 à Montbéliard, 5.300 à Morteau.
Enfin, il existe des « nébuleuses manufacturières campagnardes, héritières de la proto-industrie ». Dans le Haut-Jura, développement d’une industrie autour de la transformation du bois (industrie du jouet à Moirans, la pipe à Saint Claude). Au Creusot, Schneider = 9.000 ouvriers dans la métallurgie et les mines.
La 1ère GM accélère la croissance industrielle, notamment autour de Paris : ex de Billancourt (automobile) + localisation d’une partie de l’industrie de guerre autour de la loire. 108 000 personnes y travaillent pour la défense nationale en 1917.
- Une main d’œuvre ouvrière de toute origine
La classe ouvrière a dès le début du XXè siècle une fraction coloniale, qui s’accélère lors de la 1ère GM ; Ce sont les pouvoirs publics qui organisent cette migration du travail. Une concurrence se développe selon les critères nationaux mais aussi sexuels. Dans le bâtiment, les huileries, les tuileries, forte présence de la main d’œuvre étrangères. A Decazeville, 25 % d’Espagnols en 1931.
Développement de la main d’œuvre féminine, notamment avec les muntionnettes. 8.000-9.000 femmes dans la région parisienne en 1914 -> 59.000 en juin 1916. Au sortir de la guerre, pouvoirs publics et patronat incitent ces femmes à partir de l’industrie. Beaucoup cependant, essaient de s’y maintenir.
- Formation de la main d’œuvre
Pour les garçons = multiplication d’écoles d’entreprise pour former une main d’œuvre plus qualifiée ou former des jeunes pour des postes à responsabilité.
- Rationalisation du travail et limites
Chronométrage du travail pour les tâches. Cela heurte les ouvriers : ex grève en février mars 1913 chez Renault. Le syndicaliste E. Pouget sort une brochure, L’organisation du surmenage : le système Taylor. Les industries les plus modernes (automobile, constructions électriques) adoptent ce système.
Cependant, la modernisation des entreprises et très lente et se réalise du haut vers le bas. Mais la guerre entraine une accélération -> développement des 1ères chaines durant la guerre. Cela entraine la déqualification d’une masse d’ouvriers tandis qu’une petite minorité est surqualifiée. Le travail a un caractère semi-forcé. Les primes forment une grande part du salaire.
Développement de la modernisation : ex le marteau piqueur dans les mines.
Chez citröen, dans les années 20, développement des chaines de montage, de la spécialisation.
- Les politiques sociales de l’Etat et du patronat
Avant guerre, journée de travail limité à 10h, interdiction du travail de nuit des femmes, repos hebdomadaire
- Dès août 1914, législation sociale assouplie (12-14 h par jour) -> Augmentation des accidents de travail. En Lorraine, un mineur sur deux est victime dans l’année d’un accident de travail nécessitant 4 jours d’arrêt.
Le patronat est aussi réticent à la législation sociale même s’il se documente sur le monde ouvrier pour mieux le connaitre et le maitriser
- L’organisation patronale (UIMM) de la métallurgie et le comité des houillères mobilisent des médecins pour interdire la reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle.
Les ouvriers poussent l’Etat et le patronat à prendre des mesures sociales.
Il y a le paternalisme, qui est un système de production et reproduction de la main d’œuvre, instituant des caisses de protection sociale, des logements ouvriers, des structures d’éducation et de loisirs. Il y a souvent une logique religieuse (charité), idéologique (combattre le socialisme et économique (stabilité du vivier de main d’œuvre).
« Le paternalisme ménage donc les intérêts patronaux et renforce la domination du chef d’entreprise sur ses salariés ». La politique sociale du patronat développe deux axes : l’aide au logement et les allocations familiales. Dans la métallurgie, 480 entreprises versent des allocations familiales en 1920. Ces allocations fidélisent les générations de travailleurs ainsi.
Son coût entraine néanmoins son déclin dans les années 20.
En 1908, au RU : régime de retraite qui commence à voir le jour + 1911 : création par L. Georges d’un système très large d’assurances sociales contre les maladies. En 1914, 50 % des travailleurs sont couverts. En France = couverture médiocre.
