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Prise de notes sur l’ouvrage de Mark Mazower, Le continent des ténèbres, une histoire de l’Europe du XXème siècle

Marc MAZOWER, Le continent des ténèbres, Une histoire de l’Europe du XXème siècle, 2021, 1ere édition 1998, 688 p.

Mazower adopte une démarche comparatiste à l’échelle européenne. Refusant les histoires nationales, il met en évidence les circulations d’idées, les influences réciproques et les expériences politiques communes qui traversent le continent tout au long du XXᵉ siècle.

La démocratie n’est jamais gagnée

Mazower part d’une idée simple. La victoire de la démocratie n’est pas irréversible. Elle est la conséquence de la victoire des forces démocratiques sur les régimes autoritaires et conservateurs. Elle n’est pas définitive car le régime démocratique, faisant l’objet de critiques légitimes, peut aussi être sacrifié au profit de régimes bien plus autoritaires.

Pour étayer sa thèse de départ, Mazower montre, par exemple, que, pour Churchill, pourtant dirigeant d’un régime parlementaire, la démocratie est l’exception. Il est prêt, pour cela, à s’allier avec l’Italie mussolinienne au début des années 1920. Dans l’Europe des années 1920-1930, l’anticommunisme l’emporte sur la démocratie dans toute l’Europe centrale, avec l’instauration de régimes autoritaires de droite. Mussolini affirme : « Le siècle actuel est le siècle de l’autorité, un siècle de « droite », un siècle fasciste. » Dans le même temps, la démocratie peut parfois creuser sa propre tombe par son absence de dialogue politique et de consensus démocratique. Les contradictions sont si aiguës que le cadre démocratique ne peut plus exister, comme ce fut le cas de la République de Weimar.

Mussolini rend visite à Hitler en 1940 à Munich.

Ainsi, la conception démocratique du pouvoir d’État est toujours en jeu. Cet ouvrage interroge le passé, mais il questionne aussi le présent. Il montre que les forces démocratiques peuvent être mises en minorité. Dans ces cas, la suppression de la liberté de conscience se retourne contre les peuples de façon très concrète.

L’idée démocratique rencontre le nationalisme

Le nationalisme déstructure les attachements dynastiques et religieux et crée de nouvelles solidarités. La communauté devient nationale ; pourtant, les territoires de ces États-nations ne sont pas homogènes. Ainsi, plusieurs modèles de règlement de l’hétérogénéité nationale apparaissent :

  • L’URSS lance une tentative de solution fédérale où les élites locales se déploient dans un cadre administratif territorial. L’enseignement dans les républiques soviétiques se réalise dans les langues locales, mais l’État est dirigé de façon très centralisée par le PCUS.
  • Les États libéraux et démocratiques tentent, après la Première Guerre mondiale, avec la SDN, de former de nouveaux États-nations garantissant des droits aux minorités. Cette SDN, pourtant, ne reconnaît pas l’égalité des peuples : la proposition japonaise d’égalité des races est repoussée. Ces États ont bien du mal à imposer leurs conceptions aux nouveaux venus au banc des nations. En Pologne, par exemple, le parti paysan polonais défend l’égalité des droits, sauf pour les Juifs, qui seraient une « nation étrangère et consciente de l’être ».
  • Enfin, se développe un nationalisme exclusiviste, porté à son paroxysme par les partis fascistes, dont, en premier lieu, le parti nazi. Pour Carl Schmitt, une démocratie de masse réclame « d’abord l’homogénéité et ensuite, si nécessaire, l’élimination ou l’éradication de l’hétérogénéité ». Il affirme également qu’« une démocratie démontre sa force politique en sachant rejeter ou tenir en lisière tout ce qui, lui étant étranger et inégal, menace son homogénéité ». Il défend ainsi la vision d’un peuple pur et mythifié, uni comme un seul homme. Toute division susceptible d’affaiblir cette unité serait alors considérée comme antinationale.

Le modèle fasciste face à la démocratie

« Qui n’a pas la force de lutter pour sa propre santé perd le droit de vivre dans ce monde de lutte » (Hitler). Cette citation résume toute la conception nazie du rôle de l’individu dans la société : un darwinisme social dans lequel le plus fort triomphe du « faible ».

