"Nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin" Alain Resnais, Nuit et Brouillard
Venu travailler à Paris à l’âge de quinze ans avec son père, comme le faisaient les « Limousins » ou « Limousinants » de son hameau et de tous les hameaux et villages de l’arrondissement de Bourganeuf, dont fait partie Soubrebost, il connut la vie des garnis où l’on s’entasse afin de rapporter le maximum d’argent « au pays » quand on retourne passer l’hiver avec la femme et les petits enfants, la vie des garnis où l’on meurt lorsque survient une épidémie.
Acquis, peu avant la révolution de 1848, au communisme réformiste des Icariens quand se dressèrent les barricades de février, Martin Nadaud jouait gaillardement de la hotte et de la truelle en haut de la rue Soufflot; il alla rejoindre les insurgés. Le 13 mai 1849, les électeurs de la Creuse l’envoyèrent siéger à la Législative. Il obtint environ 15 000 voix sur 73 000 inscrits et 40 000 votants. Il travaillait, dit-on, sur un échafaudage parisien quand on lui apporta la nouvelle de son élection. Les journaux conservateurs se gaussèrent du maçon devenu législateur.
Écrite, publiée, et diffusée en 1846-1847, cette chanson témoigne de l’éveil de la conscience de la classe ouvrière peu de temps avant la Révolution de 1848 et met en avant l’amour de l’humanité.
Avant les Jeux Olympiques, alors que le CIO demande des garanties sur les non-discriminations dans l’Allemagne nazie, Carl Diem pour le Comité Olympique allemand affirme qu’aucune discrimination ne touchera les athlètes étrangers. A ceux qui prétendent qu’il n’était pas possible de deviner la Shoah, c’est certainement une réalité. Mais l’Allemagne était néanmoins déjà devenue un Etat raciste : boycott des commerces juifs en 1933, lois de Nuremberg en 1935. Impossible de nier cette réalité et les propos racistes, voire ultra-violents à l’encontre des juifs, des « nègres », l’enfermement des opposants politiques, les violences qu’ils subissent. Un avertissement clair est lancé entre les jeux d’hiver et les jeux de l’été 1936, l’Allemagne remilitarise la Rhénanie sans que cela ne suscite de réactions internationales. Comme le remarque Albert Speer, « quelques mois après la réussite de l’opération en Rhénanie, Hitler se montra satisfait de l’atmosphère harmonieuse qui entourait les Jeux olympiques et qui montrait que tout mécontentement international avait disparu. Il donna des instructions pour que les nombreuses personnalités étrangères présentes aient l’impression d’avoir devant elles une Allemagne éprise de paix » (Albert Speer, Au cœur du IIIème Reich, Fayard, Paris, p. 105).
C’est dans ce contexte que se tiennent les Jeux olympiques de Berlin, des jeux « défigurés ».
Olympisme et accommodement de ses idées avec le régime national-socialiste allemand
Pierre de Coubertin
« La première caractéristique essentielle de l’olympisme ancien aussi bien que moderne, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau » (Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l’olympisme moderne », message radiodiffusé de berlin, 4 août 1935)
Henri de Baillet-Latour
Le 6 novembre 1935, le président du CIO Baillet-Latour fait cette déclaration depuis Berlin :
« J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que l’entretien que j’ai eu avec le chancelier d’Allemagne ainsi que l’enquête à laquelle je me suis livré m’ont convaincu que rien ne s’oppose au maintien des Jeux de la Xième Olympiade à Berlin et à Garmish Partenkirchen. Les conditions requises ont été respectées par le Comité Olympique allemand. Les visiteurs et participants peuvent être assurés de trouver un accueil parfaitement cordial sans courir le risque de rencontrer quoi que ce soit d’offensant pour leurs principes ».
Ce même Baillet-Latour qui écrit à Brundage (président du comité olympique américain) le 31-10-1933 par rapport aux demandes d’annulation des JO de Berlin, dans les milieux juifs américains : « Personnellement, je n’aime ni les juifs ni leur influence (…) Je sais qu’ils ont l’habitude de pousser les hauts cris bien avant d’avoir des raisons valables de le faire ».
Des jeux « modernes »
« Les Jeux de Berlin furent les premiers Jeux vraiment modernes. Organisés avec tout l’apparat symbolique propre aux nazis, ils furent ceux qui en fixèrent le protocole presque définitif : lâcher de pigeons, flamme olympique avec son trajet depuis Olympie, défilés massifs, décompte officieux des médailles obtenues par les nations, etc. D’autre part, ils bénéficièrent de toutes les innovations technologiques qui par la suite transformeront les Jeux en un immense show publicitaire. Avec les Jeux de Berlin s’instaure pour la première fois le spectacle du monde qui se donne en spectacle »
JM Brohm, les Jeux Olympiques à Berlin, page 18
L’antisémitisme et le racisme des nazis aux travers des Jeux Olympiques et du sport
Le racisme antisémite
Bruno Malitz, idéologue nazi des sports écrit en 1933:
« Le sport et les exercices physiques créent des valeurs corporelles, spirituelles et intellectuelles. Le juif essaye de s’emparer de toutes les choses qui créent de la valeur parce qu’il anéantit et détruit. C’est ainsi qu’il aspirait aussi, pour le malheur du peuple allemand, à la direction du sport (…) le national-socialisme lutte contre la juiverie dissolvante et efféminée (…) Les dirigeants sportifs juifs et ceux qui sont contaminés par le judaïsme, les pacifistes et les réconciliateurs des peuples (…), n’ont pas de place dans la patrie allemande. Ils sont pire que le choléra, la tuberculose, la syphilis, pires que les hordes incendiaires des Kalmouks, pires que l’incendie, la famine, l’inondation, les grandes sécheresses, pires que les invasions de sauterelles, les gaz asphyxiants, pires que tout cela car ces éléments-là ne détruisent que des Allemands alors que les juifs anéantissent l’Allemagne même ».
La haine des noirs
Le Völkischer Beobachter (L’Observateur populaire), journal du parti nazi, le 19-08-1932, lors des JO de Los Angeles :
« Les nègres n’ont rien à faire aux olympiades (…) On peut malheureusement constater de nos jours que des hommes libres doivent souvent disputer la palme de la victoire à des noirs esclaves, à des nègres. C’est une honte et un avilissement sans pareil de l’esprit olympique et les anciens Grecs se retourneraient sûrement dans leurs tombes s’ils savaient ce que les hommes modernes ont fait de leurs jeux nationaux sacrés. (…) Les prochains Jeux olympiques auront lieu en 1936 à Berlin. Nous espérons que les responsables savent quel est leur devoir. Les noirs doivent en être exclus. Nous l’escomptons ».
Campagne de Boycott des JO
L’Union des Athlètes Amateurs des Etats-Unis prend au début une position contre les JO de Berlin, en novembre 1933 :
« Si des athlètes juifs d’Allemagne n’étaient pas autorisés à se préparer à s’entrainer en vue des Jeux Olympiques à Berlin, voire à y participer, les athlètes des Etats-Unis n’y participeraient pas non plus ».
Un comité contre les JO de Berlin se met en place aux EU : personnalités sportives, politiques, du mouvement ouvrier -> fondation du Committee on Fair-play in sports. Ce mouvement devient international avec une conférence antifasciste internationale à Paris en décembre 1935.
Le mouvement ouvrier international (socialiste-communiste) se mobilise notamment après le VIIème congrès de l’Internationale communiste et sa tactique des fronts populaires. Le Congrès de la Fédération internationale des organisations sportives et ouvrières appellent à boycotter les JO de Berlin mais aussi ceux de Tokyo de 1940 : « le Japon actuel, tout comme l’Allemagne fasciste, n’est pas un lieu approprié pour la prochaine olympiade. Le Japon est en ce moment un foyer de guerre en Extrême Orient et il menace la paix mondiale. » (7-8 mars 1936, réunion à Prague)
Une contre olympiade est organisée à Barcelone.
« Les JO de Berlin ont le but de propager l’esprit du national-socialisme, de l’esclavage, de la guerre et de la haine raciale. L’olympiade populaire de Barcelone, au contraire, veut défendre le véritable esprit olympique qui reconnait l’égalité des races et des peuples et estime que la paix est la meilleure garantie pour l’éducation saine des sportifs et de la jeunesse de toutes les nations ».
Humanité 12-05-1936, « Déclaration du comité d’organisation de l’olympiade populaire de Barcelone ».
Judith Deutsch, une sportive nageuse autrichienne juive renonce aux JO de Berlin :
« Messieurs, je vous prie d’excuser mon abstention pour les raisons suivantes : je maintiens ce que j’ai déjà déclaré à l’occasion du serment exigé de moi pour l’entrainement olympique. Je ne peux pas participer en tant que juive aux Jeux olympiques parce que ma conscience me l’interdit. Je déclare que j’ai pris cette décision en toute liberté et indépendance. Vous voudrez bien, je vous prie, vous rendre compte à quel point cette décision est grave pour moi parce que j’ai pleinement conscience que je renonce ainsi à la plus haute distinction sportive, celle d’avoir le droit de concourir aux Jeux olympiques dans l’équipe autrichienne »
Judith Deutsch, lettre du 11 juillet 1936 adressée au comité olympique autrichien.
Le débat sur le Boycott en France
En France, le front populaire est hésitant sur l’attitude à tenir. Un débat a lieu :
Le député communiste Florimond Bonte, le 9 juillet 1936, lance l’idée de Boycott et de favoriser l’olympiade populaire de Barcelone :
« Aller à Berlin, c’est accepter une sorte de complicité avec les bourreaux, c’est river les fers aux pieds des victimes, et c’est couvrir leurs plaintes que de chanter en chœur avec un Hitler l’hymne à la gloire du sport (…) Le sport national-socialiste considère la guerre comme une étape nécessaire au progrès de l’humanité, comme la mère de toutes choses. Il déifie l’esprit belliqueux et cultive le chauvinisme (…) Le sport nazi est devenu un facteur important dans le plan de guerre de l’état-major allemand. C’est pourquoi, tous ceux qui voient dans le sport un facteur de civilisation, d’entente entre les peuples, ne peuvent que regretter que les Jeux olympiques aient lieu à Berlin, où les sportifs seront attelés au char de l’impérialisme hitlérien (…) Des Jeux tenus sous le protectorat d’Adolf Hitler ne peuvent servir la cause de la paix. Ils ne peuvent être qu’une grandiose manifestation servant de paravent aux préparatifs guerriers, méthodiques et minutieux, de l’Allemagne national-socialiste ».
C’est un député de droite François Pietri qui répond, membre du comité international olympique : « il importe de savoir que ce n’est pas l’Allemagne qui invite aux Jeux Olympiques ; c’est le comité international olympique, et Mr Bonte a rappelé lui-même que ce Comité était une institution d’origine essentiellement française. Il a été créé vers 1896 par un grand Français, le baron Pierre de Coubertin (…) Invite-t-il des gouvernements ou des Etats ? En aucune façon. Il invite directement, par l’entremise des comités olympiques nationaux, les fédérations sportives de tous les pays. Elles ont toutes, et partout, accepté cette invitation et je ne sache pas, tout de même, que la France soit le seul pays du monde qui puisse se flatter d’être un pays libre. (…) Le CIO a mis, en quelque sorte, l’Allemagne en demeure de dire si elle entendait ou non respecter, à cet égard, le serment olympique. Et voici ce qui a été répondu et dont l’exactitude s’est trouvée vérifiée : le Reich prend l’engagement formel d’enrôler dans propre équipe les Allemands non aryens que leurs performances imposent aux chois des sélectionneurs et de donner à ces athlètes toutes les possibilités d’entrainement (…) d’ailleurs, le pourcentage actuel des athlètes israélites dans les équipes allemandes représente un peu plus que ce qu’il y a été il y a quatre ans, à Los Angeles (…) Croyez-vous par exemple, qu’aux Etats-Unis les Noirs, que nous considérons, nous comme nos égaux, soient si facilement accueillis dans les clubs sportifs ? (…) Il n’est pas possible que la Chambre française empêche de jeunes Français d’aller participer à cette grande compétition internationale uniquement parce que le régime intérieur ou les idées particulières des Allemands ne lui conviennent pas. Ce serait à la fois une inconséquence et une incorrection ».
Les crédits olympiques sont votés par 521 voix contre 1 (Pierre Mendès France). Les 72 députés communistes, ne voulant pas s’opposer au gouvernement Blum refusent de participer au vote.
L’art contre les JO de Berlin
Le 1er août 1936, une exposition d’art antifasciste est lancée à Amsterdam sur le thème : L’Olympiade sous la dictature :
L’organisation des JO de Berlin – 1936
Hitler lui-même planifie la construction du nouveau stade de Berlin de 100.000 places pour accueillir les compétitions : il donne lui-même à ce stade le titre de « Olympia-Stadion ».
« Le stade doit être construit par le Reich, c’est une tâche du Reich. Quand on a invité le monde entier, il faut construire quelque chose de beau et de grandiose (…) et quand on a 4 millions de chômeurs, il faut leur donner du travail ; quelques millions de plus ne jouent alors aucun rôle ».
Le Olympian-Stadium, pouvant accueillir jusqu’à 100.000 personnes
L’importance des JO pour les nazis
Goebbels, en 1934, ministre de la propagande et responsable du comité de propagande de l’Olympiade estime que les JO doivent donner une image positive de l’Allemagne. Dans une brochure, le comité de propagande de l’Olympiade définit ces objectifs :
« La publicité olympique a plusieurs tâches spécifiques (…) Nous connaissons tous l’importance des Jeux olympiques en tant que facteur économique et moyuen de fournir du travail, mais aussi parce qu’un grand nombre d’étrangers se rendront en Allemagne à l’occasion des Jeux. (…) Mais il n’y a pas que l’effet économique, car les Jeux sont aussi l’occasion d’une publicité politique extérieure. Nous pouvons en effet montrer à l’étranger comment se passent réellement les choses chez nous. (…) C’est pourquoi, une publicité olympique correctement conçue sert non seulement nos intérêts économiques, mais aussi nos objectifs politiques nationaux ».
Les nazis créent des symboles « olympico-nazis originaux » (JM Brohm)
Cloche des JO, « j’appelle la jeunesse du Monde » qui a été portée dans toute l’Allemagne, escortée par des SS.
