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L’antisémitisme et la xénophobie sous la IIIème République (1929-1939)

Malgré la rupture radicale que représente le régime de Vichy par rapport au sort des juifs et des étrangers, les idées antisémites et xénophobes se sont ancrées antérieurement, notamment dans la France des années 1930. Le racisme et l’antisémitisme se sont nourris de la crise économique, des discours d’extrême droite et de droite qui agitent cette menace pour décridibiliser le gouvernement de front populaire. Enfin, le gouvernement Daladier de 1938-1940 finit par céder à la xénophobie ambiante et met en place un arsenal juridique, que le gouvernement de Vichy réutilisera en partie.

1- La crise de 1929 renforce l’antisémitisme et la xénophobie

    L’antisémitisme vient de loin

    Dans la France des années 1930, l’antisémitisme n’est pas un fait nouveau. Il n’est pas non plus un attrait pour le racisme des nazis en Allemagne. Il vient de plus loin. Il est souvent issu d’un  antijudaïsme chrétien traditionnel. Edouard Drumont, figure antisémite de la fin du XIXème siècle rassemble dans son « best-seller » La France Juive, tous les préjugés tenaces sur les juifs : c’est lui qui permet le passage d’une critique de la religion juive à une haine des juifs comme personnes, à l’invention d’un « fait juif ». Le « juif » est vu par Drumont à la fois comme « riche », « fainéant », « étranger », traitre-espion. Il ne peut jamais être intégré à la communauté nationale et cherche à dominer le « bon » citoyen français : « Le droit du juif à opprimer les autres fait partie de sa religion, il est pour lui un article de foi, il est annoncé à chaque ligne dans la Bible et le Talmud » (Edouard Drumont)[1]

    Cet antisémitisme latent connait un essor spectaculaire lors de l’affaire Dreyfus (1894-1899) lorsque le capitaine Dreyfus, qui est juif, est accusé, sans preuve, de trahir l’armée française. Cette affaire donne alors un fait divers spectaculaire pour favoriser la pénétration des idées antisémites en France : le juif est alors vu comme un traitre potentiel dont il faut se méfier.

    La crise économique et ses conséquences politiques favorisent la xénophobie et l’antisémitisme

    La crise économique, son lot de licenciements, la dévastation du chômage, les difficultés des paysans, favorisent le repli nationaliste. Le racisme et la xénophobie gagnent en vigueur par la sensation de mise en concurrence entre « travailleurs français » et « immigrés ». Le racisme n’est pas la seule réaction populaire : la contestation sociale s’amplifie notamment en région parisienne autour de marches contre la faim. Les partis de gauche, avec leurs organisations de masse, les CGT et CGTU, y jouent un rôle majeur et cherchent à unir les travailleurs français-immigrés. Dans le même temps, les élites sont impuissantes à résoudre les problèmes économiques de cette crise. Les difficultés demeurent et une partie de l’opinion voit dans l’étranger, le juif, la démocratie parlementaire, des obstacles majeurs à la sortie de la crise. Le 6 février 1934 est en ce sens le tournant majeur. Chauffées à blanc par l’affaire Stavisky (scandale de corruption autour de Stavisky, un riche juif ukrainien naturalisé français, qui a entre autre corrompu des hommes politiques pour s’enrichir), les ligues d’extrême droite manifestent devant l’Assemblée nationale contre la démocratie parlementaire. Cet événement est le moment fondateur d’une vague de xénophobie et d’antisémitisme qui traverse toute la France, et qui restera à un seuil élevé durant toute la période. En effet, nombre de journaux reprendront durant ces années des éléments de lecture et d’analyse antisémites et xénophobes. L’Action française, autour de Charles Maurras, de Léon Daudet entre autre, jouera notamment un rôle idéologique majeur dans ce domaine.

    L’assimilation du Juif à l’étranger

    Avec l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne, nombre de juifs fuient la politique antisémite et raciste nazie. Beaucoup de réfugiés arrivent en France, venant d’Allemagne, voire de l’Est de l’Europe. A cela s’ajoute les migrants italiens et à partir de juillet 1936, ceux fuyant la guerre civile espagnole. Confrontés à ce flux migratoire, la droite et l’extrême droite mettent le sujet des réfugiés au cœur du débat. Ils pointent les arguments de la crise et du chômage que subissent les « travailleurs français » et dénoncent ceux qui seraient de « faux réfugiés » (ils profiteraient de la « générosité » de la France pour s’y installer). Ces réactions xénophobes suintent dans toute la société à tel point que même le président de la commission interministérielle chargé des réfugiés allemands, Henry Béranger, affirme, « La France veut bien être une voie de triage, mais elle ne saurait être une voie de garage ». C’est dans ce contexte que les juifs sont de plus en plus confondus avec les étrangers, et victimes d’une xénophobie attisée par certains journaux comme Le Petit Bleu qui reprend l’idée que « les juifs allemands prennent la place des Français »[2].

