Archives par étiquette : féminisme

Prise de notes sur l’ouvrage de Mark Mazower, Le continent des ténèbres, une histoire de l’Europe du XXème siècle

Marc MAZOWER, Le continent des ténèbres, Une histoire de l’Europe du XXème siècle, 2021, 1ere édition 1998, 688 p.

Mazower adopte une démarche comparatiste à l’échelle européenne. Refusant les histoires nationales, il met en évidence les circulations d’idées, les influences réciproques et les expériences politiques communes qui traversent le continent tout au long du XXᵉ siècle.

La démocratie n’est jamais gagnée

Mazower part d’une idée simple. La victoire de la démocratie n’est pas irréversible. Elle est la conséquence de la victoire des forces démocratiques sur les régimes autoritaires et conservateurs. Elle n’est pas définitive car le régime démocratique, faisant l’objet de critiques légitimes, peut aussi être sacrifié au profit de régimes bien plus autoritaires.

Pour étayer sa thèse de départ, Mazower montre, par exemple, que, pour Churchill, pourtant dirigeant d’un régime parlementaire, la démocratie est l’exception. Il est prêt, pour cela, à s’allier avec l’Italie mussolinienne au début des années 1920. Dans l’Europe des années 1920-1930, l’anticommunisme l’emporte sur la démocratie dans toute l’Europe centrale, avec l’instauration de régimes autoritaires de droite. Mussolini affirme : « Le siècle actuel est le siècle de l’autorité, un siècle de « droite », un siècle fasciste. » Dans le même temps, la démocratie peut parfois creuser sa propre tombe par son absence de dialogue politique et de consensus démocratique. Les contradictions sont si aiguës que le cadre démocratique ne peut plus exister, comme ce fut le cas de la République de Weimar.

Mussolini rend visite à Hitler en 1940 à Munich.

Ainsi, la conception démocratique du pouvoir d’État est toujours en jeu. Cet ouvrage interroge le passé, mais il questionne aussi le présent. Il montre que les forces démocratiques peuvent être mises en minorité. Dans ces cas, la suppression de la liberté de conscience se retourne contre les peuples de façon très concrète.

L’idée démocratique rencontre le nationalisme

Le nationalisme déstructure les attachements dynastiques et religieux et crée de nouvelles solidarités. La communauté devient nationale ; pourtant, les territoires de ces États-nations ne sont pas homogènes. Ainsi, plusieurs modèles de règlement de l’hétérogénéité nationale apparaissent :

  • L’URSS lance une tentative de solution fédérale où les élites locales se déploient dans un cadre administratif territorial. L’enseignement dans les républiques soviétiques se réalise dans les langues locales, mais l’État est dirigé de façon très centralisée par le PCUS.
  • Les États libéraux et démocratiques tentent, après la Première Guerre mondiale, avec la SDN, de former de nouveaux États-nations garantissant des droits aux minorités. Cette SDN, pourtant, ne reconnaît pas l’égalité des peuples : la proposition japonaise d’égalité des races est repoussée. Ces États ont bien du mal à imposer leurs conceptions aux nouveaux venus au banc des nations. En Pologne, par exemple, le parti paysan polonais défend l’égalité des droits, sauf pour les Juifs, qui seraient une « nation étrangère et consciente de l’être ».
  • Enfin, se développe un nationalisme exclusiviste, porté à son paroxysme par les partis fascistes, dont, en premier lieu, le parti nazi. Pour Carl Schmitt, une démocratie de masse réclame « d’abord l’homogénéité et ensuite, si nécessaire, l’élimination ou l’éradication de l’hétérogénéité ». Il affirme également qu’« une démocratie démontre sa force politique en sachant rejeter ou tenir en lisière tout ce qui, lui étant étranger et inégal, menace son homogénéité ». Il défend ainsi la vision d’un peuple pur et mythifié, uni comme un seul homme. Toute division susceptible d’affaiblir cette unité serait alors considérée comme antinationale.

