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Prise de notes sur l’ouvrage de Mark Mazower, Le continent des ténèbres, une histoire de l’Europe du XXème siècle

Marc MAZOWER, Le continent des ténèbres, Une histoire de l’Europe du XXème siècle, 2021, 1ere édition 1998, 688 p.

Mazower adopte une démarche comparatiste à l’échelle européenne. Refusant les histoires nationales, il met en évidence les circulations d’idées, les influences réciproques et les expériences politiques communes qui traversent le continent tout au long du XXᵉ siècle.

La démocratie n’est jamais gagnée

Mazower part d’une idée simple. La victoire de la démocratie n’est pas irréversible. Elle est la conséquence de la victoire des forces démocratiques sur les régimes autoritaires et conservateurs. Elle n’est pas définitive car le régime démocratique, faisant l’objet de critiques légitimes, peut aussi être sacrifié au profit de régimes bien plus autoritaires.

Pour étayer sa thèse de départ, Mazower montre, par exemple, que, pour Churchill, pourtant dirigeant d’un régime parlementaire, la démocratie est l’exception. Il est prêt, pour cela, à s’allier avec l’Italie mussolinienne au début des années 1920. Dans l’Europe des années 1920-1930, l’anticommunisme l’emporte sur la démocratie dans toute l’Europe centrale, avec l’instauration de régimes autoritaires de droite. Mussolini affirme : « Le siècle actuel est le siècle de l’autorité, un siècle de « droite », un siècle fasciste. » Dans le même temps, la démocratie peut parfois creuser sa propre tombe par son absence de dialogue politique et de consensus démocratique. Les contradictions sont si aiguës que le cadre démocratique ne peut plus exister, comme ce fut le cas de la République de Weimar.

Mussolini rend visite à Hitler en 1940 à Munich.

Ainsi, la conception démocratique du pouvoir d’État est toujours en jeu. Cet ouvrage interroge le passé, mais il questionne aussi le présent. Il montre que les forces démocratiques peuvent être mises en minorité. Dans ces cas, la suppression de la liberté de conscience se retourne contre les peuples de façon très concrète.

L’idée démocratique rencontre le nationalisme

Le nationalisme déstructure les attachements dynastiques et religieux et crée de nouvelles solidarités. La communauté devient nationale ; pourtant, les territoires de ces États-nations ne sont pas homogènes. Ainsi, plusieurs modèles de règlement de l’hétérogénéité nationale apparaissent :

  • L’URSS lance une tentative de solution fédérale où les élites locales se déploient dans un cadre administratif territorial. L’enseignement dans les républiques soviétiques se réalise dans les langues locales, mais l’État est dirigé de façon très centralisée par le PCUS.
  • Les États libéraux et démocratiques tentent, après la Première Guerre mondiale, avec la SDN, de former de nouveaux États-nations garantissant des droits aux minorités. Cette SDN, pourtant, ne reconnaît pas l’égalité des peuples : la proposition japonaise d’égalité des races est repoussée. Ces États ont bien du mal à imposer leurs conceptions aux nouveaux venus au banc des nations. En Pologne, par exemple, le parti paysan polonais défend l’égalité des droits, sauf pour les Juifs, qui seraient une « nation étrangère et consciente de l’être ».
  • Enfin, se développe un nationalisme exclusiviste, porté à son paroxysme par les partis fascistes, dont, en premier lieu, le parti nazi. Pour Carl Schmitt, une démocratie de masse réclame « d’abord l’homogénéité et ensuite, si nécessaire, l’élimination ou l’éradication de l’hétérogénéité ». Il affirme également qu’« une démocratie démontre sa force politique en sachant rejeter ou tenir en lisière tout ce qui, lui étant étranger et inégal, menace son homogénéité ». Il défend ainsi la vision d’un peuple pur et mythifié, uni comme un seul homme. Toute division susceptible d’affaiblir cette unité serait alors considérée comme antinationale.

Le modèle fasciste face à la démocratie

« Qui n’a pas la force de lutter pour sa propre santé perd le droit de vivre dans ce monde de lutte » (Hitler). Cette citation résume toute la conception nazie du rôle de l’individu dans la société : un darwinisme social dans lequel le plus fort triomphe du « faible ».

Caricature antisémite montrant un Juif qui tient en laisse un fonctionnaire soviétique. Légende : « La personne “idéale” pour le peuple élu : les goûts, ça ne se discute pas. »

Cependant, dans ce combat entre démocratie et fascisme, la défense de la liberté, à elle seule, ne peut suffire, d’après Mazower, à combattre le fascisme ni à entraîner les larges masses dans la défense de la démocratie. C’est pourquoi la victoire de la démocratie sur le nazisme s’accompagne également d’une « conception nouvelle de la solidarité sociale et de la cohésion nationale ». De la même façon, la défaite des fascismes a fait émerger un « consensus antiraciste international ».

Le fascisme entend rétablir le modèle familial remis en cause par la révolution industrielle. Il s’oppose ainsi au modèle soviétique, qui cherche à émanciper les femmes à travers la lutte contre l’Église et les pouvoirs patriarcaux, même si un retour en arrière s’opère sur leur condition à partir des années 1930. Plus largement, les États favorisent la natalité afin de préparer de futurs soldats.

Cette conception de la domination du fort sur le faible conduit à un eugénisme radical : stérilisation forcée des malades mentaux, des criminels, des délinquants, des Tsiganes et des enfants métis.

La crise du capitalisme : modèle soviétique et exacerbation des nationalismes

Avec la crise économique et la destruction de denrées destinées à maintenir les prix, le capitalisme de marché apparaît de moins en moins rationnel. Les gouvernements tentent de répondre à la crise par des politiques d’austérité et de déflation qui, loin de la résoudre, contribuent à l’aggraver.

Dans ce contexte, le système soviétique peut apparaître comme une alternative. En 1929, Staline impose, par la force, la collectivisation de l’agriculture afin de mieux approvisionner les villes. L’URSS met ainsi durablement son agriculture en difficulté, pour plusieurs générations. De nouvelles villes industrielles surgissent rapidement, comme Magnitogorsk, alors la plus grande aciérie du monde. Cette industrialisation à marche forcée favorise une véritable ascension sociale pour de nombreux paysans et ouvriers. Toutefois, cette promotion sociale s’effectue au prix de leurs libertés. Ainsi, près de 10 % des paysans ayant bâti Magnitogorsk meurent lors de la construction de la ville. Comme l’écrit Mazower, « le stalinisme, c’était la terreur et la répression, mais c’était aussi d’excitantes opportunités d’ascension sociale, à la différence de la société tsariste figée dans sa hiérarchie ».

Usine de tracteurs de Magnitogorsk – https://www.johndclare.net/Russ11_Magnitogorsk.htm

En Europe de l’Ouest, les États répondent également à la crise par des politiques de planification, une politique commerciale protectionniste et l’instauration de barrières douanières. En Allemagne, un service de travail obligatoire est instauré, avec un contrôle des salaires et des campagnes contre le travail féminin. Grâce à la remilitarisation, l’Allemagne atteint le plein-emploi en 1939. La reprise économique de l’Italie et de l’Allemagne est notamment liée à la militarisation de leur État. En outre, dans les relations entre ouvriers et patrons, les régimes fascistes arbitrent largement en faveur de ces derniers. Ils demeurent ainsi des économies fondées sur de bas salaires.

En France, Mazower tend à minimiser l’expérience du Front populaire. Il estime que les acquis obtenus étaient, pour la plupart, déjà en vigueur dans d’autres pays européens et que la politique du franc fort a finalement sonné le glas de cette expérience.

Le nouvel ordre hitlérien : un ordre européen au service de la domination allemande

Hitler souhaite établir en Europe de l’Est un véritable « empire des Indes », fondé sur une hiérarchie raciale clairement définie. À ses yeux, l’Allemagne est légitime à dominer l’Europe, de la même manière que les États-Unis contrôlent l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Au cours de sa guerre européenne, il fait peser le poids de l’économie de guerre sur les territoires conquis afin de garantir au peuple allemand un niveau de consommation satisfaisant. C’est pourquoi il accorde peu d’importance aux nazis locaux, qu’il méprise.

Les nazis mènent une guerre à la fois totale et raciale. Les prisonniers de guerre soviétiques meurent par millions, alors même que le Reich manque de main-d’œuvre. Cette guerre entraîne une radicalisation constante du régime : les élites polonaises sont éliminées, les universités sont fermées et les Polonais sont réduits à une simple obéissance envers les Allemands. Cette radicalisation à l’Est conduit finalement à l’extermination des Juifs.

L’émergence d’un nouvel ordre démocratique dans une paix violente

Pendant la guerre, Léon Blum évoque l’idée d’une « démocratie populaire », appelée à devenir une « démocratie sociale ». De son côté, William Beveridge défend l’idée d’un « communisme dans des conditions démocratiques ». La question d’une démocratie fondée sur la solidarité sociale est alors posée. Durant cette période, les opinions publiques évoluent vers la gauche et valorisent davantage les expériences collectives ainsi que les politiques de solidarité. À l’inverse, Friedrich von Hayek dénonce, dès 1944, le « socialisme démocratique ». Pourtant, en Europe, des économies mixtes et des protections sociales se mettent progressivement en place. Parallèlement, les droits des femmes, l’antiracisme, le droit international et les droits de l’homme s’affirment.

La Seconde Guerre mondiale est d’abord un affrontement militaire engagé par Hitler, mais elle constitue également une guerre entre races, groupes religieux et communautés ethniques. Elle est aussi une guerre de classes et une succession de guerres civiles opposant collaborateurs et résistants. Même après la Libération, un fort antisémitisme subsiste en Pologne, poussant de nombreux Juifs à émigrer vers Israël. Comme l’écrit Mazower, les Arabes palestiniens « durent payer le refus de l’Europe de réintégrer ce qui restait de sa population juive ». Par ailleurs, cinq millions d’Allemands d’Europe orientale sont déplacés vers l’Ouest.

La Libération est particulièrement violente dans les régions où les résistances sont les plus fortes et les plus divisées, et où le conflit s’est transformé en véritable guerre sociale, comme en Grèce ou en Yougoslavie. Dans les démocraties populaires, les purges permettent aux nouveaux régimes de consolider leur pouvoir et de renforcer, dans un premier temps, leur popularité.

Les démocraties populaires à l’Est : le progrès social au milieu de la terreur

À l’Est, l’URSS ne se prépare pas à une nouvelle guerre. Mazower remet ainsi en cause le mythe d’une Union soviétique « le fusil au pied », prête à envahir l’Europe occidentale. L’URSS s’appuie au contraire sur des élites locales afin de promouvoir un nationalisme associé à « une utopie urbaine et industrielle ». Les dirigeants communistes entreprennent ainsi une modernisation rapide de leurs pays. En Hongrie, par exemple, Gerő est présenté comme un bâtisseur, symbole de cette politique de modernisation.

Cependant, les communistes éliminent progressivement leurs opposants par la marginalisation politique, la censure, l’interdiction de nombreux ouvrages et la mise en place de régimes policiers. Dès 1947, la terreur et la planification deviennent les fondements du système. Des progrès importants sont néanmoins réalisés dans le domaine de la santé, avec la multiplication des hôpitaux, le développement des universités et la gratuité des soins. Les inégalités sont également limitées. Toutefois, les pénuries, la corruption et les prélèvements économiques imposés par l’URSS finissent par fragiliser ce modèle.

L’imposition d’un modèle démocratique en Europe de l’Ouest

Après-guerre, les sociétés européennes expriment une forte demande de solidarité sociale, qui se traduit notamment par des taux d’imposition élevés destinés à financer l’État-providence. Toutefois, les inégalités de revenus demeurent importantes et les principaux bénéficiaires de ce système sont ceux qui profitent du plein-emploi. Dès les années 1950 et 1960, cependant, l’individualisme et la consommation de masse ébranlent progressivement cet État-providence. Les solidarités collectives sont peu à peu érosées par la montée de l’individualisme, entraînant un affaiblissement de la conscience collective.