    Cette xénophobie rampante au sein de la IIIème République se traduit aussi par des prises de décisions politiques. Dans la région de Lyon, une politique de « préférence nationale » est mise en place pour les chômeurs. Les étrangers sans travail sont ainsi exclus des allocations[3]. Nombre de travailleurs étrangers sont renvoyés dans leur pays natal comme ces 140.000 polonais forcés de quitter la France entre 1931-1936[4]. Cependant, des associations de gauche comme la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) protestent contre ces politiques et réclament la création d’un statut légal pour les étrangers vivant en France. La victoire du front populaire atténuera ces politiques de durcissement à l’égard des étrangers au sommet du pouvoir. Cependant, au sein de la société, les débats connaitront une polarisation intense et l’antisémitisme ainsi que le racisme seront avivés à l’extrême droite et à droite.

    2- Le front populaire et les réactions antisémites et xénophobes de la droite et l’extrême droite

    La victoire du Front populaire en mai 1936 conduit à un apaisement des mesures xénophobes. 6.000 étrangers qui ont perdu leur emploi se voient accorder un sursis quand à leur expulsion. Nombre d’étrangers réfugiés participent aux grèves ouvrières de mai-juin 1936 et bénéficient des mesures sociales du front populaire.

    Le gouvernement Blum vu comme « révolution juive »[5]

    Néanmoins, le gouvernement de front populaire est attaqué par la droite et l’extrême droite comme un semeur de désordre car il remet en cause les conceptions traditionnelles : celle du travail en répondant aux revendications ouvrières de diminuer le temps de travail, dans la famille où il soutient une « laïcisation » des mœurs face à l’encadrement religieux. Surtout les opposants au front populaire vont attiser l’antisémitisme et la xénophobie, pour semer la peur, notamment dans les campagnes.  «  La présence de Léon Blum à la tête du premier gouvernement de front populaire conduit à un regain d’antisémitisme aboutissant à présenter le front populaire comme l’œuvre des Juifs »[6]. Ainsi, l’Action Française dénonce un « complot juif » avec à sa tête Léon Blum, associé à un complot communiste venant de l’étranger (Moscou). Cette équation (front populaire = péril juif = péril rouge) est reprise par un arc politique allant de l’extrême droite comme l’Action Française, Gringoire à la droite voire au journal centriste d’Emile Roche, La République. Le but essentiel est de décrédibiliser l’action du front populaire en prétendant que son gouvernement est aux mains des étrangers et des juifs.

    Mais cela favorise surtout la diffusion de conceptions antisémites et xénophobes dans la population française. L’extrême droite accuse en effet le front populaire de favoriser le vote communautaire « juif ». « Tout juif naturalisé est un votant front populaire indéfectible » estime le député notoirement antisémite Xavier Vallat[7]. Il attise aussi des peurs fantasmées comme l’idée que Blum rêve d’imposer la « circoncision générale ».

    La guerre civile espagnole : un glissement supplémentaire vers la xénophobie

    La guerre civile espagnole (1936-1939) agit comme un miroir sur les débats français. A droite, le front populaire espagnol est assimilé au communisme, vu comme un péril étranger : le général Castelnau y voit « une révolution soviétique dirigée par Moscou », une « guerre entre la barbarie moscovite et la civilisation occidentale ». Ainsi, du centre à l’extrême droite, les commentaires sont souvent négatifs sur le camp républicain, alors que la droite peut se montrer favorable aux insurgés nationalistes de Franco. C’est dire la perception des républicains espagnols et des brigadistes internationaux, lorsqu’acculés par la défaite, ils viendront se réfugier en France. « Débris du front populaire », « grave problème », « épaves humaines » pour les plus modérés, « Armée du crime », « vandales rouges » pour l’extrême droite[8], tels sont les qualificatifs utilisés dans la presse de l’époque. La figure du réfugié étranger devient très négative. Cependant, et heureusement, tous ne partagent pas cet élan xénophobe : du cardinal Verdier, à François Mauriac, en passant par Henri Bergson, est lancé un « appel à la générosité »[9] pour accueillir les réfugiés espagnols.