« Une innovation importante fut l’œuvre de Carl Diem. Celui-ci, pétri d’hellénisme, imagina un relais de la torche olympique allant de l’antique Olympie au stade olympique de Berlin. L’avantage idéologique conscient ou non était évident. D’une part, le relais de la flamme olympique symbolisait la continuité des jeux antiques et des jeux modernes et l’Allemagne nouvelle en était à présent la dépositaire. D’autre part, il indiquait clairement les racines « aryennes » du peuple allemand qui, en tant que « kultur-volk » (peuple civilisé) ne pouvait que se reconnaitre dans les luttes viriles de l’Antiquité. Enfin, l’usage du feu, symbole dont les connotations fascistes sont très fortes, ajouta au pouvoir attractif de la fête olympique. (…) Sur près de 3.075 kilomètres la flamme olympique fut ensuite transmise de la main à la main par 3.300 athlètes, chaque relais durant environ 5 minutes ». (JM Brohm, Les Jeux Olympiques à Berlin 1936, p. 131-132)
Richard Strauss est utilisé par le Reich et Hitler pour composer l’hymne olympique. Signe de compromission avec les nazis, il estimera nécessaire de faire auditionner son hymne auprès de Hitler en personne.
Une anecdote autour de Hitler et Jesse Owens
« La série des victoires remportées par l’étonnant coureur noir américain, Jesse Owens, le mit de fort méchante humeur. Des hommes dont les ancêtres vivaient encore dans la jungle, avaient, prétendait-il en haussant les épaules, sur les Blancs civilisés la supériorité athlétique du primitif ; ils étaient des concurrents à part et, en conséquence, ils devaient à l’avenir être exclus des Jeux et de toutes les compétitions sportives ». Albert Speer, Au cœur du IIIème Reich, Fayard, Paris, p. 105.
Les nazis masquent leur racisme et antisémitisme
La direction des SA, le 22 juillet 1936 :
« Notre tâche est de convaincre tous les étrangers que la paix, l’ordre et la sécurité règnent en Allemagne et que le peuple allemand souhaite la paix de tout cœur. La présente olympiade est une occasion unique d’en faire la démonstration aux yeux du monde entier. De presque tous les Etats du monde des sportifs ou des spectateurs vont venir ici et à leur retour ils rendront compte de ce qu’ils auront vu en Allemagne (…). Nous voulons, au cours de ces semaines olympiques, prouver aux étrangers qu’il est mensonger d’affirmer qu’il y a des persécutions contre les juifs en Allemagne (…) C’est pourquoi les chants de lutte de l’époque antérieure à la prise de pouvoir ne devront pas être chantés car ils pourraient éveiller à cet égard de fausses impressions ».
Pas pour bien longtemps
Congrès de Nuremberg, dit de « l’Honneur », 8 au 14 septembre 1936
Dès septembre 1936, le NSDAP tient son 8ème Congrès : les propos racistes sont nombreux sur le « judéo-bolchévisme », la « juiverie mondiale », les « soviet-juden », les « impérialistes judaïques ».
« L’Allemand a toujours été un bon soldat. Il se peut que des temps sérieux arrivent. Jamais vous ne serez lâches, car nous savons que le royaume des cieux n’est jamais conquis par des moitiés d’hommes. Aucun lâche ne conserve la liberté et l’avenir n’appartient qu’au courage. Vous deviendrez une génération plus saine, durcie à l’air pur et forte dans son caractère (…). Les Juifs de Moscou voudraient introduire la catastrophe espagnole en Allemagne. Que deviendrait l’Allemagne si la désastreuse gestion économique du judaïsme bolchevique y sévissait ? (…) Nous avons aussi combattu le bolchevisme parce que nous ne voulons pas que notre peuple soit conduit à l’abattoir pour des buts impérialistes judaïques (…) Je ne nie pas les sympathies qui m’unissent à ceux qui combattent le communisme, car le national-socialisme veut l’anéantissement du communisme ».
Hitler, cité dans Le Journal, 15/09/1936.
Ressources vidéos
Cérémonie d’Ouverture des Jeux de Berlin, recolorisée
Documentaire Dans les secrets des JO de Berlin 1936
Chapitre 1er : De Louis XVIII à Louis-Philippe : la monarchie limitée
En 1815, la France assiste au retour des rois sur son trône. Cette « restauration » se situe dans le contexte de l’invasion de la France par les Anglais, Autrichiens, Russes, Prussiens en 1814. Napoléon abdique le 6 avril et est exilé sur l’île d’Elbe. Tous ces alliés souhaitent une France faible, placée sous leur surveillance et ils s’accordent par défaut à rétablir Louis XVIII.
Une charte constitutionnelle du 4 juin 1814 est mise en place : pour le roi elle s’oppose à « l’esprit de la révolution ». La charte est donc « octroyée » par le roi. Le roi possède seul le pouvoir exécutif et l’initiative de la loi. Les ministres sont choisis parmi le Sénat ou le corps législatif. Cependant, l’égalité devant la loi est rappelée, de même que l’Etat de droit et la liberté de culte, même si l’Etat est catholique. Le roi est inviolable et sacré et il a la puissance exécutive et il est le chef des armées. La puissance législative est assurée par le roi, la chambre des pairs et la chambre des députés de département. Le roi peut convoquer et dissoudre les chambres. La charte ne remet pas en cause les grands acquis de la révolution.
Le retour de l’aigle (Napoléon) qui s’enfuit d’Elbe le 26 février 1815 aboutit à son retour à Paris le 20 mars. Il élargie le nombre des électeurs à 92.000 et rétablit le drapeau tricolore. Mais le 18 juin 1815, Napoléon perd à la bataille de Waterloo et abdique le 22 juin. Le congrès de Vienne décide de l’occupation de la France, avec un million de soldats étrangers. Dans le Sud-Est, des massacres ont lieu. Une terreur blanche secoue le pays et les différentes fonctions sont épurées des anti-monarchistes. Le corps électoral est réduit à 18.000.
A partir de 1820, ce sont les ultraroyalistes qui dominent la vie politique et réduisent la liberté de la presse. Les grands propriétaires fonciers sont favorisés par le régime. Cependant, des oppositions entre libéraux et royalistes voient le jour, même dans les rues. En 1824, Charles X succède à Louis XVIII. Il rétablit le clergé à la tête de la société. Il indemnise les émigrés dont les biens avaient été confisqué par la révolution.
Chapitre 2 : Une révolution et une monarchie au profit de qui ?
Le roi fait face à une opposition de députés en mars 1830. Il décide de dissoudre la Chambre. Ce raidissement du roi fait monter l’opposition libérale et républicaine. En juillet 1830, les élections donnent une large majorité à l’opposition. La chambre est de nouveau dissoute et les journaux doivent avoir une autorisation préalable pour paraitre. Un nouveau régime électoral exclut la bourgeoisie d’affaires du vote.
Les Trois Glorieuses
Thiers estime que « des ministres criminels ont violé la légalité, nous sommes dispensés d’obéir ». Journalistes, patrons d’imprimeries, ameutent la population parisienne. De plus, 5.000 ouvriers imprimeurs se sentent menacés par le chômage. Les étudiants se réunissent sous le cri de « A bas Polignac, à bas les ministres ! vive la charte ! ». Les députés opposants cependant restent dans l’attentisme. Il faut ajouter au contexte, les mauvaises récoltes que connaissait alors la France.
Le 27 juillet, 3.000-4.000 républicains, étudiants autour de Cavaignac et Raspail se retrouvent auprès d’anciens soldats de l’empires, près de 50.000 combattants, ouvriers et gardes nationaux défilent derrière le drapeau tricolore.
Durant la nuit du 28, le centre et l’Est de Paris se couvrent de barricades arborant le drapeau tricolore. Les insurgés s’emparent de la poudrerie de la Salpétrière et de l’Arsenal. L’Hôtel de ville, Notre Dame sont pris.
Le 29, les insurgés prennent le Louvre et les Tuileries. Les libéraux autour de La Fayette, Guizot veulent reprendre en main le mouvement pour éviter « le dérapage dans l’anarchie ».
Au 30, cette révolution a fait environ 1 millier de victimes. Deux solutions s’affrontent entre nommer le duc d’Orléans ou établir une République. Malgré la puissance républicaine dans la rue, Thiers lance une proclamation qui désigne le duc d’Orléans comme « roi citoyen ». Les députés le désignent alors comme roi des Français par la grâce de Dieu et de la volonté nationale. Le drapeau tricolore devient officiellement emblème national.
Une révolution escamotée
La volonté insurrectionnelle est vite déconsidérée par le nouveau pouvoir qui rétablit la loi. La charte est ainsi révisée : les Français sont citoyens, la religion catholique n’est plus religion d’Etat, la censure est interdite… les chambres ont désormais l’initiative des lois. La mise en place d’un régime parlementaire est donc conforté. La révolution a fait se côtoyer les journalistes, les aspirations à la politique de la petite bourgeoisie parisienne ainsi que le refus des députés de voir leur pouvoir bafoué.
La révolution n’est pas terminée (1830-35)
Les libéraux semblent obtenir avec la révolution des mesures conformes à leurs souhaits. Une politisation élargie se met en place. Un conseil municipal est élu dans chaque commune avec un minimum de 50 électeurs. 2 millions d’électeurs font leur entrée dans la vie politique. Dans les grandes villes, le maire est toujours élu par le préfet.
Pour les consultations nationales, on passe de 166.000 électeurs en 1831 à 250.000 en 1848. Cependant, le pouvoir politique reste un privilège de richesse et de raison.
De grandes modifications sont organisées par le régime : la création des postes rurales et la naissance des annuaires des postes.
Le bonapartisme tend à faire son retour dans la vie politique, notamment auprès des anciens soldats. Louis-Philippe tente de dépolitiser ce sentiment en incluant Bonaparte dans le culte national (retour des cendres de Napoléon).
Les Républicains ont surtout de l’influence dans les villes et ont des journaux, La Tribune d’Armand Marrast, et Le Réformateur de Raspail. Il y a des clubs comme la Société des amis du Peuple, la Société des droits de l’Homme et du citoyen, réunissant ouvriers, étudiants, intellectuels. Les funérailles du général Lamarque sont l’occasion de barricades dans Paris. On estime à 600 morts ou blessés cette tentative révolutionnaire. Face aux mesures d’interdiction des journaux, les républicains tentent des mouvements insurrectionnels à Lyon en avril 1834. Les républicains entrent dans la clandestinité. De plus, on note à cette époque la montée des idées socialistes.
Le mécontentement populaire
Une loi du 10 avril 1831 réglemente les attroupements qui définit les formes de réunions possibles sur la voie publique. En novembre 1831, les patrons de la soie de Lyon refusent d’observer le tarif négocié des salaires, ce qui provoque la révolte des canuts.
A Paris, le choléra fait en 1832 18.000 morts à Paris et créé un climat de tension. En 1835, un attentat contre Louis Philippe est utilisé pour prévoir des peines sévères contre les délits de presse et font entrer les républicains dans l’illégalités. La bourgeoisie se raidit et craint une menace sur l’ordre social. Cependant, elle voit, autour de Guizot, l’instruction comme une façon de moraliser les classes populaires. La loi de 1833 impose l’ouverture et l’entretien d’une école dans chaque commune.
Les derniers feux de la monarchie
De 1835 à 1840, on assiste à un apaisement social et politique. Le roi joue un rôle majeur dans la vie politique mais la Chambre se cabre de ses interventions politiques. A la toute fin des années 1830, Thiers devient premier ministre avec sa formule : « le roi règne mais ne gouverne pas ». Cependant, il se retire dès octobre 1840. C’est donc l’idée d’un pouvoir fort et conservateur qui triomphe.
C’est au tour de Guizot de diriger ce gouvernement conservateur jusqu’en février 1848. L’abolition de l’esclavage est bloqué par une minorité possédant des intérêts dans l’exploitation du sucre.
La fabrique de l’opinion : le roi, les chambres, l’esprit public et la rue
La chambre des pairs est constituée de l’aristocratie nommée par le roi.
La pétition devient un mode d’expression d’une grande importance. Des enquêtes peuvent ainsi être décidées et le pouvoir législatif peut davantage contrôler l’exécutif. L’adresse au roi peut aussi être un moyen de contrôler le roi et son pouvoir.
Les écrits aussi peuvent être utiliser pour faire de la politique. Chateaubriand, ministre de Louis-Philippe écrit et défend un libéralisme parlementaire. Guizot de son côté, prend la plume pour s’opposer aux ultras et rattache la charte constitutionnelle à la révolution.
Les salons restent des lieux important de la discussion politique, notamment pour l’élite. Les députés viennent parfois y lire les discours qu’ils vont prononcer ensuite à l’assemblée.
Une vie politique émerge aussi dans la presse, par les caricatures de Daumier par exemple.
Les banquets politiques se développent autour des députés. En 1832, les républicains de Lyon réunissent 1800 personnes.
Il y a aussi nombre de sociétés secrètes durant la monarchie. Il s’agit d’organiser une opposition mais aussi l’action (exe : l’appel à l’insurrection du comité des saisons de 1839, avec Blanqui). Ces chefs finissent en prison mais font circuler et enraciner l’idée républicaine.
La presse devient un moyen important de l’opinion : elle répercute les débats et prend position. Chaque tendance politique à son journal : les Ultras avec la Gazette de France, le Drapeau Blanc par exemple. Des brochures fleurissent aussi sur différents sujets. Les tirages progouvernementaux sont évalués à environ 14.300 exemplaires alors que pour l’opposition, on est à 41.300 exemplaires autour du Constitutionnel, le Journal des débats…
Le théâtre est aussi utilisé pour dénoncer l’Eglise ou le pouvoir royal. La violence des propos ou des insultes envers l’autorité royale ou le pouvoir est aussi importante et fait partie d’une forme d’opposition populaire. Les chansonniers moquent aussi le pouvoir.
La garde nationale est utilisée comme police intérieure et se montre médiocre. Durant les 3 glorieuses, elle a eu tendance à se reconstituer. Le garde national est utilisé par le pouvoir. Les officiers de la garde nationale sont élus de façon plus démocratique que les autres élections. Ils sont souvent un foyer de militants républicains.