Caricature antisémite montrant un Juif qui tient en laisse un fonctionnaire soviétique. Légende : « La personne “idéale” pour le peuple élu : les goûts, ça ne se discute pas. »

Cependant, dans ce combat entre démocratie et fascisme, la défense de la liberté, à elle seule, ne peut suffire, d’après Mazower, à combattre le fascisme ni à entraîner les larges masses dans la défense de la démocratie. C’est pourquoi la victoire de la démocratie sur le nazisme s’accompagne également d’une « conception nouvelle de la solidarité sociale et de la cohésion nationale ». De la même façon, la défaite des fascismes a fait émerger un « consensus antiraciste international ».

Le fascisme entend rétablir le modèle familial remis en cause par la révolution industrielle. Il s’oppose ainsi au modèle soviétique, qui cherche à émanciper les femmes à travers la lutte contre l’Église et les pouvoirs patriarcaux, même si un retour en arrière s’opère sur leur condition à partir des années 1930. Plus largement, les États favorisent la natalité afin de préparer de futurs soldats.

Cette conception de la domination du fort sur le faible conduit à un eugénisme radical : stérilisation forcée des malades mentaux, des criminels, des délinquants, des Tsiganes et des enfants métis.

La crise du capitalisme : modèle soviétique et exacerbation des nationalismes

Avec la crise économique et la destruction de denrées destinées à maintenir les prix, le capitalisme de marché apparaît de moins en moins rationnel. Les gouvernements tentent de répondre à la crise par des politiques d’austérité et de déflation qui, loin de la résoudre, contribuent à l’aggraver.

Dans ce contexte, le système soviétique peut apparaître comme une alternative. En 1929, Staline impose, par la force, la collectivisation de l’agriculture afin de mieux approvisionner les villes. L’URSS met ainsi durablement son agriculture en difficulté, pour plusieurs générations. De nouvelles villes industrielles surgissent rapidement, comme Magnitogorsk, alors la plus grande aciérie du monde. Cette industrialisation à marche forcée favorise une véritable ascension sociale pour de nombreux paysans et ouvriers. Toutefois, cette promotion sociale s’effectue au prix de leurs libertés. Ainsi, près de 10 % des paysans ayant bâti Magnitogorsk meurent lors de la construction de la ville. Comme l’écrit Mazower, « le stalinisme, c’était la terreur et la répression, mais c’était aussi d’excitantes opportunités d’ascension sociale, à la différence de la société tsariste figée dans sa hiérarchie ».

Usine de tracteurs de Magnitogorsk – https://www.johndclare.net/Russ11_Magnitogorsk.htm

En Europe de l’Ouest, les États répondent également à la crise par des politiques de planification, une politique commerciale protectionniste et l’instauration de barrières douanières. En Allemagne, un service de travail obligatoire est instauré, avec un contrôle des salaires et des campagnes contre le travail féminin. Grâce à la remilitarisation, l’Allemagne atteint le plein-emploi en 1939. La reprise économique de l’Italie et de l’Allemagne est notamment liée à la militarisation de leur État. En outre, dans les relations entre ouvriers et patrons, les régimes fascistes arbitrent largement en faveur de ces derniers. Ils demeurent ainsi des économies fondées sur de bas salaires.

En France, Mazower tend à minimiser l’expérience du Front populaire. Il estime que les acquis obtenus étaient, pour la plupart, déjà en vigueur dans d’autres pays européens et que la politique du franc fort a finalement sonné le glas de cette expérience.

Le nouvel ordre hitlérien : un ordre européen au service de la domination allemande

Hitler souhaite établir en Europe de l’Est un véritable « empire des Indes », fondé sur une hiérarchie raciale clairement définie. À ses yeux, l’Allemagne est légitime à dominer l’Europe, de la même manière que les États-Unis contrôlent l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Au cours de sa guerre européenne, il fait peser le poids de l’économie de guerre sur les territoires conquis afin de garantir au peuple allemand un niveau de consommation satisfaisant. C’est pourquoi il accorde peu d’importance aux nazis locaux, qu’il méprise.