Avec Mai 68, les femmes obtiennent des avancées importantes. Mazower évoque notamment l’exemple de Franca Viola, jeune Italienne violée qui refuse, pour la première fois, d’épouser son agresseur. Plus largement, Mai 68 nourrit une critique de toutes les formes d’autorité — politique, militaire, patronale — et conduit, dans plusieurs pays, à un renforcement des moyens accordés aux universités.

Franca Viola

La crise du contrat social

Le choc pétrolier met en évidence la « vulnérabilité du capitalisme européen ». Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher entreprend de démanteler l’État-providence par une politique de privatisations et un renforcement des pouvoirs de l’État face aux mouvements sociaux, notamment lors des grèves des mineurs. Aucun autre pays européen ne suit intégralement ce modèle, même si la France engage également plusieurs vagues de privatisations. C’est sous Thatcher qu’émerge le concept de société post-industrielle, reléguant au second plan le rôle fondamental de l’industrie dans l’économie.

Grèves dures en Angleterre (1984-1985) et répression de l’Etat par la Dame de fer,

Les années 1980 et 1990 sont marquées par un changement de regard sur la pauvreté : les pauvres sont de plus en plus considérés comme responsables de leur propre situation. Les sociétés européennes tolèrent davantage les inégalités sociales ; en 1993, près de 17 % de la population de l’Union européenne vit sous le seuil de pauvreté. Les immigrés deviennent progressivement la cible privilégiée des partis d’extrême droite, même si les politiques d’expulsion restent encore peu soutenues par l’opinion publique à la fin des années 1990. Mazower évoque ainsi un véritable « désenchantement démocratique » nourri par ces incertitudes économiques et sociales.

L’effondrement du communisme

Au cours des années 1980, le modèle communiste entre dans une phase de stagnation caractérisée par les pénuries, la désindustrialisation et les catastrophes écologiques. Surtout, les partis communistes connaissent un « effondrement de la foi dans l’idéologie socialiste ». En Pologne, face à Solidarność, les militaires prennent le pouvoir. Dans les autres démocraties populaires, les directions vieillissantes cherchent parfois à renforcer leur légitimité en mobilisant le nationalisme.

C’est avant tout la crise de l’Union soviétique qui desserre son emprise sur les démocraties populaires. Les pays baltes revendiquent davantage d’autonomie et affirment la supériorité de leurs lois sur la législation fédérale. La Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche et, en Pologne, des gouvernements non communistes accèdent au pouvoir.

Les politiques inspirées du modèle thatchérien sont alors rapidement mises en œuvre : privatisations massives, recul de la protection sociale, hausse des inégalités et progression du chômage. L’individualisme s’impose progressivement au détriment de l’économie morale héritée du communisme. Dans le même temps, le nationalisme remplace rapidement le communisme comme principal référent politique. La disparition du bloc de l’Est fait également ressurgir des antagonismes nationaux longtemps contenus. Certains mouvements nationalistes développent alors un discours exclusif, parfois antisémite, et réhabilitent d’anciens collaborateurs des nazis, tels qu’Antonescu en Roumanie, Pavelić en Croatie ou Tiso en Slovaquie.

Conclusion

Pour Mazower, le véritable vainqueur de 1989 n’est pas la démocratie, mais le capitalisme. Celui-ci a progressivement détruit les anciennes solidarités de classe et accru l’insécurité sociale des individus. Face à cette montée de l’individualisme, les formes d’identités collectives apparaissent comme des repères essentiels, voire comme des refuges. Dans cette perspective, l’État-nation et le sentiment d’appartenance nationale demeurent des références majeures. Finalement, Mazower met en lumière plusieurs enseignements essentiels pour comprendre la situation contemporaine :

  1. La démocratie et la liberté ne suffisent pas, à elles seules, à assurer la pérennité d’un régime démocratique. À l’ère des sociétés de masse, elles doivent intéresser la majorité de la population et s’accompagner d’une politique de justice sociale capable de répondre aux attentes des citoyens.
  2. Le fascisme, lorsqu’il vainc ses adversaires, s’en prend rapidement aux minorités que la démocratie protégeait. Il cherche à éliminer tout ce qui fait obstacle à une homogénéité nationale largement mythifiée. Or, une nation rassemble des individus aux origines, aux cultures, aux expériences sociales et aux opinions diverses. Elle peut être unifiée par un pouvoir autoritaire, mais aussi par un cadre politique démocratique. Dans la pensée nationaliste, la nation est présentée comme une communauté capable de transcender les divisions sociales et les intérêts de classe.
  3. Les régimes communistes ont pu apparaître, pendant un temps, comme une véritable alternative au capitalisme. Ils ont cependant échoué, tant sur le plan démocratique qu’économique, à susciter une adhésion durable et à favoriser un progrès individuel suffisant, notamment à partir du tournant des années 1950-1960.
  4. La victoire sur le fascisme en 1945 a permis, durant plusieurs décennies, d’associer le développement de la démocratie à d’importants progrès sociaux : consolidation de l’État social, lutte contre le racisme, affirmation des droits des femmes, développement du droit international et promotion des droits humains.
  5. Depuis les années 1980, la montée du capitalisme libéral s’accompagne d’une hausse globale des revenus, mais aussi d’une remise en cause du contrat social construit après 1945. Cette évolution fragilise les conceptions démocratiques héritées de l’après-guerre.

Quelles ont été les grandes étapes de la révolution bolchévique ?

Source: https://www.geo.fr/histoire/quelles-ont-ete-les-grandes-etapes-de-la-revolution-bolchevique-218841

En 1917, la révolution russe ou révolution bolchévique achève de mettre à bas le régime tsariste. C’est ainsi que naît la république socialiste fédérative soviétique de Russie, entraînant de nombreux et profonds changements structurels.

Si la Russie est une grande puissance avant 1914, la Première Guerre mondiale met le pays à mal. La bourgeoisie souhaite éliminer le tsar régnant Nicolas II pour faire monter son frère sur le trône. En 1916, la population est en désaccord sur la poursuite de la guerre, l’hiver rude fait grimper les prix et le pain est rationné, les manifestations se multiplient : le tsar abdique en mars, laissant place à un gouvernement provisoire présidé par la bourgeoisie.

Depuis son exil, puis lors de son retour, Lénine œuvre toutefois pour une prise de pouvoir populaire, qui adviendra au mois d’octobre 1917.

L’abdication du tsar, première étape de la révolution bolchevique

La révolution russe s’est déroulée en deux temps forts. Le premier est la révolution de Février, qui voit la situation se dégrader de jour en jour pour le tsar et l’armée penche de plus en plus du côté des insurgés.

Les bolchéviques ne sont cependant pas encore les leaders qu’ils seront par la suite, et les réflexions se font en commun avec les menchéviques, l’autre groupe du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), dont les bolchéviques se sont émancipés en 1912. Le 15 mars 1917, Nicolas II abdique au profit de son frère, mais ce dernier renonce au trône, mettant ainsi fin au régime tsariste et laissant en place un régime provisoire.

L’insurrection de Petrograd

L’insurrection qui marque le point d’orgue de la révolution d’Octobre est lancée par Lénine et Trotski. L’objectif est de faire passer le pouvoir aux mains des prolétaires et d’en finir avec la situation actuelle où deux pouvoirs se partagent la Russie : le gouvernement provisoire et le soviet de Petrograd (nom donné à la ville de Saint-Pétersbourg ).

Le soviet de Pétrograd

Les bolchéviques occupent alors les bâtiments officiels, le palais d’Hiver est bombardé, mais les effusions de sang sont limitées, car la résistance est faible, les régiments en place se déclarant rapidement neutres ou en faveur du soulèvement.

Les grands décrets du nouveau gouvernement bolchévique

Le 26 octobre 1917 voit la création du gouvernement bolchévique, baptisé « Conseil des commissaires du peuple ». Les bolchéviques sont en effet les grands gagnants de la révolution russe. Ils ont réussi à évincer les menchéviques.

Lénine est à la tête du nouveau gouvernement, tandis que Trotski est chargé des Affaires étrangères et que Staline est responsable des Nationalités (habitants non russes installés dans le pays). Les grands décrets qui fondent le nouveau régime sont alors proclamés : le décret sur la paix cherche une entente avec tous les pays en guerre contre la Russie, le décret sur la terre abolit la grande propriété foncière au profit des soviets paysans, et le décret sur les nationalités assure à tous les peuples l’égalité sur le sol russe.

Les grandes réformes de la révolution russe

Par la suite, la peine de mort est abolie, les banques sont nationalisées le 14 décembre 1917, une milice ouvrière est mise en place, ainsi que le contrôle ouvrier sur la production et la journée de 8 heures. Le nouveau régime annonce la séparation de l’Église et de l’État, et le passage au calendrier grégorien.

Cependant, le pouvoir doit se consolider : dès le 12 novembre, Kerenski tente une reconquête de Petrograd et l’adhésion au nouveau régime reste précaire dans l’ensemble du pays. Après la révolution, la Russie connaît ainsi un épisode de guerre civile.

Martin Nadaud, un rural devenu maçon à Paris, puis député

Venu travailler à Paris à l’âge de quinze ans avec son père, comme le faisaient les « Limousins » ou « Limousinants » de son hameau et de tous les hameaux et villages de l’arrondissement de Bourganeuf, dont fait partie Soubrebost, il connut la vie des garnis où l’on s’entasse afin de rapporter le maximum d’argent « au pays » quand on retourne passer l’hiver avec la femme et les petits enfants, la vie des garnis où l’on meurt lorsque survient une épidémie.

Acquis, peu avant la révolution de 1848, au communisme réformiste des Icariens quand se dressèrent les barricades de février, Martin Nadaud jouait gaillardement de la hotte et de la truelle en haut de la rue Soufflot; il alla rejoindre les insurgés. Le 13 mai 1849, les électeurs de la Creuse l’envoyèrent siéger à la Législative. Il obtint environ 15 000 voix sur 73 000 inscrits et 40 000 votants. Il travaillait, dit-on, sur un échafaudage parisien quand on lui apporta la nouvelle de son élection. Les journaux conservateurs se gaussèrent du maçon devenu législateur.

Source : https://maitron.fr/spip.php?article24353

50 ans après le coup d’Etat de Pinochet (émission de France Culture)

L’Unité populaire arrive au pouvoir le 4 novembre 1970, lorsque Salvador Allende remporte les élections présidentielles. Cette victoire n’est pourtant pas la première forme de pouvoir populaire que connaît le pays : cette coalition politique s’inscrit dans une longue histoire de la gauche chilienne.

Avec

  • Franck Gaudichaud Professeur des universités en histoire et études des Amériques latines contemporaines à l’Université Toulouse Jean Jaurès
  • Eugénia Palieraki Maîtresse de conférences en histoire et civilisation de l’Amérique latine à Cergy Paris Université

Bonne nouvelle, « Les victoires du peuple du Chili contre le fascisme » : « Le Front populaire des forces antifascistes du Chili vient d’obtenir quelques succès gros de conséquences pour la lutte du peuple du Chili et de l’Amérique latine en général contre les agressions du fascisme étranger ». La victoire aux élections municipales, partagée entre le parti radical, les socialistes, le Parti communiste et le Parti démocratique, ne doit pas cacher que le Front populaire n’est pas si uni que ça, même s’il a permis une Convention des gauches. Voilà ce qu’annonce, en juin 1938, La Correspondance internationale, un journal produit sous l’égide de l’Internationale communiste.

Aux origines de la gauche chilienne.

Dès la fin du XIXe siècle, les mouvements ouvriers chiliens se structurent et mettent au point des modes d’action spectaculaires pour défendre leurs intérêts. Des mutuelles aux sociétés de résistance, les classes ouvrières et paysannes chiliennes sont, très tôt, perméables aux idéaux d’une gauche révolutionnaire qui n’hésite pas à revendiquer une ligne marxiste-léniniste. De premières expériences concrètes de pouvoir populaire constituant ont lieu dès la fin des années 1910.

Du communisme au socialisme, la naissance des partis de gauche.