Le deuil est aussi utilisé comme un moment de protestation. La foule porte le cercueil du défunt, passe par Vendôme et la Batille. On provoque les forces de l’ordre et on y fait des discours. La barricade est aussi une tradition parisienne, utilisée à plusieurs reprises durant le règne de Louis Philippe. Mais c’est « une pratique rare ».
Chapitre 3 : la France des champs et l’industrialisation
Des changements économiques se développent sous la Restauration mais surtout à partir des années 1830. L’auteur refuse d’employer le terme de « révolution industrielle ».
Qui sont les Français ?
La France passe de 30,5 M d’habitants en 1821 à 35,4 M en 1846. La révolution et l’empire ont pourtant amputé le pays d’habitants (morts, émigration). Le recul du taux de mortalité est dû à une baisse du taux de mortalité infantile, à de meilleurs conditions de vie, notamment pour les plus aisés. Paris groupe 1 M d’hab, Lyon 150.000, Marseille 183.000 en 1846.
Le village : cadre de vie de la majorité des Français
Le village est un monde plein. Il n’y a pas de notables, d’étrangers…. Cependant, le village s’ouvre vers l’extérieur : foires, marchés accélèrent les échanges, les contacts.
A la campagne, les aléas sont nombreux et il y a souvent des périodes de mauvaises récoltes (ex : 1840 et 1846). La production agricole augmente néanmoins de 1 % /an. Elle se fait par extension des surfaces cultivées ou intensification des méthodes et développement de l’élevage. La main d’œuvre est nombreuse dans l’agriculture et nécessite peu de capitaux. L’agriculture s’est en fait modernisée très progressivement. Par la révolution, les propriétés sont restées morcelées ce qui est un frein à la croissance.
La communauté paysanne reste très soudée autour de pratiques communautaires et religieuses, de l’esprit de clocher. Le temps de travail est toujours élevé : 14 h en été, 11 h en hiver. L’habitat reste souvent rudimentaire : il accueille la famille et les animaux. Les cafés, les carnavals et charivaris animent la sociabilité.
Durant la moitié du XIXème, l’école et les migrations jouent un rôle majeur dans les changements des campagnes. L’alphabétisation reste inégale entre les propriétaires-exploitants et les journaliers. L’émigration favorise donc les interactions entre villes et campagnes, surtout si cette émigration est temporaire.
Les curés, les médecins, les notaires, voire les châtelains gardent une forte influence dans les campagnes.
Les rebellions paysannes sont encore nombreuses et proviennent souvent de lois venues d’en haut : refus de la vente des biens communaux rachetés par les grands propriétaires, refus de l’alourdissement de la fiscalité… Ex à Buzançais (Indre) les émeutiers s’emparent des récoltes de blé et souhaitent imposer leur tarif aux notables de la ville. L’insurrection est matée et trois paysans sont guillotinés.
Modernisation douce ou industrialisation sauvage ?
L’urbanisation est un facteur majeur, tout comme la croissance démographique. Mais c’est surtout la consommation paysanne, artisanale, le développement d’une « classe moyenne », l’accroissement des salariés qui créent un marché de biens industriels populaires. La première industrialisation est notamment centrée autour du textile, de secteurs agroalimentaires (minoteries, brasseries, sucreries). Cette industrie textile est aussi destinée à l’exportation.
La naissance de l’usine, de la « fabrique » frappe les contemporains, même si elle est l’exception. L’organisation du travail se modifie par l’industrialisation. Pour Jeff Horn, la révolution pousse les entrepreneurs à être plus prudent dans leur développement industriel, notamment face aux mouvements populaires.
Difficultés et faiblesses des échanges
On voyage toujours mal à l’époque : il faut entre 55-58 heures pour aller de Paris et Lyon. Les routes royales reliant Paris aux grands ports et villes frontières sont mal entretenues. Les routes départementales sont très médiocres. La voie fluviale est souvent la plus rapide et praticable autour de la Seine, l’Oise, la Saône. Il y a seulement 2.000 bureaux de postes pour 37.000 communes. Il y a un déficit des communications et un isolement de la capitale face au reste du pays.
Nombre de banques ont investis dans les années 1840 dans les chemins de fer. La banque Rothschild se tient à l’écart mais participe à la modernisation des Etats en tant que prêteur du roi. Les grandes bourses françaises mettent du temps à se développer car il y a des freins à concentrer l’ensemble des valeurs industrielles.
Le commerce intérieur est freiné par le manque de bons moyens de communication, mais aussi le manque de moyens monétaires (billets). Le commerce extérieur reste modeste et la France est protectionniste. Même avec ses colonies, la France adopte une logique protectionniste : droit de 5 francs par quintal pour le sucre des Antilles. Les armateurs et négociants se prononcent néanmoins pour le libre-échange. Durant les années 1830, le commerce extérieur connait un fort dynamisme : vins, soie.
Au départ de l’industrialisation, l’autofinancement des entreprises par les familles a suffi à lancer le processus. L’esprit d’entreprise se serait surtout développé chez des entrepreneurs protestants. L’industrie textile est notamment à la pointe de ces changements.
On peut néanmoins parler de « révolution industrielle » car celle-ci transforme l’ensemble de la société. Mais il s’agit d’une « lente transformation » qui se réalise autour de la proto-industrialisation et du pluralisme d’activités. La proto-industrialisation n’est pas synonyme d’artisanat. Ce sont parfois des hauts fourneaux (près des forêts) ou de véritables industries (papéterie). Jusqu’au milieu du XIXème, les établissements industriels sont près des rivières. La fonte et le fer au bois dominent toujours, même si le procédé du puddlage se développe au Creusot, à Montataire. Les mines progressent aussi à Anzin et font la fortune de Casimir Perrier.
L’auteur considère qu’en s’intéressant aux industries lourdes, on laisse de côté d’autres industries qui se sont développées comme l’industrie betteravière. De plus des industries de luxe se développent (parfumeries) ou encore des fournitures pour le bâtiment (les papiers peints).
Les entrepreneurs sont vus souvent comme des self made man (« fils de leurs œuvres » en Français). Cependant, il faut relever leur endogamie sociale. Ce ne sont pas réellement des « parvenus ».
Le monde industrieux
Dans les années 1840, 1,2 M d’ouvriers travaillent dans les manufactures sur 4,4 M d’ouvriers, dont 60% dans le textile. Dès ces années les femmes et enfants sont 75 % de l’effectif et déqualifient le travail. Les femmes pratiquent souvent un travail discontinu en fonction des besoins commerciaux. Les pratiques des nouvelles usines entrainent souvent un système de coercition imposant un travail régulier, à heures fixes. Le travail n’y est pas compliqué mais dangereux, sale, bruyant, répétitif. L’insécurité du travail, voire le caractère saisonnier conduit souvent au chômage. Le nomadisme ou le turn-over sont importants. Les patrons essayent parfois de fixer leur main d’œuvre par la contrainte (livret ouvrier ou la philanthropie (logement, instruction, assistance). Les hygiénistes sociaux ont par ailleurs souligné l’insalubrité de l’industrie.
La misère est physiologique : les ouvriers sont de petite taille, atteints de maladies industrielles : silicose (mineurs),, saturnisme chez les peintres en bâtiment, ou chez les fondeurs de caractères d’imprimerie. La prostitution et l’alcoolisme se développent aussi dans les catégories populaires. Pour autant, l’Etat reste neutre et n’intervient pas malgré la loi de 1841 qui n’est pas vraiment appliquée.
La lutte contre les mécaniques, « tueuses de bras » touche le textile et les métiers artisanaux parisiens. Les conflits ont tendance à augmenter : chez les imprimeurs-typographes (contre les presses mécaniques), les tailleurs (machines à coudre). Ce sont de catégories très présentes dans les trois glorieuses. Le pouvoir tente de les discréditer.
L’organisation de la nouvelle société
L’urbanisation s’accélère, lentement au début du siècle, mais de façon plus rapide à partir de 1840. En 1832, il y a seulement 33 % de Parisiens nés dans la capitale.
Chapitre 4 : Le temps des possibles : réformistes, utopistes, novateurs et féministes
L’idéologie libérale repose sur plusieurs principes : refus de l’absolutisme, limitation de l’Etat, reconnaissance d’une autonomie de la société par rapport à l’Etat, valorisation de l’individu, souveraineté de la nation par rapport à ses représentants, libertés religieuses… ce libéralisme politique n’est pas forcément porté par les porteurs de la liberté d’entreprendre et d’acquérir.
Frédéric Bastiat au niveau économique fonde l’association pour la liberté des échanges. II rédige une « Pétition des fabricants de chandelles » et dénonce le protectionniste. Bastiat y dénonce les fabricants de chandelle qui réclament le protectionnisme et l’intervention de l’Etat. Il défend le libre-échange et estime que l’intervention de l’Etat n’est que l’expression des intérêts de groupes particuliers. Ce discours libéral tend à légitimer les transformations sociales à l’œuvre.
S’opposer en proposant un nouveau modèle de société
Ce sont en général des socialistes et des utopistes. L’objectif de ces projets sont le bien-être pour tous. Le terme de socialisme est un néologisme et apparait dans la correspondance saint-simonienne, même si Pierre Leroux prétend en être l’auteur.
Parmi les 1ers théoriciens, il y a Saint Simon, Fourier. Claude Henri de Rouvroy, comte de St Simon (1760-1825) a fait fortune comme acquéreur de biens nationaux, s’est ruiné sous l’empire. Il mise sur l’alliance entre industrie et la science. Ils voient notamment les savants guidés l’industrialisation.
Fourrier (1772-1837) est un fils de marchand. Il rejette toute idée de gouvernement et invente un phalanstère, cadre de l’harmonie où la vie de chacun est un parcours. Cabet, un de ses successeurs, veut que la communauté possède en commun toute les richesses et prenne en charge l’éducation de chacun.
Il y a de nombreux réformateurs sociaux. Pierre Leroux est un penseur et expérimentateur. Il crée une colonie agricole où fonctionne une imprimerie et l’exploitation. Il gagne une grande popularité car son expérience se diffuse dans les élites ouvrières. Louis Blanc connait une popularité grâce à son ouvrage L’organisation du travail, qui assure son audience dans les classes populaires. Il prône l’association des travailleurs en coopératives et à la gestion des échanges sociaux. C’est l’Etat qui doit mettre en place des « ateliers sociaux » dans les différentes branches industrielles. Proudhon est le père de l’anarchisme. Il s’oppose à l’intervention de l’Etat et rêve une société de petits propriétaires tout en qualifiant la propriété de « vol ».
Le catholicisme social est dominé par Lammenais qui estime que Dieu délègue la souveraineté au peuple. Il est poursuivi par le pape et le pouvoir. D’autres prônent davantage un catholicisme social.
De nombreuses associations voient le jour. L’esprit d’association est prôné face à l’individualisme. En 1834, est fondée la société pour l’abolition de l’esclavage, par De Broglie et Lamartine. En 1838, à l’initiative de Balzac est fondée la Société des gens de lettres, société d’entraide et de groupement de défense de la propriété individuelle. Cependant, ce sont surtout les ouvriers qui se groupes dans des associations. Buchez voit l’association comme alternative à la condition ouvrière. Au départ, ces associations sont davantage des lieux de sociabilité, des sociétés chantantes. Le pouvoir se méfie de ces associations où l’on chante, discute, critique. Elles sont vues comme des lieux qui ont permis la révolution de 1830. Après les tentatives révolutionnaires de Blanqui dans les années 1830, nombre d’ouvriers se lancent vers l’éducation et la propagande qui leur parait être les seuls moyens de créer les conditions du changement social. Ils créent des journaux comme L’atelier, la Ruche populaire.
Les utopistes sont les premiers à défendre les femmes, et nombre d’entre elles s’engagent ainsi. La liberté de s’exprimer est accordée aux femmes mais il n’est jamais question d’égalité. La figure la plus connue est Flora Tristan avec son Tour de France (1843-44).
Une période contrastée sur le plan intellectuel et artistique
Au niveau littéraire, le romantisme s’affirme comme une manière de se révolter, au nom de la liberté de l’art. C’est une affirmation libérale. Ses auteurs sont nombreux : Hugo, Musset, Nerval, mais aussi sont des historiens (Prosper Mérimée…). Pour Hugo d’ailleurs, le romantisme est « le libéralisme en littérature ». Cependant, au milieu du siècle, le romantisme « s’assagit » : Lamartine devient académicien puis député, de même qu’Hugo. Il « s’embourgeoise ».
Chapitre 5 : La France, l’Europe, le Monde
Dès la Restauration, la France veut relancer sa présence en Afrique noire, autour de sa marine, en Côte d’Ivoire, près des côtes gabonaises.
En 1815, la France est sous tutelle, après l’épopée napoléonienne.
La révolution de 1830 suscite la méfiance des puissances du congrès de Vienne mais attise le développement des mouvements libéraux et nationaux en Europe. Les pouvoirs absolus craignent Louis-Philippe. Celui-ci se fera accepter en respectant les traités et en menant une politique classique d’alliance.
Durant la période, la France est en rivalité avec l’Angleterre, notamment autour de la Méditerranée.
Charles X se lance à la conquête de l’Algérie, en partie pour détourner l’attention, en 1830. Cependant, la victoire n’est pas accueillie dans un grand enthousiasme. Louis-Philippe maintient l’occupation et fait face à la résistance d’Abd-El-Kader, entrainant un cycle de violences. Contrairement à la colonisation anglaise qui serait mercantile, la France présente son colonialisme comme civilisateur. Les républicains critiquent les exactions, prônent la liberté religieuse mais ne condamne pas le colonialisme même.
Le moment « 48 » s’inscrit dans l’Europe du printemps des peuples. Les années précédentes sont marquées par la baisse du pouvoir d’achat, le déclin d’une économie agraire et artisanale. Il existe partout un climat révolutionnaire et un parti du mouvement, qui peut être divisé, radical, réformiste, révolutionnaire, avec des revendications communes (droits de l’homme, révolution française, instances représentatives, fin du système seigneurial…). Les 1ers signes se trouve dans le mouvement chartiste en Angleterre qui structure les revendications sociales et politiques. En 1846, le pape fait introduire des mesures libérales dans ses Etats : amnistie politique, chambre consultative, libéralisation de la presse. Les évènements parisiens s’inscrivent dans ce contexte et vont ensuite jouer un rôle moteur.