Les nazis mènent une guerre à la fois totale et raciale. Les prisonniers de guerre soviétiques meurent par millions, alors même que le Reich manque de main-d’œuvre. Cette guerre entraîne une radicalisation constante du régime : les élites polonaises sont éliminées, les universités sont fermées et les Polonais sont réduits à une simple obéissance envers les Allemands. Cette radicalisation à l’Est conduit finalement à l’extermination des Juifs.

L’émergence d’un nouvel ordre démocratique dans une paix violente

Pendant la guerre, Léon Blum évoque l’idée d’une « démocratie populaire », appelée à devenir une « démocratie sociale ». De son côté, William Beveridge défend l’idée d’un « communisme dans des conditions démocratiques ». La question d’une démocratie fondée sur la solidarité sociale est alors posée. Durant cette période, les opinions publiques évoluent vers la gauche et valorisent davantage les expériences collectives ainsi que les politiques de solidarité. À l’inverse, Friedrich von Hayek dénonce, dès 1944, le « socialisme démocratique ». Pourtant, en Europe, des économies mixtes et des protections sociales se mettent progressivement en place. Parallèlement, les droits des femmes, l’antiracisme, le droit international et les droits de l’homme s’affirment.

La Seconde Guerre mondiale est d’abord un affrontement militaire engagé par Hitler, mais elle constitue également une guerre entre races, groupes religieux et communautés ethniques. Elle est aussi une guerre de classes et une succession de guerres civiles opposant collaborateurs et résistants. Même après la Libération, un fort antisémitisme subsiste en Pologne, poussant de nombreux Juifs à émigrer vers Israël. Comme l’écrit Mazower, les Arabes palestiniens « durent payer le refus de l’Europe de réintégrer ce qui restait de sa population juive ». Par ailleurs, cinq millions d’Allemands d’Europe orientale sont déplacés vers l’Ouest.

La Libération est particulièrement violente dans les régions où les résistances sont les plus fortes et les plus divisées, et où le conflit s’est transformé en véritable guerre sociale, comme en Grèce ou en Yougoslavie. Dans les démocraties populaires, les purges permettent aux nouveaux régimes de consolider leur pouvoir et de renforcer, dans un premier temps, leur popularité.

Les démocraties populaires à l’Est : le progrès social au milieu de la terreur

À l’Est, l’URSS ne se prépare pas à une nouvelle guerre. Mazower remet ainsi en cause le mythe d’une Union soviétique « le fusil au pied », prête à envahir l’Europe occidentale. L’URSS s’appuie au contraire sur des élites locales afin de promouvoir un nationalisme associé à « une utopie urbaine et industrielle ». Les dirigeants communistes entreprennent ainsi une modernisation rapide de leurs pays. En Hongrie, par exemple, Gerő est présenté comme un bâtisseur, symbole de cette politique de modernisation.

Cependant, les communistes éliminent progressivement leurs opposants par la marginalisation politique, la censure, l’interdiction de nombreux ouvrages et la mise en place de régimes policiers. Dès 1947, la terreur et la planification deviennent les fondements du système. Des progrès importants sont néanmoins réalisés dans le domaine de la santé, avec la multiplication des hôpitaux, le développement des universités et la gratuité des soins. Les inégalités sont également limitées. Toutefois, les pénuries, la corruption et les prélèvements économiques imposés par l’URSS finissent par fragiliser ce modèle.

L’imposition d’un modèle démocratique en Europe de l’Ouest

Après-guerre, les sociétés européennes expriment une forte demande de solidarité sociale, qui se traduit notamment par des taux d’imposition élevés destinés à financer l’État-providence. Toutefois, les inégalités de revenus demeurent importantes et les principaux bénéficiaires de ce système sont ceux qui profitent du plein-emploi. Dès les années 1950 et 1960, cependant, l’individualisme et la consommation de masse ébranlent progressivement cet État-providence. Les solidarités collectives sont peu à peu érosées par la montée de l’individualisme, entraînant un affaiblissement de la conscience collective.