- La condition ouvrière à l’épreuve de la crise des années 30
Crise moins forte en France, qu’en Allemagne-Angleterre
Cependant, le chômage passe de 50.000 personnes en 1931 à 860 000 en 1936. Ce sont les industries anciennes ou dépendantes des exportations qui sont le plus touchées. Le textile, la métallurgie, la sidérurgie,
- La crise stabilise durablement la classe ouvrière (thèse de Noiriel) : le turn-over s’effondre.
- Développement du secours pour les chômeurs : ex à la municipalité communiste de saint denis.
- Avec le chômage partiel ou total, la crise provoque des diminutions de salaire et la rationalisation de l’appareil productif.
- Les étrangers sont victimes de la crise : expulsés ou rapatriés car licenciés.
- 10 aout 1932 : loi protégeant la main d’œuvre nationale : patronat et syndicats fixent des quotas. L’application de cette loi est fermement appliquée excepté dans les grands monopoles « modernistes » (ex Michelin)
La crise a donc contribué à stabiliser et homogénéiser le monde ouvrier.
- Organisations, communautés et cultures ouvrières (1914- milieu des années 1930)
Le monde ouvrier est souvent instables. Mais éléments stabilisateurs avec les organisations de la classe : syndicales, politiques, coopératives.
- La 1ère GM comme rupture
Mouvement ouvrier comme un tout uni, est bousculé par la guerre avec l’entrée dans l’union sacré.
Avant 1914, le mouvement ouvrier français a des traits particuliers :
- L’indépendance syndicale de 1906 avec la charte d’Amiens. A la différence de l’Angleterre et l’Allemagne où les syndicats sont proches ou même organiquement liés à la social-démocratie ou au parti travailliste.
- La CGT (1895) s’affermit autour du syndicalisme révolutionnaire (voir Dreyfus, Histoire de la CGT)
La CGT a environ 450.000 adhérants en 1910.
La guerre va bousculer cette organisation du monde ouvrier.
- L’affirmation nationale et réformiste
Les dirigeants du mouvement ouvrier se rallient à l’union sacré, et à Léon Jouhaux. Ils rompent avec la mort de Jaurès avec « toute une tradition antimilitariste et un syndicalisme révolutionnaire », avec l’action directe d’affrontement avec l’Etat.
- Cette période montre une « intégration politique profonde des ouvriers à la Nation et à la République ».
- La guerre renforce donc le réformisme latent qui a pour fonction d’investir l’Etat pour « compenser la faiblesse militante » due à la guerre.
- Guesde, Sembat entrent au gouvernement, Jouhaux organise le secour national avec Charles Maurras et le préfet Lépine.
Une fraction minoritaire autour de La Vie Ouvrière (Monatte) la fédération des métaux (Merrheim) se réunissent aux conférences internationales (comme Zimmerwald en mai 1915) , qui refusent la guerre impérialiste. En avril 1916, s’organise un comité de défense syndicaliste contre le mensonge de l’union sacrée. Ces initiatives, au fil de la guerre, ont de plus en plus d’échos.
- Victoire ou révolution
A partir de 1917 : mobilisation contre la vie chère + grève. En France comme en Europe se développe « une hypothèse révolutionnaire », de façon pratique.
En France, la vague révolutionnaire culmine à l’été en région parisienne et dans l’Ouest. Rôle des femmes dans le développement de protestations, notamment de hausse des prix. Malgré l’union sacrée, l’action directe syndicale radicale reste d’actualité et connait un essor.
- Mai 1918 : grèves parisiennes avec environ 100.000 grévistes et des mots d’ordres pacifistes. La dimension politique s’affirme puisque les ouvriers interrogent les buts de la guerre. Pour autant, les élus socialistes parisiens appellent à chatier les traites et les défaitistes.
- Entre 1919-1920, le mouvement ouvrier connait une extension : la CGT a plus de 2 millions d’adhérents, les grèves sont fortes au printemps 1919 + mouvement cheminot en 1920. Mots d’ordres de grèves nationales et grèves locales très dures cohabitent.
- La situation est révolutionnaire mais il existe un manque cruel d’organisation et de coordination des différents secteurs en lutte, en même temps qu’un manque de débouchés politique à cette conflictualité
- Il y a eu spontanément et localement des mouvements révolutionnaires : conseils d’ouvrier et de soldats à Metz, Forbach, un soviet à Saint Denis. Mais ces mouvements isolés, ne s’articuleront jamais entre eux : « aucune coordination nationale n’émerge ».