Les partis communiste et socialiste voient respectivement le jour en 1922 et 1933. « Le parti socialiste est plus radical que le parti communiste. Il y a d’ailleurs au sein du parti un courant, l’armée de libération nationale, qui avait été créée et pensée comme une unité qui apporterait du soutien à la guérilla d’Ernesto Che Guevara en Bolivie », explique Eugénia Palieraki. L’historienne ajoute : « Salvador Allende incarne cette âme double du parti socialiste. Il est à la fois président du Sénat, mais c’est aussi un internationaliste prêt à soutenir la révolution cubaine, les guérilleros argentins ».

Ces deux partis s’imposent rapidement comme les mouvements de gauche les plus importants, et sont bientôt rejoints par une myriade d’organisations et de mouvements plus ou moins importants. Parmi eux, les chrétiens révolutionnaires engagent de profondes réflexions théoriques et morales sur le sens d’un engagement catholique de gauche radicale, et deviennent à partir des années 1950 l’une des principales forces de gauche. En 1964, le démocrate chrétien Eduardo Frei remporte les élections, et engage de profondes réformes.

Vers l’Unité populaire.

À l’approche de l’élection présidentielle de 1970, les différents partis de gauche cherchent à se mettre d’accord sur un programme commun. La coalition, nommée Unité populaire, voit le jour le 17 décembre 1969 à Santiago. L’Unité populaire souhaite mettre en place un pouvoir populaire très institutionnalisé, légaliste et pacifiste, sous contrôle d’un État volontiers interventionniste. « Salvador Allende est persuadé qu’il y a au Chili une tradition démocratique, des institutions qui sont assez flexibles pour accepter des réformes radicales. Concernant les forces armées, celles-ci sont selon lui constitutionnalistes dans leur grande majorité », explique Franck Gaudichaud.

Le programme de l’Unité populaire, porté par Salvador Allende, suscite un véritable engouement populaire. Le candidat de l’Unité populaire remporte les élections présidentielles, et son accession au pouvoir ouvre un nouveau chapitre de l’histoire chilienne. « Salvador Allende a une forte capacité de manœuvre des tensions internes qui traversent les parties. En 1970-1971, des réformes sont mises en place, on nationalise le cuivre, 90 % de la banque, des grandes entreprises. On approfondit et radicalise la réforme agraire », souligne Franck Gaudichaud.

Pour aller plus loin

  • Franck Gaudichaud, Découvrir la révolution chilienne 1970-1973, Éditions sociales, paru le 8 septembre 2023
  • Franck Gaudichaud (co-dir.), Syndicalisme, conflictualité et action directe dans les Amériques et en Europe, de la fin du XIXe siècle aux années 1980, Ariadna Ediciones, 2023
  • Franck Gaudichaud, Chili 1970-1973. Mille jours qui ébranlèrent le monde, Presses Universitaires de Rennes, 2013
  • Eugénia Palieraki, co-dir. avec Ludivine Bantigny, Quentin Deluermoz, Boris Gobille et Laurent Jeanpierre, Une histoire globale des révolutions, La Découverte, 2023
  • Eugénia Palieraki, (avec Clément Thibaud), L’Amérique latine embrasée, Armand Colin, 2023
  • Eugénia Palieraki, Naissance d’une révolution. Histoire critique du MIR chilien, Terres de Feu, 2023

Références sonores

  • Chanson El Pueblo unido, Quilapayun, 1973
  • Lecture par Raphaël Laloum d’un extrait du discours d’Oscar Waiss, Nationalisme et Socialisme en Amérique latine, 1954
  • Archive INA au sujet de l’élection du président Eduardo Frei au Chili, JT 20 h, RTF, 5 septembre 1964
  • Archive INA d’un membre du Mouvement de la gauche révolutionnaire, Inter actualités, 27 août 1965
  • Archive INA sur l’élection du président Salvador Allende, RTF, 1970
  • Archive INA d’un chef du mouvement fasciste Patrie et Liberté, France Inter, 27 août 1973
  • Archive du discours de Salvador Allende au Palais de la Moneda, Radio Magallanes, 11 septembre 1973

Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde », les dessous d’un chef d’œuvre 

Grand évènement le 16 décembre 1893 à New York. Il y a une foule de voitures à l’angle de la 7ème avenue et de la 57ème rue, juste en dessous du Central Park, devant le Carnegie Hall. Ce soir-là, les New-yorkais vont entendre pour la première fois la symphonie d’Antonin Dvořák, compositeur tchèque, titrée « From the New World », « du Nouveau Monde ». La soirée a été annoncée dans les journaux, on en a fait un véritable battage médiatique. C’est un énorme succès. Les journaux du lendemain n’en peuvent plus de louanges pour la musique du « Dr Dvořák ». Mais on se pose des questions aussi : est-ce que le Dr Dvořák a écrit une symphonie « américaine » ? #dvorak #CulturePrime​ #musiqueclassique #Lesdessousdunchefdoeuvre Pour plus de contenu France Musique rendez-vous sur https://www.francemusique.fr/

La révolution et l’empire : Une nouvelle conception de la Nation

La page dédiée à la méthode ici

Activité: un nouvel ordre révolutionnaire pour la nation

  1. Doc 5 p. 17 : Que se passe-t-il la nuit du 4 août 1789 ?
  2. Quelles sont les décisions prises par l’Assemblée Constituante ?
  3. Pourquoi le clergé et la noblesse acceptent-ils toutes les motions proposées ?
  4. Doc 1 p. 18 : Explique l’article 3. Pourquoi est-ce une rupture majeure ?
  5. Relève les droits et libertés fondamentaux issus de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Explique pour chacun de ces droits ou libertés les changements avec l’Ancien Régime
  6. Avec les docs ci-dessous, indique les limites des droits de l’hommes. Pense à bien justifier tes réponses.

1- Les privilèges sont abolis

2- Les droits exclusifs de chasses, de redevance, dimes sont abolis : c’est la fin de leurs privilèges, de leur supériorité au-dessus de la nation.

3- Ils acceptent ces mesures car dans les campagnes, il y a des mouvements de révoltes (« plus de cent cinquante châteaux incendiés », « impossibilité de s’opposer au torrent de la révolution ».

4- C’’est l’idée que le pouvoir (la souveraineté) appartient à la nation (au peuple). Cela conteste l’idée de monarchie absolue où une personne recevrait son pouvoir seul et n’aurait de compte à rendre à personne.

5- Les hommes naissent libres et égaux : plus de différences à la naissance entre des ordres privilégiés et d’autres inférieurs

Droits à la propriété à la surêté : combat contre l’arbitraire du roi ou seigneur

Liberté faire tout ce qui ne nuit pas à autrui

Droit à avoir sa propre religion : avant seule la religion catholique acceptée (pbm avec les protestants d’orthez/ juifs d’alsace

Libre communication des idées : liberté d’expression = droit de donner son avis différent de l’AR avec sa censure, ses arrestations arbitraires + liberté de la presse

Droit à la propriété : considérée comme « inviolable » : ne peut être prise par la force

6- Les esclaves et les femmes n’obtiennent pas les droits de l’Homme malgré des révoltes dans les colonies et l’affirmation de femmes comme Olympe de Gouges pour obtenir des droits.

La fin des privilèges, les principes énoncées par la DDHC (égalité entre les hommes, liberté d’expression) entrainent, liberté de culte) permettent de créer de nouvelles bases pour la nation.

activité page 20-21 du manuel

Mesures révolutionnairesDescription des mesures
Mesures administratives (doc 1)
Clergé (Doc 2 – 3)
Constitution de 1791 (doc 4)
La loi Le Chapelier (doc 5)

CORRECTION

La révolution met en place la monarchie constitutionnelle, actée en 1791 par une constitution (texte qui organise les pouvoirs d’un régime politique). Ainsi la Nation se regroupe derrière l’Assemblée élue, et le roi. 

L’action révolutionnaire est rapide (activité page 20-21) :

  • Des mesures administratives : la nation est unifiée et tout le territoire est divisé en départements, districts, cantons, communes. Chaque département applique les décisions de la révolution et est accessible en une journée à cheval
  • Le clergé : ses biens (notamment ses terres) sont confisquée par l’Etat révolutionnaire qui a besoin de finances. Les prêtres sont désormais payés par l’Etat.
  • Le fonctionnement de la constitution de 1791 : c’est une monarchie constitutionnelle : le roi est inamovible et dispose du pouvoir exécutif (l’application des lois) mais il a un droit de véto sur 4 années. L’assemblée nationale est élue pour deux années, vote les lois et impôts. Elle est élue par les hommes riches de plus de 25 ans au suffrage censitaire. Elle réunit la Nation derrière la Loi, le Roi (sa devise).
  • Les entreprises : la loi Le Chapelier : libre-entreprise pour exercer n’importe quel métier, commerce (art 2) / interdiction des grèves/syndicats.

Exposé sur Madame Roland

CONSIGNE

Activité p. 30-31

Critiques positives du directoire (docs 1-4)critiques négatives du directoire (vidéo)

CONSIGNE

Réviser le cours

Fiches de révisions par Zoé et Zoé

Les ressources du cours (diapo, activités)

Aller plus loin

  • Notes de lecture, Christopher Hill, La Révolution anglaise de 1640 (clique sur l’image)
  • La rédaction des cahiers de doléances (extrait du film La Révolution française)
  • L’abolition des privilèges (extrait du film La Révolution française)
  • La fin de la royauté : la prise du palais des Tuileries: l’analyse du tableau et les explications historiques sur Histoire-Image (clique sur le tableau):
  • La prise du palais des Tuileries (extrait du film la Révolution française)
  • Le coup d’Etat du 18 Brumaire: l’analyse du tableau et les explications historiques sur Histoire-Image (clique sur le tableau):

Voltaire et les Philosophes à l’assaut de l’Église

Source: Magazine L’Histoire, mensuel 135

Jean Marie Goulemot dans mensuel 135
daté juillet-août 1990 – Réservé aux abonnés du site

Châpeau: 

La plupart des Philosophes du XVIIIe siècle ne sont pas des athées militants. Mais, Voltaire en tête, ils se lancent à l’assaut de l’institution cléricale qui incarne alors toutes les oppressions et tous les fanatismes. Dans ce combat contre l’Eglise et pour la tolérance, un seul programme : « Ecraser l’Infâme ». Soumettre la religion au pouvoir de l’Etat.

Contenu: 

Une tradition bien ancrée fait du XVIIIe siècle celui de l’opposition aux Églises et du refus de Dieu. Mais la pensée du temps n’était pas si schématique. N’oublions pas que le siècle des Lumières fut aussi un siècle religieux – le chevalier de Jaucourt, par exemple, le plus fidèle collaborateur de Diderot pour la rédaction de l’Encyclopédie, était un protestant libéral. Et si les adversaires des Lumières se réclamaient tous du catholicisme, on aurait tort de réduire l’esprit critique des Philosophes à un anticléricalisme militant, voire à un athéisme, comme l’a trop souvent voulu l’interprétation radicale-socialiste de la pensée du XVIIIe siècle.

Si notre jugement sur les Lumières manque ainsi souvent de nuances, c’est que Voltaire en demeure la figure emblématique. Or Voltaire critique l’Église catholique, comme les autres religions révélées, tout au long de son œuvre, qu’il s’agisse de sa poésie épique (La Henriade, consacrée aux guerres de Religion), de son théâtre (Mahomet), de ses contes (Candide, L’Ingénu), de ses traités philosophiques (Lettres philosophiques, Traité de métaphysique, Dictionnaire philosophique…).

Cette passion voltairienne pour la polémique antireligieuse est à la mesure du rôle de l’Église au XVIIIe siècle. Celle-ci régente les mœurs et exerce, par l’intermédiaire de la Sorbonne, une toujours sourcilleuse et sévère censure intellectuelle. Elle influence le pouvoir civil et même la Justice. Elle assure l’éducation, dans les petites écoles, le préceptorat et les collèges. Elle a, enfin, joué un rôle politique dont le souvenir demeure vivace : Révocation de l’édit de Nantes (1685), poursuites contre les jansénistes tout au long du règne de Louis XIV et bien longtemps après, etc. L’Église apparaît à l’origine des pires violences et la croyance religieuse s’apparente donc au fanatisme.

