Pour aider au thème introductif de sixième et débattre des différentes projections:
Les 4 projections évoquées par les programmes de 6ème:
La projection Mercator

La projection Peters

La projection Lambert

La projection equal earth

Pour aider au thème introductif de sixième et débattre des différentes projections:
Les 4 projections évoquées par les programmes de 6ème:
La projection Mercator

La projection Peters

La projection Lambert

La projection equal earth

La géographie permet d’analyser et de construire des pistes-solutions face aux grands incendies.
« Le troisième aspect, c’est de limiter les dégâts. Le jour même, c’est trop tard. Si on doit améliorer quelque chose dans notre système, et notamment pour faire face aux très grands incendies, c’est cette anticipation à contre-saison. C’est en plein hiver, lors des saisons des pluies, quand nous n’avons plus le feu à l’esprit, que l’on peut agir. C’est à ce moment que l’on va pouvoir faire tous les gros travaux de débroussaillement, de façon très ciblée, en s’intéressant spécifiquement aux lieux qui, l’été, seront menacés. »

Une mise au point scientifique sur le portail de l’académie de Nantes
Mégafeux, une mise au point de Géoconfluence, Aziz Ballouche, « Mégafeux, du vocabulaire médiatique à la caractérisation scientifique », Géoconfluences, septembre 2025.
Sophie Bessis et Paul Petitier analysent la construction et la légitimation du mythe entourant l’histoire française depuis le XIXe siècle. Ils explorent comment les manuels scolaires et la mémoire collective ont façonné un récit héroïque, tout en occultant certaines réalités historiques.
Le roman national est de plus en plus remis en cause. Pourquoi ? Ce roman est-il un héritage ou une imposture historique ?
Paule Petitier et Sophie Bessis se rencontrent au Collège des Bernardins pour échanger sur ce thème lors d’un débat exceptionnel.
Une rencontre animée par Alexandre Wirth.
Une BD passionnante sur l’histoire de Jérusalem, des royaumes et empires, des religions, du conflit israélo-palestinien de l’Antiquité à nos jours.

Découvrez toute l’histoire de Jérusalem grâce à une bande dessinée vivante et documentée.Il y a 4 000 ans, Jérusalem était une petite bourgade isolée, perchée sur une ligne de crête entre la Méditerranée et le désert. Aujourd’hui, c’est une agglomération de presque un million d’habitants, qui focalise les regards et attire les visiteurs du monde entier.Entre-temps, les monothéismes y ont été inventés, les plus grands conquérants s’en sont emparé, les plus grands empires s’y sont affrontés. Tour à tour égyptienne, perse, juive, grecque, romaine, byzantine, arabe, croisée, mamelouke, ottomane, anglaise, jordanienne, israélienne et palestinienne, Jérusalem est au coeur des intérêts et des passions du monde. Berceau du judaïsme, du christianisme et de l’islam, elle est aujourd’hui une capitale spirituelle pour plus de la moitié de l’humanité.En 10 chapitres, acteurs et témoins, célèbres ou anonymes, toutes celles et ceux qui ont arpenté Jérusalem au fil des siècles racontent ce mille-feuille d’influences composites. Rien n’est inventé : scènes et dialogues proviennent de plus de 200 sources publiées et d’archives inédites, pour donner chair à ce récit choral.4 000 ans d’une histoire universelle pour la première fois racontés dans une BD exceptionnelle.
Une conférence-interview de Vincent LEMIRE:
Midis de l’iReMMO – Histoire de Jérusalem: des origines à la guerre à Gaza
22 avril 2024
Le Groenland a été propulsé bien malgré lui dans l’actualité. Ce territoire situé aux confins de l’Arctique subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique et est redevenu un puissant verrou stratégique convoité pour ses routes maritimes, ses bases militaires, ses hydrocarbures…
Cinq émissions issues de la série d’histoire de France Inter, à retrouver ici