- Les mineurs de lorraine et du Nord entrent en grève, de façon non coordonné, et pas en même temps.
- Mai 1920 est aussi puissant : mineurs, dockers, métallos, bâtiments entrent en grève . Le patronat , l’Etat répriment les cadres syndicaux. Des combats entre « jaunes » et grévistes émergent. Cependant, la structure CGT refuse d’entamer le bras de fer. Les cheminots perdent leur grève et 18.000 d’entre eux sont licenciés.
Ce mouvement a parfois été supérieur en ampleur au front populaire. La conflictualité a glissé des centre-villes aux banlieues avec une grande tonalité politique. La CGT a peiné à relayer les aspirations populaires d’alors, tandis que la SFIO a semblé absente des mobilisations du monde du travail.
Cependant, cette vague a été moins puissante qu’en Italie et en Allemagne où des tentatives de prises de pouvoir ont eu lieu. Il y avait peu de liens avec la paysannerie. Comme en GB, la répression a été présente mais limitée si on compare aux autres pays.
- 1920-1934 : le mouvement ouvrier se divise
Le contexte international (révolution russe, vague révolutionnaire) et les échecs nationaux poussent à la division du mouvement ouvrier.
- Scission de la SFIO en 1920. Ce parti avait un puissant ancrage et une autorité héritée d’avant la guerre. Nombre de villes ont des maires socialistes (roubaix, lille, limoges). Dans le NPDC, nombreuses forteresses socialistes. Développement de mesures sociales (parc HLM à Limoges), d’ « instruments d’autogestion ouvrières » à Limoges, autour d’une maison du peuple, d’une université populaire, d’institutions coopératives et socialistes.
- Naissance du PC : parti ouvrier en lien avec le monde syndical, dans les entreprises. Promotion de cadres ouvriers. Le PC fait adhérer de figures d’ouvriers : les cheminots (radicalisés par leur lutte de 1920), les mineurs et les métallos. Rôle des jeunes ouvriers révoltés par les horreurs de la guerre. Dans les années 1920, forte instabilité de ce parti, de ses adhérents. De + difficultés même pour les grèves : à Renault, Billancourt, deux grèves seulement, en 1926 et en 1932 contre les baisses de salaires.
« Bien que constamment minoritaires, les communistes incarnent l’opposition irréductible à un système de domination économique, sociale et politique, que l’on retrouve sous d’autres formes dans le mouvement syndical ».
- Répliques syndicales
Avec la divison syndicale en 1921-1922, la CGTU ne possède que de fédérations modestes (alimentation, ameublement). Peu d’implantation dans la grande industrie, excepté la métallurgie et des UD industrielles (région parisienne, marseille, lyon).
La CGT quant à elle appuie le courant rationalisateur autour d’Albert Thomas et du B.I.T. (Bureau International du Travail) -> faire participer les ouvriers aux bénéfice sociaux, via le « contrôle ouvrier ».
La CGTU combat toute forme de rationalisation capitaliste et refuse le chronométrage.
- Les organisations catholiques
Déchristianisation dans les régions ouvrières : le nombre de baptisés diminue, comme celui des mariages religieux.
Mais des noyaux résistent comme dans le Nord. + en 1928, l’union catholique des cheminots aurait 100.000 membres.
L’encadrement religieux reste fort dans les paroisses, les spectacles, distractions…
La classe ouvrière est la catégorie sociale la plus déchristianisée ce qui va de surcroît avec un fort anticléricalisme.
1919 : naissance CFTC : syndicalisme catholique en lien avec la hiérarchie ecclésiastique, qui refuse la lutte des classes. Elle est dominée par la fédération des employés. V. 1930 : 15.000 cheminots, 13.000 du textile, 5.000 mineurs, 2.500 métallos.
Dans le NPDC, elle conquiert son rang d’organisation ouvrière et s’enracine. Mise en avant d’allocations familiales, refus rationalisation, et loi des 8 heures + services rendus aux syndiqués : cours, ristournes chez de commerçants…
1926-1927 : naissance de la jeunesse ouvrière chrétienne
- L’essor du mouvement coopératif
= « association de personnes qui entendent se soustraire au fonctionnement classique des entreprises, tant dans la gestion que dans la répartition des bénéfices, et créent pour ce faire des coopératives tantôt de consommation, tantôt (…) de production ».