La famille du jeune Voltaire, qui s’appelle alors Arouet, illustre bien les clivages du temps : elle se partage entre jansénistes, partisans d’une morale austère, et libertins (ou libres penseurs). Le frère de Voltaire, Armand Arouet, clerc tonsuré [1], fréquente les convulsionnaires du cimetière de Saint-Médard [2]. Même valeur exemplaire de l’éducation de Voltaire : élève des jésuites, c’est à leur contact, semble-t-il, comme Helvétius et Diderot, qu’il perdra sa foi première.

Dès ses premiers essais littéraires, Voltaire apparaît avant tout comme l’adversaire de l’institution cléricale. Il ne changera pas, toute sa vie durant, de position. Rien ne permet d’ajouter foi aux légendes concernant sa conversion finale ou sa mort dans un accès de folie et d’abjection dont l’athéisme serait, bien évidemment, responsable. Son œuvre est peuplée d’hommes d’Église ridicules ou vicieux. Prêtres catholiques, moines, inquisiteurs, mouftis, prêtres anglicans ou presbytériens, jésuites, abbés de cour, prieurs, chanoines : pas un n’échappe à la condamnation du philosophe.

Car derrière les hommes il y a l’institution. Voltaire voit dans l’Église un pouvoir oppresseur qui impose aux croyants, et aux autres, des contraintes morales, sociales et économiques. Ce qui vaut pour le passé vaut aussi pour le monde contemporain : « Ces druides se disaient médiateurs entre la divinité et les hommes ; ils faisaient des lois, ils excommuniaient et condamnaient à mort. Les évêques succédèrent peu à peu à leur autorité temporelle dans le gouvernement goth et vandale. Les papes se mirent à leur tête et, avec des brefs, des bulles et des moines, firent trembler les rois, les déposèrent, les firent assassiner, et tirèrent à eux tout l’argent qu’ils purent de l’Europe » (Lettres philosophiques, IX).

Voltaire est en effet persuadé que la fondation d’une religion et l’installation d’une Église correspondent à une même volonté de dominer en trompant. Moïse, Jésus, Mahomet sont autant d’imposteurs avides de pouvoir temporel. Leurs clergés ont servi à établir l’autorité d’une caste, celle des prêtres, dont le succès tient à la crédulité des fidèles, devenus bien vite des dévots, possédés par la passion de croire et de se sentir les seuls détenteurs de la vérité. Un esprit simple, un prophète trompeur, quelques simagrées, et voilà nées une religion et une Église qui feront du croyant naïf un fanatique violent, prêt à tuer au nom de sa foi. Le processus vaut pour toutes les religions révélées, passées, présentes et à venir. Par leur enseignement – trahison de la parole de Dieu -, par les peurs qu’elles font naître, les certitudes qu’elles assènent, les Églises poussent au crime. A preuve, les innombrables Saint-Barthélemy de l’histoire, dont le souvenir ne cesse de hanter Voltaire.

Mais c’est surtout à l’Église catholique, dominante en son pays, que Voltaire s’en prend. C’est contre elle qu’est dirigée la devise « Écrasons l’Infâme ! », qui termine nombre de ses lettres. Il ne cesse d’en dénoncer la politique et d’en moquer les dogmes. On connaît sa méthode. Il se fait le gardien ironique et passablement abusif de l’orthodoxie : certains sacrements, comme la confession, ne figurent pas dans les Évangiles et sont donc forcément d’invention humaine ; d’autres, comme la circoncision ou le baptême, y figurent, mais les chrétiens les ont supprimés ou modifiés. Il dénigre – non sans une bonne dose d’antisémitisme – la tradition judaïque pour mieux discréditer le catholicisme, qui se pose comme son héritier : on n’est pas près d’oublier les évocations du peuple « pouilleux », « cupide », dont Voltaire prétend qu’il était incapable d’inventer le monothéisme, ou dont il souligne la cruauté sauvage et les errements moraux (Dictionnaire philosophique, article « Juifs »). Il a recours à la même ironie pour dénoncer le rite et la pratique sacramentels, réduits à une gestuelle dépourvue de sens. « Mon fils, repartit [le quaker] […], nous sommes chrétiens et tâchons d’être bons chrétiens, mais nous ne pensons pas que le christianisme consiste à jeter de l’eau froide sur la tête avec un peu de sel » (Lettres philosophiques, I).

Plus profondément, Voltaire refuse toute métaphysique. Il fait des Pensées de Pascal sa cible privilégiée : Pascal maintient l’homme dans l’angoisse de sa nature et de sa mort, et le détourne du monde réel et des activités sociales. La métaphysique apparaît à Voltaire comme un obstacle au progrès. Elle formule des questions insolubles sur la nature de l’homme ou de l’âme, le sens de la vie, l’Au-delà, les attributs de la divinité. Et c’est par orgueil que l’esprit humain cherche à connaître ce qui relève de la seule intelligence divine. Connaissance presque sacrilège, la métaphysique débouche en outre sur de vaines et sanglantes querelles. Par ses enjeux, elle pousse le croyant à se faire prosélyte intolérant. De la métaphysique, posée comme une science détentrice de vérités indémontrables, naît le fanatisme.

Il ne s’agit donc plus de lutter contre telle ou telle religion, mais bien contre l’« esprit religieux » : « Pourquoi nous faire horreur de notre être ? Notre existence n’est point si malheureuse qu’on veut nous le faire accroire. Regarder l’univers comme un cachot et tous les hommes comme des criminels qu’on va exécuter est l’idée d’un fanatique. Croire que le monde est un lieu de délices où l’on ne doit avoir que du plaisir, c’est la rêverie d’un sybarite. Penser que la terre, les hommes et les animaux sont ce qu’ils doivent être dans l’ordre de la Providence est, je crois, d’un homme sage » (Lettres philosophiques, XXV, « Contre Pascal »).

Malgré toutes ces attaques, Voltaire n’est point athée. En 1770, le Système de la nature du baron d’Holbach l’indigne et l’inquiète. Au-delà de sa célèbre boutade, « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », il affirme que la religion est nécessaire au corps social ; il faut la maintenir parce qu’elle fonde la morale et l’ordre. Sa démonstration porte sur deux points : le monde étant réglé comme une horloge, peut-on imaginer une horloge sans horloger ? ; si les gens qui me servent (mon tailleur, par exemple) croient en Dieu, ils auront peur de l’enfer et ne me voleront pas.

Voltaire déconseille ainsi de faire preuve d’impiété en présence du peuple : « Philosophez tant qu’il vous plaira entre vous. Je crois entendre des amateurs qui se donnent un concert d’une musique savante et raffinée ; mais gardez-vous d’exécuter ce concert devant le vulgaire ignorant et brutal ; il pourrait vous casser vos instruments sur vos têtes » (Dictionnaire philosophique, article « Religion »). On a ici l’image d’un athéisme réservé à une élite, tandis que le plus grand nombre suivrait les préceptes de la religion. Mais le plus souvent, Voltaire, déiste, imagine qu’au cours des siècles les hommes les plus intelligents, philosophes et savants, ont cru en une religion épurée (croyance en un Dieu, en une morale sans Église et sans prêtres).

Quant au peuple, que doit-il croire ? Que faire pour réformer des sociétés où triomphe le fanatisme ? L’Essai sur les mœurs (1756) analyse les risques politiques d’un changement de religion pour prôner, avec optimisme, un réformisme religieux que mettraient en œuvre les esprits libres et le despote éclairé. L’idéal voltairien, en matière de religion, c’est l’absence d’Église (comme dans l’Eldorado de Candide ou chez les quakers des Lettres philosophiques), une théologie réduite à la croyance en Dieu, en l’âme et à la vie éternelle, et une part essentielle faite à la morale. Pour atteindre cet idéal, il faut subordonner totalement les religions au pouvoir civil, à l’État : « Il ne doit pas y avoir deux puissances dans l’État » (La Voix du sage et du peuple, 1750). Il faut surtout que la puissance politique garantisse la tolérance et assure la cohabitation des religions. C’est, pour Voltaire, la condition de la paix civile. « S’il n’y avait en Angleterre, écrit-il, qu’une religion, le despotisme serait à craindre ; s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses » (Lettres philosophiques, VI).

Voltaire combattit publiquement pour la tolérance : lorsque le jeune Marie-Antoine Calas, issu d’une famille protestante de Toulouse, fut retrouvé pendu (il s’était, selon toute vraisemblance, suicidé), le pouvoir s’efforça de prouver qu’il s’était secrètement converti au catholicisme et que, pour l’en punir, sa famille l’avait assassiné. Le père, Jean Calas, âgé de soixante-quatre ans, fut jugé coupable et, le 17 mars 1762, il subit le supplice de la roue puis fut étranglé par le bourreau. Voltaire s’acharna à obtenir la révision du procès. « Mes chers frères, il est avéré que les juges toulousains ont roué le plus innocent des hommes […] Jamais depuis le jour de la Saint-Barthélemy rien n’a tant déshonoré la nature humaine. Criez et qu’on crie ! » Il en appelle à la justice, au cœur et à la raison, faisant de l’affaire Calas, selon René Pomeau (cf. « Pour en savoir plus »), « la première de ces affaires qui imposent aux esprits une orientation nouvelle ». La sentence du parlement de Toulouse fut formellement cassée et rayée des registres le 9 mars 1765 : Voltaire avait triomphé.

Le triomphe du déisme

Citons encore l’affaire Sirven : cet autre calviniste fut, en 1762, accusé d’infanticide parce que sa fille s’était jetée dans un puits. Réfugié en Suisse et condamné à mort par contumace, il fut réhabilité par le parlement de Toulouse en 1771, grâce à l’intervention de Voltaire. Rappelons enfin et surtout l’affaire du chevalier de La Barre (qui ne s’était pas découvert au passage d’une procession et que l’on soupçonnait d’avoir mutilé un crucifix), condamné en 1766 par le tribunal d’Abbeville à avoir le poing coupé, la langue arrachée, et à être décapité, puis brûlé avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique. Voltaire, atterré, jeta sur le papier une vibrante Relation de la mort du chevalier de La Barre.

Ce « militantisme » de Voltaire n’était pas, loin de là, celui de tous les Philosophes. Lors de l’affaire Calas, par exemple, Diderot resta étonnamment réservé, quitte à exalter en privé le courage de Voltaire. Même prudence lors de l’exécution du chevalier de La Barre. Voltaire est bien le seul – ou presque – à militer publiquement pour la tolérance, avec M. de Malesherbes qui prépara l’édit de tolérance de 1787 (accordant un état civil aux protestants) et le jeune Condorcet qui attaqua dans un vibrant pamphlet, Michaut et Michel, deux conseillers au Parlement de Paris en 1769. C’est sa première œuvre militante. Il y rejoint avec fougue Voltaire dans sa dénonciation des erreurs de la Justice et appuie sa campagne pour la réhabilitation de Sirven, La Barre et Etallonde, condamné avec La Barre mais qui avait réussi à s’enfuir en Suisse et à échapper aux rigueurs de la justice.

Fiché par la police comme subversif, Diderot garde par devers lui ses écrits les plus sulfureux. La Religieuse, composée en 1760, est publiée durant la Révolution. Le Rêve de d’Alembert, L’Entretien avec d’Alembert, Le Neveu de Rameau, Le Supplément au voyage de Bougainville sont autant de publications posthumes. Dans l’entourage du baron d’Holbach, auteur d’un Christianisme dévoilé, on se moque ouvertement des choses de la religion quand l’assistance est sûre (il existe même une officine de propagande qui publie clandestinement livres et pamphlets antireligieux), mais on se défend de prendre des positions publiques. Helvétius, quant à lui, fait amende honorable après la condamnation de De l’Esprit, en 1758.