Avec Mai 68, les femmes obtiennent des avancées importantes. Mazower évoque notamment l’exemple de Franca Viola, jeune Italienne violée qui refuse, pour la première fois, d’épouser son agresseur. Plus largement, Mai 68 nourrit une critique de toutes les formes d’autorité — politique, militaire, patronale — et conduit, dans plusieurs pays, à un renforcement des moyens accordés aux universités.

Franca Viola

La crise du contrat social

Le choc pétrolier met en évidence la « vulnérabilité du capitalisme européen ». Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher entreprend de démanteler l’État-providence par une politique de privatisations et un renforcement des pouvoirs de l’État face aux mouvements sociaux, notamment lors des grèves des mineurs. Aucun autre pays européen ne suit intégralement ce modèle, même si la France engage également plusieurs vagues de privatisations. C’est sous Thatcher qu’émerge le concept de société post-industrielle, reléguant au second plan le rôle fondamental de l’industrie dans l’économie.

Grèves dures en Angleterre (1984-1985) et répression de l’Etat par la Dame de fer,

Les années 1980 et 1990 sont marquées par un changement de regard sur la pauvreté : les pauvres sont de plus en plus considérés comme responsables de leur propre situation. Les sociétés européennes tolèrent davantage les inégalités sociales ; en 1993, près de 17 % de la population de l’Union européenne vit sous le seuil de pauvreté. Les immigrés deviennent progressivement la cible privilégiée des partis d’extrême droite, même si les politiques d’expulsion restent encore peu soutenues par l’opinion publique à la fin des années 1990. Mazower évoque ainsi un véritable « désenchantement démocratique » nourri par ces incertitudes économiques et sociales.

L’effondrement du communisme

Au cours des années 1980, le modèle communiste entre dans une phase de stagnation caractérisée par les pénuries, la désindustrialisation et les catastrophes écologiques. Surtout, les partis communistes connaissent un « effondrement de la foi dans l’idéologie socialiste ». En Pologne, face à Solidarność, les militaires prennent le pouvoir. Dans les autres démocraties populaires, les directions vieillissantes cherchent parfois à renforcer leur légitimité en mobilisant le nationalisme.

C’est avant tout la crise de l’Union soviétique qui desserre son emprise sur les démocraties populaires. Les pays baltes revendiquent davantage d’autonomie et affirment la supériorité de leurs lois sur la législation fédérale. La Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche et, en Pologne, des gouvernements non communistes accèdent au pouvoir.

Les politiques inspirées du modèle thatchérien sont alors rapidement mises en œuvre : privatisations massives, recul de la protection sociale, hausse des inégalités et progression du chômage. L’individualisme s’impose progressivement au détriment de l’économie morale héritée du communisme. Dans le même temps, le nationalisme remplace rapidement le communisme comme principal référent politique. La disparition du bloc de l’Est fait également ressurgir des antagonismes nationaux longtemps contenus. Certains mouvements nationalistes développent alors un discours exclusif, parfois antisémite, et réhabilitent d’anciens collaborateurs des nazis, tels qu’Antonescu en Roumanie, Pavelić en Croatie ou Tiso en Slovaquie.

Conclusion

Pour Mazower, le véritable vainqueur de 1989 n’est pas la démocratie, mais le capitalisme. Celui-ci a progressivement détruit les anciennes solidarités de classe et accru l’insécurité sociale des individus. Face à cette montée de l’individualisme, les formes d’identités collectives apparaissent comme des repères essentiels, voire comme des refuges. Dans cette perspective, l’État-nation et le sentiment d’appartenance nationale demeurent des références majeures. Finalement, Mazower met en lumière plusieurs enseignements essentiels pour comprendre la situation contemporaine :

