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Augereau Anne et Darmangeat Christophe, Aux origines du genre

Presse Universitaire de France, Paris, 2022 (édition de 2024)

Cet ouvrage est intéressant tant il ouvre une réflexion sur le genre sur les temps les plus anciens de l’Humanité, la préhistoire. Il pose notamment la question de savoir si la division génrée de la société est biologique ou si c’est un construit historique des sociétés. Rigoureux les auteurs cherchent surtout à poser les termes du débat, sans pouvoir le clore, faute de preuves historiques. Pour eux, « étudier le genre, c’est étudier les rapports de pouvoir et de domination entre les femmes et les hommes, ainsi que les processus sociaux par lesquels les individus en sont imprégnés, de leur naissance à leur mort » (page 26).

L’opuscule s’ouvre par une épaisse contribution d’Anne Augereau et Christophe Darmangeat. Les auteurs remettent en question la thèse classique d’un matriarcat préhistorique où les femmes domineraient la société. Pour eux, il s’agit d’une « chimère » (page 16). Cette affirmation, précisent les auteurs, ne signifient pas que le patriarcat soit indépassable ou un « trait culturel universel » (page 9). Mais ils incitent à ne pas chercher dans la préhistoire des arguments pour abolir le patriarcat ou la division genrée d’aujourd’hui. En effet, la fin de la domination masculine est une « idée entièrement nouvelle dans les sociétés humaines » et il ne faut pas appréhender la préhistoire comme un « passé imaginaire »(page 17).

Les auteurs expliquent comment ils mènent leurs enquêtes, notamment par l’archéologie. La division sexuelle en effet, laisse des empreintes, sur les os (attaches musculaires, microtraumatismes osseux) ou dans les sépultures (outils, armes et traces de leurs usages). Pour le néolithique rubané (5.600 – 4.900 avant JC), les hommes pratiquent la chasse grâce à des herminettes en pierre polie. Les auteurs constatent des différences alimentaires entre les hommes se nourrissant de davantage de viandes que les femmes, et souvent en meilleure santé. Cependant, cette différence sexuelle entraine-t-elle une inégalité ou une domination de genre ? Il est impossible d’aller plus loin.

Ils en concluent néanmoins que « toutes les sociétés connues sont genrées (…) au-delà des contraintes liées à leur sexe biologique » (page 18). Et ils expliquent que la propriété des armes par les hommes donnent un pouvoir à ceux-ci sur la société par la maîtrise de la politique extérieure, des guerres. Même s’il se trouve des sociétés où les femmes par le pouvoir économique peuvent parvenir à un certain équilibre (l’exemple des Indiens iroquois).

Cependant, « les régimes de genre ne se fondent pas sur un état naturel ancestral basé sur les différences biologiques de sexe » (page 37). C’est notamment Pascal Picq qui tâche d’analyser les rapports de genre chez les singes, notamment chez les chimpanzés et les bonobos qui sont nos plus proches cousins. Si les chimpanzés ont tendance à avoir une division plus genrée, les bonobos se caractérisent par un « équilibre des dominances entre les genres ». Surtout conclue-t-il, « la profonde séparation genrée des tâches qui marque les sociétés humaines depuis des millénaires ne s’observe ni chez les chimpanzés, ni chez les bonobos » (p. 55).

Dominique Henry-Gambier s’intéresse à la Dame du Cavillon, découverte réalisée en 1872 mais réévaluée dans les années 2000. Il se trouve que le squelette trouvé avec un crâne décoré de coquillage était celui d’une femme (grâce à l’analyse de l’os coxal). Il s’agit donc de comprendre que des générations d’archéologues, profession très souvent masculine jusqu’alors, ne se souciaient pas, auparavant, d’identifier le sexe des squelettes préhistoriques. Il ne pouvait s’agir que d’hommes. Avec les études historiques de genre, il y a donc un nouveau champ de recherche, de nouvelles perspectives archéologiques qui se sont ouvertes.

Enfin, la contribution d’Aline Thomas, Faire parler les morts, permet d’appréhender les divisions sexuelles des sociétés préhistoriques par l’archéologie : les hommes avaient tendance à frapper, lancer. Ils travaillent certainement le bois. Certains chassaient (maniaient l’arc) mais certainement pas tous non plus (division entre hommes eux mêmes). Quant aux femmes, la robustesse de leur humerus, dépassant celle des rameuses professionnelles actuelles, indiquent un travail physique important, potentiellement le travail de broyage des grains avec des meules.

Les données archéologiques et biologiques documentent donc certains aspects de la division sexuelles des activités des premières sociétés préhistoriques. Cependant, elles n’indiquent pas les hiérarchies, les rapports de domination. Une certitude néanmoins, « les données convergent tout au long du Néolithique et au-delà, après l’avènement de la métallurgie, vers des systèmes sociaux patrilinéaires et patrilocaux » (page 86).

Au final, c’est un ouvrage très intéressant pour faire le point sur les données des préhistoriens et sur les questions de genre.