    Après une poussée vers la gauche en mai-juin 1936, cette guerre, qui est aussi idéologique, provoque un glissement vers la droite d’une partie de l’opinion française, davantage sensible aux thèmes  chauvins et xénophobes, et à celui sur le « désordre social » du front populaire. Une partie de la presse attise ces idées. Le journal Le Matin, un des journaux les plus tirés, condamne la « racaille étrangère dans la France dépotoir » et les « indésirables »[10] . Quant à Gringoire, il s’en prend à « l’immensité de la crasse napolitaine [aux Italiens], de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves [aux populations d’Europe de l’Est, souvent juives], de l’affreuse misère andalouse, de la semence d’Abraham et du bitume de Judée [aux juifs];(…) ils accourent précédés de leur odeur, escortés de leurs punaises » (le texte en annexe ci-dessous).

                Loin d’apaiser la situation, Daladier, qui devient président du conseil en avril 1938, mène une politique de durcissement autour d’un gouvernement recentré vers la droite. Il reprend d’ailleurs à son compte le terme « d’indésirable » pour construire un arsenal juridique à l’encontre des étrangers.

    3- Un « Vichy avant Vichy »[11]? Les dernières années de la République

    Le gouvernement Daladier marque une rupture avec ses prédécesseurs. Ce dirigeant, issu pourtant de la majorité de front populaire recentre son gouvernement vers la droite et organise une nouvelle politique autour du thème du « renouveau », des vertus de l’ordre. Il s’agit pour lui de mettre un terme au « désordre » des grèves ouvrières. Les étrangers, les réfugiés figurent parmi les cibles du gouvernement, surtout qu’ils sont assimilés au péril rouge. Le glissement qui s’opère amène la fin d’une frontière nette entre la droite et l’extrême droite, à tel point que l’historien, Pierre Laborie évoque un « Vichy avant Vichy », Gérard Noiriel, les origines républicaines de Vichy[12].

    Par le biais de décrets lois, Daladier construit un arsenal juridique contre les étrangers dont le régime de Vichy s’inspirera. Dès avril 1938, le sénateur Lévy demande de priver les Français naturalisés du droit de vote s’ils ont fait grève en 1936 et propose que tout Français naturalisé attende dix avant d’obtenir le droit de vote Les décrets des 2 et 14 mai 1938 et le décret loi du 12 novembre 1938 reprennent en partie les idées du sénateurs Lévy. D’après le président du conseil Edouard Daladier, ces décrets marquent clairement « la discrimination que le gouvernement entendait faire entre les individus moralement douteux, indignes de notre hospitalité et la partie saine et laborieuse de la population étrangère »[13].

    Avec ce décret, les Français naturalisés doivent donc attendre cinq avant de pouvoir voter et ils sont exclus de tout emploi de fonction publique ou du barreau durant dix années. La déchéance de nationalité est appliquée pour les espions mais aussi pour des actes qui seraient contraires à « l’ordre public », à des étrangers qui « se montreraient indignes du titre de citoyen français ». Ces termes assez vagues permettent d’appliquer la déchéance de nationalité aux Français naturalisés qui se mettent en grève le 30 novembre 1938[14]. L’obtention de la nationalité par le mariage est aussi durcie : motif ? Eviter les « mariages de pure forme ». Enfin, ce décret-loi prévoit l’autorisation de l’internement préventif des « indésirables étrangers » car « il n’était pas moins indispensable d’assurer l’élimination rigoureuse des indésirables ». Il donne lieu à l’ouverture de « centres spéciaux » où la population étrangère indésirable « fera l’objet de la surveillance permanente que justifient leurs infractions répétées aux règles de l’hospitalité ». Le premier de ces camps est ouvert le 21 janvier 1939 à Rieucros.

                « En rupture avec la tradition républicaine », le gouvernement Daladier reprend à son compte le discours « national-sécuritaire » qui fait des immigrants et des réfugiés les responsables de la crise française. Surtout, il met en œuvre cette politique contre les étrangers, en fabriquant des « indésirables » qui sont expédiés dans des « centres spéciaux »[15]. De fait, il instaure une première rupture qui servira au régime de Vichy pour s’en prendre aux étrangers et aux juifs.