Le modèle fasciste face à la démocratie

« Qui n’a pas la force de lutter pour sa propre santé perd le droit de vivre dans ce monde de lutte » (Hitler). Cette citation résume toute la conception nazie du rôle de l’individu dans la société : un darwinisme social dans lequel le plus fort triomphe du « faible ».

Caricature antisémite montrant un Juif qui tient en laisse un fonctionnaire soviétique. Légende : « La personne “idéale” pour le peuple élu : les goûts, ça ne se discute pas. »

Cependant, dans ce combat entre démocratie et fascisme, la défense de la liberté, à elle seule, ne peut suffire, d’après Mazower, à combattre le fascisme ni à entraîner les larges masses dans la défense de la démocratie. C’est pourquoi la victoire de la démocratie sur le nazisme s’accompagne également d’une « conception nouvelle de la solidarité sociale et de la cohésion nationale ». De la même façon, la défaite des fascismes a fait émerger un « consensus antiraciste international ».

Le fascisme entend rétablir le modèle familial remis en cause par la révolution industrielle. Il s’oppose ainsi au modèle soviétique, qui cherche à émanciper les femmes à travers la lutte contre l’Église et les pouvoirs patriarcaux, même si un retour en arrière s’opère sur leur condition à partir des années 1930. Plus largement, les États favorisent la natalité afin de préparer de futurs soldats.

Cette conception de la domination du fort sur le faible conduit à un eugénisme radical : stérilisation forcée des malades mentaux, des criminels, des délinquants, des Tsiganes et des enfants métis.

La crise du capitalisme : modèle soviétique et exacerbation des nationalismes

Avec la crise économique et la destruction de denrées destinées à maintenir les prix, le capitalisme de marché apparaît de moins en moins rationnel. Les gouvernements tentent de répondre à la crise par des politiques d’austérité et de déflation qui, loin de la résoudre, contribuent à l’aggraver.

Dans ce contexte, le système soviétique peut apparaître comme une alternative. En 1929, Staline impose, par la force, la collectivisation de l’agriculture afin de mieux approvisionner les villes. L’URSS met ainsi durablement son agriculture en difficulté, pour plusieurs générations. De nouvelles villes industrielles surgissent rapidement, comme Magnitogorsk, alors la plus grande aciérie du monde. Cette industrialisation à marche forcée favorise une véritable ascension sociale pour de nombreux paysans et ouvriers. Toutefois, cette promotion sociale s’effectue au prix de leurs libertés. Ainsi, près de 10 % des paysans ayant bâti Magnitogorsk meurent lors de la construction de la ville. Comme l’écrit Mazower, « le stalinisme, c’était la terreur et la répression, mais c’était aussi d’excitantes opportunités d’ascension sociale, à la différence de la société tsariste figée dans sa hiérarchie ».

Usine de tracteurs de Magnitogorsk – https://www.johndclare.net/Russ11_Magnitogorsk.htm

En Europe de l’Ouest, les États répondent également à la crise par des politiques de planification, une politique commerciale protectionniste et l’instauration de barrières douanières. En Allemagne, un service de travail obligatoire est instauré, avec un contrôle des salaires et des campagnes contre le travail féminin. Grâce à la remilitarisation, l’Allemagne atteint le plein-emploi en 1939. La reprise économique de l’Italie et de l’Allemagne est notamment liée à la militarisation de leur État. En outre, dans les relations entre ouvriers et patrons, les régimes fascistes arbitrent largement en faveur de ces derniers. Ils demeurent ainsi des économies fondées sur de bas salaires.

En France, Mazower tend à minimiser l’expérience du Front populaire. Il estime que les acquis obtenus étaient, pour la plupart, déjà en vigueur dans d’autres pays européens et que la politique du franc fort a finalement sonné le glas de cette expérience.