L’anticléricalisme de Voltaire, partagé par la grande majorité des Philosophes, n’est pas aussi systématique chez tous. La Religieuse dénonce les vœux forcés, mais fait le partage entre bons et mauvais prêtres et souligne que la règle conventuelle, séparant les individus du monde, favorise perversions et violences. Pour Diderot, les religieux sont victimes autant que bourreaux. On trouve même chez ce matérialiste une certaine compréhension du phénomène des convulsionnaires. Il ne se contente pas, comme Voltaire, de parler de fanatisme, de friponnerie ou de folie (Dictionnaire philosophique, article « Fanatisme »).

En fait, Voltaire reste bien en deçà de la réflexion philosophique d’un Diderot et d’un La Mettrie, embrassant toute la création, dont ils perçoivent l’unité et le dynamisme. L’imagination de Diderot lui fait même percevoir, dans une rêverie où la poétique s’unit à la science, ce que l’on appellera plus tard l’évolution des espèces : « Qui sait si ce bipède déformé, qui n’a que quatre pieds de hauteur, qu’on appelle encore, dans le voisinage du pôle, un homme, et qui ne tarderait pas à perdre ce nom en se déformant un peu davantage, n’est pas l’image d’une espèce qui passe ? » Ce que perd en virulence l’anticléricalisme est, semble-t-il, compensé par une réflexion sur les origines de la vie.

Il s’agit donc moins d’attaquer les gens d’Église au nom des mœurs ou de la morale que de réfuter la religion dans ses fondements philosophiques. Les Philosophes les plus radicaux refusent le Dieu de Descartes qui donnait au monde le mouvement et unissait les deux substances, âme et corps. Car, comme le dit Diderot, « tout animal est plus ou moins homme ; tout minéral est plus ou moins plante ; toute plante est plus ou moins animal ». Plus besoin d’en référer à une volonté divine organisatrice : tout relève d’un déterminisme mécanique, qui ne va pas, au demeurant, sans problèmes. Il existera donc un courant radicalement athée des Lumières, dont la figure la plus exceptionnelle demeure Jean Meslier (1664-1729), prêtre athée, partisan d’un communisme agraire ; Voltaire s’en fera le propagandiste en ayant soin de censurer les plus hardies de ses propositions.

Chez le philosophe matérialiste Helvétius, la réflexion sur les passions et les institutions sociales débouche sur une analyse du « despotisme clérical » accusé de confisquer, au profit d’une caste orgueilleuse, les forces de l’homme en enseignant un renoncement que celle-ci ne pratique guère. Par la révélation, la foi et les dogmes, il s’apparente à l’arbitraire politique. L’« esprit religieux » détruit l’« esprit législatif » : au prêtre despote et serviteur-complice du despote politique, Helvétius oppose le « magistrat » guidé par l’intérêt général. Il faut donc lutter contre l’Église et développer une éducation qui échapperait à son contrôle.

Ce scepticisme des élites n’était pas répandu dans la population. Dans les années 1770, Voltaire constate avec amertume que la bataille contre l’« Infâme » n’est pas gagnée : les catéchismes et les livres de piété sont beaucoup plus répandus que les écrits philosophiques. On assiste d’ailleurs à un retour en force de l’irrationnel parmi ces mêmes élites, gagnées à la religion du cœur de la Profession de foi du vicaire savoyard de Jean-Jacques Rousseau (insérée par lui dans le livre IV de l’Émile publié en 1762).

La Révolution choisira le déisme de Voltaire. Les athées sont jugés dangereux. L’Église doit être soumise au pouvoir politique, mais la tolérance – du moins jusqu’en l’an II – est à l’ordre du jour (cf. François Lebrun, p. 62). C’est dire que, malgré les apparences, la Révolution n’adopte pas la passion antireligieuse de la philosophie des Lumières. Dussions-nous choquer, et sans oublier pour autant les massacres, sanglants et injustifiables, des religieux de Paris, de Nantes ou de Lyon en 1793 et 1794 (d’ailleurs condamnés par la Convention), rappelons que la Révolution n’agit pas, pourtant, dans ses plus sanglants errements, par véritable haine de l’Église ou de la religion. C’est au nom de la liberté qu’elle sécularise le statut des prêtres, c’est au nom de la justice qu’elle confisque les biens du clergé, et c’est pour maintenir l’autorité de l’État, garant de la tolérance, qu’elle promulgue la Constitution civile du clergé en 1790.

Il est donc abusif de prétendre, comme certains l’ont fait, que la politique religieuse de la Révolution est la fille aînée du radicalisme philosophique des Lumières. Car les Philosophes ont largement inventé un clergé et une Église à leur convenance, reprenant à leur compte une tradition anticléricale venue du Moyen Age et oubliant les efforts de l’Église catholique qui, au XVIIIe siècle, a participé à la lutte contre l’obscurantisme. Il faut rappeler ainsi toute une tradition de lutte du clergé catholique contre les superstitions qu’ont illustrée l’abbé Thiers et le père Lebrun.

A lire Voltaire, on a en effet souvent l’impression que tout un pan de la philosophie des Lumières est malade de l’Église et de la religion. Voltaire, comme l’a remarqué René Pomeau, finit par pratiquer une intolérance au service de la tolérance, qui met en œuvre caricature et exclusion, quand elle n’emprunte pas à cette Église honnie ses formes d’organisation et sa mystique (est-ce par dérision ou par fascination ? Toujours est-il que Voltaire invite à la formation d’une Église invisible des Philosophes et appelle ses frères à la rejoindre).

Le XIXe siècle substituera à la volonté d’étatiser les religions (bien qu’il y ait eu assez longtemps un ministère des Cultes), le concept de laïcité, largement étranger à la pensée des Philosophes, qui prônent la soumission de l’Église à l’Etat et non leur séparation. Les hommes des Lumières, à l’exception de Rousseau et de Diderot, font preuve d’une totale incompréhension de la sensibilité religieuse, de la symbolique du rituel et des sacrements. Ils annoncent parfois les tristes Homais de l’anticléricalisme petit-bourgeois.

Cette radicale étrangeté à la foi les a tout naturellement conduits à prophétiser la fin des religions, vaincues par la marche inexorable de la raison. L’histoire contemporaine leur a, sur ce dernier point au moins, donné tort.

Note: 

Notes

1. C’est-à-dire étant juste introduit dans l’état ecclésiastique, sans qu’il y ait obligation pourtant de prendre les ordres et de devenir prêtre.

2. Jansénistes qui se livrent à des démonstrations publiques de mysticisme sur la tombe du diacre Pâris.

Encadré: 

POUR EN SAVOIR PLUS

R. Pomeau, La Religion de Voltaire, Paris, Nizet, 1956 (ouvrage essentiel et qui a fait date dans l’analyse de la pensée religieuse des Lumières).

Sur le matérialisme du XVIIIe siècle :

J. Meslier, Œuvres, 3 vol., édition établie par J. Deprun, R. Desné et A. Soboul, Paris, Anthropos, 1970-1974 (extraordinaire texte matérialiste et athée que diffusa, en le censurant, Voltaire).

P. Naville, Paul Thiry d’Holbach et la philosophie scientifique au xviw siècle, Paris, 1967.

Paul ROBESON, un homme complet au service de la lutte antiraciste

« Robeson a accompli quelque chose de particulièrement difficile : il a été un défenseur à la fois de l’une des populations les plus maltraitées de l’humanité – les Africains – et d’un internationalisme ouvrier revendiquant l’universalité ». Gérald Horne

L’ouvrage de l’historien américain Gérald Horne traduit en français permet de combler une lacune de l’histoire des Etats-Unis. En effet, il permet de faire connaitre un personnage oublié, l’américain noir le plus célèbre du monde durant la première moitié du XXème siècle.

Paul Robeson, cet afro-américain, à la carrure impressionnante (1m91 pour plus de 110 kg !) est en réalité un homme complet. Athlète de haut niveau dans le football américain, la course à pied, sa renommée devient mondiale par sa carrière de chanteur-acteur. Il excelle tant dans le cinéma que dans le théâtre. Maitrisant l’étude des langues, polyglotte, il parle de nombreux dialectes africains, mais aussi le russe, le gaelique… Et sa voix de basse surtout, participe à une renommée mondiale et continue durant une trentaine d’années.

Un artiste engagé contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis

En 1922, attirant l’attention d’impresarios anglais, Robeson quitte les Etats-Unis pour rejoindre Londres. C’est dans la capitale anglaise qu’il éclot, loin des préjugés racistes et de la ségrégation états-unienne. Il entame donc une carrière d’acteur au théâtre et au cinéma. Il y  rencontre alors des personnalités liées à la lutte contre la ségrégation (la NAACP) mais aussi des poètes, des écrivains, musiciens d’influences et d’origines diverses. Il y fait la connaissance de personnalité de la gauche révolutionnaire (Emma Goldman, Max Eastman, JB Shaw…).

Robeson jouant le rôle d’Othello

C’est au début des années 1930 en jouant la pièce interraciale de Shakespeare, Othello, que Robeson rencontre un grand succès. Il dénonce en même temps le fait qu’une telle pièce serait mal-accueillie aux Etats-Unis du fait de la ségrégation. Au même moment, il s’engage plus en avant dans la politique, en se liant à des personnalités proches du Parti communiste des Etats-Unis comme William Patterson qui dénonce la ségrégation raciale et défend la cause des noirs américains au sein du mouvement communiste international. Il voyage à Moscou et rencontre Eisenstein qui lui propose de participer à des tournages (qui ne se feront jamais).

Robeson chante avec des ouvriers sur un chantier naval aux Etats-Unis (1942)

Ainsi, son combat contre le racisme, se nourrit en Angleterre d’une conscience politique plus poussée qui le mène à faire siennes les grandes idées de la Révolution d’Octobre. Internationaliste (par sa capacité à maîtriser les langues), il revendique davantage l’égalité sociale : il joue le rôle d’un docker noir qui s’unit à ses camarades blancs pour défendre leurs droits. Il lie la lutte contre la ségrégation raciale à la lutte anticoloniale en jouant Toussaint-Louverture, ou en finançant les indépendantistes indiens, africains. Robeson devient l’ami de du futur dirigeant du Ghana N’Krumah à Londres. Il s’insurge lors de l’assassinat du chef congolais  Patrice Lumumba par l’impérialisme.

L’engagement antifasciste

Au milieu des années 1930, son engagement politique le pousse surtout à s’engager davantage dans la musique. Il met ses talents à profit en chantant en Espagnol en faveur du camp républicain. Début 1938, il se rend même sur le front espagnol et chante pour les blessés. Il popularise le « comité noir d’aide à l’Espagne » et affirme lors d’un meeting à Londres : « tout artiste, tout scientifique doit décider MAINTENANT où il se situe. Il n’y a pas d’alternative. On ne peut se placer au-dessus du conflit, à des altitudes olympiennes, l’artiste doit choisir son camp. Il doit décider s’il combattra pour la liberté ou pour l’esclavage. J’ai fait mon choix ».

Paul ROBESON en Espagne chante à Teruel pour des blessés

Durant la 2nde Guerre Mondiale, il poursuit son engagement antifasciste aux Etats-Unis, incitant les noirs américains à combattre la « bête immonde ». La femme du président Roosevelt, Eleanor, rend hommage à Robeson au « vaillant travail que vous faites en son nom ». Il tient au début de ses meetings des positions contre la ségrégation, en refusant de jouer devant un public ségrégé. A la suite de son engagement, il soutient la révolution chinoise en chantant en l’hymne chinois.

Ségrégation raciste et guerre froide

A la fin de la guerre, la Peur rouge s’empare des Etats-Unis, et le FBI compare Robeson à un « Staline noir ». Cependant, Robeson poursuit son engagement et participe à un meeting de 15.000 personnes à Manhattan où il appelle à la fin des lynchage qu’il lie à celle du colonialisme. Nehru, l’ANC d’Afrique du Sud, des dirigeants syndicaux jamaïcains lui envoient des messages de soutien.