    Laissons conclure l’historien Ben Khalifa qui résume bien la situation de ces années-là :

    « Durant les années 1938-1940, dans une ambiance très hostile aux allogènes, la France a renforcé la législation sur la police des étrangers. Cette période est emblématique car elle est marquée par un acharnement des dirigeants politiques contre une population qui a “choisi” la France comme lieu de refuge. L’arrivée massive des immigrés, le refus des pays d’accueil traditionnels d’assouplir les conditions d’entrée sur leur territoire ainsi que la montée de l’extrême droite expliquent les “dérives” de la IIIe République finissante. Dans ce contexte, le pouvoir administratif est renforcé aux dépens du pouvoir judiciaire. Les considérations humanitaires sont souvent bafouées par des fonctionnaires zélés. Les moyens humains et logistiques du ministère de l’Intérieur sont augmentés »[16].

    20 août 2024


    [1] Edouard Drumont, La France juive, passages cités dans G. Noiriel, Le venin dans la plume, Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République, Editions La Découverte, Paris, 2019.

    [2] Le Petit Bleu, 7 décembre 1933, cité par Noiriel, L’immigration, op cit, p. 389

    [3] Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècle), discours publics, humiliations privées, Fayard, Paris, 2007,  p.401

    [4] G Noiriel, Idem.

    [5] Une de L’Action Française du 14 juin 1936 : « La révolution juive chante victoire ».

    [6] Serge Berstein, Histoire de l’anticommunisme en France, Editions Olivier Orban, Paris, 1987, p. 320

    [7] Ralph SCHOR, L’antisémitisme en France dans l’entre deux guerres, Editions complexe, Bruxelles, 2005 (réédition de 1992), p. 180.

    [8] José Cubero, Les Républicains espagnols, Editions Cairn, Pau, 2003, p. 50.

    [9] José Cubero, Idem.

    [10] Le Matin, 29 septembre 1937.

    [11] Pierre Laborie, L’opinion française sous Vichy.

    [12] C’est notamment le titre de son ouvrage.

    [13] Edouard Daladier, dans Décret relatif à la situation et à la police des étrangers, 12-11-1938, Journal Officiel de la République, lois et décrets n°0266, du 13 novembre 1938.

    [14] Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècle), discours publics, humiliations privées, Fayard, Paris, 2007,  p.462-463.

    [15] Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècle), discours publics, humiliations privées, Fayard, Paris, 2007,  p.457 à 465.

    [16] BEN KHALIFA Riadh, « La fabrique des clandestins en France, 1938-1940 », Migrations Société, 2012/1 (N° 139), p. 11-26. DOI : 10.3917/migra.139.0011. URL : https://www.cairn.info/revue-migrations-societe-2012-1-page-11.htm

    Nous hébergeons trois millions de « travailleurs » étrangers — plus que nous n’avons de chômeurs. Il parait que cela ne suffit pas. Tandis qu’autour de nous chaque nation ferme brutalement sa porte au nez de nos sans-travail, on ouvre toutes grandes au déluge cosmopolite des écluses jusqu’à présent mieux gardées.

    Sommes–nous le dépotoir du monde ? Par toutes nos routes d’accès, transformées en grands collecteurs, coule sur nos terres une tourbe de plus en plus grouillante, de plus eu plus fétide. C’est l’immensité de la crasse napolitaine, de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves, de l’affreuse misère andalouse, de la semence d’Abraham et du bitume de Judée; c’est tout ce que recrachent les vieilles terres de plaies et de fléaux. Doctrinaires crépus, conspirateurs furtifs,  régicides au teint verdâtre, pollaks mités, gratin de ghettos, contrebandiers d’armes, pistoleros en détresse, espions, usuriers, gangsters, marchands de femmes et de cocaïne, ils accourent précédés de leur odeur, escortés de leurs punaises. Ils arrivent de tous côtés, sans relâche, sur les océans, par-dessous les montagnes, à pleins trains, à pleins paquebots. Us arrivent et on les attend. De « gauche » ou de « droite », ils ont toujours des amis. Révolutions et coups d’Etat en offrent l’incessant prétexte. Naguère les Russes, ensuite les Polonais, puis les Grecs. puis les Italiens que suivirent les Allemands, précédant les Espagnols… A qui le tour ? Sous couleur «le droit d’asile, on laisse entrer pêle-mêle et sans la moindre précaution, réfugiés politiques et condamnés de droit commun — tous d’accord au moins sur un point : le droit qu’ils s’arrogent de nous traiter en pays conquis. Tandis que ceux-ci assomment les ouvriers dont ils volent le pain, ceux-là ne cessent d’insulter a notre patriotisme, dans nos propres journaux.

    De temps en temps, pour s’entretenir la main, ils nous font l’honneur de s’entre-tuer sous nos yeux. Sans doute pensent-ils qu’un tel spectacle nous procure un ravissement sans pareil C’est, en tout cas une façon bien à eux de reconnaître notre hospitalité. Un autre remerciement  consiste à raconter en  tous lieux que Marianne est une mégère injurieuse, égoïste et défiante qui moleste les pauvres Touristes et refuse tout bien être aux infatigables travailleurs que nous offrent la Palestine. l’Arménie et les Balkans.

    Cela dure depuis vingt uns : depuis que douze cent mille des nôtres ont donné leur -vie pour la liberté des peuples. Ah ! il s’agit bien du droit des indigènes ! Brâve Français, ils t’ont colonisé. Le bicot, c’est toi. Et les colons que tu ils fait venir de si loin se chargent de faire suer le burnous.

    Car tu paies pour savoir ce qu’il en coûte de n’être plus maître chez soi. Hôpitaux, dispensaires, maternités, secours de chômage, assistance publique, assurances sociales; tout est au service de l’innombrable étranger. 11 n’est plus guère en France qu’un endroit où on ne rencontre que des Français. C’est chez le percepteur.

    La Knesset rejette toute création d’un État palestinien

    L’Humanité, 19-17-2024, Pierre Barbancey

    © UPI/ABACA

    Proche-Orient Alors que les bombardements s’intensifient sur Gaza, les députés du Parlement israélien ont confirmé leur opposition à une solution à deux États. Seuls les élus communistes et arabes ont voté contre cette résolution.

    La proposition n’est pas venue de l’extrême droite mais de la droite israélienne. Le New Hope-The United Right (Nouvel Espoir-la Droite unie), une scission du Likoud de Benyamin Netanyahou, a présenté une résolution, le 18 juillet au matin, devant la Knesset (le Parlement israélien) dans laquelle il est mentionné que « l’établissement d’un État palestinien au coeur de la terre d’Israël constituerait une menace existentielle pour l’État d’Israël et ses citoyens, perpétuerait le conflit israélo-palestinien et déstabiliserait la région ».

    Le président de Nouvel Espoir, Gideon Sa’ar, a expliqué que « la décision de résolution est destinée à exprimer l’opposition générale qui existe parmi le peuple (israélien) à l’établissement d’un État palestinien, ce qui mettrait en danger la sécurité et l’avenir d’Israël ». La résolution « signale à la communauté internationale que la pression pour imposer un État palestinien à Israël est futile ».

    Une motion votée par 68 députés, sur les 120 que compte la Knesset, 9 s’y opposant (ceux du groupe communiste et Taal, ainsi que les parlementaires arabes de Raam et Avoda). Aucun parti sioniste ne s’est exprimé contre. Un vote que l’organisation La paix maintenant a qualifié de « populiste, nuisible et préjudiciable aux chances d’un accord régional et de mettre fin à la guerre ».

    Les travaillistes se sont abstenus et les députés du parti Yesh Atid, du chef de l’opposition Yaïr Lapid, ont quitté la séance. L’ancien ministre de la Défense, Benny Gantz, et les parlementaires de l’Unité nationale ont voté en faveur de cette résolution « exprimant son opposition à un État palestinien », car la création de celui-ci serait perçue comme « une récompense pour la terreur et le Hamas », après le massacre du 7 octobre. Le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, du Parti sioniste religieux, s’est exclamé sur X : « Avec une majorité décisive de 68 contre 9, la Knesset a voté contre l’établissement d’un État terroriste arabe en Israël, pas maintenant, pas à l’avenir, pas unilatéralement et pas dans un accord. Le réveil de l’écrasante majorité de la société israélienne est incroyable. C’est maintenant le temps de la souveraineté. » Une allusion directe à l’annexion de la Cisjordanie.

    Pour le député communiste Ayman Odeh, « ceux qui ont voté contre un État palestinien ne veulent pas la paix et ne veulent pas de sécurité, et surtout ne veulent pas de justice. Celui qui met sa voix contre la paix et la sécurité est un traître aux véritables intérêts de son peuple. Il y aura un État palestinien à côté de l’État d’Israël. Tout le monde sera en sécurité. Il y aura aussi la paix. La question est de savoir combien de morts nous devrons enterrer, combien d’êtres chers nous devrons pleurer jusqu’à ce que nous y arrivions. » Hussein Al Sheikh, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), estime que la décision de la Knesset confirme le « racisme  » d’Israël, « le mépris du droit international » et « la politique visant à perpétuer l’occupation ».