Chapitre 6 : Révolution et République : retrouvailles et ruptures
Comment nait la révolution ? La crise de 1846-1848
La crise des années 1840 prend la forme de crise de sous-production agricole, alliant les aspects nouveaux de la crise industrielle, une surproduction. La France connait une crise frumentaire. L’augmentation des prix agricoles a entrainé une mévente industrielle car les populations ont cherché d’abord à s’alimenter. Cela entraine donc une crise du bâtiment et du textile. A Roubaix, en mai 1847, 60 % des ouvriers sont au chômage. Le régime est mis en accusation. Le gouvernement connait l’usure de son pouvoir. Les républicains prônent le suffrage universel. Des affaires de corruption entache en plus le pouvoir et le roi est de moins en moins populaire.
Les causes générales n’expliquent pas tout. L’évènement déclencheur est l’interdiction d’un banquet républicain à Paris. Les banquets se multiplient même chez les libéraux ce qui inquiète le pouvoir. Le 24 février, un banquet pourtant modéré est interdit et malgré les forces répressives utilisées par le roi, deux journées de barricades (23-24 février) entrainent la chute du roi.
La révolution a marqué la fusion, à chaud, d’un peuple citoyen et travailleur et de la bourgeoisie mais montre ses limites. La revendication sociale a fait un temps alliance avec l’idée républicaine, mais le peuple redevient vite pour les gouvernants l’incarnation de la violence et de l’impatience.
La révolution retrouvée et perdue : février à juin 1848
La révolution de février est unanimement partagée dans le peuple. On reconnait des étudiants, des ouvriers (qualifiés, alphabétisés, manœuvres, sans qualificatons). Le 23, Guizot annonce à l’assemblée son propre départ. Dans la rue, c’est une explosion de joie, mais les combats ne cessent pas. Le 24, l’insurrection se poursuit et il s’agit désormais de s’en prendre à la royauté toute entière. Les républicains se réunissent pour ne pas revivre l’escamotage de 1830. La menace de la prise des tuileries provoque l’abdication du roi. La foule envahit la chambre et les espoirs royalistes s’effondrent. A la tribune Lamartine annonce les noms d’un gouvernement provisoire. L’ouvrier Albert entre au gouvernement. La plupart sont avocats, journalistes comme Ledru-Rollin. L’astronome Arago, à la renommée internationale est du gouvernement. Toutes les nuances des années 1840 sont présents dans le gouvernement, la pensée libérale mais aussi les idées socialistes (Albert – Louis Blanc).
La monarchie s’est effondrée en février sans véritable effusion de sang même s’il y a eu des morts des deux côtés. A Lyon, la violence, même symbolique est ciblée : on dégrade des portraits de Bugeaud et de Soult associés à la répression des canuts. A Paris, le trône est porté en cortège et apporté à la Bastille où l’on procède à sa crémation.
Quelle République ?
Les républicains souhaitent que la république instaurée se légitime sur l’élection, donc sur le peuple consulté. Le peuple parisien lui, souhaite imposer l’organisation des travailleurs : en finir avec le chômage, et réorganiser les rapports économiques. La nouvelle république doit se construire sur l’idée du travail élevé au rang de garantie universelle des droits du citoyen.
Le 25 février, le gouvernement s’engage à entendre ces revendications. Cela aboutit à la création des ateliers nationaux, que prône Louis Blanc où l’Etat se substitue aux entreprises en organisant secteur par secteur, l’activité économique. Les ateliers se limiteront cependant au terrassement, à la réfection des voies Les ouvriers, ayant obtenu le droit au travail, cèdent sur la couleur du drapeau, même si Blanc considère qu’il a perdu son prestige sous Louis-Philippe. Une garde nationale est créé et on recrute chez les ouvriers et chômeurs.
Le 28 février, le cortège réclame un véritable ministère du travail. Cependant, c’est une commission du gouvernement qui est créée, présidée par Louis Blanc, pour réfléchir à l’organisation des travailleurs. Composée d’ouvriers et de patrons, elle devait jouer le rôle d’états généraux. Le travail est considérable : de nombreuses pétitions parviennent devant la Chambre, dénonçant les inquiétudes des ouvriers.
L’invention du télégraphe a permis l’acheminement rapide de la communication. Partout en province, les heurts sont limités. On s’attaque davantage aux symboles de la modernité qu’au pouvoir déchu.
Ledru-Rollin remplace les préfets par des commissaires de la république, qui peuvent nommer les maires, recourir à l’armée.
La fraternité fait partie des valeurs de cette révolution. Des royalistes deviennent républicains, le clergé participe à bénir les arbres de la liberté. L’archevêque de Paris, mgr Affre s’est rallié à la république. Les images de la révolution portent les marques d’une image de Jésus, comme « Christ des barricades ».
Les femmes sont entendues, notamment au Luxembourg et dans les ateliers nationaux. Elles réclament souvent le droit à l’éducation publique, la réciprocité dans le mariage, le divorce. Un décret de Crémieux à la Chambre pour le divorce ne suscite que rires et quolibets.
Le 4 mars 1848, le principe de l’abolition de l’esclavage est acté.
La révolution débouche sur l’essor de clubs (236 à Paris). Les femmes participent à certains clubs ou créent les leurs (Club des femmes d’Eugénie Niboyet). La presse révolutionnaire et des journaux font leur apparition (Le Père Duchène…), les femmes ont les leurs (la Voix des femmes). Même le gouvernement a son journal (Bulletin de la République).
En matière politique, la peine de mort est supprimée. Les ministres de la monarchie ne sont pas poursuivis. Le 29 février, les titres de noblesse sont abolis. Le 2 mars, la journée de travail passe à 10 h à Paris, 11 h en province. Le 8 mars, la garde nationale est démocratiquement ouverte à tous.
Les mesures économiques d’urgence
Pour se renflouer, l’Etat augmente l’impôt de 45 centimes partout. Cependant, il a refusé le développement d’un impôt progressif.
Les élections au suffrage universel
Le suffrage s’inscrit dans un climat d’agitation. Les gardes nationaux des quartiers riches (manifestation des bonnets à poils) manifestent contre la dissolution des compagnies d’élites. D’après Agulhon, c’est la première manifestation « à caractère d’opposition de droite ». le lendemain, une contre-manifestation s’organise et réunit 150.000 personnes pour le report des élections. Blanqui en est l’instigateur. En avril 1848, 9 M d’électeurs sont inscrits sur les listes. La participation est de 83,6 %. Le vote n’est pas secret et reste une pratique collective. Les cortèges électoraux ont des allures de procession. La république modérée remporte les élections (450 sièges) dont certains sont royalistes.
Le 4 mai, siège la 1ère séance de l’assemblée constituante. Hugo lui-même est déçu de cette assemblé, de sa composition : « on sent que cette assemblée est d’hier et qu’elle n’est pas de demain ». Les 1ers ouvriers font leur entrée à l’assemblée.
Le 15 mai : l’invasion de la chambre
Elle est envahie à l’occasion d’une manifestation en faveur de la Pologne. Barbès et Blanc sont accusés d’être à l’origine des troubles : cela montre le fossé entre l’extrême gauche et la Commission exécutive. L’objectif d’après Proudhon était aussi de « dire au gouvernement (…) vous n’avez rien fait pour la Révolution, pour l’organisation du travail et la liberté des peuples ». Blanqui intervient à l’assemblée, et Blanc est ovationné à l’extérieur par la foule qui le porte en triomphe. Mais, la manifestation bascule avec la tentative de Huber de dissoudre l’assemblée nationale. La garde nationale intervient et arrête 400 personnes, dont Blanqui et Albert. Blanc parvient à échapper à l’arrestation. Le 16 mai, la commission du Luxembourg est supprimée.
Le brasier de juin
Les évènements de juin vont créer une fracture « profonde et durable ». La revendication qui guide cette 2nde révolution est le droit au travail et son organisation. Les insurgés défendent les ateliers nationaux et aussi une république démocratique et sociale, « l’association libre du travail, aidée par l’Etat ». Ces ateliers ne fournissaient pas suffisamment de travail et ceux qui les faisaient travailler, ne cherchaient pas à organiser leur travail, d’où un désœuvrement en croissance. Le 24 juin L’assemblée met Paris en état de siège, et Cavaignac dispose des pleins pouvoirs. Le 25, il lance le combat contre cette offensive. Il y a au total environ 4.000 victimes. La lutte a été très intense. Cette violence s’explique par la rumeur, la peur qui s’est inscrit entre les deux camps.
En province, l’irritation gronde contre l’agitation parisienne. Des volontaires montent à Paris de toute la France aux côtés du gouvernement. Les gardes mobiles, eux, se découvrent comme les défenseurs féroces de l’ordre, attachés à leur solde, notamment. A Marseille, l’affrontement est aussi violent. Lamartine a été accusé d’une mauvaise gestion de l’autorité républicaine. Il achève à jamais sa carrière politique. Gustave Flaubert, dans l’Education sentimentale porte une réflexion sur l’échec de la révolution.
Juin n’est pas une révolution de la faim. On prend les armes pour la république, mais sociale. De plus, avec la légalité, la rue a perdu son rôle de lieu reconnu et légitime d’expression du politique. Le 6 juillet, une cérémonie de réconciliation honore toute les victimes. Cependant, le peuple n’est pas venu. A l’été, les anciens insurgés font campagne pour l’amnistie, notamment les femmes. Cavaignac, puis Napoléon procèdera à des grâces. Cavaignac établit un gouvernement où les militaires ont la part belle, le parti de l’Ordre y domine. La répression se poursuit en Algérie, à Cayenne. Blanc s’exile à Londres. Il y a donc un reflux de la « république fraternelle » et une montée des auteurs réactionnaires qui s’approprient la culture et les arts.
Chapitre 7 : Une république qui se fait et se défait
La Constitution : l’équilibre des pouvoirs
Les constituants s’appuient sur la révolution française mais aussi l’expérience américaine, notamment portée par Tocqueville. La Constitution encourage le travail par l’enseignement primaire gratuit, l’éducation professionnelle, l’égalité des rapports entre patrons et ouvriers. Cette conception rejoint davantage le catholicisme social que l’idéal de démocratie sociale. Le président, malgré des oppositions (Jules Grévy : un président est un « pouvoir monarchique ») est élu lors d’élection directe, mais ne peut être réélu directement et ne peut dissoudre l’assemblée.
Le culte napoléonien est présent en France et un profond patriotisme de « gauche » le favorise aussi. De plus, ses écrits sur le paupérisme ou défendant l’industrie sucrière métropolitaine le rendent populaire. Son « idée napoléonienne » veut se placer au-dessus des partis. Il défend un « système hiérarchique qui, tout en assurant l’égalité, récompense le mérite et garantit l’ordre ». Le 4 juin 1848, LN Bonaparte est élu député. Il est un élu des ouvriers mais aussi des campagnes.
Lors de la présidentielle LNB fait face à 4 autres candidats qui ont un comité électoral national et des mités locaux. Cavaignac est un de ses adversaires. Ledru-Rollin (représentant la « montagne ») et Raspail (emprisonné depuis le 15-05) figurent aussi. Le parti de l’Ordre n’a pas de candidat et soutient ou Cavaignac, ou Ledru-Rollin. LNB va écraser l’élection avec plus de 5 M de voix. Il recueille des voix contre la république modérée mais aussi contre le communisme.
Le gouvernement de LNB est composé surtout de monarchistes et il écarte les républicains. Un conflit s’engage entre l’assemblée et le gouvernement. L’assemblée est entourée de troupes le 29 janvier 1849. L’Assemblée capitule et accepte sa dissolution. Ce coup de force permet de s’attaquer à Ledru-Rollin.
La constituante tente de créer un organe conciliateur entre l’exécutif et le législatif (le conseil d’Etat) mais il a peu de pouvoirs. Dans le même temps, la répression de la révolution se poursuit.
L’Italie au cœur : de la fraternité au fratricide
Les élections de mai 1849 marque la victoire des monarchistes, et la poussée des « rouges », notamment dans les campagnes. Les « rouges » obtiennent 34,8 % des exprimés. Dans le quartier de la Croix-Rousse, la liste « montagnarde » obtient 81 %. Les Constitutionnels sont loin derrière mais le parti de l’Ordre obtient 64 % des sièges.
L’exécutif intervient en Italie aux côtés du pape contre les républicains. Un coup de force est organisé contre Rome. Un appel au peuple est lancé à Paris et en province par la « montagne » et Ledru-Rollin. Un rassemblement pacifique est organisé devant l’assemblée mais la manifestation est chargée. Cependant, les ouvriers ne répondent pas présents à l’appel de Ledru-Rollin, vu comme un homme du gouvernement provisoire répressif. L’épidémie de choléra a aussi précipité l’échec de l’insurrection. Le gouvernement a donc maté la rue, s’est concilié l’armée mais veut s’en prendre au suffrage universel et à la presse.
La république réduite : juin 1849-décembre 1851
Après juin 1849, le gouvernement interdit les clubs, même les sociétés de secours mutuel. L’arsenal répressif aboutit à la quasi disparition de la presse républicaine avancée. La Démocratie pacifique, L’Atelier, disparaissent. Le droit de réunion est contrôlé. La loi Falloux, sur la liberté de l’enseignement montre l’alliance entre conservateurs et Eglise. Nombre de professeurs républicains sont destitués (4.000 d’entre eux environ). Le cours de Michelet est à nouveau supprimé.
Le gouvernement mène une politique néanmoins sociale : la création des bains gratuits et lavoirs publics, les caisses d’épargne, l’apprentissage…
Les gouvernants tâchent de remettre en cause le suffrage universel. Il faut trois ans de domicile pour être inscrits sur une liste électorale. La loi exclu les fils habitants chez leurs pères, les domestiques, les condamnés (notamment ceux des répressions politiques). Un tiers des électeurs perdent le droit de voter (3 M environ). A Roubaix, 80 % des électeurs sont radiés. Face à cette loi du 31 mai 1850, les républicains choisissent de pétitionner et recueillent 527.000 signatures. Deux mouvements républicains semblent se développer pour répondre à la réaction : la Jeune Montagne et la Solidarité républicaine. Cependant, le pouvoir va s’en servir pour légitimer le coup d’Etat.
