


1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Engagée dans une guerre totale, la France va utiliser son économie au service de la guerre. La publicité ne sera pas en reste. Elle saura attendrir l’arrière, galvaniser le patriotisme, ou dénoncer l’ennemi.
La guerre deviendra aussi un prétexte pour vendre tout et n’importe quoi. Ce qui fera dire à l’intellectuelle socialiste, Rosa Luxembourg, que « Les affaires fructifient sur des ruines. Des villes se métamorphosent en monceaux de décombres, des villages en cimetières, des régions entières en déserts ».
Voici quelques affiches publicitaires de la Première Guerre Mondiale regroupé dans l’ouvrage de Didier DAENINCKX, 1914-1918, La pub est déclarée !, Editions Hoëbeke, Paris, 2013.














Ces témoignages sont issus du très riche et intéressant ouvrage de Rémy CAZALS et André LOEZ, 14-18, Vivre et Mourir dans les tranchées.

Durant la Première Guerre Mondiale, l’ensemble des hommes du pays part à la guerre : de 20 à 48 ans.
« Je ne pensais pas que la guerre se déroulait ainsi : je pensais qu’il s’agissait d’attaques à la baïonnette, mais en réalité nous étions dans les tranchées où nous étions tués par des obus qui arrivaient on ne sait où » (Louis Deville)
« c’était non pas la guerre de rase campagne et de corps à corps comme je le rêvais, mais la pénible et déprimante vie des tranchées, trous de taupes, remplis d’eau et de boue ; où la mort invisible, à chaque moment, pouvait nous surprendre ». (André Mestrallet)
« Un à un, les blessés refluent vers l’arrière, quelques-uns s’appuyant sur un camarade moins touché. Partout des morts. J’avoue que j’ai la chair de poule et que je frissonne. J’aperçois non loin de moi un petit soldat rampant vers un arbre. Il arrive, s’allonge, épaule son fusil. Il n’a pas le temps de lâcher son coup. Il se retourne les bras en croix, pousse un « arrrr » rauque puis reste inanimé. Il a été foudroyé. Il me semble qu’on me déchire le ventre. Mon cœur bat très vite et très fort. Je l’entends dans mes tempes. Je suis en sueur ».
(Ivan Cassagnau)
Les premiers moins de la guerre sont les plus meurtriers : « Pour le 18ème régiment d’infanterie de Pau, le mois de septembre 1914 a été le plus destructeur de toute la guerre avec 577 tués. Il a eu 1027 tués en août, septembre et octobre 1914 soit en trois mois 32 % du total des tués du régiment pendant toute la guerre ».
« Ici, le moral des anciens est très, très mauvais. Ils commencent à en avoir assez de la tranchée et de se battre sans avancer : le paysan pense à sa vache qui est mieux couchée que lui » (Charles Gaillard).
« Surpris et n’y comprenant rien, je me suis laissé choir en plein dans la boue ; et je reste là plus mort que vif ; j’ai juste le temps de déboutonner mon pantalon. Un peu plus tout partait dedans. Alors le capitaine, qui s’est planqué aussi, mais moins brutalement que moi, me regarde et me dit – Eh bien ! quoi, ça ne va pas ? Tu n’es pas habitué à ce genre de sport, le plat-ventre sans douleur, mais ce n’est rien cette fois, une dizaine d’obus au plus et des petits. Tu t’y feras. Allons, ne t’émotionne pas pour si peu, ce n’est qu’une habitude à prendre. Je me relève, les obus n’arrivant plus, et je lui fais mes excuses d’avoir été obligé de… faire devant lui ». (Albert Jamet, témoignage sur une rafale d’obus qui éclate autour de son groupe).