Le nouvel ordre hitlérien : un ordre européen au service de la domination allemande

Hitler souhaite établir en Europe de l’Est un véritable « empire des Indes », fondé sur une hiérarchie raciale clairement définie. À ses yeux, l’Allemagne est légitime à dominer l’Europe, de la même manière que les États-Unis contrôlent l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Au cours de sa guerre européenne, il fait peser le poids de l’économie de guerre sur les territoires conquis afin de garantir au peuple allemand un niveau de consommation satisfaisant. C’est pourquoi il accorde peu d’importance aux nazis locaux, qu’il méprise.

Les nazis mènent une guerre à la fois totale et raciale. Les prisonniers de guerre soviétiques meurent par millions, alors même que le Reich manque de main-d’œuvre. Cette guerre entraîne une radicalisation constante du régime : les élites polonaises sont éliminées, les universités sont fermées et les Polonais sont réduits à une simple obéissance envers les Allemands. Cette radicalisation à l’Est conduit finalement à l’extermination des Juifs.

L’émergence d’un nouvel ordre démocratique dans une paix violente

Pendant la guerre, Léon Blum évoque l’idée d’une « démocratie populaire », appelée à devenir une « démocratie sociale ». De son côté, William Beveridge défend l’idée d’un « communisme dans des conditions démocratiques ». La question d’une démocratie fondée sur la solidarité sociale est alors posée. Durant cette période, les opinions publiques évoluent vers la gauche et valorisent davantage les expériences collectives ainsi que les politiques de solidarité. À l’inverse, Friedrich von Hayek dénonce, dès 1944, le « socialisme démocratique ». Pourtant, en Europe, des économies mixtes et des protections sociales se mettent progressivement en place. Parallèlement, les droits des femmes, l’antiracisme, le droit international et les droits de l’homme s’affirment.

La Seconde Guerre mondiale est d’abord un affrontement militaire engagé par Hitler, mais elle constitue également une guerre entre races, groupes religieux et communautés ethniques. Elle est aussi une guerre de classes et une succession de guerres civiles opposant collaborateurs et résistants. Même après la Libération, un fort antisémitisme subsiste en Pologne, poussant de nombreux Juifs à émigrer vers Israël. Comme l’écrit Mazower, les Arabes palestiniens « durent payer le refus de l’Europe de réintégrer ce qui restait de sa population juive ». Par ailleurs, cinq millions d’Allemands d’Europe orientale sont déplacés vers l’Ouest.

La Libération est particulièrement violente dans les régions où les résistances sont les plus fortes et les plus divisées, et où le conflit s’est transformé en véritable guerre sociale, comme en Grèce ou en Yougoslavie. Dans les démocraties populaires, les purges permettent aux nouveaux régimes de consolider leur pouvoir et de renforcer, dans un premier temps, leur popularité.

Les démocraties populaires à l’Est : le progrès social au milieu de la terreur

À l’Est, l’URSS ne se prépare pas à une nouvelle guerre. Mazower remet ainsi en cause le mythe d’une Union soviétique « le fusil au pied », prête à envahir l’Europe occidentale. L’URSS s’appuie au contraire sur des élites locales afin de promouvoir un nationalisme associé à « une utopie urbaine et industrielle ». Les dirigeants communistes entreprennent ainsi une modernisation rapide de leurs pays. En Hongrie, par exemple, Gerő est présenté comme un bâtisseur, symbole de cette politique de modernisation.

Cependant, les communistes éliminent progressivement leurs opposants par la marginalisation politique, la censure, l’interdiction de nombreux ouvrages et la mise en place de régimes policiers. Dès 1947, la terreur et la planification deviennent les fondements du système. Des progrès importants sont néanmoins réalisés dans le domaine de la santé, avec la multiplication des hôpitaux, le développement des universités et la gratuité des soins. Les inégalités sont également limitées. Toutefois, les pénuries, la corruption et les prélèvements économiques imposés par l’URSS finissent par fragiliser ce modèle.

L’imposition d’un modèle démocratique en Europe de l’Ouest

Après-guerre, les sociétés européennes expriment une forte demande de solidarité sociale, qui se traduit notamment par des taux d’imposition élevés destinés à financer l’État-providence. Toutefois, les inégalités de revenus demeurent importantes et les principaux bénéficiaires de ce système sont ceux qui profitent du plein-emploi. Dès les années 1950 et 1960, cependant, l’individualisme et la consommation de masse ébranlent progressivement cet État-providence. Les solidarités collectives sont peu à peu érosées par la montée de l’individualisme, entraînant un affaiblissement de la conscience collective.