  1. La démocratie et la liberté ne suffisent pas, à elles seules, à assurer la pérennité d’un régime démocratique. À l’ère des sociétés de masse, elles doivent intéresser la majorité de la population et s’accompagner d’une politique de justice sociale capable de répondre aux attentes des citoyens.
  2. Le fascisme, lorsqu’il vainc ses adversaires, s’en prend rapidement aux minorités que la démocratie protégeait. Il cherche à éliminer tout ce qui fait obstacle à une homogénéité nationale largement mythifiée. Or, une nation rassemble des individus aux origines, aux cultures, aux expériences sociales et aux opinions diverses. Elle peut être unifiée par un pouvoir autoritaire, mais aussi par un cadre politique démocratique. Dans la pensée nationaliste, la nation est présentée comme une communauté capable de transcender les divisions sociales et les intérêts de classe.
  3. Les régimes communistes ont pu apparaître, pendant un temps, comme une véritable alternative au capitalisme. Ils ont cependant échoué, tant sur le plan démocratique qu’économique, à susciter une adhésion durable et à favoriser un progrès individuel suffisant, notamment à partir du tournant des années 1950-1960.
  4. La victoire sur le fascisme en 1945 a permis, durant plusieurs décennies, d’associer le développement de la démocratie à d’importants progrès sociaux : consolidation de l’État social, lutte contre le racisme, affirmation des droits des femmes, développement du droit international et promotion des droits humains.
  5. Depuis les années 1980, la montée du capitalisme libéral s’accompagne d’une hausse globale des revenus, mais aussi d’une remise en cause du contrat social construit après 1945. Cette évolution fragilise les conceptions démocratiques héritées de l’après-guerre.

Les agents secrets de troisième face au nazisme

Les élèves de troisième devaient présenter un rapport du Deuxième Bureau sur les dangers du nazisme, voici les résultats de leur espionnage :

Le nazisme et les femmes

Les nazis sont parvenus au pouvoir en 1933 en Allemagne. A ce moment-là, l’Europe reste encore largement dominée par le modèle patriarcal. Mais les nazis vont radicaliser « l’idéologie de la différence des sexes » en imposant des « stéréotypes de féminité et masculinité ». L’image de l’homme combattant par exemple est très fortement mise en avant par les nazis, d’autant plus que la guerre pour venger la défaite de 1918, ou encore pour favoriser la victoire du « fort » sur le « faible » est un idéal nazi.

Les acquis féministes de la République de Weimar sont rejetés: les femmes sont renvoyées à leur fonction procréatrice et à l’espace domestique. Les nazis défendent un modèle nataliste. Des aides financières sont versées aux femmes qui ont de nombreux enfants. A l’inverse, les nazis ancrent les sociabilités masculines et virilistes, encourageant les lieux de rencontre où l’alcool, le duel, le culte du corps sont très présents pour les hommes.

Comme le remarquent des historiens dans Le Monde nazi 1919-1945, « Dans les textes et les discours de Hitler, la haine des femmes et des homosexuels n’est jamais très loin de celle des juifs considérés comme les corrupteurs des femmes allemandes ». Avec les lois de Nuremberg, les relations sexuelles entre juifs et Allemands sont interdites tout comme celles avec les « nègres » et les Tziganes aussi. Les femmes ne respectant pas ces interdits sont publiquement exhibées en public et subissent des sorts humiliants : pancartes infâmantes, tonte de leurs cheveux en place publique.

De ce fait, le parti nazi est un parti d’hommes. Alors que le parti communiste allemand (KPD) et le parti socialiste allemand (SPD) accueillent respectivement 16,9 % et 20 % de femmes, le parti nazi n’a dans ses rangs que 5 % de femmes, et surtout, il n’y eut jamais de femme députée nazie. Cela n’empêche pas que les électrices soient quasi aussi nombreuses que les électeurs à voter pour le parti nazi. L’idéologie nazie de l’inégalité des sexes s’est donc imposée chez de nombreux hommes mais aussi chez une part importante des femmes.

mrcabanneshg.wordpress.com

Quelques documents pédagogiques sur le nazisme et les femmes

Une vision sexiste

Les sociabilités masculines et virilistes

Chapoutot J., Ingrao C., Patin N., Le monde nazi, 1919-1945, Tallandier, Paris, 2024

Antisémitisme et humiliation des femmes

Chapoutot J., Ingrao C., Patin N., Le monde nazi, 1919-1945, Tallandier, Paris, 2024

Aller plus loin :

Chapoutot J., Ingrao C., Patin N., Le monde nazi, 1919-1945, Tallandier, Paris, 2024