Paul CABANNES

S01E07 – Genre et préhistoire [Anne Augereau]

Dans cet épisode, nous ferons connaissance avec Anne Augereau, archéologue à l’Inrap, spécialiste du néolithique, qui vient de faire paraître un ouvrage nommé Femmes néolithique, le genre dans les premières sociétés agricoles, aux éditions du Cnrs. Cet entretien sera pour nous l’occasion de vous faire connaître une discipline, l’archéologie du genre, et nous espérons, à travers la présentation de ses recherches, vous faire partager notre passion pour les analyses de genre appliquées à la préhistoire. Nous pourrons ensuite aborder la question de l’enseignement de la préhistoire dans le secondaire et sur la place qu’y occupent les femmes.

Bibliographie : 

  • Augereau Anne, Femmes néolithiques, le genre dans les premières sociétés agricoles, Cnrs éditions, 2021.
  • Belard Chloé, « Les objets archéologiques des sociétés anciennes sans textes peuvent-ils être « masculins » ou « féminins » ? », Historiens et Géographes, Nov.2020, pages 55-61.
  • Cohen Claudine, La femme des origines et Femmes de la Préhistoire, Belin, 2016.
  • Demoule Jean-Paul, La révolution néolithique, Le Pommier, 38, 2008.
    Demoule Jean-Paul, « Pouvoirs, sexes et genres ». Les Nouvelles de l’archéologie, 2015.
  • Dossier « Genre et archéologie ». Les Nouvelles de l’archéologie, n°140, juin 2015 , Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2015.
  • Patou-Mathis Marylène, L’homme préhistorique est aussi une femme, Allary Editions 2020.
  • Tabet Paola, « Les Mains, les outils et les armes », L’Homme, tome 19, n°3-4, 1979, pp. 5 – 61.
  • Testart Alain, L’amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail, Paris, Gallimard, 2014.
  • Testart Alain, La Déesse et le grain, Trois essais sur les religions néolithiques, Paris, Éditions Errance, 2010.
  • Testart Alain, L’amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque des Sciences Humaines, 2014.
  • Trémeaud Caroline, « La richesse des femmes ou comment l’archéologie vient au genre », Les Nouvelles de l’archéologie, 140, 2015, p. 35-41.

Quelle était la place des femmes à la préhistoire ?

https://www.mnhn.fr/fr/quelle-etait-la-place-des-femmes-a-la-prehistoire

La femme préhistorique avait un rôle tout aussi essentiel que son homologue masculin. Elle s’occupait du groupe, confectionnait des outils, aidait à la chasse et participait sans doute aux premières activités artistiques. 

Des clichés à déconstruire

La femme préhistorique a d’abord souffert de beaucoup d’a priori et de clichés. On oppose pendant longtemps un homme fort, triomphant à la chasse, à une femme sans force. Une vision que l’on doit avant tout aux préjugés qui ont cours jusqu’au début du XXe  siècle, où la femme est considérée comme inférieure à l’homme par nature.

Pourtant dans les sociétés du Paléolithique, les femmes ont un rôle aussi essentiel que celui des hommes, tant économique que social. Elles œuvrent dans la sphère domestique mais également symbolique. En effet, aucune preuve archéologique n’exclut leur participation à toutes les tâches : portage et éducation des enfants, confection d’outils, d’armes ou de parure (la taille de la pierre ou de l’os exige plus d’habileté que de  force physique), construction des habitats, collecte et cueillette, traitement du gibier (dépeçage, cuisine, peaux), voire même participation à la chasse non seulement au petit mais également aux grands mammifères.

L’étude des squelettes de néandertaliens de sexe féminin montre souvent un bras avec une attache musculaire comparable à celle des hommes. Autrement dit, les femmes elles aussi pouvaient effectuer des activités nécessitant une certaine force musculaire.

Hommes et femmes pratiquent l’art

Récemment, plusieurs études ont avancé que les empreintes de mains que l’on rencontre fréquemment dans l’art pariétal appartenaient le plus souvent à des hommes mais aussi à des femmes, les deux s’impliquent donc ensemble dans l’art des cavernes, une pratique chargée de beaucoup de symboles et de mystères pour les humains de l’époque.

Si la femme était moins mobile de par son rôle dans la reproduction (grossesse puis allaitement), cela ne l’empêchait pas de participer activement aux activités du groupe.

Article revu en 2023.

Remerciements à Marylène Patou-Mathis, Directrice de Recherche au Muséum d’histoire naturelle (UMR 7194, Histoire naturelle de l’Homme préhistorique)

Musée National d’Histoire Naturelle

Travaux des élèves de 6ème préhistoire

Préhistoire: De nouvelles découvertes sur Otzi

Une équipe de chercheurs de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig et de l’Institut d’étude des momies d’Eurac Research de Bolzano a analysé de nouveau le génome de la momie d’Ötzi à l’aide des méthodes de séquençage les plus récentes. L’étude a permis de corriger les résultats antérieurs concernant la descendance génétique d’Ötzi à partir de populations ayant migré depuis les steppes orientales et de tirer de nouvelles conclusions sur sa santé et son apparence, notamment en ce qui concerne la couleur de sa peau.