L’engagement de Robeson contre la ségrégation s’intensifie. En septembre 1946, déclare : « ce qui se passe à Nuremberg est un travestissement de la démocratie puisqu’en Amérique des gens sont assassinés par des hommes du type de ceux dont on fait le procès ». Peu de temps après, il rencontre Truman avec lequel il entretient un moment très orageux. Robeson lance une tournée pour « prendre la parole dans tout le pays contre la haine et les préjugés raciaux ». Il se rend en Jamaïque, à Panama pour défendre la cause anticoloniale.

Marche contre la ségrégation en 1948 à laquelle P. Robeson prend part

Cependant, avec la guerre froide, Robeson devient victime de son engagement. Mais il ne flanche pas, et manifeste même devant la Maison-Blanche contre les lois racistes Jim Crow. Il poursuit les phrases provocatrices à l’encontre du gouvernement : « il ne faut jamais demander aux noirs américains de sacrifier leurs vies sur des rivages étrangers, si nous devons nous sacrifier, que ce soit en Alabama et dans le Mississippi ». Cela lui vaut la surveillance du FBI mais aussi des contre-manifestations dans chacun de ces évènements comme à Peekskill où des anticommunistes et des vétérans de l’armée attaque un concert de Robeson en faveur des droits civiques. Le gouvernement n’est pas en reste puisque son passeport sera supprimé entre juin 1950 et 1958. D’après l’historienne, Marie France Toinet, durant la guerre froide, « il vaut mieux ne pas posséder des disques de Robeson ». Des soutiens viennent néanmoins du monde entier pour s’indigner de cette interdiction de voyager : de Picasso à Neruda, de Sekou Touré à la veuve du nationaliste chinois Sun Yat-Sen, de Maurice Dobb à Charlie Chaplin. Robeson envoie des enregistrements de sa voix au monde entier et créé une revue Freedom, où participent de nombreux écrivains.

Ainsi, Paul Robeson sacrifie sa carrière à la cause antiraciste. Bien qu’il ne reconnaisse pas être membre du parti communiste, il continue de défendre l’Angleterre et l’URSS, où il dit ne jamais avoir subis de préjugés racistes. Finalement, en 1958, Robeson peut reprendre ses tournées mondiales souvent axées vers Londres et Moscou. Le décès de sa femme et sa santé déclinante le pousse à revenir aux Etats-Unis où il meurt en 1976.

Conclusion

Robeson, artiste complet, traverse le court XXème siècle. Son destin est emblématique de l’influence réelle qu’a exercé la révolution d’octobre sur les peuples du monde entier. Du combat antiraciste, elle a poussé Robeson a lié son engagement aux luttes anticoloniales, antifascistes et anticapitalistes du XXème siècle, luttes symbolisées par la centralité du mouvement communiste.

En s’attaquant à Robeson, le pouvoir états-unien a cherché à désarmer le mouvement antiraciste de ses liens internationaux anticolonialistes et anti-impérialistes, de ses conceptions sociales égalitaires. C’est aussi pour faire oublier la vigueur de la persistance de la ségrégation raciste aux Etats-Unis que les puissants ont cherché à enfouir Robeson aux oubliettes. Cet ouvrage permet donc aussi de rétablir des éléments contextuels trop souvent oubliés dans l’histoire des Etats-Unis et l’histoire mondiale.

Notes, Christopher HILL, La révolution anglaise de 1640

« Quand une révolution survient,

il est peu probable que ce soit par accident »

(C. Hill, 1989)

L’ouvrage a été rédigé en 1940 par l’historien marxiste et anglais Christopher Hill qui a consacré sa vie d’historien à l’étude de la révolution anglaise du XVIIème siècle. C. Hill montre les forces sociales qui ont poussé à la première révolution anglaise. Il analyse ses résultats, ses conséquences. Rien n’était écrit d’avance. Le parti des Niveleurs et son histoire intéresse particulièrement ceux qui s’intéressent aux mouvements populaires qui cherchent à bouleverser la domination des puissants. C. Hill, en analysant quels furent leurs objectifs, leur mode d’action leur rend un bel hommage.

Introduction

En introduction, Hill utilise le concept de « guerre civile » pour qualifier la révolution anglaise. Il estime que ses raisons « sont sociales et non individuelles ».

« Il est vrai que la Révolution anglaise de 1640, tout comme la Révolution française de 1789, fut un combat pour le pouvoir politique, économique et religieux, mené par la classe moyenne, la bourgeoisie, qui croissait en force et en richesse, alors que le capitalisme se développait ».

Charles 1er, roi d’Angleterre d’alors représentait les intérêts de la noblesse terrienne.

Au Moyen-Age, l’Eglise était différente de l’Eglise de nos jours. Elle suivait les Hommes dans chacun des moments de leur vie. Dans les villages, le prêtre était le principal diffuseur des informations, il servait de guide à la vie économique. La paroisse était une forme de gouvernement local, collectait et distribuait les revenus destinées aux pauvres. Elle avait aussi un rôle culturel important.

C’est ainsi que s’attaquer à l’Etat féodal revenait à s’en prendre à l’Eglise. Les conflits sociaux de la révolution se transformaient ainsi « inévitablement » en conflits religieux : « chaque classe de la société élaborait et cherchait à imposer les vues religieuses les mieux adaptées à ses besoins et ses intérêts » (p. 25). Un discours de Jacques 1er montre clairement que les idées religieuses sont enveloppées des conceptions sociales de chaque classe : les Puritains « ne diffèrent pas de nous tant en matière de religion que dans les idées politiques confuses d’égalité qu’ils professent, mécontents qu’ils sont du gouvernement actuel et réfractaire à toute idée de supériorité, ce qui rend leur secte insupportable à tout pays bien gouverné ».

Quant à Hobbes, il montre comment la City de Londres, gagnée au Presbytérianisme constitue un foyer d’opposition à la monarchie, en même temps qu’un défenseur d’un Etat républicain sur le modèle de Venise ou de la Hollande.

L’arrière-plan économique de la Révolution anglaise

Serfs au travail sous l’autorité d’un seigneur

L’Angleterre au XVIIème siècle, est essentiellement un pays agricole. Son régime féodal se constitue de communautés isolées produisant leurs propres produits de consommations en entretenant peu de relations marchandes. Cependant, aux XVème-XVIIème siècles, les produits agricoles et la laine commencent à se vendre en dehors des villages. Un marché national se développe ainsi qu’un début de division du travail. Ceux qui sont acteurs de ce développement du commerce s’enrichissent, au détriment de ceux recevant des revenus fixes. Aussi, nombre de propriétaires jettent un regard nouveau sur leurs terres en vendant les surplus non consommés par leurs familles : leurs terres devient source de profits. Ils peuvent aussi louer une partie de leurs terres à des fermiers, pour ensuite écouler les productions sur le marché. Ces yeomen étendent ainsi leurs domaines en développant leur production agricole : ils louent leurs terres à plus court terme et expulsent ceux ne pouvant pas payer les rentes exigées.

Face à ces tendances économiques, l’aristocrate était l’objet de dérision de la nouvelle classe moyenne. Cependant, sa classe restait une force sociale et politique car l’Etat sauvegardait ses intérêts, en empêchant l’émergence d’un marché national.

Au niveau industriel, l’Angleterre produit 4/5è du charbon consommé en Europe en 1640. Le capital nécessaire à l’industrialisation est fourni par les marchands d’esclaves, les négociants, les pirates, ainsi que la petite noblesse terrienne (yeomen) et des artisans. Ainsi, nait une petite bourgeoisie, fluctuante entre les plus entreprenants et chanceux qui accédaient au capitalisme et ceux redevenant salariés. Dans l’Est et le Sud des Midlands se développent ces bastions qui résisteront à Charles 1er.

Ainsi, le marché était en pleine expansion et l’Angleterre était en train de se transformer en une unité économique. Cependant, des freins existaient : dans les villes, les corporations cherchaient à préserver le monopole du commerce local.

Toujours est-il qu’au milieu du XVIIème siècle, « les intérêts de la nouvelle classe de négociants et fermiers capitalistes étaient momentanément identiques à eux de la petite paysannerie, des artisans et des journaliers ». Ou disons du moins, qu’ils avaient des ennemis communs autour d’un programme parfois identique mais en même temps différent.

L’arrière-plan politique de la Révolution anglaise

Au XVIème siècle, la bourgeoisie s’allie à la monarchie autour d’intérêts communs : face à l’Espagne catholique, principal concurrent commercial sur les mers, contre les grandes maisons rivales qui se menaient des guerres privées.

De son côté, la petite noblesse féodale (gentry) voyaient ses revenus diminuer et dépendait de la Cour où elle disposait d’avantages financiers, d’emplois. La Monarchie Stuart assurait ainsi à cette aristocratie sa survie économique alors qu’elle devenait une entrave pour la bourgeoisie.

Pour faire face à ses nouveaux besoins, la Monarchie avait besoin de prélever des impôts sur la bourgeoisie qui s’enrichit et la petite noblesse terrienne. Les taxes, les droits de douanes aboutissent alors à des conflits avec le Parlement qui revendique la prérogative du contrôle et des prélèvements des impôts. La Monarchie crée des monopoles autour du savon, du charbon mais cela provoque la colère des marchants.

La hiérarchie ecclésiastique était fortement liée à la Monarchie qui la protégeait de la réaction catholique et de la gauche révolutionnaire protestante.

Jacques 1er s’aliène les forces patriotiques et protestantes lorsqu’il décide de s’allier à l’Espagne par crainte des révolutionnaires protestants.

Plus concrètement, la Pétition des Droits de 1628 dénonce comme illégal une nouvelle levée d’impôt sans consentement du Parlement, de même qu’il refuse les arrestations arbitraires. La crise économique, liée aux monopoles de matières premières entrainent une hausse des prix touchant les plus pauvres.

La ligne rouge est franchie lorsque Charles 1er cherche à étendre le contrôle de la Couronne à l’Eglise d’Ecosse et à reprendre les terres de cette Eglise. L’armée écossaise envahit l’Angleterre en 1639 et le roi se retrouve sans soutien populaire ce qui le force à négocier. Il s’aliène les marchands en saisissant les réserves d’or déposées à la Tour de Londres et en cherchant à dévaluer la monnaie. L’appareil d’Etat, dépendant des juges de paix, des classes moyennes, cesse de fonctionner.

Le « Long Parliament » représentait ces contradictions de classe entre la gentry et les commerçants aisés. « Ce n’est pas la Chambre des Communes qui fit la révolution. Les membres du Parlement subirent des pressions extérieures : celle du peuple de Londres, des petits propriétaires terriens (yeomen), des artisans de la vieille Angleterre. » 

En 1640, ce mouvement profond parvient à démanteler la machine d’Etat monarchiste et féodale : Strafford est exécuté, Laud emprisonné, des ministres émigrent, la Chambre étoilée, la Haute cour et les juridictions d’exception sont abolies, la mise sur pied d’une armée royale permanente est empêchée, la bourgeoisie, par le Parlement établit son contrôle sur l’Eglise.

En 1641, avec la Grande Remontrance qui est un appel au peuple, les révolutionnaires comme Pym se prononcent contre la politique de Charles 1er. Les royalistes et une partie de la grande bourgeoisie prirent peur face à la vague révolutionnaire.

Exécution de Charles 1er en mai 1649

La Révolution

Durant la révolution, Oliver Cromwell démontre qu’une guerre révolutionnaire appelle une nouvelle organisation de l’armée : il fait place au mérite pour les promotions : « je préfère un capitaine habillé de simple bure qui sait pourquoi il se bat et qui reste fidèle à son choix, à ce que vous appelez un « gentleman » mais dont les qualités s’arrêtent là ». Il encourage la libre confrontation des idées, en somme des méthodes démocratiques. Cromwell défend la liberté de réunion, la libre discussion, la tolérance religieuse. Cromwell avec les Indépendants (petite aristocratie terrienne, petits propriétaires, bourgeoisie commerçante, paysans, artisans) s’opposent aux presbytériens (haute bourgeoisie aux côtés d’une partie des grands propriétaires terriens).