Avec Mai 68, les femmes obtiennent des avancées importantes. Mazower évoque notamment l’exemple de Franca Viola, jeune Italienne violée qui refuse, pour la première fois, d’épouser son agresseur. Plus largement, Mai 68 nourrit une critique de toutes les formes d’autorité — politique, militaire, patronale — et conduit, dans plusieurs pays, à un renforcement des moyens accordés aux universités.

Franca Viola

La crise du contrat social

Le choc pétrolier met en évidence la « vulnérabilité du capitalisme européen ». Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher entreprend de démanteler l’État-providence par une politique de privatisations et un renforcement des pouvoirs de l’État face aux mouvements sociaux, notamment lors des grèves des mineurs. Aucun autre pays européen ne suit intégralement ce modèle, même si la France engage également plusieurs vagues de privatisations. C’est sous Thatcher qu’émerge le concept de société post-industrielle, reléguant au second plan le rôle fondamental de l’industrie dans l’économie.

Grèves dures en Angleterre (1984-1985) et répression de l’Etat par la Dame de fer,

Les années 1980 et 1990 sont marquées par un changement de regard sur la pauvreté : les pauvres sont de plus en plus considérés comme responsables de leur propre situation. Les sociétés européennes tolèrent davantage les inégalités sociales ; en 1993, près de 17 % de la population de l’Union européenne vit sous le seuil de pauvreté. Les immigrés deviennent progressivement la cible privilégiée des partis d’extrême droite, même si les politiques d’expulsion restent encore peu soutenues par l’opinion publique à la fin des années 1990. Mazower évoque ainsi un véritable « désenchantement démocratique » nourri par ces incertitudes économiques et sociales.

L’effondrement du communisme

Au cours des années 1980, le modèle communiste entre dans une phase de stagnation caractérisée par les pénuries, la désindustrialisation et les catastrophes écologiques. Surtout, les partis communistes connaissent un « effondrement de la foi dans l’idéologie socialiste ». En Pologne, face à Solidarność, les militaires prennent le pouvoir. Dans les autres démocraties populaires, les directions vieillissantes cherchent parfois à renforcer leur légitimité en mobilisant le nationalisme.

C’est avant tout la crise de l’Union soviétique qui desserre son emprise sur les démocraties populaires. Les pays baltes revendiquent davantage d’autonomie et affirment la supériorité de leurs lois sur la législation fédérale. La Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche et, en Pologne, des gouvernements non communistes accèdent au pouvoir.

Les politiques inspirées du modèle thatchérien sont alors rapidement mises en œuvre : privatisations massives, recul de la protection sociale, hausse des inégalités et progression du chômage. L’individualisme s’impose progressivement au détriment de l’économie morale héritée du communisme. Dans le même temps, le nationalisme remplace rapidement le communisme comme principal référent politique. La disparition du bloc de l’Est fait également ressurgir des antagonismes nationaux longtemps contenus. Certains mouvements nationalistes développent alors un discours exclusif, parfois antisémite, et réhabilitent d’anciens collaborateurs des nazis, tels qu’Antonescu en Roumanie, Pavelić en Croatie ou Tiso en Slovaquie.

