Document de première, extrait : Le chant des Ouvriers par Pierre Dupont.

Écrite, publiée, et diffusée en 1846-1847, cette chanson témoigne de l’éveil de la conscience de la classe ouvrière peu de temps avant la Révolution de 1848 et met en avant l’amour de l’humanité.

Couplet 1

Nous dont la lampe, le matin,

Au clairon du coq se rallume,

Nous tous qu’un salaire incertain

Ramène avant l’aube à l’enclume,

Nous qui des bras, des pieds, des mains,

De tout le corps luttons sans cesse,

Sans abriter nos lendemains,

Contre le froid et la vieillesse,

Refrain

Aimons-nous, et quand nous pouvons

Nous unir pour boire à la ronde,

Que le canon se taise ou gronde,

Buvons (ter)

A l’indépendance du monde !

Couplet 3

Quel fruit tirons-nous des labeurs

Qui courbent nos maigres échines !

Où vont les flots de nos sueurs ?

Nous ne sommes que des machines.

Nos Babels(1) montent jusqu’au ciel,

La terre nous doit ses merveilles :

Dès qu’elles ont fini le miel,

Le maître chasse les abeilles.

Couplet 5

Mal vêtus, logés dans des trous,

Sous les combles, dans les décombres,

Nous vivons avec les hiboux,

Et les larrons, amis des ombres ;

Cependant notre sang vermeil

Coule impétueux dans nos veines ;

Nous nous plairions au grand soleil,

Et sous les rameaux verts des chênes.