LNB ne pouvant être réélu, se prépare à mener l’offensive et cherche à accentuer ses pouvoirs malgré la défiance de l’Assemblée. LNB purge l’administration, multiplie les faveurs pour s’assurer du soutien de l’armée. LNB se pose en victime de l’assemblée devant le peuple et en appelle à lui. Il veut réformer la république, non l’abolir. L’assemblée de l’ordre vote alors la possibilité de déchoir un président. Cependant, cette décision est sans effet. Les républicains tentent de soulever la population, mais décapitée par la répression, hostile à l’assemblée, la mobilisation reste faible. Une fusillade sur les boulevards le 4 décembre fait néanmoins 300 morts. L’opposition bourgeoise est terrorisée et on fusille les insurgés restant.
La magistrature s’est massivement ralliée à LNB. Elle a joué un rôle dans les condamnations de révolutionnaires. Ce coup de force a pu être qualifié de « révolution militaire » car le coup d’état a le soutien de la troupe. L’Assemblée de son côté s’était totalement discréditée.
En province, la résistance paysanne a été assez importante. Elle reprend la carte électorale de la France de « gauche ». La lutte y est politique (contre le pouvoir du président) mais aussi sociale (hobereau ou patron détesté). D’autres campagnes ne se soulèvent pas et refusent de défendre la république impopulaire pour ses mesures fiscales. L’empreinte de l’Eglise a pu freiner les mobilisations.
La répression
Les « jacqueries » ont entrainé une répression massive : 32 départements en état de siège jusqu’au 27 mars 1852, 26.884 arrestations. 27.000 personnes sont sanctionnées, dont 50 % à surveillance à domicile, 10 % à résidence forcée, 21 % déportés en Algérie.
La presse est réduite, notamment à Paris à 11 journaux. LNB rétablit le plébiscite et obtient en décembre 1851 7,5 M de oui. Cependant, ce plébiscite a été activement surveillé mais il légitime le coup de force.
Comme le souligne Dewerpe, l’œuvre de 1848 n’est pas négligeable pour le monde du travail. L’ouvrier a été placé au cœur de ce qui devient la question sociale.
Chapitre 8 : l’autorité impériale
Ce régime autoritaire a eu tendance à se libéraliser.
Vers le régime impérial
LNB se revendique de la révolution française et des principes de 1789. Cependant, la liberté pose problème chez LNB. Début 1852, il gouverne seul et par décret. En mars 1852, il rétablir les sociétés de secours mutuels en les contrôlant. Il se pose en dirigeant économique voulant moderniser le pays, notamment en développant le réseau ferroviaire.
Le suffrage universel a été rétabli mais est sous tutelle avec les candidatures officielles. Les préfets se chargent de désigner les candidats qui ont le soutien du gouvernement. Le monde paysan a longtemps soutenu l’empereur, ayant l’impression d’être impliqués dans le devenir du régime. Cependant, en ville le bonapartisme a une moindre influence. Il tient compte des ouvriers, en distinguant leurs revendications spécifiques de celles républicaines. C’est ainsi qu’il faut analyser le droit de grève de 1864.
L’opposition muselée
L’empire a fortement réprimé les opposants à ses débuts : beaucoup sont en exil en Belgique, Angleterre. Hugo écrit Napoléon le petit, Les Misérables, et Les Châtiments. Quinet, Louis Blanc, Ledru-Rollin mènent aussi le combat. L’opposition intérieure a peu de forces et de lieux pour contester la politique de Napoléon. Le tyrannicide a aussi été une pratique pour tenter de mettre fin au régime. Les chefs légitimistes ou orléanistes, eux , se sont souvent déplacés en province : Guizot, Tocqueville…
Chapitre 9 : L’empereur et les Français
Le socle du régime, rejoint par les notables reste la peur du « spectre rouge ». Cependant, pour perdurer, l’empire doit proposer un programme nouveau.
L’empire, c’est la prospérité
L’empereur a une vision économique et sociale. Il développe le réseau de chemin de fer en étoile autour de Paris. En 1851, 3558 kms de voies exploitées. Il est porté à 16.994 kms en 1869. Les grandes compagnies maritimes se créent à cette époque : Messageries maritimes, Compagnie générale transatlantique. C’est la création des chantiers de Saint-Nazaire et le développement des ports du Havre et de Marseille. L’empereur a encadré et accompagné le mouvement de concentration des capitaux pour permettre ces investissements. Le 2nd Empire est aussi un moment fort de collaboration entre Etat et patronat. Eugène Schneider est vice-président du sénat.
L’empire joue un rôle dans les grands travaux urbains de Paris : le Paris d’Haussmann. ands travaux urbains de Paris : le Paris d’Haussmann. L’objectif est de moderniser Paris, de relier aux grandes gares, mais aussi d’empêcher de nouvelles journées révolutionnaires. De plus, les entreprises polluantes sont rejetées vers l’extérieur.
Les prix agricoles ont tendance a augmenté, ce qui favorise la consommation de la paysannerie. L’empereur fait rupture avec la politique douanière antérieure. Des industries avaient besoin d’une telle réforme : les articles de Paris, les soieries ou encore les industries modernes nécessitant des matières 1ères (charbon, coton…). Un traité anglo-français voit le jour.
L’empire et la guerre : une nouvelle diplomatie française ?
La France ne craint plus d’être belliqueuse. Elle intervient en Italie, au Mexique. NIII a une politique méditerranéenne et internationale. Il veut se poser comme le défenseur des nationalités.
NIII mène une politique extérieure ambitieuse : il participe à l’ouverture forcée de la Chine avec l’Angleterre. La France annexe la Basse-Cochinchine.
NIII a été deux fois en Algérie. : il est soucieux d’y poursuivre la colonisation. Il veut rassurer les autorités et les populations coloniales. La France fait la conquête du Sénégal qui va lui servir de pont vers l’intérieur des terres.
Chapitre 10 : les Français et l’Empire
L’âge d’or des campagnes françaises
La prospérité des campagnes et le rééquilibrage social qui s’opère ont entrainé une amélioration générale du niveau de vie des ruraux. L’attraction urbaine est réelle mais souvent saisonnière. L’Empire s’engage dans la modernisation des campagnes, dans les Landes, en Sologne. L’Empire a développé les chemins vicinaux.
Vers un monde ouvrier
A l’exposition universelle de Londres de 1862, les ouvriers français découvrent que leurs homologues sont mieux payés qu’eux. Si la condition s’améliore pour certains, les femmes, notamment celles travaillant à domicile, connaissent des situations difficiles. Dans la fabrique lyonnaise, en 1857, on trouve des filles travaillant la soie 17 h par jour dans des ateliers malsains où elles deviennent poitrinaires. La situation des enfants est toujours problématique jusqu’à la loi de 1868.
Dans les années 1860, le mineur connait un allongement de sa journée même si la besogne est moins pénible grâce par ex à l’aération des galeries. La pratique de l’amende cependant, n’a pas disparu.
L’empire a tenté de mené une politique pour rassurer les ouvriers mais aussi pour surveiller. Il a créé un asile impérial à Vincennes pour les vieux ouvriers, de grandes maisons collectives comme la cité Napoléon. La loi de 1854 interdit la rétention du livret ouvrier mais étend le livret et met des amendes pour ceux qui ne l’auraient pas.
Le droit de grève de 1864 est contradictoire puisqu’il doit respecter la liberté du travail. C’est durant l’empire que nait l’importance de la revendication d’une représentation ouvrière. Un manifeste des 60 est organisé : « le suffrage universel nous a rendus majeurs politiquement, mais il nous reste encore à nous émanciper ». L’égalité est dénoncée comme étant illusion car les ouvriers n’ont pas de propriété et sont sous le joug du capital. Ils n’ont pas le droit de faire entendre leurs intérêts, ont peu de liberté de réunion, n’ont pas accès à l’instruction, privilège des dominants, les enfants décrépissent à l’usine. Ce manifeste revendique la liberté du travail, le crédit, la solidarité.
Les notables impériaux
Les relations entre le pouvoir et les industriels a été forte, notamment dans le développement de la politique libre-échangiste. L’affairisme des banquiers, des financiers est très présent dans l’empire.
Le retour des oppositions
Le républicanisme modéré peut s’observer dans les élections à partir de 1857. L’opposition démocratique, notamment celle des exilés (Hugo, Quinet) est contenue même si elle se diffuse clandestinement. Des salons sont les lieux de rendez-vous des républicains libéraux. Le nouveau parti de l’ordre se réorganise autour de Thiers.
La place de l’Eglise et de la religion
Les catholiques et l’Eglise se sont massivement ralliés à l’empire. De plus, les idées républicains (liberté de conscience, de presse, démocratie, progrès) sont condamnés par l’Eglise (Pie IX en 1864).
La franc maçonnerie va permettre un lieu de pensée libre et de réunion pour les républicains d’alors. Le positivisme, le scientisme se développe dans les loges. L’empereur va fermer nombre de loges.
Un timide parlementarisme
Un courant bonapartiste se développe autour d’idée d’un empire parlementaire. Ce courant n’est pas très éloigné des idées de Thiers, qui refuse toujours le ralliement au régime.
Chapitre 11 : Les dernières années : la fin du napoléonisme
Le césarisme à l’épreuve du temps
Compliment pour ses partisans, opprobre pour ses opposants, l’idée de césarisme occupe la scène dans les années 1860. En 1868, la liberté de la presse est accordée et permet au journaux républicains et libéraux de se développer. Cependant, le gouvernement peut poursuivre les journaux, ce qu’il se passe pour une partie de la presse républicaine.
S’affirme alors dans cette période l’opposition républicaine libérale autour de Gambetta, qui dénonce le bonapartisme.
Les élections de 1869 et leurs conséquences
Cette année-là est un succès pour l’empereur : ouverture du canal de Suez inauguré par l’impératrice. Les élections mènent au pouvoir des partisans du parlementarisme impérial, des candidats indépendants. Thiers par exemple, est difficilement élu.
C’est aussi à cette époque que voit le jour le 1er programme républicain, le programme de Belleville qui réclame un gouvernement démocratique, la liberté placée sous l’égide des lois, non de l’arbitraire, la liberté de la presse dans toute sa plénitude, la liberté d’association, la séparation des Eglises et de l’Etat, l’instruction primaire, laïque, gratuite et obligatoire, la nomination des fonctionnaires par l’élection, la fin des armées permanentes et des réformes économiques qui touchent au problème social.
Au début de l’année 1870, l’agitation est palpable à Paris et en province. Des grèves éclatent et se succèdent : elles sont souvent offensives et violentes. Même Le Creusot connait un climat d’agitation. Les ouvriers réclament la gestion de leur caisse de secours. Cette grève est symbolique puisque le patron dirige la plus grande usine du pays et est un pilier de l’empire. Les socialistes, les républicains dénoncent la collusion entre l’empire et les patrons. Cependant, ailleurs, les ouvriers font souvent grève en en appelant à l’empereur.
L’empereur cherche à sortir des turbulences avec un plébiscite qui lui donne un large triomphe, même si Paris marque l’opposition où les « non » sont majoritaires.
Sedan : « là où s’achève le crime de décembre »
Selon Price, l’empereur n’a pas cherché d’avance le conflit, contrairement à l’idée républicaine reprise sur le moment. La France espérait un conflit seulement contre l’empire prussien. Mais tous les Etats d’Allemagne se rallient à la cause prussienne. De plus, la France ne peut compter sur aucun allié, personne ne veut intervenir. Même si l’empire est autoritaire, ce n’est pas une dictature militaire et les moyens militaires n’ont guère été augmentés et modernisés. Napoléon va utiliser le thème de la révolution et de la Marseillaise (pourtant interdite) pour populariser la guerre.
Cependant dès la défaite de Forbach, une foule de 10 à 30.000 manifestants se rassemble devant le palais-Bourbon et réclame la déchéance de l’empereur. Le territoire français est envahi. L’armée est acculée à Sedan. Napoléon III se constitue prisonnier. La nouvelle se diffuse rapidement et une grande hostilité de l’empereur et de l’empire, accusés de la défaite se diffuse. Les Français ne sont pas habitués à la défaite ni à des pertes aussi élevées. Le 4 septembre 1870, Gambetta fait proclamer la république. Le gouvernement de Bonaparte est tombé de lui-même.
Biographies
Louis Blanc (1811-1882) : journaliste, historien, théoricien socialiste et homme politique. En 1839, il fonde sa revue, Le Progrès, et participe à la rédaction de la Réforme. Il devient théoricien du mouvement socialiste en publiant De l’organisation du travail en 1839. Il prône le régime de l’association, des coopératives rattachées entre elles aboutissant à un grand atelier national. Il écrit aussi une Histoire de la Révolution française. En 1847, il participe à la campagne des banquets et devient membre du gouvernement provisoire de 1848. Il est représentant du peuple à l’assemblée constituante et dirige la commission du Luxembourg. Après la répression, il s’enfuit et est réélu député en février 1871. V Démier, Louis Blanc : Un socialiste en république.
Auguste Blanqui : il entre dans la charbonnerie et devient un des conspirateurs républicains à partir des années 1820. Il participe à l’opposition politique aux côtés de Pierre Leroux et de son journal Le Globe. Il participe à l’association les Amis du peuple. Il a passé 37 années en prison, d’où son surnom l’Enfermé, mais a été de toutes les révolutions en faveur de la République sociale. V Vigier, Blanqui et les blanquistes.
Honoré Daumier : fils d’ouvrier, Daumier commence une carrière de caricaturiste sous la monarchie de juillet. Il est condamné à 6 mois de prison pour avoir représenté Louis-Philippe en Gargantua. Il continue son activité jusqu’à la loi de 1835. Hostile à NIII, il créé le personnage de Ratapoil. Il publie des planches pour souligner l’horreur de la guerre de 1870.