Dermandjian G. (coord), La place des femmes dans l’histoire, une histoire mixte, Belin, Paris, 2010

Biard C., Les filles de Marianne, Histoire des féminismes, 1914-1940, Fayard, Paris, 1995

Victimes oubliées : Les Noirs sous le nazisme, Lionel Richard

Source: https://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/RICHARD/12212

Diapositive projetée durant les cours de l’Académie nationale de la race et de la santé, à Dresde(Photographie)
La fille d’une femme allemande blanche et d’un soldat français noir pose au milieu de ses camarades de classe blancs, Munich, 1936. Cette photo figurait sur une diapositive présentée dans le cadre d’un cours de génétique, d’ethnologie et de reproduction raciale à l’Académie nationale de la race de la santé de Dresde, en Allemagne.
Crédits:Library of Congress

Le sujet ayant été fort négligé, un livre sur les Noirs (1) dans les camps nazis ne peut être accueilli qu’avec intérêt, même si certains y voient l’occasion d’alimenter l’absurde « concurrence des victimes ». Qui plus est, son auteur, Serge Bilé, soulève intelligemment de graves questions. Remontant à la colonisation allemande en Afrique à la fin du XIXe siècle, il laisse entendre que la stratégie coloniale, sous l’empereur Guillaume II, fut fondée sur la ségrégation et l’extermination. Pour preuve, le massacre des Hereros de Namibie en 1904-1905. Anticipation du racisme génocidaire du IIIe Reich ?

Une exposition, organisée en 2002 à Cologne, au Centre de documentation sur le nazisme, a fourni à un groupe d’historiens l’occasion d’un ouvrage analysant de manière approfondie la politique du IIIe Reich à l’égard des Noirs (2). En 1933, l’Allemagne comptait 2 500 à 3 000 Noirs ou métis. Immigrés en provenance des colonies perdues en 1918. Anciens prisonniers de la première guerre mondiale. Soldats des troupes françaises qui occupaient la Rhénanie et, par la grâce de ces derniers, enfants naturels d’Allemandes, lesdits « bâtards de Rhénanie ». Musiciens et comédiens de pays divers, parmi eux quelques Américains.

Bien que les lois raciales de Nuremberg, en 1935, aient été essentiellement conçues contre les juifs, les « gens de couleur » tombèrent dans leur champ d’application. Même si une répression systématique ne s’abattit pas sur eux. Par la loi du 15 septembre 1935 destinée à la « protection du sang et de l’honneur allemands », seules les relations entre « Juifs et Aryens » sont passibles de condamnation. Une ordonnance du 14 novembre 1935 stipule que les mariages ne peuvent être conclus quand il faut s’attendre à « une descendance préjudiciable à la pureté du sang allemand ». Précision complémentaire dans un arrêté du ministère de l’intérieur en date du 26 novembre : il est spécifié que « les mariages de personnes de sang allemand avec des Tziganes, des Nègres ou leurs bâtards » ne sont pas autorisés.

Pour les nazis, le nœud de l’affaire était de lutter contre le « métissage ». En 1937, une politique de « stérilisation forcée » fut donc décidée en secret pour prévenir toute procréation des Noirs et des métis avec des Allemandes. Dans les communes de Rhénanie, particulièrement, une chasse aux « bâtards » fut mise en place, et sur 600 environ, selon les sources nazies, 385 ont été contraints à cette « prophylaxie sociale ».

Jusqu’en 1941, quelque 80 000 soldats noirs seront incarcérés, sur le territoire allemand, dans des camps de prisonniers. Puis, sur directive de Hitler, on les évacuera vers Bordeaux pour éviter leurs contacts avec les Allemands. N’en resteront en Allemagne que 500, à des fins de « recherches anthropologiques ». Quant aux Noirs ou métis enfermés dans des camps de concentration, jusqu’en 1945, ils le seront en tant que militants communistes ou pour faits de résistance. La couleur de leur peau n’a pas été la cause déterminante de leur déportation, même si elle leur valut d’horribles traitements, comme le montre Bilé. Jamais les nazis ne préconisèrent l’élimination méthodique de Noirs : ils devaient, après leur « victoire finale » du IIIe Reich, former la « race d’esclaves » qui serait exploitée par les « Aryens ».

Les sévices exercés sous le IIIe Reich à l’encontre des métis nés dans les années 1920 de Noirs originaires des colonies belges et françaises, ou de nationalité américaine, restent un problème pour l’Allemagne d’aujourd’hui. Aucun dédommagement ne leur a été accordé par la loi allemande. Ils n’ont toujours pas été reconnus comme des « victimes du national-socialisme ».

Lionel Richard

Historien, professeur émérite à l’université de Picardie. Auteur de Goebbels. Portrait d’un manipulateur, (André Versaille éditeur, Bruxelles, 2008), Nazisme et barbarie (Complexe, Bruxelles, 2006), Arts premiers. L’évolution d’un regard (Le Chêne-Hachette, Paris, 2005), Le Nazisme et la Culture (Complexe, Bruxelles, 2001) et L’Art et la guerre (Flammarion, Paris, 1995).

Analyser une affiche de propagande

Une affiche de propagande a pour but de délivrer un message politique ; elle est placée dans un lieu public et doit être facilement comprise pour mieux convaincre.
 

Etape 1: Présenter le document

Quand ? (date), Qui l’a réalisé (l’auteur), la Nature (type de document), le Sujet/titre. D.A.N.S. pour aller plus vite. Dans une analyse de propagande, cette présentation n’est pas une formalité. Cela permet de savoir quel est le point de vue exprimé. La date permettra de situer le document dans un contexte. Le sujet, de pouvoir comprendre le thème du document.

Etape 2: Décrire le document

Identifier les personnages, les symboles et leur sens, les éléments de décors, les couleurs utilisées, le(s) slogan(s) (le texte court qui résume le message) etc.

Décrire et expliquer la dynamique de l’affiche et comment ces différents éléments sont organisés. La composition: premier plan, arrière plan par exemple. La taille et la disposition des symboles, mais aussi des personnages ainsi que leur vêtement, leur attitude, leur regard etc.

Etape 3: Critiquer le document (analyser)

Donner du sens à l’affiche : Quel(s) message(s) veut transmettre l’affiche ? Ce message est-il péjoratif (critique, dénonciation) ou positif ? (défendre une idée, un objet, faire l’éloge de quelqu’un).

Pourquoi l’artiste ou le commanditaire a-t-il voulu faire passer un tel message?

Faire preuve d’esprit critique : quelle est la réalité du message? L’affiche dit-elle toute la vérité, cache-t-elle des éléments ? Donner des exemples concrets qui confirment le manque d’objectivité

Exemple d’activité sur l’analyse d’affiche

Ce que montrent (et cachent) les rares photographies d’Auschwitz

Photographiées par deux SS à l’été 1944, les images de l’« Album d’Auschwitz » sont l’une des rares preuves visuelles restantes de la mécanique du camp. L’historien Tal Bruttmann en décrypte les détails et les arrière-plans pour « Le Monde ».

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Ce sont quelques dizaines de photographies, capturées par les nazis eux-mêmes, qui laissent entrevoir l’horreur de la sélection des Juifs de Hongrie, au moment de leur arrivée dans la gare du centre de mise à mort d’Auschwitz, en 1944.

« L’Album de Lilli Jacob », ou « Album d’Auschwitz », réunit 193 photographies, essentiellement capturées près de la gare du camp, entre la mi-mai et début août 1944. Aujourd’hui considéré comme un document exceptionnel, cet album est, à l’époque, d’abord un outil de communication : l’officier SS Rudolf Höss l’a commandé pour rassurer sa hiérarchie sur l’accomplissement de sa mission. Son but : montrer que la sélection des Juifs se déroule sans accroc. Mais malgré les efforts des photographes pour dissimuler la violence des lieux et les actes de résistance des déportés, les images de l’« Album d’Auschwitz » dévoilent quelques détails saisissants.

L’historien Tal Bruttmann, spécialiste de la Shoah, éclaire quelques-unes de ces images pour « Le Monde », en vidéo.