Reconstitution d’Otzi avant les nouvelles découvertes


Les progrès de la technologie de séquençage et un ensemble croissant de données de plus de 10 000 individus préhistoriques étudiés dans toute l’Europe ont en effet permis à l’équipe de recherche de reconstruire son génome avec plus de précision et de le comparer à ses contemporains.
Le patrimoine génétique de la plupart des Européens actuels résulte principalement du mélange de trois groupes ancestraux : des chasseurs-cueilleurs qui ont progressivement fusionné avec les premiers agriculteurs ayant migré d’Anatolie il y a environ 8000 ans et qui ont été rejoints plus tard par des éleveurs des steppes d’Europe de l’Est, il y a environ 4900 ans. Contrairement à la première étude, l’équipe n’a pas trouvé de traces génétiques de ces bergers des steppes dans le génome d’Ötzi (l’échantillon original avait été contaminé par de l’ADN moderne). La proportion de gènes de chasseurs-cueilleurs dans le génome d’Ötzi est également très faible. Parmi les centaines d’Européens qui ont vécu à la même époque qu’Ötzi et dont le génome est aujourd’hui disponible, celui d’Ötzi a plus d’ancêtres en commun avec les premiers agriculteurs anatoliens qu’avec n’importe lequel de ses homologues européens. D’un point de vue génétique, ses ancêtres semblent être arrivés directement d’Anatolie sans se mélanger à des groupes de chasseurs-cueilleurs.


L’étude a également permis d’obtenir des résultats intéressants concernant l’apparence d’Ötzi. Son type de peau, qui avait déjà été déterminé comme étant méditerranéen-européen lors de la première analyse du génome, pourrait avoir été plus foncé que ce que l’on supposait auparavant. Il s’agit de la couleur de peau la plus foncée enregistrée chez des individus européens contemporains. les chercheurs pensaient jusqu’ici que la peau de la momie s’était assombrie pendant sa conservation dans la glace, mais il est probable que ce que nous voyons maintenant est en fait en grande partie la couleur de peau originale d’Ötzi.

La momie d’Otzi


Des prédispositions génétiques à la calvitie ont été découvertes dans son ADN, même si cela ne permet pas de déterminer si cette prédisposition était apparente du vivant d’Ötzi, ni à quel point elle était prononcée. En tout cas, il faut rappeler que des mèches sombres de 9 cm de long ont été trouvées près de la momie.
D’autres facteurs héréditaires sont apparus au cours de l’étude, notamment un risque accru d’obésité et une prédisposition au diabète de type 2 à l’âge adulte. Il est toutefois probable que ces facteurs n’aient eu aucune incidence sur son mode de vie, qui était très actif et sain selon les normes actuelles.

Source: Site de Pierrick Auger

Aller plus loin sur Otzi

Les débuts de la Préhistoire: Le Paléolithique

Leçon n°1 : Les débuts de la Préhistoire, le Paléolithique

Questions vidéo : Les origines de l’Homme

  1. Qui est le 1èr Homme ? Quand a-t-il vécu ?
  2. Montre qu’il ne va pas rester l’Homme le plus ancien pour toujours ?
  3. Comment l’Homme est-il né ?
  4. Qui s’occupe de rechercher les traces de l’Homme préhistorique ?
  1. Comment appelle-t-on la première espèce humaine et de quand date-t-elle?
  2. Qu’est-ce qui différencie l’Homo erectus de l’Homo habilis?
  3. Qu’est-ce qui différencie l’Homo sapiens de l’Homo erectus?
  4. Quel type d’homme a utilisé ce premier outil (aidez vous du document 1)?
  5. Quand et par quel homme le feu a-t-il été domestiqué? Comment faisait-il sans doute du feu?
  1. A quelle époque l’Homo erectus quitte-t-il sans doute l’Afrique? Quels continents va-t-il gagner?
  2. Pourquoi les Homo erectus migrent-ils? Quelle nouvelle activité ont-ils pratiqué au cours de leur déplacement?
  3. Décrivez les migrations des Homo sapiens en quelques phrases en donnant des dates et en citant les continents.
  4. Quelle autre espèce les Homo sapiens rencontrent-ils en Europe? Que devient cette espèce?
  5. Citez un site archéologique par continent où l’on a retrouvé des vestiges des homo sapiens?

Le mode de vie à la Préhistoire

Les femmes à la Préhistoire

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Les ressources du cours (diapo, activités)

Aller plus loin

  • l’Homme frappait-il deux silex pour faire du feu?
  • Les dernières découvertes sur Otzi, l’homme préhistorique retrouvé dans la glace: Clique sur l’image
  • Explorer le site préhistorique de Brassempouy (Landes)
  • La domestication du feu, émission du Cours de l’Histoire de France Culture: