"Nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin" Alain Resnais, Nuit et Brouillard
La première guerre mondiale, une guerre totale (septembre)
Les civils dans la guerre totaleRédaction d’un développement construit à partir d’un écrit intermédiaire : analyse de documents avec un tableau à compléter. Les grands axes constituent les colonnes du tableau. Après correction, les élèves ont un temps pour rédiger le développement construit à l’aide de l’outil méthode. Entrainement autour de cartes mentales Word café autour de sujets possibles de développements construits (= carte mentale/plan détaillé) Evaluation de fin de séquence : un sujet de développement construit parmi une liste de cinq Attendu d’une quinzaine, vingtaine de lignes Les grands axes sont donnés
Le front populaire (novembre)
Evaluation de fin de séquence Développement construit autour d’une leçon dont la trame du cours est très serrée Trame du développement donnée : introduction, axe 1 / axe 2 / axe 3 / conclusion Reprise des éléments de la trame du développement construit en correction
Les espaces productifs (janvier)
Fin de séquence Entrainement à un plan détaillé autour d’un type d’espace productif Evaluation de fin de séquence Correction avec les différents éléments du développement construit + rappel des attendus (barème) Retours aux élèves : points forts, points à améliorer 20 minutes de correction avec un point à améliorer à modifier -> nouvelle correction et bonification des efforts de correction par les élèves
DNB Blanc(février-mars)
Développement construit avec attendus du DNB En général sur le dernier thème (2nde GM) ou autre thème déjà vu Correction type avec attendus du développement construit de fin de troisième Bilan général des point forts ou points d’amélioration
Aménager le territoireAménager les DROM (avril)
Développement construit Etude de cas où les élèves répondent à des questions et rédigent une synthèse (sous forme de tableau avec des grands axes) Développement construit avec au choix deux sujets (une heure, devoir évalué) et aide de la fiche de révision -> Attentes autour de la structuration du développement construit
La construction européenne (mai)
Entrainement au développement construit Par groupes, les élèves prépare un écrit intermédiaire sur les différentes étapes de la construction européenne. Après la mise en commun, les élèves s’exercent au développement construit (les copies d’élèves volontaires ou désignées sont ramassées).
Révisions finales (juin)
Révisions Entrainement à des plans détaillés autour de sujets (la France, les mutations économiques, sociales et culturelles) Les critères du développement construit et derniers conseils
Pistes d’améliorations :
Un entrainement supplémentaire type DNB
Des cartes mentales ou plans de base pour chaque sujet potentiel
Marc MAZOWER, Le continent des ténèbres, Une histoire de l’Europe du XXème siècle, 2021, 1ere édition 1998, 688 p.
Mazower adopte une démarche comparatiste à l’échelle européenne. Refusant les histoires nationales, il met en évidence les circulations d’idées, les influences réciproques et les expériences politiques communes qui traversent le continent tout au long du XXᵉ siècle.
La démocratie n’est jamais gagnée
Mazower part d’une idée simple. La victoire de la démocratie n’est pas irréversible. Elle est la conséquence de la victoire des forces démocratiques sur les régimes autoritaires et conservateurs. Elle n’est pas définitive car le régime démocratique, faisant l’objet de critiques légitimes, peut aussi être sacrifié au profit de régimes bien plus autoritaires.
Pour étayer sa thèse de départ, Mazower montre, par exemple, que, pour Churchill, pourtant dirigeant d’un régime parlementaire, la démocratie est l’exception. Il est prêt, pour cela, à s’allier avec l’Italie mussolinienne au début des années 1920. Dans l’Europe des années 1920-1930, l’anticommunisme l’emporte sur la démocratie dans toute l’Europe centrale, avec l’instauration de régimes autoritaires de droite. Mussolini affirme : « Le siècle actuel est le siècle de l’autorité, un siècle de « droite », un siècle fasciste. » Dans le même temps, la démocratie peut parfois creuser sa propre tombe par son absence de dialogue politique et de consensus démocratique. Les contradictions sont si aiguës que le cadre démocratique ne peut plus exister, comme ce fut le cas de la République de Weimar.
Mussolini rend visite à Hitler en 1940 à Munich.
Ainsi, la conception démocratique du pouvoir d’État est toujours en jeu. Cet ouvrage interroge le passé, mais il questionne aussi le présent. Il montre que les forces démocratiques peuvent être mises en minorité. Dans ces cas, la suppression de la liberté de conscience se retourne contre les peuples de façon très concrète.
L’idée démocratique rencontre le nationalisme
Le nationalisme déstructure les attachements dynastiques et religieux et crée de nouvelles solidarités. La communauté devient nationale ; pourtant, les territoires de ces États-nations ne sont pas homogènes. Ainsi, plusieurs modèles de règlement de l’hétérogénéité nationale apparaissent :
L’URSS lance une tentative de solution fédérale où les élites locales se déploient dans un cadre administratif territorial. L’enseignement dans les républiques soviétiques se réalise dans les langues locales, mais l’État est dirigé de façon très centralisée par le PCUS.
Les États libéraux et démocratiques tentent, après la Première Guerre mondiale, avec la SDN, de former de nouveaux États-nations garantissant des droits aux minorités. Cette SDN, pourtant, ne reconnaît pas l’égalité des peuples : la proposition japonaise d’égalité des races est repoussée. Ces États ont bien du mal à imposer leurs conceptions aux nouveaux venus au banc des nations. En Pologne, par exemple, le parti paysan polonais défend l’égalité des droits, sauf pour les Juifs, qui seraient une « nation étrangère et consciente de l’être ».
Enfin, se développe un nationalisme exclusiviste, porté à son paroxysme par les partis fascistes, dont, en premier lieu, le parti nazi. Pour Carl Schmitt, une démocratie de masse réclame « d’abord l’homogénéité et ensuite, si nécessaire, l’élimination ou l’éradication de l’hétérogénéité ». Il affirme également qu’« une démocratie démontre sa force politique en sachant rejeter ou tenir en lisière tout ce qui, lui étant étranger et inégal, menace son homogénéité ». Il défend ainsi la vision d’un peuple pur et mythifié, uni comme un seul homme. Toute division susceptible d’affaiblir cette unité serait alors considérée comme antinationale.
Le modèle fasciste face à la démocratie
« Qui n’a pas la force de lutter pour sa propre santé perd le droit de vivre dans ce monde de lutte » (Hitler). Cette citation résume toute la conception nazie du rôle de l’individu dans la société : un darwinisme social dans lequel le plus fort triomphe du « faible ».
Caricature antisémite montrant un Juif qui tient en laisse un fonctionnaire soviétique. Légende : « La personne “idéale” pour le peuple élu : les goûts, ça ne se discute pas. »
Cependant, dans ce combat entre démocratie et fascisme, la défense de la liberté, à elle seule, ne peut suffire, d’après Mazower, à combattre le fascisme ni à entraîner les larges masses dans la défense de la démocratie. C’est pourquoi la victoire de la démocratie sur le nazisme s’accompagne également d’une « conception nouvelle de la solidarité sociale et de la cohésion nationale ». De la même façon, la défaite des fascismes a fait émerger un « consensus antiraciste international ».
Le fascisme entend rétablir le modèle familial remis en cause par la révolution industrielle. Il s’oppose ainsi au modèle soviétique, qui cherche à émanciper les femmes à travers la lutte contre l’Église et les pouvoirs patriarcaux, même si un retour en arrière s’opère sur leur condition à partir des années 1930. Plus largement, les États favorisent la natalité afin de préparer de futurs soldats.
Cette conception de la domination du fort sur le faible conduit à un eugénisme radical : stérilisation forcée des malades mentaux, des criminels, des délinquants, des Tsiganes et des enfants métis.
La crise du capitalisme : modèle soviétique et exacerbation des nationalismes
Avec la crise économique et la destruction de denrées destinées à maintenir les prix, le capitalisme de marché apparaît de moins en moins rationnel. Les gouvernements tentent de répondre à la crise par des politiques d’austérité et de déflation qui, loin de la résoudre, contribuent à l’aggraver.
Dans ce contexte, le système soviétique peut apparaître comme une alternative. En 1929, Staline impose, par la force, la collectivisation de l’agriculture afin de mieux approvisionner les villes. L’URSS met ainsi durablement son agriculture en difficulté, pour plusieurs générations. De nouvelles villes industrielles surgissent rapidement, comme Magnitogorsk, alors la plus grande aciérie du monde. Cette industrialisation à marche forcée favorise une véritable ascension sociale pour de nombreux paysans et ouvriers. Toutefois, cette promotion sociale s’effectue au prix de leurs libertés. Ainsi, près de 10 % des paysans ayant bâti Magnitogorsk meurent lors de la construction de la ville. Comme l’écrit Mazower, « le stalinisme, c’était la terreur et la répression, mais c’était aussi d’excitantes opportunités d’ascension sociale, à la différence de la société tsariste figée dans sa hiérarchie ».
En Europe de l’Ouest, les États répondent également à la crise par des politiques de planification, une politique commerciale protectionniste et l’instauration de barrières douanières. En Allemagne, un service de travail obligatoire est instauré, avec un contrôle des salaires et des campagnes contre le travail féminin. Grâce à la remilitarisation, l’Allemagne atteint le plein-emploi en 1939. La reprise économique de l’Italie et de l’Allemagne est notamment liée à la militarisation de leur État. En outre, dans les relations entre ouvriers et patrons, les régimes fascistes arbitrent largement en faveur de ces derniers. Ils demeurent ainsi des économies fondées sur de bas salaires.
En France, Mazower tend à minimiser l’expérience du Front populaire. Il estime que les acquis obtenus étaient, pour la plupart, déjà en vigueur dans d’autres pays européens et que la politique du franc fort a finalement sonné le glas de cette expérience.
Le nouvel ordre hitlérien : un ordre européen au service de la domination allemande
Hitler souhaite établir en Europe de l’Est un véritable « empire des Indes », fondé sur une hiérarchie raciale clairement définie. À ses yeux, l’Allemagne est légitime à dominer l’Europe, de la même manière que les États-Unis contrôlent l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Au cours de sa guerre européenne, il fait peser le poids de l’économie de guerre sur les territoires conquis afin de garantir au peuple allemand un niveau de consommation satisfaisant. C’est pourquoi il accorde peu d’importance aux nazis locaux, qu’il méprise.
Les nazis mènent une guerre à la fois totale et raciale. Les prisonniers de guerre soviétiques meurent par millions, alors même que le Reich manque de main-d’œuvre. Cette guerre entraîne une radicalisation constante du régime : les élites polonaises sont éliminées, les universités sont fermées et les Polonais sont réduits à une simple obéissance envers les Allemands. Cette radicalisation à l’Est conduit finalement à l’extermination des Juifs.
L’émergence d’un nouvel ordre démocratique dans une paix violente
Pendant la guerre, Léon Blum évoque l’idée d’une « démocratie populaire », appelée à devenir une « démocratie sociale ». De son côté, William Beveridge défend l’idée d’un « communisme dans des conditions démocratiques ». La question d’une démocratie fondée sur la solidarité sociale est alors posée. Durant cette période, les opinions publiques évoluent vers la gauche et valorisent davantage les expériences collectives ainsi que les politiques de solidarité. À l’inverse, Friedrich von Hayek dénonce, dès 1944, le « socialisme démocratique ». Pourtant, en Europe, des économies mixtes et des protections sociales se mettent progressivement en place. Parallèlement, les droits des femmes, l’antiracisme, le droit international et les droits de l’homme s’affirment.
La Seconde Guerre mondiale est d’abord un affrontement militaire engagé par Hitler, mais elle constitue également une guerre entre races, groupes religieux et communautés ethniques. Elle est aussi une guerre de classes et une succession de guerres civiles opposant collaborateurs et résistants. Même après la Libération, un fort antisémitisme subsiste en Pologne, poussant de nombreux Juifs à émigrer vers Israël. Comme l’écrit Mazower, les Arabes palestiniens « durent payer le refus de l’Europe de réintégrer ce qui restait de sa population juive ». Par ailleurs, cinq millions d’Allemands d’Europe orientale sont déplacés vers l’Ouest.