Cette nouvelle conception de l’armée forme donc un « embryon de révolution sociale ». Elle est financée par un nouvel impôt. La guerre est justement remportée par l’artillerie (forts efforts financiers) t une cavalerie de petits propriétaires terriens (yeomen) très disciplinés, avec une conscience politique forte. Cette armée était organisée, régulièrement payée, avec un encadrement efficace. Cela aboutit à la victoire de Naseby en 1645.

Au sein de l’armée, dans les couches petites bourgeoises, paysannes et artisanes, se développent des éléments radicaux. Les Niveleurs.

Avec le problème du service en Irlande, les hommes de troupes s’organisent et s’unissent en un conseil central et jurent de ne pas se séparer tant que leurs revendications se seront pas satisfaites. Cette agitation entraîne l’existence de deux organes de pouvoir rivaux et parallèles : l’armée et le Parlement. L’armée se saisit du roi en juin 1647 pour éviter toute paix de compromis entre le roi et le Parlement. Les presbytériens quittent le Parlement laissant la place à Cromwell et aux Indépendants. Quant aux Niveleurs, ils aspirent à de grandes réformes et leur influence grandit dans l’armée. Ils exigeaient la liberté du commerce pour les petits producteurs, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’abolition de la dîme, la protection de la petite propriété, et une réforme de la loi sur l’endettement. Ils souhaitent l’extension des pouvoirs du Parlement et le suffrage universel. En octobre-novembre 1647, un conseil de l’armée a lieu à Putney. Les niveleurs y proposent une nouvelle constitution et s’opposent aux Grandees, souvent les dirigeants de l’armée comme Ireton. Celui-ci estime que « la liberté en tous domaines ne peut être octroyée si la propriété doit être préservée ». Cependant, en novembre, les Grandees mettent en échec les Niveleurs et démantèlent le conseil de l’Armée : c’est la fin de l’exercice de la démocratie. Cependant, Grandees et Niveleurs s’entendent pour purger du Parlement les partisans du compromis. Ainsi, le roi est exécuté le 30 janvier 1649 comme « ennemi public du bon peuple de cette nation ». La monarchie, la chambre des Lords sont abolis. Le 19 mai 1649, la République est proclamée. Peu de temps après, les Niveleurs sont isolés et battus, leurs dirigeants exécutés à Burford en mai 1649.

Défilé de la New Model Army

Les Niveleurs prônaient une utopie politique en faveur des petits producteurs. Cependant, ils n’étaient pas une force sociale assez puissante pour imposer leurs vues. Cependant, les mesures les plus radicales furent prises grâce aux « méthodes plébeiennes » des niveleurs et indépendants. Après l’écrasement des Niveleurs, le mouvement Diggers défend les sans terres et les démunis. Ce mouvement cherche à instaurer un communisme agraire. Son leader Gerrard Winstanley écrit : « l’homme le plus pauvre a tout autant de droit à la terre que l’homme le plus riche ». Cependant, ce mouvement social est dispersé par l’armée.

Avec la répression des Niveleurs par Cromwell, la restauration devient inévitable. Sans soutien populaire, la grande bourgeoisie peut s’appuyer sur l’armée (couteux et difficile à contrôler) ou passer un compromis avec des éléments de l’Ancien Régime. Ce nouveau pouvoir réalise cependant la conquête de l’Irlande, formant le premier triomphe de l’impérialisme britannique. En 1651, l’Acte de Navigation permet à l’Angleterre de construire une politique commerciale hégémonique en Europe en évinçant ses rivaux (Guerres avec la Hollande).

Oliver Cromwell

Cromwell finit par imposer une dictature de l’armée avec son Instrument de Gouvernement. Le nouveau Parlement repose sur un suffrage censitaire fixé à 200 livres. Ces années sont marquées par le conservatisme progressif des Indépendants qui s’assimilent aux Presbytériens. Cependant, à la mort de Cromwell, son régime ne lui survit pas. Le général Monck, commandant des armées d’Ecosse rétablit la monarchie avec le soutien de la gentry écossaise. Il se prononce pour un Parlement reposant sur le mode censitaire et qui sera dominé par les propriétaires fonciers. C’est ce Parlement qui signe le retour de Charles II en mai 1660. Cependant, la Restauration ne signe pas le retour de l’ancien régime car la bourgeoisie et la petite noblesse s’insèrent dans l’appareil d’Etat. De plus, Charles II préserve l’Acte de Navigation qui favorise les marchands. Ce n’est qu’après la révolution de 1688 que la domination du capital financier devient totale : lorsque la banque d’Angleterre et la dette publique sont créées en 1694.Après 1701, les juges sont subordonnés au Parlement et le roi ne peut plus lever un impôt indépendamment du Parlement.

Conclusion :

« La période 1640-1660 vit la destruction d’une forme d’Etat et l’introduction d’une nouvelle forme politique au sein de laquelle le capitalisme pouvait se développer librement ».

« C’est en combattant que l’on obtient des réformes, c’est de même par le combat que nous sauvegardons les libertés conquises par nos ancêtres. Si le peuple estime que le système n’est pas favorable à la liberté, c’est par l’unité d’action qu’il peut être modifié. C’est la leçon utilisable de nos jours que nous livre le XVIIème siècle ».

« Quand ces corps de glaise seront ensevelis et que leurs enfants les auront remplacés / Chacun verra qu’en notre temps nous combattions pour la vérité, la paix, la liberté » « Lorsque la terre redeviendra propriété commune, comme il se doit, alors l’inimitié disparaitra de sa surface »  Winstanley.

Notes, E. Hobsbawm, L’âge des extrêmes, Histoire du court XXème siècle

Une des synthèses les plus intéressantes sur le XXème siècle. Les notes s’étendent de 1914 à 1939.

Le siècle à vol d’oiseau

De 1914-1945, c’est une « ère de catastrophe » après lesquelles succèdent 30 années de croissance économique et de transformation sociale « extraordinaires », « qui ont probablement changé la société humaine plus profondément qu’aucune autre période d’une brièveté comparable ». cependant, la fin du XXème a été une ère de « décomposition, d’incertitudes et de crise ».

Le XXème a porté deux vagues de révolutions mondiales, portant un système prétendant remplacer la société bourgeoise et capitaliste.

En 1929, une crise économique d’une immense profondeur touche les économies capitalistes et enfante le fascisme. Seule une alliance temporaire entre le capitalisme libéral et le communisme put sauver la démocratie. La victoire sur le nazisme est remportée essentiellement par l’Armée Rouge. Cette alliance forme la « charnière » du XXème siècle.

La révolution d’Octobre a aussi eu comme conséquence la réforme durable du capitalisme dans la 2nde partie du siècle, par peur de la révolution. La crise des années 30 a donné l’image de l’URSS comme « solution de rechange globale et réaliste ».

Les années 1947-73 : « impact extraordinaires des transformations économiques, sociales et culturelles ». Ces changements ont apporté pour la vie de l’homme des changements « aussi profonds qu’irréversibles ».

Malgré ses faiblesses, le système socialiste réellement existant a été un « puissant accélérateur de la modernisation de pays agraires et arriérés ».

Le monde d’aujourd’hui est donc « incomparablement plus riche qu’il ne l’a jamais été dans sa faculté de produire des biens et des services d’une infinie diversité ». On a vécu mieux que ce qu’on n’avait jamais espéré pour beaucoup. Une redistribution minimale a été réalisé, au moins dans les pays riches, même si à la fin du siècle, les inégalités progressent.

Le monde devient un « village planétaire » (Mc Luhan, 1962). Le Monde a connu une accélération inimaginable de la communication et des transports. Face à ces accélérations, les humains, les institutions publiques semblent avoir du mal à s’adapter. Les anciennes formes de rapports sociaux se désintègrent, notamment les liens entre générations, le lien entre passé et présent. Se développe avec le capitalisme « à l’occidentale » « un individualisme asocial absolu ». Il est visible chez ceux qui les professent comme chez ceux qui en déplorent les conséquences sociales. Cette société devient un « assemblage d’individus » déconnectés, égocentriques, à la « recherche de leur propre satisfaction » (profit, plaisir…).

Ce qui est certain pour l’auteur, c’est que ce « siècle finit mal », et qu’il espère pour le nouveau « un monde meilleur, plus juste et plus viable ». « Nous ne savons pas où notre voyage nous conduit ni même où il devrait nous conduire ». Hobsbawm rompt ainsi avec une vision « téléologique » du futur, faite d’avance.

Chapitre 1 : l’âge de la guerre totale

En 1914, cela faisait un siècle qu’il n’y avait pas eu de guerre dans lesquelles étaient impliquées toutes les puissances.

Cette guerre fut destructrice : les Français y perdirent près de 20 % de leurs jeunes en âge de porter les armes, auxquels il faut ajouter les blessés, les invalides, les « gueules cassées ». Un désir de paix est important en même temps que certains en ont acquis un sentiment de supériorité incommunicable et barbare qui devrait plus tard nourrir les rangs de l’extrême droite, à l’image d’un Hitler.

Ce furent des guerres industrielles où les camps essayèrent de s’en tirer par la technologie. Les Allemands essayèrent par la chimie (notamment les gaz toxiques). Ce moyen fut interdit en 1925 par la Convention de Genève.

14-18 est la première guerre non révolutionnaire et non idéologique à être menée à mort, jusqu’à l’épuisement de l’adversaire. En 1914, ce n’était certainement pas l’idéologie qui oppose les adversaires contrairement aux mobilisations de l’opinion publique par les états. Les enjeux étaient économiques et géopolitiques : l’Allemagne voulait une position maritime et politique mondiale comme celle qu’avait l’Angleterre. La France souhaitait rester une grande puissance. Cette guerre ruina à la fois les vainqueurs et vaincus.

A la fin de la 1ère GM, Russie et Allemagne sont aux bancs des exclus. Les deux se rapprochent au début des années 1920.

La guerre moderne implique tous les citoyens et mobilise la plupart d’entre eux : elle se mène avec des armements qui requièrent un détournement de toute l’économie pour produire des armes de destructions. Elle domine et transforme la vie des pays impliqués. La mobilisation de telles classes d’âges de soldats n’est possible que dans des économies industrialisées et de haute productivité. Cependant, même dans ces sociétés industrialisées, la guerre met à rude épreuve toute la population. C’est pourquoi les guerres ont renforcé les pouvoirs des syndicats et ont engendré une révolution de l’emploi des femmes.

La guerre a nécessité une organisation et un management pour faciliter « la destruction rationalisée de la vie humaine ». La « guerre totale a été la plus grande entreprise que l’homme ait jamais dû sciemment organiser et gérer ». Les dépenses du complexe militaro-industriel ont été sans équivalent et souvent ont pesé de façon durable et négative sur l’économie.

La guerre a provoqué une « brutalisation » des sociétés car les adversaires ont été diabolisés, pour les rendre haïssables.

Chapitre 2 : La révolution mondiale

La révolution est fille de la guerre, particulièrement la révolution russe, mais aussi la 2nde vague après 1945. 1917 est un évènement aussi central que la révolution de 1789. Octobre a fourni le mouvement révolutionnaire le plus important de l’Histoire moderne.

La Russie était mûre pour la révolution, depuis les années 1870. En 1915, les problèmes du tsarisme étaient insurmontables. Cependant, peu envisageaient une révolution socialiste au vu de sa masse paysanne, de son arriération et de la faiblesse de son prolétariat, certes, stratégiquement localisé.

L’hostilité à la guerre existait dans certains partis : chez les bolcheviks, en Serbie, en GB avec l’Independant Labour Party. Nombre de socialistes dans les pays en guerre désapprouvaient la guerre. Le mouvement syndical devint aussi important dans les industries d’armement, devenant centre du militantisme industriel et de l’antimilitarisme. Tant en Russie qu’en Allemagne, les bases navales (Cronstadt, Kiel) allaient devenir les grands centres révolutionnaires.