Bibliographie :
« Auschwitz. Une monographie de l’humain », de Piotr M. A. Cywinski : retour sur la « planète Auschwitz », Tal Bruttmann, historien. Le Monde (Janvier 2025)​​​​​​​

Auschwitz à l’épreuve de la photographie​​​​​​​, Jean-Louis Halpérin​​​​​​​, Genèses Sciences sociales et histoire (Février 2024)

« Un album d’Auschwitz » : échapper au regard des bourreaux, Christophe Cognet, cinéaste et essayiste. Le Monde (Mmars 2023)

Auschwitz, Encyclopédie multimédia de la Shoah

Entretien de Johann CHAPOUTOT avec la librairie Mollat, sur l’arrivée de Hitler au pouvoir

Johann Chapoutot vous présente son ouvrage « Les irresponsables : comment la droite allemande a mis Hitler au pouvoir ». Parution le 6 février aux éditions Gallimard. Entretien avec Nicolas Patin.

Le rôle de l’armée allemande dans les crimes nazis

Hommes et femmes russes sauvant leurs maigres biens de leurs maisons en flammes, réputées brûlées par les Russes dans le cadre d’une stratégie de terre-brûlée, dans une banlieue de Léningrad, le 21 octobre 1941. Crédits : AP.

La participation de la Wehrmacht aux crimes du régime nazi ne fait (…) aucun doute, depuis longtemps, de même qu’il ne fait aucun doute que le théâtre principal de ces crimes fut l’Europe de l’Est et du Sud-Est, ce qui facilita le refoulement de leur souvenir au temps de la guerre froide. Leurs cibles de prédilection, on le sait, fuirent les prisonniers soviétiques, les populations civiles, et parmi celles-ci, les juifs en particulier.

Dès le déclenchement de la guerre contre l’URSS en 1941, l’armée allemande fit le tri des prisonniers pour découvrir les commissaires politiques et les militants communistes, qu’elle fusillait aussitôt. A dire vrai, elle ne traita guère mieux la masse des captifs : dans les six premiers mois de la campagne, environ deux millions d’entre eux moururent victimes de marches à pied épuisantes et d’une nourriture insuffisante. Dire que la Wehrmacht n’était pas préparée à accueillir cet immense afflux d’hommes, c’est manquer l’essentiel. Car cette impréparation découlait d’un double choix, fort conscient : celui de donner la priorité absolue au ravitaillement du Reich et celui de ne pas utiliser, pour des raisons politiques et raciales, les prisonniers soviétiques dans l’économie allemande. (…)

La population civile fut traitée, quant à elle, avec une brutalité exceptionnelle. Sur le front russe particulièrement, des milliers de villages furent pillés et incendiés, leurs habitants fusillés, pendus ou brûlés vif. Pour ne donner que deux illustrations de l’ordre allemand tel que le comprenait la Wehrmacht : en automne 1941, tandis qu’à Charkhov, en Ukraine, des centaines d’hommes étaient pendus aux balcons de la ville où ils restèrent exposés pendant plusieurs jours, quelque vingt mille civils étaient fusillés en Serbie dans une gigantesque opération de représailles. A la fin de la guerre, la vague de violence allait se reporter vers l’Ouest. En 1944, la France et l’Italie firent connaissance avec les méthodes de pacification longuement rodées à l’Est, des méthodes qui enflaient cette résistance populaire qu’il s’agissait d’étouffer dans l’œuf.

Au sein des populations civiles, la Wehrmacht prit tout particulièrement dans son viseur les juifs. Partout dans les territoires qu’elle administrait, elle édicta des mesures discriminatoires ; à l’Est, elle y ajouta la création de ghettos et l’imposition du travail forcé. Mais elle contribua aussi, et notablement, à l’extermination en fournissant aux tueurs de la SS des troupes pour encercler les localités, rassembler les victimes et les conduire sur les lieux de mise à mort. En Serbie, elle procéda directement à l’exécution de quelque 8.000 hommes juifs sous le couvert de l’opération de représailles mentionnée plus haut.

Philippe Burrin in Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.

Pour aller plus loin, lire:

Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.