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Le rôle de l’armée allemande dans les crimes nazis

Hommes et femmes russes sauvant leurs maigres biens de leurs maisons en flammes, réputées brûlées par les Russes dans le cadre d’une stratégie de terre-brûlée, dans une banlieue de Léningrad, le 21 octobre 1941. Crédits : AP.

La participation de la Wehrmacht aux crimes du régime nazi ne fait (…) aucun doute, depuis longtemps, de même qu’il ne fait aucun doute que le théâtre principal de ces crimes fut l’Europe de l’Est et du Sud-Est, ce qui facilita le refoulement de leur souvenir au temps de la guerre froide. Leurs cibles de prédilection, on le sait, fuirent les prisonniers soviétiques, les populations civiles, et parmi celles-ci, les juifs en particulier.

Dès le déclenchement de la guerre contre l’URSS en 1941, l’armée allemande fit le tri des prisonniers pour découvrir les commissaires politiques et les militants communistes, qu’elle fusillait aussitôt. A dire vrai, elle ne traita guère mieux la masse des captifs : dans les six premiers mois de la campagne, environ deux millions d’entre eux moururent victimes de marches à pied épuisantes et d’une nourriture insuffisante. Dire que la Wehrmacht n’était pas préparée à accueillir cet immense afflux d’hommes, c’est manquer l’essentiel. Car cette impréparation découlait d’un double choix, fort conscient : celui de donner la priorité absolue au ravitaillement du Reich et celui de ne pas utiliser, pour des raisons politiques et raciales, les prisonniers soviétiques dans l’économie allemande. (…)

La population civile fut traitée, quant à elle, avec une brutalité exceptionnelle. Sur le front russe particulièrement, des milliers de villages furent pillés et incendiés, leurs habitants fusillés, pendus ou brûlés vif. Pour ne donner que deux illustrations de l’ordre allemand tel que le comprenait la Wehrmacht : en automne 1941, tandis qu’à Charkhov, en Ukraine, des centaines d’hommes étaient pendus aux balcons de la ville où ils restèrent exposés pendant plusieurs jours, quelque vingt mille civils étaient fusillés en Serbie dans une gigantesque opération de représailles. A la fin de la guerre, la vague de violence allait se reporter vers l’Ouest. En 1944, la France et l’Italie firent connaissance avec les méthodes de pacification longuement rodées à l’Est, des méthodes qui enflaient cette résistance populaire qu’il s’agissait d’étouffer dans l’œuf.

Au sein des populations civiles, la Wehrmacht prit tout particulièrement dans son viseur les juifs. Partout dans les territoires qu’elle administrait, elle édicta des mesures discriminatoires ; à l’Est, elle y ajouta la création de ghettos et l’imposition du travail forcé. Mais elle contribua aussi, et notablement, à l’extermination en fournissant aux tueurs de la SS des troupes pour encercler les localités, rassembler les victimes et les conduire sur les lieux de mise à mort. En Serbie, elle procéda directement à l’exécution de quelque 8.000 hommes juifs sous le couvert de l’opération de représailles mentionnée plus haut.

Philippe Burrin in Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.

Pour aller plus loin, lire:

Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.