Pierre Leroux : il est à ses débuts employés d’agent de change, ouvrier maçon et typographe. Il entre au Globe en 1824 et publie des articles remarqués. Il publie en 1840 son traité De l’humanité puis De la ploutocratie. Il s’adresse aux milieux ouvriers mais influence George Sand. Il devient maire de Boussac et député de la Seine. Il défend les insurgés de juin 1848. Il est obligé de s’exiler après le coup d’état et assiste à la naissance de la Commune.
Cette brève analyse historique est née dans le contexte du mouvement social contre la réforme des retraites de 2023. Lors d’une réunion publique , plusieurs interventions ont fustigé les salariés actuels qui n’étaient pas prêts à sacrifier l’intégralité de leur salaire pour gagner la lutte. Ces prises de paroles, proches d’un certain « virilisme ouvrier »[1] flattaient les ouvriers de 1936 qui auraient fait grève alors qu’ils étaient dans la misère. Cependant, la comparaison historique de deux moments éloignés n’est pas toujours justifiées. Surtout, cette comparaison est biaisée car elle repose sur un mythe. Elle sous-estime notamment la force des organisations ouvrières pour rendre cette grande grève victorieuse. En 1936, la solidarité s’est organisée massivement. Il est nécessaire de tenir compte de cet aspect pour les luttes actuelles et comprendre les mentalités des travailleurs d’aujourd’hui, afin de pouvoir agir plus efficacement sur les mouvements sociaux en cours.
Faire l’histoire des solidarités reste complexe car il y a peu d’études sur ces questions et ce n’est pas cet aspect là que les contemporains, ou les sources mettent en avant[2]. C’est plutôt le rapport de force, les revendications, l’état de la mobilisation du moment, les grands acteurs du mouvement qui attirent l’attention. Malgré tout, en arrière plan, des informations filtrent sur la solidarité, les soutiens dont ont bénéficié les luttes. C’est le cas en 1936 avec le journal de la CGT, La Vie Ouvrière, qui ne donne très certainement qu’un maigre aperçu des solidarités qui ont pu existé.
Mai-juin 1936 est restée dans la mémoire ouvrière et populaire comme la victoire de deux grands acquis : les deux semaines de congés-payés, la semaine de 40 heures. Réduction du temps de travail, accès aux loisirs, la classe ouvrière acquiert la dignité qui lui était refusée depuis plus d’un siècle[3]. Ce mouvement reste d’autant plus dans la mémoire qu’il s’agit du seul véritable moment purement ouvrier du siècle[4].
Cependant, la mémoire reste toujours à distinguer de l’histoire dans le sens où elle peut distordre le processus réel dans lequel s’est déroulé ce mouvement social. C’est pour cela qu’il faut remettre en avant deux idées importantes permettant de comprendre mai-juin 1936 :
Ce mouvement s’est développé dans un contexte particulier et favorable
Ce mouvement s’est nourri d’une solidarité populaire active et massive, solidarité organisée par les partis, syndicats, associations membres du front populaire.
Pour ce faire, l’étude du journal La Vie Ouvrière lors des mois de juin-juillet 1936[5], montre bien les deux dimensions évoquées précédemment.
Un contexte favorable à la lutte revendicative
12.000 entreprises ont connu des grèves et 9.000 ont été occupées. Il s’agit de grèves venues « d’en bas »[6], spontanées dans le sens où elles n’ont pas été organisées centralement par la CGT ou le front populaire, même si des syndicalistes (souvent unitaires) en prennent la direction et les organisent.
A quoi est dû ce mouvement ? Sur le temps court, l’arrivée au pouvoir du front populaire favorise un tel mouvement. Il s’agit d’une « occasion favorable » car le front populaire a suscité de « l’espoir »[7]. Comme le remarque la Vie Ouvrière début juin 1936, « maintenant l’heure est venue d’obtenir satisfaction. Le triomphe du front populaire a (…) un sens précis et concret. Ils (Les ouvriers) ont voté pour la politique du pain, de la liberté et de la paix. Ils ont voté pour que ça change »[8].
Le mouvement n’est pas seulement favorisé par la victoire électorale mais aussi par la « mobilisation populaire qui l’a précédé » notamment les manifestations de rue issues des mobilisations antifascistes depuis février 1934[9]. La réunification syndicale de 1935 entre la CGT et la CGTU, les perspectives unitaires ont donné aux masses une impulsion décisive pour que les ouvriers se lancent aussi largement dans la lutte. Bien entendu, les raisons ne sont pas seulement politiques. La crise économique frappe le pays (certes pas aussi fortement que dans d’autres pays) et surtout l’imposition de la taylorisation avec sa « surexploitation systématique » favorise la colère ouvrière, la recherche de la dignité en se soustrayant au temps de l’exploitation.
Un mouvement de grève nourri de la solidarité populaire
La Vie Ouvrière du 19 juin 1936.
Rien de plus faux que d’estimer que les grèves de 1936 seraient une grève de désespoir. Au contraire, l’espoir que rien ne sera plus comme avant et sera meilleur guide leur grève. C’est en 1936 que la lutte s’est liée à la fête. Antoine Prost évoque un « aspect festif de la grève »[10], aspect que l’on retrouve d’ailleurs, pour le moment, dans le mouvement actuel.
Rien de plus faux non plus que d’affirmer qu’en 1936, les ouvriers n’avaient rien d’autre que leur salaire de misère pour s’en sortir. Leur lutte a été victorieuse notamment parce qu’elle s’est appuyée sur la solidarité ouvrière et populaire des organisations de la CGT mais aussi des organisations du front populaire.
La Vie Ouvrière, hebdomadaire de la CGT se fait largement l’écho de cette solidarité multiforme et insiste de plus, pour l’inscrire dans les principes du syndicalisme sous le front populaire. Si les chiffres ou l’action de solidarité peuvent être grossis (difficile de vérifier ce qui est énoncé dans La Vie Ouvrière), ce qui est certain, c’est que les syndicalistes CGT incitent à développer partout la solidarité comme raconté dans les différents articles.
Les actions concrètes de solidarité
Les secteurs non engagés dans la grève apportent leur contribution, montrant une solidarité de classe de tous envers tous. Dans la commune de Landry, les cheminots envoient des sommes d’argent à leurs camarades des usines voisines en grève[11]. Les ouvriers de l’usine à gaz de Clichy, non touchée par la grève, ont récolté 600 francs pour les ouvrières en grève souvent algériennes des usines autour[12]. La VO insiste aussi sur les chômeurs de Denain qui ont récolté des fonds pour les grévistes auprès de la population locale[13]. Les autres catégories peuvent aussi se montrer solidaires, les paysans et les commerçants. A Cholet, dans les grèves d’usines de chaussures, « parmi les commerçants, citons Mr Diot, pâtissier, qui ravitaille les grévistes avec des brioches »[14]. Cette solidarité est aussi perçue comme nécessaire pour vaincre et n’est pas annexe ou à l’arrière plan du mouvement. « Les souscriptions et collectes ont déjà produit plusieurs millions de francs et ce mouvement de solidarité, s’élargissant, permettra à tous les grévistes de tenir jusqu’à la victoire »[15]. La solidarité envers les grévistes en lutte est aussi avancée en principe des structures syndicales de lutte. Le 19 juin 1936, un article explique le travail du centre syndical du 18ème arrondissement de Paris durant les grèves. Son activité est prise comme modèle pour le reste de la CGT. Ce centre syndical a eu à organiser et coordonner le mouvement de grève de 143 établissements, à prendre des renseignements, à donner des conseils d’organisation aux grévistes. Et surtout à organiser la solidarité : « un effort important fut aussi accompli pour aider pécuniairement les grévistes. Près de 50.000 francs furent distribués grâce à la diffusion de 39.000 cartes de grèves éditées par nous. Le collectage chez les fonctionnaires, les ouvriers des services publics, dans les organisations du front populaire et auprès de la population de tout l’arrondissement fut fait »[16]. La caisse de grève est donc perçu en 1936 comme un élément essentiel de la lutte, pour tenir, pour apporter la solidarité, pour montrer l’intérêt du syndicat. D’ailleurs, le manque de liaison d’usines en grève avec les structures syndicales est parfois relevé, notamment à Boulogne Billancourt où les directions syndicales sont surtout occupées à suivre la situation des grosses boites comme Renault. Du retard a lieu dans la solidarité avec les grévistes. Mais petit à petit, lorsque le contact se réalise « s’organise le ravitaillement, couchage et surtout divertissement »[17].
Enfin, le contexte favorable d’arrivée au pouvoir du front populaire fait que le gouvernement n’envoie plus la force pour déloger les grévistes. De plus, les organisations du front populaire, fortes de leurs succès organisent la solidarité. A Villejuif, 12.000 francs sont récoltés[18], à Sevron, le conseil municipal vote un secours de 5.000 francs « destiné aux grévistes les plus nécessiteux »[19]. La Vie Ouvrière ne donne que quelques exemples limités de cette solidarité mais Maurice Thorez, dirigeant du PCF, tirant un bilan des grèves, estime que les communistes sont « dévoués à la cause du peuple. Nous avons manifesté une solidarité agissante à l’égard des grévistes »[20]. Là aussi, cela montre que hors de la CGT, des forces politiques ont aussi déployées leurs militants pour aider les grévistes à tenir jusqu’à satisfaction des revendications.
Terrain peu défriché par les historiens, la solidarité ouvrière par le biais des caisses de grève, analysée dans la seule Vie Ouvrière de juin 1936 (en plein cœur du mouvement néanmoins) montre sa place centrale dans les moyens utilisés pour faire plier le patronat. Prôner l’engagement collectif, en se donnant les moyens de perdre le moins possible, tout en étant le plus fort possible (tension paradoxale, difficile à obtenir), reste, à la lumière de cette brève analyse historique, une nécessité pour renforcer les mouvements sociaux.
[1] VIGNA, Xavier. De la conscience fière au stigmate social : le virilisme ouvrier à l’épreuve des années 1968 In : Une histoire sans les hommes est-elle possible ? Genre et masculinités [en ligne]. Lyon : ENS Éditions, 2014 (généré le 14 juillet 2023). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/enseditions/8402>.
[2] Voir cependant l’ouvrage de référence, Delalande N., La Lutte et l’entraide : L’Âge des solidarités ouvrières, Editions du Seuil, Paris, 2019, 368 p.
[3] Sans oublier les conventions collectives, l’augmentation des salaires, la reconnaissance des délégués d’ateliers.
[4] X. Vigna, Histoire des ouvriers au XXème siècle.
« Robeson a accompli quelque chose de particulièrement difficile : il a été un défenseur à la fois de l’une des populations les plus maltraitées de l’humanité – les Africains – et d’un internationalisme ouvrier revendiquant l’universalité ». Gérald Horne
L’ouvrage de l’historien américain Gérald Horne traduit en français permet de combler une lacune de l’histoire des Etats-Unis. En effet, il permet de faire connaitre un personnage oublié, l’américain noir le plus célèbre du monde durant la première moitié du XXème siècle.
Paul Robeson, cet afro-américain, à la carrure impressionnante (1m91 pour plus de 110 kg !) est en réalité un homme complet. Athlète de haut niveau dans le football américain, la course à pied, sa renommée devient mondiale par sa carrière de chanteur-acteur. Il excelle tant dans le cinéma que dans le théâtre. Maitrisant l’étude des langues, polyglotte, il parle de nombreux dialectes africains, mais aussi le russe, le gaelique… Et sa voix de basse surtout, participe à une renommée mondiale et continue durant une trentaine d’années.
Un artiste engagé contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis
En 1922, attirant l’attention d’impresarios anglais, Robeson quitte les Etats-Unis pour rejoindre Londres. C’est dans la capitale anglaise qu’il éclot, loin des préjugés racistes et de la ségrégation états-unienne. Il entame donc une carrière d’acteur au théâtre et au cinéma. Il y rencontre alors des personnalités liées à la lutte contre la ségrégation (la NAACP) mais aussi des poètes, des écrivains, musiciens d’influences et d’origines diverses. Il y fait la connaissance de personnalité de la gauche révolutionnaire (Emma Goldman, Max Eastman, JB Shaw…).
Robeson jouant le rôle d’Othello
C’est au début des années 1930 en jouant la pièce interraciale de Shakespeare, Othello, que Robeson rencontre un grand succès. Il dénonce en même temps le fait qu’une telle pièce serait mal-accueillie aux Etats-Unis du fait de la ségrégation. Au même moment, il s’engage plus en avant dans la politique, en se liant à des personnalités proches du Parti communiste des Etats-Unis comme William Patterson qui dénonce la ségrégation raciale et défend la cause des noirs américains au sein du mouvement communiste international. Il voyage à Moscou et rencontre Eisenstein qui lui propose de participer à des tournages (qui ne se feront jamais).
Robeson chante avec des ouvriers sur un chantier naval aux Etats-Unis (1942)
Ainsi, son combat contre le racisme, se nourrit en Angleterre d’une conscience politique plus poussée qui le mène à faire siennes les grandes idées de la Révolution d’Octobre. Internationaliste (par sa capacité à maîtriser les langues), il revendique davantage l’égalité sociale : il joue le rôle d’un docker noir qui s’unit à ses camarades blancs pour défendre leurs droits. Il lie la lutte contre la ségrégation raciale à la lutte anticoloniale en jouant Toussaint-Louverture, ou en finançant les indépendantistes indiens, africains. Robeson devient l’ami de du futur dirigeant du Ghana N’Krumah à Londres. Il s’insurge lors de l’assassinat du chef congolais Patrice Lumumba par l’impérialisme.
L’engagement antifasciste
Au milieu des années 1930, son engagement politique le pousse surtout à s’engager davantage dans la musique. Il met ses talents à profit en chantant en Espagnol en faveur du camp républicain. Début 1938, il se rend même sur le front espagnol et chante pour les blessés. Il popularise le « comité noir d’aide à l’Espagne » et affirme lors d’un meeting à Londres : « tout artiste, tout scientifique doit décider MAINTENANT où il se situe. Il n’y a pas d’alternative. On ne peut se placer au-dessus du conflit, à des altitudes olympiennes, l’artiste doit choisir son camp. Il doit décider s’il combattra pour la liberté ou pour l’esclavage. J’ai fait mon choix ».