    En Cisjordanie, les colons se déchaînent

    Formellement, ce vote n’a aucune portée. Il revêt pourtant une importance politique forte. D’abord, il met en lumière le refus d’un État palestinien de la part de la majorité des députés israéliens, et pas seulement de Netanyahou et de l’extrême droite. Depuis plusieurs semaines, les États-Unis n’ont pas caché leur préférence pour un Benny Gantz, qui, à leurs yeux, serait plus rassembleur et apte à mettre fin à la guerre.

    Mais cet ancien chef d’état-major a montré son véritable visage, qui n’est guère différent de celui d’un Netanyahou. Car, s’il est important d’arriver à un cessez-le-feu pour que la population de Gaza ne disparaisse pas tout entière sous les bombes, il convient également de préparer l’avenir, c’est-à-dire la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien.

    Netanyahou doit s’exprimer devant le Congrès des États-Unis, le 24 juillet, et rencontrer Joe Biden à la Maison-Blanche. Il vient d’ores et déjà d’envoyer un message clair au monde entier et à tous ceux qui, depuis le 7 octobre, le soutiennent et ne tentent pas d’arrêter sa politique génocidaire à Gaza et de nettoyage ethnique en Cisjordanie, où les colons se déchaînent. Benyamin Netanyahou fait un bras d’honneur au droit international et à la justice. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait délivrer un mandat d’arrêt à son encontre d’ici à deux semaines et, ce 19 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) rendra publiques ses conclusions concernant les « conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». Rien de mieux que la guerre pour échapper à toutes poursuites.

    L’affaire Henri MARTIN, émission de France Culture

    Source: Wikipédia

    En pleine guerre d’Indochine, un marin communiste du nom d’Henri Martin est l’un des premiers à mettre les mots sur cette guerre coloniale à laquelle il va résister.

    L’émission en ligne sur le site de France Culture: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-particuliere/la-premiere-revolte-d-un-homme-3742565

    Lorsqu’il s’engage pour la Marine en 1945, Henri Martin croit qu’il part libérer l’Indochine conquise par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais à son arrivée au Viêtnam, la réalité qu’il découvre est tout autre : bombardements, villages pillés et brûlés, selon lui, l’armée française agit en Indochine comme la Wehrmacht avait agi en France. Pour cet ancien FTP, engagé dans le Maquis à 16 ans, c’est intolérable. Le bombardement d’Haiphong, auquel il participe à son corps défendant en novembre 1946 à bord de l’aviso Chevreuil, termine de le convaincre que l’armée française se bat contre des Vietnamiens qui veulent seulement leur indépendance.

    Par trois fois, il demande que son contrat soit rompu, et par trois fois cela lui est refusé. C’est en 1947, qu’Henri Martin regagne la Métropole pour être affecté à l’Arsenal militaire de Toulon.

    Dans l’Arsenal, il commence un travail de terrain et clandestin pour convaincre ses camarades de l’inutilité de cette guerre. Alors que les journaux communistes viennent d’être interdits à l’intérieur des casernes, il organise un réseau de distribution de tracts pacifistes qui conduit à son arrestation le 14 mars 1950.

    Le marin Henri Martin est arrêté le 14 mars 1950 et est accusé de participation à une entreprise de démoralisation de l’armée et complicité d’acte de sabotage du Dixmude. Commence alors une bataille juridique et politique nationale qui devient l’Affaire Henri Martin.

    Après son arrestation le 14 mars 1950, le quartier-maître Henri Martin est incarcéré à la prison maritime dans un strict régime d’isolement.

    À cause de sa distribution de tracts pacifistes, il est accusé de participation à une entreprise de démoralisation de l’armée. Mais lors de son interrogatoire, il apprend qu’il est également inculpé pour complicité d’acte de sabotage du Dixmude, un navire en rade de l’Arsenal de Toulon.

    Son incarcération ne fait d’abord pas de vague. Le Parti Communiste s’évertue de vérifier les faits reprochés au marin qui est l’un de leur camarade. Très vite, et sous l’impulsion d’André Marty riche de son expérience lors de la mutinerie de 1919, Henri Martin va être érigé par les organes de presse communistes comme un héros. Et en juillet 1950, apparaissent les premières banderoles et manifestations qui vont rythmer la vie du pays pendant trois ans.

    Acquitté pour l’accusation de sabotage, Henri Martin est néanmoins condamné à deux reprises à cinq ans de prison pour la distribution de tracts pacifistes.

