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Notes, Christopher HILL, La révolution anglaise de 1640

« Quand une révolution survient,

il est peu probable que ce soit par accident »

(C. Hill, 1989)

L’ouvrage a été rédigé en 1940 par l’historien marxiste et anglais Christopher Hill qui a consacré sa vie d’historien à l’étude de la révolution anglaise du XVIIème siècle. C. Hill montre les forces sociales qui ont poussé à la première révolution anglaise. Il analyse ses résultats, ses conséquences. Rien n’était écrit d’avance. Le parti des Niveleurs et son histoire intéresse particulièrement ceux qui s’intéressent aux mouvements populaires qui cherchent à bouleverser la domination des puissants. C. Hill, en analysant quels furent leurs objectifs, leur mode d’action leur rend un bel hommage.

Introduction

En introduction, Hill utilise le concept de « guerre civile » pour qualifier la révolution anglaise. Il estime que ses raisons « sont sociales et non individuelles ».

« Il est vrai que la Révolution anglaise de 1640, tout comme la Révolution française de 1789, fut un combat pour le pouvoir politique, économique et religieux, mené par la classe moyenne, la bourgeoisie, qui croissait en force et en richesse, alors que le capitalisme se développait ».

Charles 1er, roi d’Angleterre d’alors représentait les intérêts de la noblesse terrienne.

Au Moyen-Age, l’Eglise était différente de l’Eglise de nos jours. Elle suivait les Hommes dans chacun des moments de leur vie. Dans les villages, le prêtre était le principal diffuseur des informations, il servait de guide à la vie économique. La paroisse était une forme de gouvernement local, collectait et distribuait les revenus destinées aux pauvres. Elle avait aussi un rôle culturel important.

C’est ainsi que s’attaquer à l’Etat féodal revenait à s’en prendre à l’Eglise. Les conflits sociaux de la révolution se transformaient ainsi « inévitablement » en conflits religieux : « chaque classe de la société élaborait et cherchait à imposer les vues religieuses les mieux adaptées à ses besoins et ses intérêts » (p. 25). Un discours de Jacques 1er montre clairement que les idées religieuses sont enveloppées des conceptions sociales de chaque classe : les Puritains « ne diffèrent pas de nous tant en matière de religion que dans les idées politiques confuses d’égalité qu’ils professent, mécontents qu’ils sont du gouvernement actuel et réfractaire à toute idée de supériorité, ce qui rend leur secte insupportable à tout pays bien gouverné ».

Quant à Hobbes, il montre comment la City de Londres, gagnée au Presbytérianisme constitue un foyer d’opposition à la monarchie, en même temps qu’un défenseur d’un Etat républicain sur le modèle de Venise ou de la Hollande.

L’arrière-plan économique de la Révolution anglaise

Serfs au travail sous l’autorité d’un seigneur

L’Angleterre au XVIIème siècle, est essentiellement un pays agricole. Son régime féodal se constitue de communautés isolées produisant leurs propres produits de consommations en entretenant peu de relations marchandes. Cependant, aux XVème-XVIIème siècles, les produits agricoles et la laine commencent à se vendre en dehors des villages. Un marché national se développe ainsi qu’un début de division du travail. Ceux qui sont acteurs de ce développement du commerce s’enrichissent, au détriment de ceux recevant des revenus fixes. Aussi, nombre de propriétaires jettent un regard nouveau sur leurs terres en vendant les surplus non consommés par leurs familles : leurs terres devient source de profits. Ils peuvent aussi louer une partie de leurs terres à des fermiers, pour ensuite écouler les productions sur le marché. Ces yeomen étendent ainsi leurs domaines en développant leur production agricole : ils louent leurs terres à plus court terme et expulsent ceux ne pouvant pas payer les rentes exigées.

Face à ces tendances économiques, l’aristocrate était l’objet de dérision de la nouvelle classe moyenne. Cependant, sa classe restait une force sociale et politique car l’Etat sauvegardait ses intérêts, en empêchant l’émergence d’un marché national.

Au niveau industriel, l’Angleterre produit 4/5è du charbon consommé en Europe en 1640. Le capital nécessaire à l’industrialisation est fourni par les marchands d’esclaves, les négociants, les pirates, ainsi que la petite noblesse terrienne (yeomen) et des artisans. Ainsi, nait une petite bourgeoisie, fluctuante entre les plus entreprenants et chanceux qui accédaient au capitalisme et ceux redevenant salariés. Dans l’Est et le Sud des Midlands se développent ces bastions qui résisteront à Charles 1er.

Ainsi, le marché était en pleine expansion et l’Angleterre était en train de se transformer en une unité économique. Cependant, des freins existaient : dans les villes, les corporations cherchaient à préserver le monopole du commerce local.