En mars 1917, le régime tsariste s’effondre sous la pression d’une manifestation d’ouvrière (lors du 8 mars) et par le mouvement de grève aux usines métallurgiques Poutilov. La foule envahit le centre de la capitale pour exiger du pain.  Emerge alors une situation révolutionnaire autour d’un « gouvernement provisoire » impuissant et une multitude de « conseils » (soviets) surgissant à la base. Ils détenaient de la réalité du pouvoir, ou avait un droit de veto, mais ne savaient qu’en faire.

Les bolcheviks avaient l’aptitude de reconnaitre ce que voulaient les masses et de les diriger en sachant les suivre. Ce parti était essentiellement ouvrier, se retrouvant majoritaire dans les grandes villes russes (Pétrograd, Moscou). Il gagne aussi du terrain dans l’armée. Il participe en août 1917 à empêcher le coup d’état contre-révolutionnaire. « La lame de fond de leurs partisans radicalisés poussa inévitablement les bolcheviks à la prise du pouvoir ». En octobre 1917, le pouvoir est à ramasser.

Le nouveau régime ne lance au départ pas grand-chose de socialiste : il prend le contrôle des banques et soumet les instances dirigeantes au contrôle ouvrier, mais en réalité, il légalise ce qui se fait déjà et incite à la production.

Malgré l’encerclement, la révolution a tenu : autour d’un parti centralisé et discipliné de 600.000 membres : il possédait d’un embryon d’Etat. Ça a été le seul gouvernement capable et désireux d’assurer la cohésion de la Russie ce qui lui vaut des soutiens de patriotes russes, pour autant hostiles aux rouges, mais qui vont servir l’armée rouge. Enfin, par la révolution, la paysannerie a pris possession de la terre. Elle choisit les bolcheviks plutôt que le retour de la noblesse.

A partir de janvier 1918, une vague révolutionnaire balaye l’Europe : par Vienne, Budapest, les régions tchèques puis l’Allemagne.

La 1ère réaction anticommuniste sont les 14 points du président Wilson qui joue la carte nationaliste face à l’internationalisme de Lénine. Des petits Etats-nations devaient servir de tampon aux rouges.

La révolte à la base navale de Kiel en Allemagne propage la révolution à tout le pays en novembre 1918. La République allemande est proclamée.

Cette vague révolutionnaire est une révolte contre la guerre : elle permet d’instaurer la paix à l’échelle continentale et désamorce ainsi une bonne partie de la charge sociale qu’elle recelait. En Europe de l’Est et centrale, les paysans étaient révoltés mais ils exigeaient une révolte agraire : ils étaient révolutionnaires mais non bolcheviks.

En Allemagne, c’est la guerre qui a entrainé la révolution armée. Cependant, le gouvernement républicain écarta les socialistes radicaux qui pourtant semblaient tenir le pouvoir de la rue. Une éphémère république socialiste eut lieu en Bavière.

La vague révolutionnaire se retire en 1920, mais pour l’Allemagne, l’IC garde espoir jusqu’en 1923.

Au niveau international, les bolcheviks souhaitaient une force de frappe internationale discipliné, pour la conquête révolutionnaire. Entre 1920-27, le regard se tourna cependant vers la Chine.

Cependant, face à la vague révolutionnaire qui se termine et la scission durable du mouvement socialiste, les communistes se retrouvent souvent isolés et minoritaires.

Dans les années 1930, les intérêts de l’Etat soviétique l’emporte sur les intérêts de la révolution mondiale. Cependant, jusqu’à la fin, l’URSS même corrompue, finança les révolutions et les guérillas progressistes, du congrès national africain à la révolution cubaine ; contrairement aux Chinois qui critiquaient pourtant les soviétiques. La 1ère génération, celle de la révolution d’octobre ne fut pas troublée sur l’évolution soviétique et consacra sa vie à la révolution mondiale. C’est aussi le rôle de ce parti qui donne succès à des régimes communistes sur 1/3 de l’Humanité. Quant à Trotski, opposant le plus prestigieux, son poids politique était négligeable au moment de sa mort.

Le parti obtenait de ses membres une abnégation supérieure à l’esprit de corps d’une armée, une concentration à exécuter les décisions du parti, ces organisations faisaient preuve d’une efficacité très grande par rapport à leur taille. Le parti « d’avant-garde » sur les révolutions se réalise surtout après la révolution lorsque ces « contre-élites » prennent le pouvoir. En réalité les révolutions sociales dépendent de ce qui se passe parmi les masses et n’importe quelle élite ne peut pleinement la contrôler. Ex dans la révolution iranienne de 1979, le shah fait une forte unanimité contre lui. Ce sont les clercs iraniens qui prennent le dessus grâce aux structures cléricales existantes.

Chapitre 3 : Au bord du gouffre économique

Depuis la révolution industrielle, l’histoire économique est faite d’accélération du progrès technique, d’une croissance continue et inégale. Avec la Grande Crise, le flux international des capitaux semblent se tarir : entre 1927-33, les crédits internationaux chutent de plus de 90 %.

Dans l’immédiat d’après guerre, le pouvoir de la main d’œuvre baissa à cause d’un fort chômage en GB. Les syndicats perdent en quelques années la moitié de leurs adhérents. Le rapport de force passe en direction des patrons.

En Allemagne, le système monétaire connait un spectaculaire effondrement : en 1923, la monnaie tomba à un million de millionième de sa valeur de 1913. Elle perdit pratiquement toute sa valeur. L’épargne privée disparut quasi totalement, laissant un vide complet pour les fonds déroulement des entreprises qui ont dû emprunter massivement à l’étranger, ce qui la rendit vulnérable. La petite et moyenne bourgeoisie fut traumatisée, ce qui la rendit mûre pour le fascisme.

Après 1929, les énormes flux de capitaux vers l’Allemagne (la moitié des exportations mondiales de capitaux) refluent. De plus, l’Allemagne avait largement emprunté. La récession nord-américaine pénétra en Europe par l’Allemagne. La production industrielle baisse d’un tiers entre 1929-31 et la production allemande, d’autant. La crise touche aussi l’agriculture tant les denrées alimentaires que les matières 1ères. La crise s’est ainsi mondialisée.

La situation était dramatique car il n’y avait pas réellement de systèmes de protection sociale, notamment aux USA. En GB, 60 % de la main d’œuvre était couverte par des assurances chômage. Ailleurs en Europe (sauf en Allemagne à 40 %) , elle allait de 0 à un quart. La crise est dominée par des « marches de la faim », des soupes populaires. 85 % des adhérents du KPD étaient des chômeurs. Le chômage était perçu comme une « blessure profonde et potentiellement mortelle ». Aucune solution ne vint de l’ancienne économie libérale : le commerce mondial chute de 60 % entre 1929-32. Les états fixent le protectionnisme pour protéger leurs marchés nationaux contre la crise économique. Même la GB adopte un modèle protectionniste.

Les pays adoptent souvent des débuts de systèmes sociaux comme aux USA avec leur Social Security Act en 1935.

En 1929, les USA assuraient 42 % de la production mondiale contre 28 % pour la Fr-All-GB.

De plus, la guerre et sa paix ont fragilisé l’Europe entière et notamment l’Allemagne.

La crise a révélée que le capitalisme n’était pas capable de créer une demande suffisante pour assurer une expansion durable. Les salaires étaient à la traîne sur l’expansion économique. La Grande Crise a ouvert la voie à un virage à droite quasiment partout dans le Monde : développement de régimes nationalistes et belliqueux. Le renforcement de l’extrême droite profita des revers de la gauche révolutionnaire. Dans l’Europe de 1934, seul le PCF avait une authentique présence politique. En GB, le Labour Party était déjà tombé en 1931, victime de son orthodoxie économique. Aux USA et au Mexique, il y a un virage plutôt à gauche avec Roosevelt et Lazaro Cardenas. Le Chili forma un front populaire sur le modèle européen.

Trois options faisaient face au libéralisme économique qui a échoué :

  • Le communisme marxiste avec au centre l’URSS
  • Un capitalisme réformé et souvent allié à la social-démocratie (option post 45, Suède de 1932)
  • Le fascisme qui était un danger mondial

Chapitre 4 : La chute du libéralisme

La raison, le débat public, l’éducation, la science, l’amélioration de la condition humaine faisaient partis des valeurs de ce début de XXème siècle. Elles étaient partagées par les mouvements démocratiques, socialistes comme communistes.

Les menaces pour les institutions libérales proviennent ainsi de la droite politique. Dans les années 1920-30, pas un seul régime politique ne fut renversé par la gauche.

Le triomphe de Hitler en Allemagne a permis au fascisme de devenir un mouvement général. C’est le cas en Hongrie avec les Croix Fléchées, ou encore en Roumanie avec la Garde de fer. Les fascistes sont pour l’auteur « des révolutionnaires de la contre-révolution ». Les fascistes ne s’appuient pas seulement sur les gardiens de l’ordre traditionnel et conservateur (Eglise, roi) mais se développent par le soutien des masses, d’idéologies séculières, voire des cultes. Le ciment commun des mouvements est le ressentiment des petits dans une société qui les écrase entre grand capital et mouvements ouvriers de masse. La crise les prive d’une position respectable qu’ils avaient occupaient dans l’ordre social.

Il y avait aussi en Europe un antisémitisme rural fort, qui donna un ancrage aux mouvements fascistes d’Europe de l’Est. En Allemagne, l’antisémitisme était surtout le fait de décrets. En transformant ces intolérances traditionnelles en mots d’ordres modernes, les fascistes touchaient surtout les couches inférieures et moyennes des sociétés européennes. Le militantisme de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se radicalisa surtout là où les idéologies démocratiques et libérales n’étaient pas dominantes. En GB, France, USA, l’hégémonie générale de la tradition révolutionnaire empêcha tout mouvement fasciste de masse. C’est au contraire la désintégration des mouvements ouvriers et socialistes classiques qui a lâché la bride aux sentiments racistes et nationalistes, à la fin du XXème siècle.

L’essor de l’extrême droite a été une réaction à la révolution sociale, à la puissance de la classe ouvrière, à la révolution d’octobre et au léninisme.

Une part des soldats se trouvèrent frustrés dans leurs ambitions héroïques à la fin de la guerre en 1918. Il s’agit d’une minorité réduite mais dans l’absolu assez nombreuse pour qui l’expérience des combats est centrale et source d’inspiration. Ce contrecoup de droite était une réponse à tous les mouvements qui menaçaient l’ordre social existant. C’est la montée en puissance du monde du travail qui leur glaça le sang. Il y avait une crainte du communisme mais le coup d’état des généraux espagnols s’en prit à un gouvernement républicain et socialiste.

Le fascisme est aussi porté au pouvoir par « une masse de citoyens désenchantés, désorientés et mécontents, qui ne savaient plus à qui se vouer ». La nouveauté du fascisme au pouvoir a ensuite résidé dans la capacité d’un transfert total du pouvoir pour l’élimination des rivaux. Il n’y avait plus de limites intérieures au pouvoir d’un chef.

Pour Hobsbawm, le fascisme n’est pas l’expression du « capitalisme monopolistique » car celui-ci s’accommode de tout régime qui ne souhaite pas l’exproprier. Il ne le fut pas plus que le New Deal aux USA, que Weimar en Allemagne, ou les gouvernements travaillistes en All. Cependant, le fascisme donne des avantages : il écrase la révolution sociale et la gauche, élimine les syndicats qui entravent la gestion des entreprises. Le principe de « chef » chez les fascistes correspondait à la pratique de la plupart des patrons face à leurs subalternes. La destruction des mouvements ouvriers donna au capital une issue favorable à la crise. De plus, le fascisme modernisa sérieusement les économies industrielles.

Mis à part en Italie, dans les années 20, aucun mouvement d’extrême droite ne semblait avoir d’avenir en Europe. C’est la crise de 29 qui les remit sur le devant de la scène.

La République de Weimar sombre parce que l’accord entre l’état, les syndicats et le patronat ne se maintient pas. Le patronat et l’état procédèrent à des coupes sombres. Les poussées de fièvres existent justement lorsque les gouvernements n’ont plus assez à distribuer.