La Libération est particulièrement violente dans les régions où les résistances sont les plus fortes et les plus divisées, et où le conflit s’est transformé en véritable guerre sociale, comme en Grèce ou en Yougoslavie. Dans les démocraties populaires, les purges permettent aux nouveaux régimes de consolider leur pouvoir et de renforcer, dans un premier temps, leur popularité.
Les démocraties populaires à l’Est : le progrès social au milieu de la terreur
À l’Est, l’URSS ne se prépare pas à une nouvelle guerre. Mazower remet ainsi en cause le mythe d’une Union soviétique « le fusil au pied », prête à envahir l’Europe occidentale. L’URSS s’appuie au contraire sur des élites locales afin de promouvoir un nationalisme associé à « une utopie urbaine et industrielle ». Les dirigeants communistes entreprennent ainsi une modernisation rapide de leurs pays. En Hongrie, par exemple, Gerő est présenté comme un bâtisseur, symbole de cette politique de modernisation.
Cependant, les communistes éliminent progressivement leurs opposants par la marginalisation politique, la censure, l’interdiction de nombreux ouvrages et la mise en place de régimes policiers. Dès 1947, la terreur et la planification deviennent les fondements du système. Des progrès importants sont néanmoins réalisés dans le domaine de la santé, avec la multiplication des hôpitaux, le développement des universités et la gratuité des soins. Les inégalités sont également limitées. Toutefois, les pénuries, la corruption et les prélèvements économiques imposés par l’URSS finissent par fragiliser ce modèle.
L’imposition d’un modèle démocratique en Europe de l’Ouest
Après-guerre, les sociétés européennes expriment une forte demande de solidarité sociale, qui se traduit notamment par des taux d’imposition élevés destinés à financer l’État-providence. Toutefois, les inégalités de revenus demeurent importantes et les principaux bénéficiaires de ce système sont ceux qui profitent du plein-emploi. Dès les années 1950 et 1960, cependant, l’individualisme et la consommation de masse ébranlent progressivement cet État-providence. Les solidarités collectives sont peu à peu érosées par la montée de l’individualisme, entraînant un affaiblissement de la conscience collective.
Avec Mai 68, les femmes obtiennent des avancées importantes. Mazower évoque notamment l’exemple de Franca Viola, jeune Italienne violée qui refuse, pour la première fois, d’épouser son agresseur. Plus largement, Mai 68 nourrit une critique de toutes les formes d’autorité — politique, militaire, patronale — et conduit, dans plusieurs pays, à un renforcement des moyens accordés aux universités.
Franca Viola
La crise du contrat social
Le choc pétrolier met en évidence la « vulnérabilité du capitalisme européen ». Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher entreprend de démanteler l’État-providence par une politique de privatisations et un renforcement des pouvoirs de l’État face aux mouvements sociaux, notamment lors des grèves des mineurs. Aucun autre pays européen ne suit intégralement ce modèle, même si la France engage également plusieurs vagues de privatisations. C’est sous Thatcher qu’émerge le concept de société post-industrielle, reléguant au second plan le rôle fondamental de l’industrie dans l’économie.
Grèves dures en Angleterre (1984-1985) et répression de l’Etat par la Dame de fer,
Les années 1980 et 1990 sont marquées par un changement de regard sur la pauvreté : les pauvres sont de plus en plus considérés comme responsables de leur propre situation. Les sociétés européennes tolèrent davantage les inégalités sociales ; en 1993, près de 17 % de la population de l’Union européenne vit sous le seuil de pauvreté. Les immigrés deviennent progressivement la cible privilégiée des partis d’extrême droite, même si les politiques d’expulsion restent encore peu soutenues par l’opinion publique à la fin des années 1990. Mazower évoque ainsi un véritable « désenchantement démocratique » nourri par ces incertitudes économiques et sociales.