Conclusion

Pour Mazower, le véritable vainqueur de 1989 n’est pas la démocratie, mais le capitalisme. Celui-ci a progressivement détruit les anciennes solidarités de classe et accru l’insécurité sociale des individus. Face à cette montée de l’individualisme, les formes d’identités collectives apparaissent comme des repères essentiels, voire comme des refuges. Dans cette perspective, l’État-nation et le sentiment d’appartenance nationale demeurent des références majeures. Finalement, Mazower met en lumière plusieurs enseignements essentiels pour comprendre la situation contemporaine :

  1. La démocratie et la liberté ne suffisent pas, à elles seules, à assurer la pérennité d’un régime démocratique. À l’ère des sociétés de masse, elles doivent intéresser la majorité de la population et s’accompagner d’une politique de justice sociale capable de répondre aux attentes des citoyens.
  2. Le fascisme, lorsqu’il vainc ses adversaires, s’en prend rapidement aux minorités que la démocratie protégeait. Il cherche à éliminer tout ce qui fait obstacle à une homogénéité nationale largement mythifiée. Or, une nation rassemble des individus aux origines, aux cultures, aux expériences sociales et aux opinions diverses. Elle peut être unifiée par un pouvoir autoritaire, mais aussi par un cadre politique démocratique. Dans la pensée nationaliste, la nation est présentée comme une communauté capable de transcender les divisions sociales et les intérêts de classe.
  3. Les régimes communistes ont pu apparaître, pendant un temps, comme une véritable alternative au capitalisme. Ils ont cependant échoué, tant sur le plan démocratique qu’économique, à susciter une adhésion durable et à favoriser un progrès individuel suffisant, notamment à partir du tournant des années 1950-1960.
  4. La victoire sur le fascisme en 1945 a permis, durant plusieurs décennies, d’associer le développement de la démocratie à d’importants progrès sociaux : consolidation de l’État social, lutte contre le racisme, affirmation des droits des femmes, développement du droit international et promotion des droits humains.
  5. Depuis les années 1980, la montée du capitalisme libéral s’accompagne d’une hausse globale des revenus, mais aussi d’une remise en cause du contrat social construit après 1945. Cette évolution fragilise les conceptions démocratiques héritées de l’après-guerre.

Quelle était la place des femmes à la préhistoire ?

https://www.mnhn.fr/fr/quelle-etait-la-place-des-femmes-a-la-prehistoire

La femme préhistorique avait un rôle tout aussi essentiel que son homologue masculin. Elle s’occupait du groupe, confectionnait des outils, aidait à la chasse et participait sans doute aux premières activités artistiques. 

Des clichés à déconstruire

La femme préhistorique a d’abord souffert de beaucoup d’a priori et de clichés. On oppose pendant longtemps un homme fort, triomphant à la chasse, à une femme sans force. Une vision que l’on doit avant tout aux préjugés qui ont cours jusqu’au début du XXe  siècle, où la femme est considérée comme inférieure à l’homme par nature.

Pourtant dans les sociétés du Paléolithique, les femmes ont un rôle aussi essentiel que celui des hommes, tant économique que social. Elles œuvrent dans la sphère domestique mais également symbolique. En effet, aucune preuve archéologique n’exclut leur participation à toutes les tâches : portage et éducation des enfants, confection d’outils, d’armes ou de parure (la taille de la pierre ou de l’os exige plus d’habileté que de  force physique), construction des habitats, collecte et cueillette, traitement du gibier (dépeçage, cuisine, peaux), voire même participation à la chasse non seulement au petit mais également aux grands mammifères.

L’étude des squelettes de néandertaliens de sexe féminin montre souvent un bras avec une attache musculaire comparable à celle des hommes. Autrement dit, les femmes elles aussi pouvaient effectuer des activités nécessitant une certaine force musculaire.

Hommes et femmes pratiquent l’art

Récemment, plusieurs études ont avancé que les empreintes de mains que l’on rencontre fréquemment dans l’art pariétal appartenaient le plus souvent à des hommes mais aussi à des femmes, les deux s’impliquent donc ensemble dans l’art des cavernes, une pratique chargée de beaucoup de symboles et de mystères pour les humains de l’époque.

Si la femme était moins mobile de par son rôle dans la reproduction (grossesse puis allaitement), cela ne l’empêchait pas de participer activement aux activités du groupe.

Article revu en 2023.

Remerciements à Marylène Patou-Mathis, Directrice de Recherche au Muséum d’histoire naturelle (UMR 7194, Histoire naturelle de l’Homme préhistorique)

Musée National d’Histoire Naturelle

Le travail des femmes au XIXème siècle

Michelle Perrot, grande historienne du travail des femmes, estime que la révolution industrielle a mis sur le devant de la scène le travail productif et a séparé davantage le travail à l’usine, à l’extérieur de celui au domicile de l’ouvrière (exemples : l’artisanat de la chaise, machine à coudre…). Pour comprendre, l’histoire du travail féminin, il faut d’abord saisir le caractère primordial de la famille, des rapports de sexe et sociaux. Le travail peut contribuer à l’émancipation des femmes mais la famille en tant que rapport social doit aussi être transformée. Autrement dit, l’obtention d’un travail par les femmes ne suffit pas à les émanciper (c’est une condition nécessaire mais insuffisante).

Avant 1914, les femmes sont employées pour beaucoup d’entre elles comme nourrices et domestiques : environ un million d’entre elles. Mal payées, elles sont plus « libres » que les ouvrières mais souvent plus seules et solitaires.

En 1906, les ouvrières représentent 25 % de l’emploi féminin. Les trois quarts de ces ouvrières travaillent dans le textile. Ce travail féminin est souvent vue comme un travail d’appoint, donc sous-payé, intermittent, lié au statut matrimonial (grossesse, enfants…). Le travail féminin accorde une place particulière au corps : « décence » de présentation, rectitude du geste. Les femmes doivent supporter tout un code de discipline. Elles ont un statut d’éternelle mineure. Pourtant nombre de ces femmes ne se laissent pas faire et résistent  : bavardages malgré l’interdiction en usine, chants, absentéisme, grève, manifestation…

Le cas des ouvrières d’Etat du tabac et des allumettes

Les femmes travaillant dans ces usines subissent une discipline tatillonne et lourde : elles servent la machine. Cependant, comparé à d’autres secteurs, les femmes sont bien mieux payées, nombre d’entre elles sont d’ailleurs qualifiés. Ces dernières réalisent un apprentissage de deux années et confectionnent des cigares, il s’agit presque d’un travail artisanal. Pour les moins qualifiées qui manient des machines, deux mois suffisent mais elles ont besoin de dextérité car elles manient de lourdes machines.

Pour les ouvrières des allumettes, le travail est à la chaine. Les ouvrières sont cependant solidaires entre elles car leur métier est dangereux : le phosphore blanc provoque des nécroses, ce qui entraine la perte d’une partie de la mâchoire. Même des ouvrières de 20-25 ans pouvaient voir la moitié de leur mâchoire retirée. Peu d’entre elles survivaient après l’opération. Cela montre bien les conditions de travail dangereuses dans lesquelles évoluaient ces ouvrières. D’ailleurs entre 1893-1895, des grèves éclatent pour qu’on cesse d’appliquer ce produit toxique.

Dans ces usines d’Etat, la discipline est forte : les ouvrières doivent disposer d’un « certificat de bonne vie et mœurs ». Ces usines sont souvent comparées à des « couvents laïques » tant la discipline est forte pour ces femmes : la cloche annonce le début et la fermeture du travail : un retard entraine la perte d’une journée de travail. Elles sont souvent fouillées en cas de vol, une humiliation quotidienne mal supportée. Beaucoup d’entre se syndiquent pour humaniser leurs conditions de travail. Cependant, l’existence d’une retraite, la stabilité de leur emploi amène beaucoup de ces femmes à faire carrière.

Aller plus loin :

Michelle Perrot (dir), « travaux de femmes dans la France du XIXème siècle », Mouvement social n°105, octobre-décembre 1978.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57317237

La grève victorieuse des allumettières anglaises, https://www.retronews.fr/politique/echo-de-presse/2022/02/28/la-greve-victorieuse-des-matchgirls-anglaises

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_ouvri%C3%A8res_des_manufactures_d%E2%80%99allumettes_%C3%A0_Londres_en_1888

Clara Zetkin, la femme qui a inventé la journée internationale des droits des femmes

Ecoutez ce podcast de France Info sur l’histoire du 8 mars, journée internationale des droits des femmes et lisez l’article de France Info:

C’est dans l’esprit de cette féministe socialiste allemande qu’est née l’idée de créer une journée internationale des droits des femmes, en 1910.

C’est dans l’esprit de cette féministe socialiste allemande qu’est née l’idée de créer une journée internationale des droits des femmes, en 1910.

Article rédigé par franceinfo – Manon Mella

Publié le 08/03/2021 12:35

Clara Zetkin, la militante socialiste allemande qui a inventé la journée des droits des femmes. (STÉPHANIE BERLU / FRANCE-INFO)
Clara Zetkin, la militante socialiste allemande qui a inventé la journée des droits des femmes. (STÉPHANIE BERLU / FRANCE-INFO)

Le principe de créer une journée internationale autour de la cause des droits femmes est né en 1910 à Copenhague, à l’occasion de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes. Lors de cette conférence, l’Allemande Clara Zetkin prononce un discours et propose de créer une journée internationale des femmes qui serait organisée par les socialistes de tous les pays, chaque année. Le but est de servir la lutte pour le droit de vote des femmes.

Clara Zetkin naît en 1857 dans le royaume de Saxe, au sein de l’Empire allemand. Son père, Gottfried Eissner, est instituteur et sa mère, Josephine Vitale Eissner, se consacre aux questions féministes. À l’époque, les facultés allemandes n’acceptent pas les femmes mais sa mère parvient quand même à l’inscrire dans un institut d’éducation des jeunes filles à Leipzig, pour devenir institutrice. Sa professeure de littérature, Auguste Schmidt, est celle qui a fondé la première association féministe d’Allemagne, l’Allgemeiner Deutscher Frauenverein (ADF, Association générale des femmes allemandes). Clara Zetkin évolue donc dès le plus jeune âge dans cette sphère féministe.

À 18 ans, elle rencontre son compagnon, Ossip Zetkin, un révolutionnaire russe en exil. Petit à petit, elle découvre à ses côtés les idées du socialisme révolutionnaire. Elle obtient son diplôme de professeure et décide de s’éloigner de sa famille et du « féminisme bourgeois » qu’elle juge trop libéral et individualiste. Clara Zetkin rejoint le parti socialiste ouvrier d’Allemagne (Sozialistische Arbeiterpartei, ou SAP) à partir de 1878. Elle a 21 ans. En 1882, elle s’installe à Paris avec compagnon qui vient d’être expulsé d’Allemagne. Elle fréquente les socialistes de Paris, dont la fille de Karl Marx.

La socialiste allemande Clara Zetkin dans les années 1890. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)
La socialiste allemande Clara Zetkin dans les années 1890. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)

En 1889, alors que son compagnon vient de succomber à la tuberculose, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième Internationale ouvrière, grande organisation mondiale du mouvement socialiste. Clara est attendue pour faire un rapport sur la condition des travailleuses allemandes, mais elle décide plutôt de parler du principe même du travail des femmes et de leur rôle dans la lutte des classes. Au moment où elle prononce ce discours, les socialistes sont encore très divisés sur la question du travail des femmes. Certains pensent que cela pourrait faire baisser les salaires, d’autres estiment encore que leur place est au foyer.

Elle a structuré un important mouvement social-démocrate féminin

Dans ce discours, Clara Zetkin insiste sur l’importance de l’indépendance économique mais aussi sur le fait que, pour elle, l’émancipation des femmes passe également par une émancipation vis-à-vis du capitalisme. Elle s’en prend aussi à ce qu’elle appelle « le féminisme bourgeois ».

De même que le travailleur est sous le joug du capitaliste, la femme est sous le joug de l’homme et elle le restera aussi longtemps qu’elle ne sera pas indépendante économiquement.Clara Zetkin

Congrès fondateur de la Deuxième Internationale ouvrière, Paris (1889)

Son discours est remarqué et on peut dire que ce jour-là, une ligne Clara Zetkin est née. Après ça, en 1892, elle fonde le journal Die Gleichheit (« L’Egalité »). Outil d’éducation populaire des femmes ouvrières, le journal permet à Clara Zetkin de diffuser ses idées jusqu’en 1917. Le journal participera à structurer un important mouvement social-démocrate féminin.

