L’affaire Henri MARTIN, émission de France Culture

Source: Wikipédia

En pleine guerre d’Indochine, un marin communiste du nom d’Henri Martin est l’un des premiers à mettre les mots sur cette guerre coloniale à laquelle il va résister.

L’émission en ligne sur le site de France Culture: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-particuliere/la-premiere-revolte-d-un-homme-3742565

Lorsqu’il s’engage pour la Marine en 1945, Henri Martin croit qu’il part libérer l’Indochine conquise par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais à son arrivée au Viêtnam, la réalité qu’il découvre est tout autre : bombardements, villages pillés et brûlés, selon lui, l’armée française agit en Indochine comme la Wehrmacht avait agi en France. Pour cet ancien FTP, engagé dans le Maquis à 16 ans, c’est intolérable. Le bombardement d’Haiphong, auquel il participe à son corps défendant en novembre 1946 à bord de l’aviso Chevreuil, termine de le convaincre que l’armée française se bat contre des Vietnamiens qui veulent seulement leur indépendance.

Par trois fois, il demande que son contrat soit rompu, et par trois fois cela lui est refusé. C’est en 1947, qu’Henri Martin regagne la Métropole pour être affecté à l’Arsenal militaire de Toulon.

Dans l’Arsenal, il commence un travail de terrain et clandestin pour convaincre ses camarades de l’inutilité de cette guerre. Alors que les journaux communistes viennent d’être interdits à l’intérieur des casernes, il organise un réseau de distribution de tracts pacifistes qui conduit à son arrestation le 14 mars 1950.

Le marin Henri Martin est arrêté le 14 mars 1950 et est accusé de participation à une entreprise de démoralisation de l’armée et complicité d’acte de sabotage du Dixmude. Commence alors une bataille juridique et politique nationale qui devient l’Affaire Henri Martin.

Après son arrestation le 14 mars 1950, le quartier-maître Henri Martin est incarcéré à la prison maritime dans un strict régime d’isolement.

À cause de sa distribution de tracts pacifistes, il est accusé de participation à une entreprise de démoralisation de l’armée. Mais lors de son interrogatoire, il apprend qu’il est également inculpé pour complicité d’acte de sabotage du Dixmude, un navire en rade de l’Arsenal de Toulon.

Son incarcération ne fait d’abord pas de vague. Le Parti Communiste s’évertue de vérifier les faits reprochés au marin qui est l’un de leur camarade. Très vite, et sous l’impulsion d’André Marty riche de son expérience lors de la mutinerie de 1919, Henri Martin va être érigé par les organes de presse communistes comme un héros. Et en juillet 1950, apparaissent les premières banderoles et manifestations qui vont rythmer la vie du pays pendant trois ans.

Acquitté pour l’accusation de sabotage, Henri Martin est néanmoins condamné à deux reprises à cinq ans de prison pour la distribution de tracts pacifistes.

Le Parti Communiste met toute sa puissance d’alors pour faire d’Henri Martin un exemple de l’acharnement judiciaire et politique contre les communistes dans un contexte de Guerre Froide qui se tend. Le Parti fait preuve d’innovation pour créer une véritable agit-prop qui reste la dernière manifestation d’envergure du parti. Artistes (Pablo Picasso, Fernand Léger, Paul Éluard, Louis Aragon, Jacques Prévert…), intellectuels (Jean-Paul Sartre, Vercors…) et même les catholiques s’émeuvent du sort réservé à Henri Martin. Portraits, pièces de théâtre, ouvrages, poèmes, tout est mis en œuvre pour que l’Affaire Henri Martin occupe le devant de la scène.

Jour après jour, l’Humanité relève les faits et gestes du marin-héros jusqu’à couvrir son mariage au « bagne » de Melun avec sa fiancée, Simone.

Face à l’agitation qui ne faiblit pas et au peu de preuves contre lui, le Président de la République Vincent Auriol libère en catimini Henri Martin par décret un matin d’août 1953. « L’affaire Henri Martin » a permis de libérer l’homme.

Bibliographie sélective

Ouvrages

Deux articles d’Anne Mathieu dans Le Monde Diplomatique :