Paul ROBESON en Espagne chante à Teruel pour des blessés
Durant la 2nde Guerre Mondiale, il poursuit son engagement antifasciste aux Etats-Unis, incitant les noirs américains à combattre la « bête immonde ». La femme du président Roosevelt, Eleanor, rend hommage à Robeson au « vaillant travail que vous faites en son nom ». Il tient au début de ses meetings des positions contre la ségrégation, en refusant de jouer devant un public ségrégé. A la suite de son engagement, il soutient la révolution chinoise en chantant en l’hymne chinois.
Ségrégation raciste et guerre froide
A la fin de la guerre, la Peur rouge s’empare des Etats-Unis, et le FBI compare Robeson à un « Staline noir ». Cependant, Robeson poursuit son engagement et participe à un meeting de 15.000 personnes à Manhattan où il appelle à la fin des lynchage qu’il lie à celle du colonialisme. Nehru, l’ANC d’Afrique du Sud, des dirigeants syndicaux jamaïcains lui envoient des messages de soutien.
L’engagement de Robeson contre la ségrégation s’intensifie. En septembre 1946, déclare : « ce qui se passe à Nuremberg est un travestissement de la démocratie puisqu’en Amérique des gens sont assassinés par des hommes du type de ceux dont on fait le procès ». Peu de temps après, il rencontre Truman avec lequel il entretient un moment très orageux. Robeson lance une tournée pour « prendre la parole dans tout le pays contre la haine et les préjugés raciaux ». Il se rend en Jamaïque, à Panama pour défendre la cause anticoloniale.
Marche contre la ségrégation en 1948 à laquelle P. Robeson prend part
Cependant, avec la guerre froide, Robeson devient victime de son engagement. Mais il ne flanche pas, et manifeste même devant la Maison-Blanche contre les lois racistes Jim Crow. Il poursuit les phrases provocatrices à l’encontre du gouvernement : « il ne faut jamais demander aux noirs américains de sacrifier leurs vies sur des rivages étrangers, si nous devons nous sacrifier, que ce soit en Alabama et dans le Mississippi ». Cela lui vaut la surveillance du FBI mais aussi des contre-manifestations dans chacun de ces évènements comme à Peekskill où des anticommunistes et des vétérans de l’armée attaque un concert de Robeson en faveur des droits civiques. Le gouvernement n’est pas en reste puisque son passeport sera supprimé entre juin 1950 et 1958. D’après l’historienne, Marie France Toinet, durant la guerre froide, « il vaut mieux ne pas posséder des disques de Robeson ». Des soutiens viennent néanmoins du monde entier pour s’indigner de cette interdiction de voyager : de Picasso à Neruda, de Sekou Touré à la veuve du nationaliste chinois Sun Yat-Sen, de Maurice Dobb à Charlie Chaplin. Robeson envoie des enregistrements de sa voix au monde entier et créé une revue Freedom, où participent de nombreux écrivains.
Ainsi, Paul Robeson sacrifie sa carrière à la cause antiraciste. Bien qu’il ne reconnaisse pas être membre du parti communiste, il continue de défendre l’Angleterre et l’URSS, où il dit ne jamais avoir subis de préjugés racistes. Finalement, en 1958, Robeson peut reprendre ses tournées mondiales souvent axées vers Londres et Moscou. Le décès de sa femme et sa santé déclinante le pousse à revenir aux Etats-Unis où il meurt en 1976.
Conclusion
Robeson, artiste complet, traverse le court XXème siècle. Son destin est emblématique de l’influence réelle qu’a exercé la révolution d’octobre sur les peuples du monde entier. Du combat antiraciste, elle a poussé Robeson a lié son engagement aux luttes anticoloniales, antifascistes et anticapitalistes du XXème siècle, luttes symbolisées par la centralité du mouvement communiste.
En s’attaquant à Robeson, le pouvoir états-unien a cherché à désarmer le mouvement antiraciste de ses liens internationaux anticolonialistes et anti-impérialistes, de ses conceptions sociales égalitaires. C’est aussi pour faire oublier la vigueur de la persistance de la ségrégation raciste aux Etats-Unis que les puissants ont cherché à enfouir Robeson aux oubliettes. Cet ouvrage permet donc aussi de rétablir des éléments contextuels trop souvent oubliés dans l’histoire des Etats-Unis et l’histoire mondiale.
L’ouvrage a été rédigé en 1940 par l’historien marxiste et anglais Christopher Hill qui a consacré sa vie d’historien à l’étude de la révolution anglaise du XVIIème siècle. C. Hill montre les forces sociales qui ont poussé à la première révolution anglaise. Il analyse ses résultats, ses conséquences. Rien n’était écrit d’avance. Le parti des Niveleurs et son histoire intéresse particulièrement ceux qui s’intéressent aux mouvements populaires qui cherchent à bouleverser la domination des puissants. C. Hill, en analysant quels furent leurs objectifs, leur mode d’action leur rend un bel hommage.
Introduction
En introduction, Hill utilise le concept de « guerre civile » pour qualifier la révolution anglaise. Il estime que ses raisons « sont sociales et non individuelles ».
« Il est vrai que la Révolution anglaise de 1640, tout comme la Révolution française de 1789, fut un combat pour le pouvoir politique, économique et religieux, mené par la classe moyenne, la bourgeoisie, qui croissait en force et en richesse, alors que le capitalisme se développait ».
Charles 1er, roi d’Angleterre d’alors représentait les intérêts de la noblesse terrienne.
Au Moyen-Age, l’Eglise était différente de l’Eglise de nos jours. Elle suivait les Hommes dans chacun des moments de leur vie. Dans les villages, le prêtre était le principal diffuseur des informations, il servait de guide à la vie économique. La paroisse était une forme de gouvernement local, collectait et distribuait les revenus destinées aux pauvres. Elle avait aussi un rôle culturel important.
C’est ainsi que s’attaquer à l’Etat féodal revenait à s’en prendre à l’Eglise. Les conflits sociaux de la révolution se transformaient ainsi « inévitablement » en conflits religieux : « chaque classe de la société élaborait et cherchait à imposer les vues religieuses les mieux adaptées à ses besoins et ses intérêts » (p. 25). Un discours de Jacques 1er montre clairement que les idées religieuses sont enveloppées des conceptions sociales de chaque classe : les Puritains « ne diffèrent pas de nous tant en matière de religion que dans les idées politiques confuses d’égalité qu’ils professent, mécontents qu’ils sont du gouvernement actuel et réfractaire à toute idée de supériorité, ce qui rend leur secte insupportable à tout pays bien gouverné ».
Quant à Hobbes, il montre comment la City de Londres, gagnée au Presbytérianisme constitue un foyer d’opposition à la monarchie, en même temps qu’un défenseur d’un Etat républicain sur le modèle de Venise ou de la Hollande.
L’arrière-plan économique de la Révolution anglaise
Serfs au travail sous l’autorité d’un seigneur
L’Angleterre au XVIIème siècle, est essentiellement un pays agricole. Son régime féodal se constitue de communautés isolées produisant leurs propres produits de consommations en entretenant peu de relations marchandes. Cependant, aux XVème-XVIIème siècles, les produits agricoles et la laine commencent à se vendre en dehors des villages. Un marché national se développe ainsi qu’un début de division du travail. Ceux qui sont acteurs de ce développement du commerce s’enrichissent, au détriment de ceux recevant des revenus fixes. Aussi, nombre de propriétaires jettent un regard nouveau sur leurs terres en vendant les surplus non consommés par leurs familles : leurs terres devient source de profits. Ils peuvent aussi louer une partie de leurs terres à des fermiers, pour ensuite écouler les productions sur le marché. Ces yeomen étendent ainsi leurs domaines en développant leur production agricole : ils louent leurs terres à plus court terme et expulsent ceux ne pouvant pas payer les rentes exigées.
Face à ces tendances économiques, l’aristocrate était l’objet de dérision de la nouvelle classe moyenne. Cependant, sa classe restait une force sociale et politique car l’Etat sauvegardait ses intérêts, en empêchant l’émergence d’un marché national.
Au niveau industriel, l’Angleterre produit 4/5è du charbon consommé en Europe en 1640. Le capital nécessaire à l’industrialisation est fourni par les marchands d’esclaves, les négociants, les pirates, ainsi que la petite noblesse terrienne (yeomen) et des artisans. Ainsi, nait une petite bourgeoisie, fluctuante entre les plus entreprenants et chanceux qui accédaient au capitalisme et ceux redevenant salariés. Dans l’Est et le Sud des Midlands se développent ces bastions qui résisteront à Charles 1er.
Ainsi, le marché était en pleine expansion et l’Angleterre était en train de se transformer en une unité économique. Cependant, des freins existaient : dans les villes, les corporations cherchaient à préserver le monopole du commerce local.
Toujours est-il qu’au milieu du XVIIème siècle, « les intérêts de la nouvelle classe de négociants et fermiers capitalistes étaient momentanément identiques à eux de la petite paysannerie, des artisans et des journaliers ». Ou disons du moins, qu’ils avaient des ennemis communs autour d’un programme parfois identique mais en même temps différent.
L’arrière-plan politique de la Révolution anglaise
Au XVIème siècle, la bourgeoisie s’allie à la monarchie autour d’intérêts communs : face à l’Espagne catholique, principal concurrent commercial sur les mers, contre les grandes maisons rivales qui se menaient des guerres privées.
De son côté, la petite noblesse féodale (gentry) voyaient ses revenus diminuer et dépendait de la Cour où elle disposait d’avantages financiers, d’emplois. La Monarchie Stuart assurait ainsi à cette aristocratie sa survie économique alors qu’elle devenait une entrave pour la bourgeoisie.
Pour faire face à ses nouveaux besoins, la Monarchie avait besoin de prélever des impôts sur la bourgeoisie qui s’enrichit et la petite noblesse terrienne. Les taxes, les droits de douanes aboutissent alors à des conflits avec le Parlement qui revendique la prérogative du contrôle et des prélèvements des impôts. La Monarchie crée des monopoles autour du savon, du charbon mais cela provoque la colère des marchants.
La hiérarchie ecclésiastique était fortement liée à la Monarchie qui la protégeait de la réaction catholique et de la gauche révolutionnaire protestante.
Jacques 1er s’aliène les forces patriotiques et protestantes lorsqu’il décide de s’allier à l’Espagne par crainte des révolutionnaires protestants.
Plus concrètement, la Pétition des Droits de 1628 dénonce comme illégal une nouvelle levée d’impôt sans consentement du Parlement, de même qu’il refuse les arrestations arbitraires. La crise économique, liée aux monopoles de matières premières entrainent une hausse des prix touchant les plus pauvres.
La ligne rouge est franchie lorsque Charles 1er cherche à étendre le contrôle de la Couronne à l’Eglise d’Ecosse et à reprendre les terres de cette Eglise. L’armée écossaise envahit l’Angleterre en 1639 et le roi se retrouve sans soutien populaire ce qui le force à négocier. Il s’aliène les marchands en saisissant les réserves d’or déposées à la Tour de Londres et en cherchant à dévaluer la monnaie. L’appareil d’Etat, dépendant des juges de paix, des classes moyennes, cesse de fonctionner.
Le « Long Parliament » représentait ces contradictions de classe entre la gentry et les commerçants aisés. « Ce n’est pas la Chambre des Communes qui fit la révolution. Les membres du Parlement subirent des pressions extérieures : celle du peuple de Londres, des petits propriétaires terriens (yeomen), des artisans de la vieille Angleterre. »
En 1640, ce mouvement profond parvient à démanteler la machine d’Etat monarchiste et féodale : Strafford est exécuté, Laud emprisonné, des ministres émigrent, la Chambre étoilée, la Haute cour et les juridictions d’exception sont abolies, la mise sur pied d’une armée royale permanente est empêchée, la bourgeoisie, par le Parlement établit son contrôle sur l’Eglise.
En 1641, avec la Grande Remontrance qui est un appel au peuple, les révolutionnaires comme Pym se prononcent contre la politique de Charles 1er. Les royalistes et une partie de la grande bourgeoisie prirent peur face à la vague révolutionnaire.
Exécution de Charles 1er en mai 1649
La Révolution
Durant la révolution, Oliver Cromwell démontre qu’une guerre révolutionnaire appelle une nouvelle organisation de l’armée : il fait place au mérite pour les promotions : « je préfère un capitaine habillé de simple bure qui sait pourquoi il se bat et qui reste fidèle à son choix, à ce que vous appelez un « gentleman » mais dont les qualités s’arrêtent là ». Il encourage la libre confrontation des idées, en somme des méthodes démocratiques. Cromwell défend la liberté de réunion, la libre discussion, la tolérance religieuse. Cromwell avec les Indépendants (petite aristocratie terrienne, petits propriétaires, bourgeoisie commerçante, paysans, artisans) s’opposent aux presbytériens (haute bourgeoisie aux côtés d’une partie des grands propriétaires terriens).
Cette nouvelle conception de l’armée forme donc un « embryon de révolution sociale ». Elle est financée par un nouvel impôt. La guerre est justement remportée par l’artillerie (forts efforts financiers) t une cavalerie de petits propriétaires terriens (yeomen) très disciplinés, avec une conscience politique forte. Cette armée était organisée, régulièrement payée, avec un encadrement efficace. Cela aboutit à la victoire de Naseby en 1645.
Au sein de l’armée, dans les couches petites bourgeoises, paysannes et artisanes, se développent des éléments radicaux. Les Niveleurs.