    Le Parti Communiste met toute sa puissance d’alors pour faire d’Henri Martin un exemple de l’acharnement judiciaire et politique contre les communistes dans un contexte de Guerre Froide qui se tend. Le Parti fait preuve d’innovation pour créer une véritable agit-prop qui reste la dernière manifestation d’envergure du parti. Artistes (Pablo Picasso, Fernand Léger, Paul Éluard, Louis Aragon, Jacques Prévert…), intellectuels (Jean-Paul Sartre, Vercors…) et même les catholiques s’émeuvent du sort réservé à Henri Martin. Portraits, pièces de théâtre, ouvrages, poèmes, tout est mis en œuvre pour que l’Affaire Henri Martin occupe le devant de la scène.

    Jour après jour, l’Humanité relève les faits et gestes du marin-héros jusqu’à couvrir son mariage au « bagne » de Melun avec sa fiancée, Simone.

    Face à l’agitation qui ne faiblit pas et au peu de preuves contre lui, le Président de la République Vincent Auriol libère en catimini Henri Martin par décret un matin d’août 1953. « L’affaire Henri Martin » a permis de libérer l’homme.

    Bibliographie sélective

    Ouvrages

    Deux articles d’Anne Mathieu dans Le Monde Diplomatique :

    Clara Zetkin, la femme qui a inventé la journée internationale des droits des femmes

    Ecoutez ce podcast de France Info sur l’histoire du 8 mars, journée internationale des droits des femmes et lisez l’article de France Info:

    C’est dans l’esprit de cette féministe socialiste allemande qu’est née l’idée de créer une journée internationale des droits des femmes, en 1910.

    C’est dans l’esprit de cette féministe socialiste allemande qu’est née l’idée de créer une journée internationale des droits des femmes, en 1910.

    Article rédigé par franceinfo – Manon Mella

    Publié le 08/03/2021 12:35

    Clara Zetkin, la militante socialiste allemande qui a inventé la journée des droits des femmes. (STÉPHANIE BERLU / FRANCE-INFO)
    Clara Zetkin, la militante socialiste allemande qui a inventé la journée des droits des femmes. (STÉPHANIE BERLU / FRANCE-INFO)

    Le principe de créer une journée internationale autour de la cause des droits femmes est né en 1910 à Copenhague, à l’occasion de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes. Lors de cette conférence, l’Allemande Clara Zetkin prononce un discours et propose de créer une journée internationale des femmes qui serait organisée par les socialistes de tous les pays, chaque année. Le but est de servir la lutte pour le droit de vote des femmes.

    Clara Zetkin naît en 1857 dans le royaume de Saxe, au sein de l’Empire allemand. Son père, Gottfried Eissner, est instituteur et sa mère, Josephine Vitale Eissner, se consacre aux questions féministes. À l’époque, les facultés allemandes n’acceptent pas les femmes mais sa mère parvient quand même à l’inscrire dans un institut d’éducation des jeunes filles à Leipzig, pour devenir institutrice. Sa professeure de littérature, Auguste Schmidt, est celle qui a fondé la première association féministe d’Allemagne, l’Allgemeiner Deutscher Frauenverein (ADF, Association générale des femmes allemandes). Clara Zetkin évolue donc dès le plus jeune âge dans cette sphère féministe.

    À 18 ans, elle rencontre son compagnon, Ossip Zetkin, un révolutionnaire russe en exil. Petit à petit, elle découvre à ses côtés les idées du socialisme révolutionnaire. Elle obtient son diplôme de professeure et décide de s’éloigner de sa famille et du « féminisme bourgeois » qu’elle juge trop libéral et individualiste. Clara Zetkin rejoint le parti socialiste ouvrier d’Allemagne (Sozialistische Arbeiterpartei, ou SAP) à partir de 1878. Elle a 21 ans. En 1882, elle s’installe à Paris avec compagnon qui vient d’être expulsé d’Allemagne. Elle fréquente les socialistes de Paris, dont la fille de Karl Marx.

    La socialiste allemande Clara Zetkin dans les années 1890. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)
    La socialiste allemande Clara Zetkin dans les années 1890. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)

    En 1889, alors que son compagnon vient de succomber à la tuberculose, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième Internationale ouvrière, grande organisation mondiale du mouvement socialiste. Clara est attendue pour faire un rapport sur la condition des travailleuses allemandes, mais elle décide plutôt de parler du principe même du travail des femmes et de leur rôle dans la lutte des classes. Au moment où elle prononce ce discours, les socialistes sont encore très divisés sur la question du travail des femmes. Certains pensent que cela pourrait faire baisser les salaires, d’autres estiment encore que leur place est au foyer.