Toujours est-il qu’au milieu du XVIIème siècle, « les intérêts de la nouvelle classe de négociants et fermiers capitalistes étaient momentanément identiques à eux de la petite paysannerie, des artisans et des journaliers ». Ou disons du moins, qu’ils avaient des ennemis communs autour d’un programme parfois identique mais en même temps différent.

L’arrière-plan politique de la Révolution anglaise

Au XVIème siècle, la bourgeoisie s’allie à la monarchie autour d’intérêts communs : face à l’Espagne catholique, principal concurrent commercial sur les mers, contre les grandes maisons rivales qui se menaient des guerres privées.

De son côté, la petite noblesse féodale (gentry) voyaient ses revenus diminuer et dépendait de la Cour où elle disposait d’avantages financiers, d’emplois. La Monarchie Stuart assurait ainsi à cette aristocratie sa survie économique alors qu’elle devenait une entrave pour la bourgeoisie.

Pour faire face à ses nouveaux besoins, la Monarchie avait besoin de prélever des impôts sur la bourgeoisie qui s’enrichit et la petite noblesse terrienne. Les taxes, les droits de douanes aboutissent alors à des conflits avec le Parlement qui revendique la prérogative du contrôle et des prélèvements des impôts. La Monarchie crée des monopoles autour du savon, du charbon mais cela provoque la colère des marchants.

La hiérarchie ecclésiastique était fortement liée à la Monarchie qui la protégeait de la réaction catholique et de la gauche révolutionnaire protestante.

Jacques 1er s’aliène les forces patriotiques et protestantes lorsqu’il décide de s’allier à l’Espagne par crainte des révolutionnaires protestants.

Plus concrètement, la Pétition des Droits de 1628 dénonce comme illégal une nouvelle levée d’impôt sans consentement du Parlement, de même qu’il refuse les arrestations arbitraires. La crise économique, liée aux monopoles de matières premières entrainent une hausse des prix touchant les plus pauvres.

La ligne rouge est franchie lorsque Charles 1er cherche à étendre le contrôle de la Couronne à l’Eglise d’Ecosse et à reprendre les terres de cette Eglise. L’armée écossaise envahit l’Angleterre en 1639 et le roi se retrouve sans soutien populaire ce qui le force à négocier. Il s’aliène les marchands en saisissant les réserves d’or déposées à la Tour de Londres et en cherchant à dévaluer la monnaie. L’appareil d’Etat, dépendant des juges de paix, des classes moyennes, cesse de fonctionner.

Le « Long Parliament » représentait ces contradictions de classe entre la gentry et les commerçants aisés. « Ce n’est pas la Chambre des Communes qui fit la révolution. Les membres du Parlement subirent des pressions extérieures : celle du peuple de Londres, des petits propriétaires terriens (yeomen), des artisans de la vieille Angleterre. » 

En 1640, ce mouvement profond parvient à démanteler la machine d’Etat monarchiste et féodale : Strafford est exécuté, Laud emprisonné, des ministres émigrent, la Chambre étoilée, la Haute cour et les juridictions d’exception sont abolies, la mise sur pied d’une armée royale permanente est empêchée, la bourgeoisie, par le Parlement établit son contrôle sur l’Eglise.

En 1641, avec la Grande Remontrance qui est un appel au peuple, les révolutionnaires comme Pym se prononcent contre la politique de Charles 1er. Les royalistes et une partie de la grande bourgeoisie prirent peur face à la vague révolutionnaire.

Exécution de Charles 1er en mai 1649

La Révolution

Durant la révolution, Oliver Cromwell démontre qu’une guerre révolutionnaire appelle une nouvelle organisation de l’armée : il fait place au mérite pour les promotions : « je préfère un capitaine habillé de simple bure qui sait pourquoi il se bat et qui reste fidèle à son choix, à ce que vous appelez un « gentleman » mais dont les qualités s’arrêtent là ». Il encourage la libre confrontation des idées, en somme des méthodes démocratiques. Cromwell défend la liberté de réunion, la libre discussion, la tolérance religieuse. Cromwell avec les Indépendants (petite aristocratie terrienne, petits propriétaires, bourgeoisie commerçante, paysans, artisans) s’opposent aux presbytériens (haute bourgeoisie aux côtés d’une partie des grands propriétaires terriens).

Cette nouvelle conception de l’armée forme donc un « embryon de révolution sociale ». Elle est financée par un nouvel impôt. La guerre est justement remportée par l’artillerie (forts efforts financiers) t une cavalerie de petits propriétaires terriens (yeomen) très disciplinés, avec une conscience politique forte. Cette armée était organisée, régulièrement payée, avec un encadrement efficace. Cela aboutit à la victoire de Naseby en 1645.

Au sein de l’armée, dans les couches petites bourgeoises, paysannes et artisanes, se développent des éléments radicaux. Les Niveleurs.