Avec le problème du service en Irlande, les hommes de troupes s’organisent et s’unissent en un conseil central et jurent de ne pas se séparer tant que leurs revendications se seront pas satisfaites. Cette agitation entraîne l’existence de deux organes de pouvoir rivaux et parallèles : l’armée et le Parlement. L’armée se saisit du roi en juin 1647 pour éviter toute paix de compromis entre le roi et le Parlement. Les presbytériens quittent le Parlement laissant la place à Cromwell et aux Indépendants. Quant aux Niveleurs, ils aspirent à de grandes réformes et leur influence grandit dans l’armée. Ils exigeaient la liberté du commerce pour les petits producteurs, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’abolition de la dîme, la protection de la petite propriété, et une réforme de la loi sur l’endettement. Ils souhaitent l’extension des pouvoirs du Parlement et le suffrage universel. En octobre-novembre 1647, un conseil de l’armée a lieu à Putney. Les niveleurs y proposent une nouvelle constitution et s’opposent aux Grandees, souvent les dirigeants de l’armée comme Ireton. Celui-ci estime que « la liberté en tous domaines ne peut être octroyée si la propriété doit être préservée ». Cependant, en novembre, les Grandees mettent en échec les Niveleurs et démantèlent le conseil de l’Armée : c’est la fin de l’exercice de la démocratie. Cependant, Grandees et Niveleurs s’entendent pour purger du Parlement les partisans du compromis. Ainsi, le roi est exécuté le 30 janvier 1649 comme « ennemi public du bon peuple de cette nation ». La monarchie, la chambre des Lords sont abolis. Le 19 mai 1649, la République est proclamée. Peu de temps après, les Niveleurs sont isolés et battus, leurs dirigeants exécutés à Burford en mai 1649.
Défilé de la New Model Army
Les Niveleurs prônaient une utopie politique en faveur des petits producteurs. Cependant, ils n’étaient pas une force sociale assez puissante pour imposer leurs vues. Cependant, les mesures les plus radicales furent prises grâce aux « méthodes plébeiennes » des niveleurs et indépendants. Après l’écrasement des Niveleurs, le mouvement Diggers défend les sans terres et les démunis. Ce mouvement cherche à instaurer un communisme agraire. Son leader Gerrard Winstanley écrit : « l’homme le plus pauvre a tout autant de droit à la terre que l’homme le plus riche ». Cependant, ce mouvement social est dispersé par l’armée.
Avec la répression des Niveleurs par Cromwell, la restauration devient inévitable. Sans soutien populaire, la grande bourgeoisie peut s’appuyer sur l’armée (couteux et difficile à contrôler) ou passer un compromis avec des éléments de l’Ancien Régime. Ce nouveau pouvoir réalise cependant la conquête de l’Irlande, formant le premier triomphe de l’impérialisme britannique. En 1651, l’Acte de Navigation permet à l’Angleterre de construire une politique commerciale hégémonique en Europe en évinçant ses rivaux (Guerres avec la Hollande).
Oliver Cromwell
Cromwell finit par imposer une dictature de l’armée avec son Instrument de Gouvernement. Le nouveau Parlement repose sur un suffrage censitaire fixé à 200 livres. Ces années sont marquées par le conservatisme progressif des Indépendants qui s’assimilent aux Presbytériens. Cependant, à la mort de Cromwell, son régime ne lui survit pas. Le général Monck, commandant des armées d’Ecosse rétablit la monarchie avec le soutien de la gentry écossaise. Il se prononce pour un Parlement reposant sur le mode censitaire et qui sera dominé par les propriétaires fonciers. C’est ce Parlement qui signe le retour de Charles II en mai 1660. Cependant, la Restauration ne signe pas le retour de l’ancien régime car la bourgeoisie et la petite noblesse s’insèrent dans l’appareil d’Etat. De plus, Charles II préserve l’Acte de Navigation qui favorise les marchands. Ce n’est qu’après la révolution de 1688 que la domination du capital financier devient totale : lorsque la banque d’Angleterre et la dette publique sont créées en 1694.Après 1701, les juges sont subordonnés au Parlement et le roi ne peut plus lever un impôt indépendamment du Parlement.
Conclusion :
« La période 1640-1660 vit la destruction d’une forme d’Etat et l’introduction d’une nouvelle forme politique au sein de laquelle le capitalisme pouvait se développer librement ».
« C’est en combattant que l’on obtient des réformes, c’est de même par le combat que nous sauvegardons les libertés conquises par nos ancêtres. Si le peuple estime que le système n’est pas favorable à la liberté, c’est par l’unité d’action qu’il peut être modifié. C’est la leçon utilisable de nos jours que nous livre le XVIIème siècle ».
« Quand ces corps de glaise seront ensevelis et que leurs enfants les auront remplacés / Chacun verra qu’en notre temps nous combattions pour la vérité, la paix, la liberté » « Lorsque la terre redeviendra propriété commune, comme il se doit, alors l’inimitié disparaitra de sa surface » Winstanley.
Chapitre 5 : Le temps du compromis et les premières luttes ouvrières (1815-1831)
C’est avec hésitation que les machines sont introduites dans l’industrie française au début du XIXème. A Mulhouse, la machine est introduite de façon rapide dès 1812, chez Dollfus-Mieg. A Saint Quentin, la moitié des 29 filatures est activée à la vapeur. Cependant, l’essentiel reste le moteur hydraulique grâce à une roue à palette. En Alsace, le métier mécanique est introduit dès les années 1820 même s’il reste très minoritaire.
Dans la métallurgie, les techniques restent artisanales : soufflerie à bras ou moteur hydraulique. Au Creusot, on investit massivement dans le haut fourneau mais cela reste un fait rare.
L’insuffisance des communications freine aussi l’industrialisation. Ce qui domine reste l’atelier groupant quelques ouvriers.
Le temps de travail augmente grâce à des innovations : la machine à vapeur permet de travailler 24h/24h, contrairement au moulin hydraulique (dépendant des saisons, notamment de la sécheresse), ou encore avec l’éclairage au gaz.
En même temps, des mouvements intellectuels réfléchissent à l’industrialisme, à la classe ouvrière naissante et aux progrès. Bruhat liste ces mouvements que Marx et Engels nommeront : « socialisme utopique »
Saint Simon : il compte sur les industriels, les scientifiques pour transformer la société ; souhaite développer la concentration capitaliste.
Charles Fourrier : il met en avant l’idée du progrès technique et scientifique, l’évolution progressive des sociétés. Il démontre que le système productif ne peut « que créer les éléments du bonheur, mais non le bonheur ». Il proclame l’égalité de l’homme et de la femme. Il voit dans le travail de la révolution industrielle une aliénation, mais une libération dans ses phalansphères.
Cependant, les producteurs ouvriers prennent aussi en main leurs destinées. Entre 1815-1830, des couches ouvrières débutent l’engagement de la classe ouvrière :
Deux fabricants de Vienne dans l’Isère tentent d’intoduire une tondeuse mécanique dans une manufacture. Les ouvriers attaquent le convoi et tentent de détruire la machine.
Les compagnons continuent à avoir de la vigueur dans ces années. Mais c’est chez eux que l’on trouve les 1ère tendances à l’unité et à la solidarité ouvrière.
Les premières caisses de prévoyances voient le jour, chez les mineurs de Rive-de-gier en 1817. Cependant, les 1ères sociétés mutuelles sont autorisées car elles ne sont pas considérées aussi dangereuses que les « coalitions ». Elles apparaissent dans la plupart des corporations. Elles jouent parfois des rôles de combat, même si elles restent des organisations de métier.
Cependant, le pouvoir ne peut empêcher les ouvriers de réclamer de meilleures conditions de vie. Cette recherche de la dignité ouvrière suinte par toutes les organisations que créent les ouvriers. Le patronat et le pouvoir politique répriment les ouvriers et leurs organisations naissantes mais cela ne suffit pas à empêcher les grèves à la fin des années 1820.
En 1830, la crise économique renforce l’opposition de la bourgeoisie qui s’est économiquement renforcée. La classe ouvrière joue un rôle majeur dans la révolution de 1830Pour cette révolution, les ouvriers se jettent dans la lutte.. Ils ont subi des diminutions de salaires entre 1825-30. L’ouvrier est exalté dans la « Glorieuse révolution » : « ce maçon qui d’un coup vous démolit les trônes » (Auguste Barbier). Les bourgeois ont même parfois fermé les ateliers pour inciter les ouvriers à se battre.
Chapitre 6 : L’insurrection des canuts lyonnais et ses conséquences (1830-34)
Au fil de l’expérience des luttes, les ouvriers commencent à prendre conscience de la force qu’ils représentent. Même les dirigeants reconnaissent cette force (le ministre Dupin). Cependant la bourgeoisie entend diriger sans les ouvriers et met en place un régime censitaire : seulement 200.000 électeurs. Des sociétés comme les amis du peuple dénoncent « l’aristocratie bourgeoise ». Blanqui et la Société des amis du peuple cherchent à donner un objectif à la classe ouvrière.
Les ouvriers se mobilisent sur leurs questions : les ouvriers typographes demandent la suppression des presses mécaniques. Le 3 septembre 1830, la grève est générale dans l’imprimerie. Ce type de mouvements se multiplient : chez les scieurs contre les scies mécaniques à Bordeaux (mai 1831), au Havre contre les boiseries faites mécaniquement (juin 1831).
Face à la concurrence de nouveaux ouvriers, la tendance est parfois au repli et au renvoi des étrangers. En septembre 1830, les selliers carrossiers de Paris demandent aux patrons de ne pas embaucher de travailleurs étrangers. Les maçons et terrassiers de Lyon demandent l’expulsion des Savoyards. Il s’agit de « formes de lutte primitives ». Ici, l’étranger est en réalité un ouvrier venant d’une autre région.
Par ces mouvements, les ouvriers ne s’en prennent alors ni au régime ni aux hommes capitalistes, responsables de leur misère. Cependant, au même moment, apparaissent les luttes pour la diminution du temps de travail ou l’augmentation des salaires (les ouvriers fileurs de Rouen en août septembre 1830). De plus, c’est le moment où des ouvriers font paraitre leurs propres journaux : le journal des Ouvriers, l’Atelier.
En novembre 1831, ce sont les canuts lyonnais qui s’insurgent. Il s’agit de la 1ère insurrection ouvrière contre leurs patrons. Lyon est une cité industrielle depuis le 16ème siècle. Le travail de la soie y représente l’activité essentielle. Se distinguent les fabricants, les chefs d’ateliers et les compagnons. Les fabricants achètent la matière 1ère qu’ils font tisser dans des ateliers indépendants et vendent ensuite les étoffes. Le chef d’atelier travaille à domicile avec des métiers mais c’est le fabricant qui impose le prix. Les compagnons, apprentis, ouvrières et lanceurs (souvent des enfants) travaillent dans ces ateliers. Toute cette classe ouvrière habite à Fourvières ou à la Croix Rousse. Ils sont environ 30.000 compagnons et 8.000 chefs d’atelier. La journée de travail est souvent de 15-16 heures.
Face aux conditions de vie qui se dégradent, les canuts revendiquent la fixation d’un tarif minimum. La complainte des canuts décrit ces conditions de vie : « Pour gouverner, il faut avoir manteaux ou rubans en sautoir, nous en tissons pour vous, grands de la terre, et nous, pauvres canuts, sans drap, on nous enterre ».
Les canuts, autour des chefs d’atelier, cherchent à négocier les tarifs. Ils descendent soutenir leur délégation par milliers face au préfet et aux fabricants. Le tarif est voté. Cependant, le président du conseil, Casimir Périer condamne le tarif. Fin novembre, les canuts décident l’arrêt des métiers et aidés par les ouvriers, ils se rendent maîtres de la ville les 21-23 novembre 1831. Armés de piques, de sabres, de fusils, ils dressent des barricades. C’est à ce moment qu’apparait le mot d’ordre « vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Les ouvriers sont victorieux et occupent l’Hôtel de ville. Ils empêchent les pillages et montent la garde. Cependant, ils relâchent le préfet et le général. Ainsi le gouvernement intervient avec rigueur, en concentrant des troupes. Une armée de 20.000 hommes se préparent, avec 50 canons. Dès le 3 décembre, la ville est libérée, les ouvriers désarmés. Le tarif est déclaré nul.
Les canuts ne formaient pas une classe « homogène » : il y avait des chefs d’ateliers, artisans, des compagnons qui sont plutôt prolétaires. Les dirigeants n’ont aucune conception sociale ou politique nette. Les leaders sont plutôt des chefs d’atelier même si des tensions peuvent exister avec les compagnons. Au mieux, ils envisagent les coopératives de production pour échapper à la tutelle des fabricants. Nombre de ces ouvriers en armes sont d’anciens soldats de Napoléon et ont une expérience de la guerre.
L’agitation lyonnaise a essaimé ailleurs sur des mouvements d’augmentations de salaires : dans la Loire et l’Isère.
Le mouvement lyonnais a eu un fort impact notamment sur la bourgeoisie qui prend conscience du « péril ouvrier », ou de la question sociale. Il se déroule quasi en même temps que le mouvement national chartiste en Angleterre. Ainsi, la société bourgeoise prend peur face à ces contestations.
Les leaders ouvriers fraternisent avec les idées républicaines et leurs dirigeants. Lors des funérailles du général Lamarque, les corporations ouvrières défilent : des teinturiers, des imprimeurs, des brasseurs, les chapeliers.
Début 1834, les canuts reprennent les grèves. Les associations mutualistes sont poursuivies par la justice et le gouvernement. En avril des soldats fraternisent avec les canuts. Le 8-9 avril, le gouvernement dispose de 10.000 hommes et entre à Lyon. A partir du 12 avril, les troupes attaquent les insurgés. Il y eut 342 morts et 600 blessés. Cette insurrection avait pour objectif la défense du droit d’association, association politique contre le gouvernement mais aussi face à l’employeur. L’émotion est forte, le 11 avril, 3.000 ouvriers de Ste Etienne descendent dans les rues, mais aussi à Marseille, Grenoble. Dans le quartier du marais à Paris, des barricades voient le jour. Thiers ordonne de les réprimer l’aide du général Bugeaud.
Chapitre 7 : Le bilan
Les ouvriers s’organisent et commencent à faire de la politique comme l’ouvrier tailleur Prospert : « Quand je viens dire qu’il faut aux prolétaires une plus forte portion de droits politiques, une condamnation qu’on m’inflige ne donne pas pour cela raison à mes adversaires ; et cette condamnation ne m’empêchera pas de leur répéter qu’il faut aux enfants du pauvre plus d’instruction et qu’ils la lui doivent ; qu’il faut aux vieillards pauvres et aux infirmes des refuges assurés et qu’il est du devoir des riches d’en faire les frais non point à titre d’aumône mais à titre d’obligation ; toutes les condamnations du monde ne m’empêcheraient pas de répéter ces choses ; je les écrirai sur les toits comme je les écris dans les cachots infects de la conciergerie. ».