L’effondrement du communisme
Au cours des années 1980, le modèle communiste entre dans une phase de stagnation caractérisée par les pénuries, la désindustrialisation et les catastrophes écologiques. Surtout, les partis communistes connaissent un « effondrement de la foi dans l’idéologie socialiste ». En Pologne, face à Solidarność, les militaires prennent le pouvoir. Dans les autres démocraties populaires, les directions vieillissantes cherchent parfois à renforcer leur légitimité en mobilisant le nationalisme.
C’est avant tout la crise de l’Union soviétique qui desserre son emprise sur les démocraties populaires. Les pays baltes revendiquent davantage d’autonomie et affirment la supériorité de leurs lois sur la législation fédérale. La Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche et, en Pologne, des gouvernements non communistes accèdent au pouvoir.
Les politiques inspirées du modèle thatchérien sont alors rapidement mises en œuvre : privatisations massives, recul de la protection sociale, hausse des inégalités et progression du chômage. L’individualisme s’impose progressivement au détriment de l’économie morale héritée du communisme. Dans le même temps, le nationalisme remplace rapidement le communisme comme principal référent politique. La disparition du bloc de l’Est fait également ressurgir des antagonismes nationaux longtemps contenus. Certains mouvements nationalistes développent alors un discours exclusif, parfois antisémite, et réhabilitent d’anciens collaborateurs des nazis, tels qu’Antonescu en Roumanie, Pavelić en Croatie ou Tiso en Slovaquie.
Conclusion
Pour Mazower, le véritable vainqueur de 1989 n’est pas la démocratie, mais le capitalisme. Celui-ci a progressivement détruit les anciennes solidarités de classe et accru l’insécurité sociale des individus. Face à cette montée de l’individualisme, les formes d’identités collectives apparaissent comme des repères essentiels, voire comme des refuges. Dans cette perspective, l’État-nation et le sentiment d’appartenance nationale demeurent des références majeures. Finalement, Mazower met en lumière plusieurs enseignements essentiels pour comprendre la situation contemporaine :
La démocratie et la liberté ne suffisent pas, à elles seules, à assurer la pérennité d’un régime démocratique. À l’ère des sociétés de masse, elles doivent intéresser la majorité de la population et s’accompagner d’une politique de justice sociale capable de répondre aux attentes des citoyens.
Le fascisme, lorsqu’il vainc ses adversaires, s’en prend rapidement aux minorités que la démocratie protégeait. Il cherche à éliminer tout ce qui fait obstacle à une homogénéité nationale largement mythifiée. Or, une nation rassemble des individus aux origines, aux cultures, aux expériences sociales et aux opinions diverses. Elle peut être unifiée par un pouvoir autoritaire, mais aussi par un cadre politique démocratique. Dans la pensée nationaliste, la nation est présentée comme une communauté capable de transcender les divisions sociales et les intérêts de classe.
Les régimes communistes ont pu apparaître, pendant un temps, comme une véritable alternative au capitalisme. Ils ont cependant échoué, tant sur le plan démocratique qu’économique, à susciter une adhésion durable et à favoriser un progrès individuel suffisant, notamment à partir du tournant des années 1950-1960.
La victoire sur le fascisme en 1945 a permis, durant plusieurs décennies, d’associer le développement de la démocratie à d’importants progrès sociaux : consolidation de l’État social, lutte contre le racisme, affirmation des droits des femmes, développement du droit international et promotion des droits humains.
Depuis les années 1980, la montée du capitalisme libéral s’accompagne d’une hausse globale des revenus, mais aussi d’une remise en cause du contrat social construit après 1945. Cette évolution fragilise les conceptions démocratiques héritées de l’après-guerre.
En 1917, la révolution russe ou révolution bolchévique achève de mettre à bas le régime tsariste. C’est ainsi que naît la république socialiste fédérative soviétique de Russie, entraînant de nombreux et profonds changements structurels.
Si la Russie est une grande puissance avant 1914, la Première Guerre mondiale met le pays à mal. La bourgeoisie souhaite éliminer le tsar régnant Nicolas II pour faire monter son frère sur le trône. En 1916, la population est en désaccord sur la poursuite de la guerre, l’hiver rude fait grimper les prix et le pain est rationné, les manifestations se multiplient : le tsar abdique en mars, laissant place à un gouvernement provisoire présidé par la bourgeoisie.
Depuis son exil, puis lors de son retour, Lénine œuvre toutefois pour une prise de pouvoir populaire, qui adviendra au mois d’octobre 1917.
L’abdication du tsar, première étape de la révolution bolchevique
La révolution russe s’est déroulée en deux temps forts. Le premier est la révolution de Février, qui voit la situation se dégrader de jour en jour pour le tsar et l’armée penche de plus en plus du côté des insurgés.
Les bolchéviques ne sont cependant pas encore les leaders qu’ils seront par la suite, et les réflexions se font en commun avec les menchéviques, l’autre groupe du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), dont les bolchéviques se sont émancipés en 1912. Le 15 mars 1917, Nicolas II abdique au profit de son frère, mais ce dernier renonce au trône, mettant ainsi fin au régime tsariste et laissant en place un régime provisoire.
L’insurrection de Petrograd
L’insurrection qui marque le point d’orgue de la révolution d’Octobre est lancée par Lénine et Trotski. L’objectif est de faire passer le pouvoir aux mains des prolétaires et d’en finir avec la situation actuelle où deux pouvoirs se partagent la Russie : le gouvernement provisoire et le soviet de Petrograd (nom donné à la ville de Saint-Pétersbourg ).
Le soviet de Pétrograd
Les bolchéviques occupent alors les bâtiments officiels, le palais d’Hiver est bombardé, mais les effusions de sang sont limitées, car la résistance est faible, les régiments en place se déclarant rapidement neutres ou en faveur du soulèvement.
Les grands décrets du nouveau gouvernement bolchévique
Le 26 octobre 1917 voit la création du gouvernement bolchévique, baptisé « Conseil des commissaires du peuple ». Les bolchéviques sont en effet les grands gagnants de la révolution russe. Ils ont réussi à évincer les menchéviques.
Lénine est à la tête du nouveau gouvernement, tandis que Trotski est chargé des Affaires étrangères et que Staline est responsable des Nationalités (habitants non russes installés dans le pays). Les grands décrets qui fondent le nouveau régime sont alors proclamés : le décret sur la paix cherche une entente avec tous les pays en guerre contre la Russie, le décret sur la terre abolit la grande propriété foncière au profit des soviets paysans, et le décret sur les nationalités assure à tous les peuples l’égalité sur le sol russe.
Les grandes réformes de la révolution russe
Par la suite, la peine de mort est abolie, les banques sont nationalisées le 14 décembre 1917, une milice ouvrière est mise en place, ainsi que le contrôle ouvrier sur la production et la journée de 8 heures. Le nouveau régime annonce la séparation de l’Église et de l’État, et le passage au calendrier grégorien.
Cependant, le pouvoir doit se consolider : dès le 12 novembre, Kerenski tente une reconquête de Petrograd et l’adhésion au nouveau régime reste précaire dans l’ensemble du pays. Après la révolution, la Russie connaît ainsi un épisode de guerre civile.
La destruction des civils russes durant la Seconde Guerre Mondiale, L’exemple de la ville de Pavlovsk
Pour son malheur située près du front, à 15 km de Léningrad, la petite ville de Pavlovsk compte en septembre 1941, 13 000 habitants, dont 3 000 réfugiés et déserteurs de l’Armée rouge. Le 24, tous les hommes capables de travailler sont arrêtés et enfermés dans un camp, où les unités de la Wehrmacht piochent la main d’œuvre dont elles ont besoin. Environ 6 000 habitants sont ainsi déportés. Mille hommes repérés comme soldats sont tués par la famine, d’autres exécutés sur le soupçon d’avoir aidé les partisans. Des centaines de familles sont chassées de leurs maisons pour laisser place aux soldats allemands. Elles vont s’entasser, avec d’autres, dans des maisons marquées R, « réservées aux Russes ». Environ 6 000 habitants meurent de faim, du typhus, de la dysenterie, la plupart dans l’hiver 1941-1942. Parmi eux près de 400 orphelins de la ville, entre 3 et 13 ans, laissés par l’occupant sans soins ni nourriture. Pour recevoir un pain d’une livre, les femmes doivent travailler douze heures pour les Allemands. En 1944, il ne restera que 3.000 âmes à Pavlovsk. Deux mille reviendront après la guerre. Dix mille – sur 15 000 – sont morts. Toutes ces victimes sont à mettre au compte de l’autorité militaire.