Fédération nationale des coopératives de consommation créées en 1912. 2,3 millions de sociétaires en 1922. : développement de restaurants coopératifs. Il va y avoir dans les années 20 une lutte politique entre socialistes et communistes pour le contrôle des coopératives. Cependant, les coopératives vont connaitre un lent déclin.
- Des mobilisations difficiles
Entre 1921 et 1935, le mouvement ouvrier connait un reflux assez important. Cependant, la conflictualité n’est pas au point zéro :
- Mobilisation pour la préservation du « pain quotidien ». : Plus que deux classes, ce sont aussi deux monde qui s’affrontent. Le monde ouvrier dispersé, divisé, mais soudé par une condition, une lange, des expressions patoisantes, des lieux d’habitations, de réunion (estaminets, maisons du peuple) et une haine de classe. Lire Van der meersh, quand les sirènes se taisent.
- Grèves contre le processus de rationalisation avec de longues grèves : chez Lipmann à Besançon où le syndicat mobilise les ouvriers qualifiés contre l’imposition du travail à la chaine en août 1930. La nouvelle méthode de travail ne sera pas appliquée. Lutte de syndicaliste pour donner un temps de travail moins productiviste, plus respectueux des ouvriers, ou des méthodes développant le bien-être des ouvriers à l’usine
- Plusieurs moyens d’actions sont utilisés : les grèves et les marches contre la faim.
- Dans les années 30, les marches de la faim se développent autour de la CGTU et du PCF : Ch Tillon et M. Destrumeaux. Il existe dans ces mobilisations une aspiration à l’unité ouvrière.
- L’entre soi et la culture ouvrière
« Le travail est le grand ordonnateur du quotidien ».
Des lieux stratégiques organisent la sociabilité : les bornes-fontaines, le lavoirs, les bains-douches, les bistrots et cafés pour avant ou après le travail. Les discussions sont nombreuses au niveau politique, syndical. Ces bistrots sont parfois tenus par des militants, sont des lieux de réunion, des sièges d’associations.
Les quartiers ouvriers favorisent l’entraide : dans le quartier du Soleil, à Ste Etienne, les ouvriers se prêtent les ustensiles, les produits de base, surveillent les enfants. Le travail y commence vers 12-13 ans pour se payer une séance de cinéma, ou pouvoir aller au bal. La musique tient une place centrale dans le Nord. Rôle de la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs fêtée le 4 décembre.
Culture d’un jardin : à la fois économique et loisir : Sainte Etienne est par exemple connue pour ses jardins ouvriers.
Rites à caractère sexuel important dans le monde ouvrier, voire même pratiques de bizutage à caractère sexuel. Liens entre l’entrée dans le monde du travail et celle dans la vie de l’adulte.
- Les cultures d’oppositions
Persistance de comportements d’opposition comme le freinage de la production.
Le chant ouvrier et révolutionnaire est très important. Le monde du travail chantait beaucoup. Le chant est le reflet du quotidien : du travail des luttes, reprend les traditions de la chanson populaire. Le chant est aussi un espace de répit face au labeur : il permet sa réalisation. Le chant est critique du travail en même temps qu’illusion de la critique.
Rôle de la perruque : matériaux récupérés et façonnés en objet utilitaire ou décoratif, durant le temps de travail. Culture ouvrière du savoir faire, de la solidarité : la perruque est souvent offerte. Chez les dockers, le « grapillage » est souvent toléré.
Le macadam = accident de travail déguisé : blessures superficielle : entorse, éraflure du bras, de la jambe. L’objectif est de se reposer, s’instruire, participer à un congrès, une réunion.
« Ces comportements réfractaires palient plus ou moins l’impossibilité de transformer radicalement la condition ouvrière ».
Dans les municipalités ouvrières, socialistes et communistes ; les fêtes prennent un caractère folkorique avec une connotation politique : carnaval et fête sont l’occasion d’une identité ouvrière et communiste.