Avec le problème du service en Irlande, les hommes de troupes s’organisent et s’unissent en un conseil central et jurent de ne pas se séparer tant que leurs revendications se seront pas satisfaites. Cette agitation entraîne l’existence de deux organes de pouvoir rivaux et parallèles : l’armée et le Parlement. L’armée se saisit du roi en juin 1647 pour éviter toute paix de compromis entre le roi et le Parlement. Les presbytériens quittent le Parlement laissant la place à Cromwell et aux Indépendants. Quant aux Niveleurs, ils aspirent à de grandes réformes et leur influence grandit dans l’armée. Ils exigeaient la liberté du commerce pour les petits producteurs, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’abolition de la dîme, la protection de la petite propriété, et une réforme de la loi sur l’endettement. Ils souhaitent l’extension des pouvoirs du Parlement et le suffrage universel. En octobre-novembre 1647, un conseil de l’armée a lieu à Putney. Les niveleurs y proposent une nouvelle constitution et s’opposent aux Grandees, souvent les dirigeants de l’armée comme Ireton. Celui-ci estime que « la liberté en tous domaines ne peut être octroyée si la propriété doit être préservée ». Cependant, en novembre, les Grandees mettent en échec les Niveleurs et démantèlent le conseil de l’Armée : c’est la fin de l’exercice de la démocratie. Cependant, Grandees et Niveleurs s’entendent pour purger du Parlement les partisans du compromis. Ainsi, le roi est exécuté le 30 janvier 1649 comme « ennemi public du bon peuple de cette nation ». La monarchie, la chambre des Lords sont abolis. Le 19 mai 1649, la République est proclamée. Peu de temps après, les Niveleurs sont isolés et battus, leurs dirigeants exécutés à Burford en mai 1649.

Défilé de la New Model Army

Les Niveleurs prônaient une utopie politique en faveur des petits producteurs. Cependant, ils n’étaient pas une force sociale assez puissante pour imposer leurs vues. Cependant, les mesures les plus radicales furent prises grâce aux « méthodes plébeiennes » des niveleurs et indépendants. Après l’écrasement des Niveleurs, le mouvement Diggers défend les sans terres et les démunis. Ce mouvement cherche à instaurer un communisme agraire. Son leader Gerrard Winstanley écrit : « l’homme le plus pauvre a tout autant de droit à la terre que l’homme le plus riche ». Cependant, ce mouvement social est dispersé par l’armée.

Avec la répression des Niveleurs par Cromwell, la restauration devient inévitable. Sans soutien populaire, la grande bourgeoisie peut s’appuyer sur l’armée (couteux et difficile à contrôler) ou passer un compromis avec des éléments de l’Ancien Régime. Ce nouveau pouvoir réalise cependant la conquête de l’Irlande, formant le premier triomphe de l’impérialisme britannique. En 1651, l’Acte de Navigation permet à l’Angleterre de construire une politique commerciale hégémonique en Europe en évinçant ses rivaux (Guerres avec la Hollande).

Oliver Cromwell

Cromwell finit par imposer une dictature de l’armée avec son Instrument de Gouvernement. Le nouveau Parlement repose sur un suffrage censitaire fixé à 200 livres. Ces années sont marquées par le conservatisme progressif des Indépendants qui s’assimilent aux Presbytériens. Cependant, à la mort de Cromwell, son régime ne lui survit pas. Le général Monck, commandant des armées d’Ecosse rétablit la monarchie avec le soutien de la gentry écossaise. Il se prononce pour un Parlement reposant sur le mode censitaire et qui sera dominé par les propriétaires fonciers. C’est ce Parlement qui signe le retour de Charles II en mai 1660. Cependant, la Restauration ne signe pas le retour de l’ancien régime car la bourgeoisie et la petite noblesse s’insèrent dans l’appareil d’Etat. De plus, Charles II préserve l’Acte de Navigation qui favorise les marchands. Ce n’est qu’après la révolution de 1688 que la domination du capital financier devient totale : lorsque la banque d’Angleterre et la dette publique sont créées en 1694.Après 1701, les juges sont subordonnés au Parlement et le roi ne peut plus lever un impôt indépendamment du Parlement.

Conclusion :

« La période 1640-1660 vit la destruction d’une forme d’Etat et l’introduction d’une nouvelle forme politique au sein de laquelle le capitalisme pouvait se développer librement ».

« C’est en combattant que l’on obtient des réformes, c’est de même par le combat que nous sauvegardons les libertés conquises par nos ancêtres. Si le peuple estime que le système n’est pas favorable à la liberté, c’est par l’unité d’action qu’il peut être modifié. C’est la leçon utilisable de nos jours que nous livre le XVIIème siècle ».

« Quand ces corps de glaise seront ensevelis et que leurs enfants les auront remplacés / Chacun verra qu’en notre temps nous combattions pour la vérité, la paix, la liberté » « Lorsque la terre redeviendra propriété commune, comme il se doit, alors l’inimitié disparaitra de sa surface »  Winstanley.