Jean LOPEZ et Lasha OTKHMEZURI, Barbarossa, 1941. La guerre absolue, Edition Passé Composé, Paris, 2019, p. 706.
La destruction de villages russes par l’armée allemande
La couverture du livre de Jean LOPEZ, un ouvrage essentiel pour comprendre l’opération Barbarossa
Hommes et femmes russes sauvant leurs maigres biens de leurs maisons en flammes, réputées brûlées par les Russes dans le cadre d’une stratégie de terre-brûlée, dans une banlieue de Léningrad, le 21 octobre 1941. Crédits : AP.
La participation de la Wehrmacht aux crimes du régime nazi ne fait (…) aucun doute, depuis longtemps, de même qu’il ne fait aucun doute que le théâtre principal de ces crimes fut l’Europe de l’Est et du Sud-Est, ce qui facilita le refoulement de leur souvenir au temps de la guerre froide. Leurs cibles de prédilection, on le sait, fuirent les prisonniers soviétiques, les populations civiles, et parmi celles-ci, les juifs en particulier.
Dès le déclenchement de la guerre contre l’URSS en 1941, l’armée allemande fit le tri des prisonniers pour découvrir les commissaires politiques et les militants communistes, qu’elle fusillait aussitôt. A dire vrai, elle ne traita guère mieux la masse des captifs : dans les six premiers mois de la campagne, environ deux millions d’entre eux moururent victimes de marches à pied épuisantes et d’une nourriture insuffisante. Dire que la Wehrmacht n’était pas préparée à accueillir cet immense afflux d’hommes, c’est manquer l’essentiel. Car cette impréparation découlait d’un double choix, fort conscient : celui de donner la priorité absolue au ravitaillement du Reich et celui de ne pas utiliser, pour des raisons politiques et raciales, les prisonniers soviétiques dans l’économie allemande. (…)
La population civile fut traitée, quant à elle, avec une brutalité exceptionnelle. Sur le front russe particulièrement, des milliers de villages furent pillés et incendiés, leurs habitants fusillés, pendus ou brûlés vif. Pour ne donner que deux illustrations de l’ordre allemand tel que le comprenait la Wehrmacht : en automne 1941, tandis qu’à Charkhov, en Ukraine, des centaines d’hommes étaient pendus aux balcons de la ville où ils restèrent exposés pendant plusieurs jours, quelque vingt mille civils étaient fusillés en Serbie dans une gigantesque opération de représailles. A la fin de la guerre, la vague de violence allait se reporter vers l’Ouest. En 1944, la France et l’Italie firent connaissance avec les méthodes de pacification longuement rodées à l’Est, des méthodes qui enflaient cette résistance populaire qu’il s’agissait d’étouffer dans l’œuf.
Au sein des populations civiles, la Wehrmacht prit tout particulièrement dans son viseur les juifs. Partout dans les territoires qu’elle administrait, elle édicta des mesures discriminatoires ; à l’Est, elle y ajouta la création de ghettos et l’imposition du travail forcé. Mais elle contribua aussi, et notablement, à l’extermination en fournissant aux tueurs de la SS des troupes pour encercler les localités, rassembler les victimes et les conduire sur les lieux de mise à mort. En Serbie, elle procéda directement à l’exécution de quelque 8.000 hommes juifs sous le couvert de l’opération de représailles mentionnée plus haut.
Philippe Burrin in Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.
Pour aller plus loin, lire:
Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.