Possibilité de s’élever par le quotidien, avec la politisation : A Saint Denis, au début des années 30, 20.000 lecteurs à la bibliothèque. Construction d’une « contre-société » : La « banlieue rouge » entend être un lieu de modernité, de solidarité. Les communistes retournent ainsi le stigmate dont est victime la banlieue en lui donnant un projet positif. Ex : à St Denis, construction de bains-douches modernes, d’une piscine. Cela passe par l’assistance et l’aide sociale, l’instruction publique et le œuvres en faveur de l’enfance, les colonies municipales pour offrir des vacances aux enfants d’ouvriers. + rôle de la solidarité avec les ouvriers d’autres régions : meetings, fêtes, souscriptions, accueil des enfants de gréviste pour soulager leur lutte.
Cependant, cette appartenance de classe peut couvrir d’autres types d’appartenance : des communautés nationales, ou d’entreprise.
- Le Creusot = mairie de droite : le maitre des forges Eugène Schneider remporte les élections et développe paternalisme et loisirs sportifs. En 1936, les usines du Creusot ne connaîtront pas une seule jeure de grève. « les ouvriers y écoutent d’autres sirènes : celles de la nation, de l’entreprise, et du sport, qui souvent entremêlent leurs chants.
- Mr Renault en décembre 1918 reçoit un livre d’or du travail signé par 12.000 de ses ouvriers. Ici, les ouvriers se reconnaissent dans l’entreprise.
- La promotion du sport par les entreprises obtient un large succès bien plus que la FSGT et ses 16.000 adhérents en 1934.
L’aspect nationaliste ou patriotique existe aussi :
- La Commune est une réaction nationale et la frontière est très limitée entre haine de classe et haine de l’étranger lorsque des « jaunes » étrangers sont recrutés pour casser les grèves.
- La concurrence entre ouvrier entraine aussi des positions xénophobes ou chauvines. C’est le cas de la CGT en 1932, à la différence de la CGTU.
- L’exaltation nationale peut aussi séduire une partie des ouvriers
Au début des années 1930, la classe ouvrière est polarisée.
- Une partie adhère à l’entreprise, à la nation, souvent avec des idées conservatrices, et rêvant d’ascension sociale. Cette partie est minoritaire
- Une autre partie, des ouvriers qui transforment leur territoire de vie en territoires solidaires. Ces ouvriers vont se mobiliser malgré la crise.
Cette polarisation transparait dans l’épisode du front populaire.
- Les ouvriers dans la tourmente : du front populaire à l’après-guerre
Période qui se caractérise par « l’imposition d’une hégémonie entreprise par le mouvement ouvrier sur sa classe : la CGT et le parti communiste, plus que la SFIO, parviennent à être considérés comme les représentants non pas seulement légitimes, mais presque naturels du monde ouvrier ».
- La courte embellie du front populaire
Engagement des ouvriers dans le combat plus politique. Cela suscite une « grande peur » du patronat. -> processus de politisation populaire autour de l’antifascisme. Un rapprochement unitaire s’amorce au sein du mouvement ouvrier
- Chez les cheminots, dès 1934, 80 % des syndicats deviennent unique CGT-CGTU. Dès 1935, les UD fusionnent et cela entraine le congrès de réunification de Toulouse en mars 1936. Ce dynamisme entraine de très nombreuses adhésions (250.000)
- Radicalisation des conflits sociaux en même temps qu’un « grand réalisme revendicatif » des communistes.
La victoire électorale entraine un mouvement de grève autour de trois vagues :
- 1ère vague dans les usines d’aviation + aéro de la région parisienne qui dure une semaine (25 mai)
- 2ème vague qui gagne la province et précipite les négociations de Matignon entre CGPF, CGT et Blum. Le mouvement connait une extension. Le 11 juin, Thorez estime qu’il faut « savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». « Tout n’est pas possible » contrairement à ce que dit M. Pivert.
- 3ème vague entre juin et juillet : dans les départements ou les secteurs épargnés. Près de 1.200 grévistes à St Dizier.
Au total + de 12.000 entreprises affectés et + de 9.000 occupées.
Ces grèves sont en partie une « explosion spontanée » même si les militants syndicalistes, souvent unitaires y ont joué un grand rôle. Comme les cheminot et autres services publics n’ont pas participé, il s’agit du « seul grand mouvement proprement ouvrier du siècle ».
Climat de joie et de réappropriation des usines. Mais en même temps moment de tension avec l’encadrement et les patrons. Ces conflits restent des affrontements de classe qui aboutissent à des protocoles d’accord autour de fortes augmentations de salaires mais aussi de refus de pressions, d’autoritarisme patronal. Le patronat quant à lui y voit souvent ingratitude et remise en cause de son autorité.