    Elle a structuré un important mouvement social-démocrate féminin

    Dans ce discours, Clara Zetkin insiste sur l’importance de l’indépendance économique mais aussi sur le fait que, pour elle, l’émancipation des femmes passe également par une émancipation vis-à-vis du capitalisme. Elle s’en prend aussi à ce qu’elle appelle « le féminisme bourgeois ».

    De même que le travailleur est sous le joug du capitaliste, la femme est sous le joug de l’homme et elle le restera aussi longtemps qu’elle ne sera pas indépendante économiquement.Clara Zetkin

    Congrès fondateur de la Deuxième Internationale ouvrière, Paris (1889)

    Son discours est remarqué et on peut dire que ce jour-là, une ligne Clara Zetkin est née. Après ça, en 1892, elle fonde le journal Die Gleichheit (« L’Egalité »). Outil d’éducation populaire des femmes ouvrières, le journal permet à Clara Zetkin de diffuser ses idées jusqu’en 1917. Le journal participera à structurer un important mouvement social-démocrate féminin.

    À ce moment-là, les femmes n’ont pas le droit d’adhérer à un parti politique mais cela n’empêche pas Clara Zetkin de créer une structure parallèle au parti social-démocrate allemand (SPD). Dans cette structure à moitié clandestine, on retrouve Rosa Luxemburg, fidèle amie de Clara. Les adhérentes de ce parti tentent d’organiser une conférence des femmes socialistes mais celle-ci est empêchée par la police. Ce n’est qu’en 1900 que cette conférence parvient à exister. Elle se réunira avant chaque congrès du parti. 

    Clara Zetkin (au centre) avec deux membres du SPD (Mathilde Wurm et Lore Agnes), en 1920. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)
    Clara Zetkin (au centre) avec deux membres du SPD (Mathilde Wurm et Lore Agnes), en 1920. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)

    Vers 1906, les lois qui interdisaient la politique aux femmes s’assouplissent peu à peu et celles-ci peuvent officiellement adhérer au SPD. La section féminine du parti y est officiellement rattachée. 

    Elle organise la première Internationale des femmes socialistes

    En 1907, Clara Zetkin organise à Stuttgart la toute première Internationale des femmes socialistes. 59 représentantes de 15 pays différents se rencontrent pour la première fois. La conférence est un véritable succès sur le plan de la fréquentation. Clara Zetkin devient la présidente de l’internationale et son journal, Die Gleichheit, son organe officiel. Ce jour-là, la conférence adopte une résolution sur le droit de vote des femmes.

    En août 1910, à Copenhague (Danemark), se tient la deuxième Internationale des femmes socialistes. Clara Zetkin y prononce un discours dans lequel elle propose de créer une journée internationale des femmes. Celle-ci serait organisée par les socialistes de tous les pays du monde entier chaque année. Aucune date n’est avancée. Le but est de servir la lutte pour le droit de vote des femmes.

    Mais attention, pour Clara Zetkin, il n’est pas question de lutter main dans la main avec les féministes bourgeoises. Car si les femmes sont opprimées c’est à cause du système capitaliste, estime Clara. Cette ligne lui vaudra pas mal de critiques.

    Mais peu importe. Sa proposition est adoptée et c’est le 19 mars 1911 que la journée est célébrée pour la première fois. Ce jour-là, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, plus d’un million de femmes descendent dans les rues pour manifester. En parallèle, la Russie célèbre une Journée internationale des ouvrières le 3 mars 1913, puis le 8 mars 1914. D’après la chercheuse Alessandra Gissi, il s’agit du premier véritable 8 mars. 

    Le 8 mars 1917, des ouvrières manifestent à Saint-Pétersbourg

    Le 8 mars 1917, à Saint Petersbourg, des manifestations d’ouvrières éclatent. Les femmes réclament du pain et le retour de leurs maris partis au front. C’est le premier jour de la Révolution russe. Le 8 mars 1921, Lénine décide de fixer cette date pour célébrer une journée internationale des femmes en souvenir de ces ouvrières de Saint-Pétersbourg. Et ce n’est qu’après la guerre, après 1945, qu’elle sera célébrée dans les pays socialistes du monde entier. L’ONU l’officialise ensuite en 1977.

    En France, cette journée voit le jour le 8 mars 1982, à l’initiative du Mouvement de libération des femmes (MLF) et de la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy. Ce jour-là, le président Mitterrand reçoit 400 femmes à l’Elysée.


    Pour en savoir plus sur la vie de Clara Zetkin : 
    Le livre “Je veux me battre partout où il y a de la vie », éditions Hors D’Atteinte.

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