
Né en 1940, juriste, politologue et économiste, ancien ministre de l’économie du Liban, Georges Corm a traversé les décennies turbulentes du Proche-Orient. Il a produit une riche littérature sur l’histoire de la région et les nombreux conflits qui ont déchiré la région.
Voici un extrait de son ouvrage Le Proche-Orient éclaté, 1956-2003, Gallimard, Paris, 2003, 1068 p., qui montre l’instrumentalisation de la religion dans le Monde, au sortir de la Guerre Froide et ses conséquences notamment au Proche-Orient. Ce retour du religieux se développe autour d’un nationalisme expansionniste, identitaire, exclusif. Ce qui fait d’ailleurs dire à l’historien israélien Shlomo Sand que « De l’Inde jusqu’à l’Iran, de Gaza jusqu’à Jérusalem,le tandem religion-nationalisme, et son instrumentalisation, est la pire des choses » (Humanité, 20-10-2023).
« La ré-islamisation des société a commencé avec les débuts de l’ère de la prospérité pétrolière, grâce aux moyens financiers donnés par l’augmentation soudaine des prix du pétrole. Il s’agissait alors de faire reculer l’influence massive des mouvements révolutionnaires panarabiques, laïcs, socialisants, qui dénonçaient avec véhémence le néocolonialisme occidental et son soutien inconditionnel à la cause israélienne, ainsi que son appui aux monarchies locales dites « réactionnaires ». Des sommes considérables ont été consacrées à la « renaissance » de l’Islam, dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale par la création d’organismes interétatiques spécialisés depuis la création de l’Organisation de la conférence des pays islamiques qui s’est posée en organisation concurrente, antisoviétique de celles des pays non-alignés, jusqu’à une UNESCO islamique, la Banque islamique de développement » (page 799)
« Les valeurs religieuses refont surface avec force, après une longue et relative éclipse au profit des idéologies laïques et du positivisme libéral ou marxiste.
Il faut aussi se rappeler que la dernière période de la Guerre froide a été marquée par une instrumentalisation intensive du christianisme comme de l’Islam pour donner les derniers coups de boutoir au totalitarisme soviétique et ses satellites en Europe de l’Est ou dans le Tiers-Monde. C’est ainsi qu’en Pologne, le catholicisme militant de Lech Walesa a été systématiquement mis en avant comme un facteur majeur de polarisation de la contestation anticommuniste, sans parler de l’élection d’un pape polonais pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise de Rome. Dans le premier temps, les Etats-Unis ont instrumentalisé l’Islam dans tous les pays du Tiers-Monde ayant des communautés musulmanes, à partir des plateformes saoudienne et pakistanaise pratiquant des formes d’Islam intégriste d’Etat, pour lutter contre l’extension des tendances marxistes et l’influence de l’Union Soviétique ; la guerre d’Afghanistan sera une illustration parfaite de cette instrumentalisation ». page 785