Les acquis sont multiples
- 40 heures + deux semaines congés payés,
- Deux délégués du personnel dans les établissements de plus de 10 ouvriers.
- Pour les mineurs : suppression du chronométrage, généralisation du paiement par équipe de travail, la généralisation de l’allocation de charbon.
- Généralisation des conventions collectives qui fixent les salaires minimaux par branche.
Ces acquis sont inédits : « jamais le monde ouvrier n’avait obtenu de telles conquêtes ». Cela a permis de forger le « mythe de 36 ». Les syndicats connaissent une explosion d’adhérents : 4 millions en 1937. Certains secteurs comme la métallurgie, la chimie ont des taux de syndicalisation autour de 80 %.
Le front populaire permet d’homogénéiser la classe ouvrière par le relêvement des salaires, les conquêtes sociales identiques, un droit social par les conventions collectives.
Nombre de films mettent en avant la figure de l’ouvrier prolétaire : la belle équipe de Divivier, ou la bête humaine de Renoir. Rôle de J. Gabin.
L’engagement ouvrier antifasciste peut aussi être militaire : environ 10.000 français, dont deux tiers d’ouvriers participent aux brigades espagnoles.
- Le désenchantement du front populaire
Une partie des ouvriers est exclu : les étrangers, même s’ils peuvent voter pour les délégués du personnel. Salengro (ministre de l’intérieur) refuse les grèves d’ouvriers étrangers. Le gouvernement poursuit la politique d’exclusion. Les femmes qui sont toujours des mineures entrent dans la lutte et se syndiquent. Cependant, les clivages de sexe persistent avec 20 % d’écart.
Jusqu’en 1938, persiste une insubordination ouvrière et une radicalisation. Les grèves du FP n’ont ni transformé les conditions de travail, ni diminué leur dangerosité. Dans nombre d’usines, la persistance d’accident mortels (ex Longwy), la rationalisation du travail aiguisent la colère ouvrière. Rôle de l’absentéisme ou du micro-sabotage, notamment dans le bâtiment. L’expo universelle de 1937 ouvre avec deux mois et demi de retard à cause de travaux inachevés.
Les 40 heures sont un succès pour le goût de ouvriers pour le temps libre, les loisirs, contre la discipline industrielle.
Loi du 31 décembre 1936 qui interdirait la grève avant toute procédure de conciliation et d’arbitrage. Les syndicalistes révolutionnaires dénoncent cette mesure mais restent minoritaires car acceptée par la CGT et les ex-unitaire.
Des syndicats professionnels se développent dans les années 30 autour de l’extrême droite ; ex du PSF. On a peu d’informations sur la situation et l’adhésion des ouvriers à ces groupes d’extrême droite.
Polarisation qui conduit aux heurts de l’automne 1938 : décrets lois du 12 novembre qui mettent fin aux 40h. Le patronat s’en sert pour prendre sa revanche. Une série de grèves spontanées se développe notamment dans le Nord où la confrontation est très dure. 50.000 mineurs/métallos à Valenciennes. L’Etat réprime et utilise le conseil de guerre pour juger les cheminots et mineurs réquisitionnés.
Le 30 nov, grève nationale de la CGT. Le patronat s’y est préparé et l’Etat réquisitionne les employés des services publics. Dans le privé, il y aurait eu d’après le ministère 25 % de grévistes. La grève est un succès mais la répression brise le mouvement ouvrier. Les entreprises licencient massivement les grévistes les réembaucher sans les acquis des congés payés. Les responsables syndicaux sont licenciés : 3.000 dans l’aéro, 4.000 dans la chimie et l’auto.
La grève défait les militants ouvriers les plus déterminés, et attise les divisions. Tout comme le reste du pays, les clivages et la crise nationale attise les antagonismes sociaux (voir P. Laborie – notes)
La IIIème République finissante attise donc la défiance envers le monde ouvrier.
L’effort de guerre se développe dans l’année 1939 avec des semaines jusqu’à 60 h / semaine. Même si L. Jouhaux tente de renouer l’union sacré de 1914 : cela reste un échec car l’effort se réalise au détriment des acquis du monde ouvrier.