« Nous ne sommes plus des hommes mais des paquets de boue » Jules Puech
« Si je divisais en périodes ma vie de campagne, je donnerais à cette dernière période le nom d’ « ère de boue ». Il pleuvait souvent. Sur ce sol imperméable et très faiblement ondulé, l’eau ne pouvait ni s’infiltrer ni s’écouler. Nos tranchées lui servaient de canaux. Après chaque averse nous vidions notre eau. En face, les Allemands vidaient la leur, ce qui nous consolait un peu. Les parois des tranchées s’éboulaient. Il fallait constamment consolider, déblayer, boiser, planchéier, creuser à nouveau. Ces travaux incessants épuisaient nos hommes. L’argile collait à leurs bêches, engluait leurs mains (…) Nos vêtements demeuraient trempés pendant de longues journées. » Marc Bloch
« Au bruit assourdissant des éclatements secs, sourds, stridents, et que l’écho a prolongé de tous côté, se mêlent les sifflements et les tapements des balles, le souffle des obus qui passent : des rugissements et des miaulements, très exactement, et des halètements de locomotives lancées à toute vitesse ». Henri Barbusse
« Notre artillerie est toujours très active et, si chaque obus, il y aurait du bon, car ils ne les économisent pas, c’est des milliers chaque jour qu’ils tirent de derrière nous, alors les obus se croisent sur nos têtes, car les Boches leur répondent et l’on croirait entendre des sirènes enrouées passant à chaque instant, et quand ils éclatent, surtout les grosses marmites allemandes que nous entendons de plus près, l’on dirait un gros molosse aboyant et, au lieu de faire poum font oiou ». Louis Chirossel
« Soudain, mes yeux picotent : les gaz. Des hommes s’arrêtent, tombent, éternuent, vomissent. Ma cagoule est impraticable, je n’ai qu’une paire de lorgnettes, la sueur les embue, je marche dans un brouillard, poussant et bousculant les hommes, sur la bouche un ligne mouillé d’eau pur, et comme des légères nausées ». Abel Ferry
« Ils sont en général cyanosés, quelques-uns par contre sont pâles, ils halètent, parlent simplement pour demander de l’air, pour réclamer qu’on leur enlève leur capote qui a le « goût des gaz » (effectivement, on sent très nettement le chlore). Tous se plaignent d’une sensation de brûlure au niveau des bronches ou au niveau de l’estomac, les uns sont très agités, ne trouvant pas de place où ils soient bien, le plus grand nombre est prostré ». Médecin Faler
« Ces deux minutes, chers parents, compteront parmi les plus angoissantes que j’aurai vécues dans ma vie. Le lieutenant siffle. On crie « En Avant ! » On court vers les tranchées allemandes qui sont proches, si bien que la fusillade n’arrête pas les Français. Je tombe littéralement exténué. Heureusement, aucun Boche ne se trouve là sans quoi je n’aurais pas eu la force de le tuer ». Henri Despeyrières
« Quel marmitage ! On se demande comment il peut revenir des hommes d’un pareil enfer. Les fusées se succédaient sans interruption, blanches, vertes, rouges, et les canons faisaient rage, des pièces innombrables faisaient feu de partout. (…) Tout le terrain embrassé par le coup d’œil est littéralement labouré par les obus, les arbres se dressent au loin, sans branches, sinistres comme des poteaux télégraphiques » (Marcel Papillon)
« Le marmitage continue, nous plaçons nos guetteurs, nous nous tassons dans le fond du boyau parmi les blessés et les morts, les uns contre les autres, nous serrant pour nous réchauffer et nous attendons. Malgré le froid, malgré les plaintes des blessés, leurs appels, malgré les rafales des obus qui fusent au dessus de nos têtes, malgré la pluie de boue, de terre et de pierre que nous recevons après chaque explosion, malgré le hideux contact des morts, malgré la faim qui nous tenaille, nous dormons. Oui nous dormons, tant est grande notre fatigue ». Joseph Colson
Un enfant dit à son père de lui ramener un casque allemand : « il faut réfléchir que les Prussiens sont comme nous. Vois-tu qu’un garçon prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de Français, et si ce papa prussien rapportait un képi de Français à son petit garçon et que ce képi fût celui de ton papa ? Qu’est-ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plus tard quand tu seras grand. Tu comprendras mieux ». Martin Vaillagou
« A la garde, nombre de permissionnaires sont en retard et d’humeur mélancolique. Au départ des trains de permissionnaires, ça va mal. On chante l’Internationale dans quelques wagons. Et beaucoup ont les larmes aux yeux et sont pensifs. En gare de Meaux, des trains de permissionnaires se croisent, on crie, on murmure. Des chants révolutionnaires se font entendre dans quelques trains. Des officiers qui essaient d’apaiser les hommes sont insultés. » Albert Jamet
« Quelle boucherie encore on va voir ! C’est bien fait pour moi et je n’ai pas le droit de me plaindre : je suis l’un des nombreux imbéciles qui ont poussé le chauvinisme jusqu’à souhaiter la guerre. Et bien, je suis servi ». Lucien Laby
« il y en a un du 305è qui, un jour, monta sur la tranchée, malgré ses chefs et ses camarades ; un sergent l’abattit comme déserteur, il était sans doute atteint de folie. Un autre, la veille qu’on relève, s’en alla jusqu’aux tranchées allemandes, déchargea son fusil et le magasin sur les sentinelles ennemies, puis s’en revint tranquillement et sans se presser ; il s’assit sur le bord de notre tranchée, mais au moment de sauter dedans il reçut une balle à la tête et fut tué sur le coup ; il avait fait cet exploit sous l’emprise de la folie » (Léon Vuillermoz)
« il existe de certains coins malheureux où les hommes sont blessés et tués. Leurs camarades ne peuvent les enlever ni fuir. Alors on voit des choses terrifiantes, des blessés qui subitement deviennent fous. J’en ai vu un qui se tenait debout dans la tranchée inconscient de tout danger, il regardait des fleurs écloses sur le parapet : petits coquelicots fleuris… coquelicots fleuris ! disait-il. On en a vu un autre à demi enseveli rire aux éclats en appelant papa… maman… Pourquoi dis-je toutes ces choses ? En y pensant, je deviens un peu fou moi aussi ». Henri Despeyrières
« Le lendemain soir à sept heures, on nous rassembla pour le départ aux tranchées. De bruyantes manifestations se produisirent, cris, chants, hurlements, coups de siffle ; bien entendu l’Internationale retentit ; si les officiers avaient fait un geste, dit un mot contre ce chahut, je crois sincèrement qu’ils auraient été massacrés sans pitié tant l’exaltation était grande » Louis Barthas
« Les soussignés sous officiers, caporaux et soldats vous prient de soumettre au colonel du 298è régiment d’Infanterie leur intention bien déterminée de ne plus retourner aux tranchées (…) la continuation de la guerre qui a déjà fait verser le sang de millions de victimes n’est plus qu’une duperie, sans aucun profit pour la France et encore moins pour ceux qui la font réellement (…) nous espérons par notre attitude qui n’est pas isolée amener nos gouvernants pendant qu’il en est temps encore à une paix honorable ». (pétition de 1.000 soldats du 298è RI)
« Du haut d’une colline, dans la forêt de Zinn, j’aperçus enfin Saint-Ulrich, que j’avais quitté en 1913, voila près de cinq ans et demi. Les larmes me montèrent soudain aux yeux. Je me mis à courir à toute allure pour arriver à la maison. J’étais étonné de voir au passage comme les jeunes du village avaient grandi durant tout ce temps ! J’étais fou de joie de revoir ma mère. On se serra fort dans les bras l’un de l’autre, au bord des larmes, sans pouvoir dire un mot ». Dominique Richert

Vincent Moulia (à gauche) reçoit la Croix de guerre officieuse le 11 novembre 1979 avec les habitants de Nassiet, après la campagne de réhabilitation initiée par l’historien Alain Decaux
Sud Ouest, Par Sylvain Lapique
Publié le 17/01/2018
Samedi, les habitants du village de Nassiet consacrent une journée à leur célèbre Poilu, condamné à mort il y a tout juste un siècle, évadé, clandestin, puis réhabilité des décennies plus tard.
L’histoire de Vincent Moulia est de celles que l’on se transmet en Chalosse au coin du feu, génération après génération. Elle a même fait l’objet d’un livre signé Pierre Durand, d’une émission de télévision en « prime time » avec Alain Decaux et, plus récemment, d’un film, «Fugitif pour l’exemple », qui sera projeté samedi à Nassiet. Sans oublier les nombreux articles de presse et citations dans les livres d’histoire. Car Vincent Moulia n’est pas un Poilu comme les autres .
Fantassin exemplaire, blessé par baïonnette à Charleroi en 1914, puis par balle à Verdun en 1916, promu caporal après avoir refusé de se faire évacuer, auteur de nombreux faits d’armes, Vincent Moulia voit son destin basculer au mois de juin 1917. Ce soir-là, il redescend du plateau de Craonne avec ce qu’il reste du 18e Régiment d’infanterie, délesté de 800 hommes suite à l’assaut du plateau de Californie. Des Gascons, des Basques, des Béarnais, des paysans et métayers du Sud-Ouest, comme lui. Vincent Moulia s’est encore montré héroïque, au point qu’ on lui promet la Croix de guerre .
Relevés sur le front, les soldats du 18e RI noient leurs tourments dans le mauvais vin, dans un petit village de l’Aisne, à l’arrière. Ils croient disposer de quinze jours de répit mais dès le sixième, les camions reviennent les chercher. Il faut retourner au front. On ne sait pas vraiment ce qu’il se passe alors. Des mouvements d’humeur, quelques vitrines cassées, des insultes. Peu importe.
On est en pleine mutinerie et l’état-major français, dont le nouveau général en chef est Philippe Pétain , ne tolère plus la moindre désobéissance. Le lendemain, douze soldats du 18e RI sont désignés à la va-vite et traduits en conseil de guerre. Quatre sont condamnés à mort. Les soldats Didier, Canel, Lasplacettes, originaire d’Aydius dans les Pyrénées-Atlantiques et Moulia, le Chalossais. C’est là que débute la légende du Poilu de Nassiet . Enfermé dans un silo à betteraves avec ses compagnons d’infortune, il parvient à déjouer la vigilance de la sentinelle et s’évanouit dans la nature, quelques heures seulement avant son exécution.
Bien des années plus tard, il racontera avoir entendu, tapi dans les hautes herbes du canal latéral de l’Aisne au petit matin, les trois salves du peloton d’exécution. La quatrième aurait dû être pour lui.
Pieds nus, en haillons, il erre d’abord dans le tumulte des combats. Là, il trouve un uniforme, ici des chaussures, un fusil, une carte de région. à travers bois, avec à ses trousses tous les gendarmes de la région, il parvient à gagner Paris, manque de se faire démasquer par un garde républicain, s’introduit dans une gare et emboîte le pas de soldats en permission qui embarquent pour le Sud-Ouest. De peur d’être cueilli en gare de Dax, Moulia saute du train à Laluque et poursuit son chemin à pied, puis dérobe une bicyclette et pédale de toutes ses forces jusqu’à Nassiet .
Marie Moulia manque de défaillir lorsque son fils gratte à son volet au beau milieu de la nuit. Il est vivant mais pas encore sauvé. Les gendarmes sont passés, ils vont revenir. Vincent passe l’été 1917 caché dans le vieux four à pain de la maison .
À l’automne, toujours traqué par les gendarmes, il creuse un tunnel de verdure dans un roncier impénétrable, situé en contrebas du village ; y dégage une clairière au milieu et s’y aménage une cabane, où il passe tout l’hiver. Mais la tentation de revoir Berthe, sa fiancée qui habite une ferme à quelques encablures, est plus forte que tout. Certains, à Nassiet, finissent par remarquer cette silhouette qui hante les rues du village la nuit tombée. Beaucoup ont compris que le Poilu était revenu, et tous ne sont pas disposés à le couvrir. Vincent apprend qu’il a été dénoncé et que les gendarmes d’Amou vont venir le cueillir dans son ermitage.
Lorsqu’ils pénètrent dans le roncier un matin du printemps 1918, les gendarmes découvrent une cabane en bois au toit de chaume, équipée d’un lit, d’une table, d’un fauteuil et même d’un poêle à bois, entourée d’un petit potager et d’une puissante clôture. Mais point de Vincent Moulia. Celui-ci a repris sa cavale. à pied, il traverse les Pyrénées en mai 1918 et gagne Saint-Sébastien, où l’attend une connaissance de l’abbé Verdier. Vincent s’y installe comme charpentier. Berthe le rejoint et devient couturière. Le couple est marié le 19 octobre 1919 par l’abbé Verdier. Leur premier fils Robert naît en 1923, Hélène deux ans plus tard. Mais l’histoire n’en a pas fini avec eux. En 1936, la Guerre civile éclate en Espagne et Berthe et Vincent sont extradés vers la France . Toujours considéré comme un déserteur par l’armée, il est arrêté à son arrivée et emprisonné au fort du Hâ de Bordeaux. Deux semaines d’angoisse plus tard, il est libéré et autorisé à rentrer à Nassiet, cette fois en héros.
Vincent Moulia retrouve son village et son quotidien. Pendant de longues années, plus personne n’entend parler de lui. Des historiens le disent mort –l’état-major avait fait courir le bruit qu’il avait été rattrapé et fusillé juste après son évasion– ou exilé en Amérique du Sud. Il faut attendre 1968 pour qu’il ressurgisse. Cette année-là, André Curculosse, historien et militant landais, se rend à Nassiet pour recueillir les souvenirs du Poilu. Il en parle à Pierre Durand, journaliste à «L’Humanité», qui édite un livre, «Vincent Moulia, les pelotons du général Pétain» .
Le Chalossais devient le symbole de la répression des Poilus par l’armée française. Plus encore quand Alain Decaux, le célèbre historien, lui consacre deux heures de son émission, «Alain Decaux raconte».
La France entière découvre alors son étonnant destin. Le journal «France Soir » titre en une : «Rendez sa Croix de guerre à ce héros» . Michel Rocard, alors député, interpelle le ministre des Armées dans l’hémicycle. Mais la Grande Muette ne cille pas.
Le 11 novembre 1979, devant le monument aux morts de Nassiet où sont gravés les noms des 26 enfants du village tombés dans les tranchées de 14-18, la Croix de guerre, celle qu’il avait obtenue à Craonne, est finalement agrafée à son veston . Mais c’est Alain Decaux qui lui a offert la breloque et, à défaut de ministre, c’est M. Artaud, le Poilu le plus décoré de France, alors en cure à Dax, qui la lui remet devant sa famille et tout le village, au cours d’une cérémonie informelle.
Cinq ans plus tard, en 1984, Vincent Moulia s’éteint auprès des siens à l’âge de 96 ans. Sur les 600 mutins de 14-18 condamnés à mort, il demeure le seul à avoir échappé au peloton d’exécution. Lui dont l’institution voulait faire un exemple, est finalement devenu un symbole. Celui de la résistance à l’arbitraire.

Le dernier poilu français de la guerre 1914-1918 vient de disparaître. Il avait une saine horreur de la guerre et pendant longtemps a refusé qu’on lui rende, au moment ultime, l’hommage de la Nation.
Il ne reste donc plus que des écrits, des monuments et quelques images, pour évoquer cette immense boucherie. Des millions d’hommes qui ont combattu, certains se sont révoltés. Parce qu’ils en avaient assez de la boue, du froid, des poux, de l’éloignement familial, des copains qui tombent. Assez de la guerre aussi.
En juin 1917, cela fait mille jours de guerre. Les fronts sont indécis. Le moral est au plus bas.
Deux fois blessé, engagé au Chemin des Dames, Vincent Moulia est un des héros anonyme de cette guerre. Un paysan mobilisé depuis trois ans pour défendre une frontière située à mille kilomètres des Landes, son pays. Un biffin qui se retrouve devant un Conseil de guerre pour mutinerie, est condamné à mort, et, grâce à un extraordinaire concours de circonstances parvient à s’évader. De 1918 à 1936, Vincent Moulia et sa femme, Berthe, vont vivre en exil. Ils ne rentreront en France qu’après l’amnistie accordée aux mutins de la Grande guerre.
De tous les militaires condamnés à mort, il est le seul rescapé. Pierre Durand l’a rencontré cinquante ans plus tard, dans son village natal. Il a patiemment enquêté, dépouillé les archives, écouté les témoins. Il est allé sur les champs de bataille, il a suivi les routes empruntées par le hors-la-loi. Il a retrouvé ses cachettes. Mais surtout, il a acquis la certitude que Moulia avait été désigné pour être fusillé, au hasard, pour l’exemple. Un mutin, Moulia ? Non. Un de ces poilus qui faisait son devoir sans plaisir, comme des milliers d’autres et doutait.