À ce moment-là, les femmes n’ont pas le droit d’adhérer à un parti politique mais cela n’empêche pas Clara Zetkin de créer une structure parallèle au parti social-démocrate allemand (SPD). Dans cette structure à moitié clandestine, on retrouve Rosa Luxemburg, fidèle amie de Clara. Les adhérentes de ce parti tentent d’organiser une conférence des femmes socialistes mais celle-ci est empêchée par la police. Ce n’est qu’en 1900 que cette conférence parvient à exister. Elle se réunira avant chaque congrès du parti. 

Clara Zetkin (au centre) avec deux membres du SPD (Mathilde Wurm et Lore Agnes), en 1920. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)
Clara Zetkin (au centre) avec deux membres du SPD (Mathilde Wurm et Lore Agnes), en 1920. (ULLSTEIN BILD DTL VIA GETTY IMAGES)

Vers 1906, les lois qui interdisaient la politique aux femmes s’assouplissent peu à peu et celles-ci peuvent officiellement adhérer au SPD. La section féminine du parti y est officiellement rattachée. 

Elle organise la première Internationale des femmes socialistes

En 1907, Clara Zetkin organise à Stuttgart la toute première Internationale des femmes socialistes. 59 représentantes de 15 pays différents se rencontrent pour la première fois. La conférence est un véritable succès sur le plan de la fréquentation. Clara Zetkin devient la présidente de l’internationale et son journal, Die Gleichheit, son organe officiel. Ce jour-là, la conférence adopte une résolution sur le droit de vote des femmes.

En août 1910, à Copenhague (Danemark), se tient la deuxième Internationale des femmes socialistes. Clara Zetkin y prononce un discours dans lequel elle propose de créer une journée internationale des femmes. Celle-ci serait organisée par les socialistes de tous les pays du monde entier chaque année. Aucune date n’est avancée. Le but est de servir la lutte pour le droit de vote des femmes.

Mais attention, pour Clara Zetkin, il n’est pas question de lutter main dans la main avec les féministes bourgeoises. Car si les femmes sont opprimées c’est à cause du système capitaliste, estime Clara. Cette ligne lui vaudra pas mal de critiques.

Mais peu importe. Sa proposition est adoptée et c’est le 19 mars 1911 que la journée est célébrée pour la première fois. Ce jour-là, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, plus d’un million de femmes descendent dans les rues pour manifester. En parallèle, la Russie célèbre une Journée internationale des ouvrières le 3 mars 1913, puis le 8 mars 1914. D’après la chercheuse Alessandra Gissi, il s’agit du premier véritable 8 mars. 

Le 8 mars 1917, des ouvrières manifestent à Saint-Pétersbourg

Le 8 mars 1917, à Saint Petersbourg, des manifestations d’ouvrières éclatent. Les femmes réclament du pain et le retour de leurs maris partis au front. C’est le premier jour de la Révolution russe. Le 8 mars 1921, Lénine décide de fixer cette date pour célébrer une journée internationale des femmes en souvenir de ces ouvrières de Saint-Pétersbourg. Et ce n’est qu’après la guerre, après 1945, qu’elle sera célébrée dans les pays socialistes du monde entier. L’ONU l’officialise ensuite en 1977.

En France, cette journée voit le jour le 8 mars 1982, à l’initiative du Mouvement de libération des femmes (MLF) et de la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy. Ce jour-là, le président Mitterrand reçoit 400 femmes à l’Elysée.


Pour en savoir plus sur la vie de Clara Zetkin : 
Le livre “Je veux me battre partout où il y a de la vie », éditions Hors D’Atteinte.

Retrouvez le podcast Héroïnes en audio sur l’application de Radio France, Apple Podcast, Spotify, Deezer, Podcast Addict et en vidéo sur le compte Instagram de franceinfo.