Épisode 1/5 : Le Groenland du viking Erik le Rouge
Épisode 2/5 : L’arrivée des Inuits au Groenland
Épisode 3/5 : La colonisation danoise
Épisode 4/5 : Depuis le XIXème siècle la convoitise des Etats-Unis
Épisode 5/5 : La lente conquête par le Groenland de son autonomie
Voici un document exploitable sur l’eau à Gaza extrait de l’ouvrage du dernier ouvrage de Jean Pierre Filiu, Un histoiren à Gaza, Les arènes, Paris, 2025. Jean Pierre Filiu est un historien spécialiste du Moyen-Orient et de Gaza. Il a notamment écrit une Histoire de Gaza. Il écrit notamment des chroniques dans Le Monde
« Gaza a été durant des millénaires une oasis réputée pour la richesse de sa végétation et la douceur de son climat. Le Wadi Gaza, cette « vallée de Gaza » qui débouche en Méditerranée, au sud de la cité éponyme, avait un débit bien plus important que le fameux Jourdain. Là rayonnait la zone humide la plus vaste de la Palestine historique, réputée pour ses vergers et ses palmeraies. La prospérité de Gaza reposait largement sur ses exportations de céréales et d’agrumes, les premières dominant la fin de la période ottomane, avant que les secondes prennent l’avantage durant le mandat britannique et l’administration égyptienne.
C’est l’occupation de 1967 qui fait basculer les ressources hydrauliques de Gaza sous la coupe d’Israël, avec d’abord l’implantation de Mekorot, la compagnie nationale des eaux de l’État hébreu, puis le détournement vers les colonies de peuplement. Celles-ci ont beau n’accueillir que quelques milliers de colons plutôt radicaux, elles accaparent un quart des terres de l’enclave palestinienne et une allocation disproportionnée de l’eau. La politique de la terre brûlée qui marque le retrait unilatéral de 2005 interdit à la population de Gaza de profiter des infrastructures établies au pro.t des colons.
L’armée israélienne veille à maintenir l’ensemble du territoire sous son étroite dépendance, un étau qui se resserre en 2007 après la prise de contrôle par le Hamas et l’instauration d’un blocus rigoureux. Cette mainmise israélienne, désormais à distance, aggrave un cercle vicieux où la pression démographique accentue la surexploitation de la nappe phréatique, de plus en plus infiltrée par l’eau de mer, elle-même de plus en plus contaminée par le déversement des eaux usées dans la Méditerranée. En 2021, seuls 7 % de la consommation en eau de la bande de Gaza sont fournis par trois centrales de désalinisation, qui assurent aussi la chloration de l’eau de mer, tandis que 13 % sont livrés par trois pipelines de Mekorot. Pour profiter de la qualité de l’eau israélienne, il faut être connecté à ce réseau, payer un surcoût et être en mesure de constituer des réserves, l’eau ne coulant que par intermittence. Les 80 % restants sont extraits de quelque trois cents puits, publics ou privés, forés dans la nappe phréatique. Cette eau est impropre à la consommation, sauf à être désalinisée et purifiée. À la veille du conflit en cours, l’allocation quotidienne en eau dans la bande de Gaza est d’environ 80 litres par personne, trois fois moins qu’en Israël. Elle a chuté, en ces derniers jours de 2024, à 9 litres par personne et par jour, dont seulement 2 litres d’eau potable, une moyenne qui masque de sérieuses disparités dans l’accès à une ressource devenue aussi rare. »

Un article de libération très intéressant sur notre représentation du Monde
Il n’existe pas de « carte juste » comme l’explique Vincent Capdepuy: « le véritable enjeu n’est pas de corriger « la » carte mais d’apprendre à lire toutes les cartes dans leur diversité comme autant de façons de penser le Monde ».
La carte Mercator très souvent utilisée représente le Groenland quasi aussi étendu que l’Afrique alors que le Groenland est quinze fois plus petit que l’Afrique
Les différentes cartes évoquées par Vincent Capdepuy dans l’article. Une carte n’est « jamais neutre »
La projection de Mercator -1569

La projection Equal Earth de 2018

La projection Armadillo (1943)

La projection Jacques Bertin (1953)

La projection Ecker IV (1906)

La projection de Hao Xiaoguang (2002)


Jean Dominique Merchet est journaliste. Il est le correspondant diplomatique et défense du journal L’Opinion.
La France est-elle l’Ukraine?
« la France n’est pas dans la situation géopolitique de l’Ukraine. Pour trois raisons. 1) D’abord, la France n’est pas une voisine directe de la Russie et elle ne fait pas l’objet d’une ambition révisionniste de domination politique et d’annexion d’une partie de son territoire. 2) Ensuite, la France est une puissance nucléaire, ce qui lui permet, en principe, de dissuader tout État qui voudrait s’en prendre à ses intérêts vitaux. 3) Enfin, la France est membre de l’Alliance atlantique et sa participation à l’OTAN lui assure le soutien des Alliés, notamment américains, au travers de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord. La France est donc dans une position géopolitique beaucoup plus confortable que l’Ukraine. »
La Russie de Poutine face à l’Europe et la France
« L’aventure dans laquelle Vladimir Poutine a délibérément engagé son pays en février 2022 est sans retour possible. La Russie va demeurer un voisin hostile, suscitant la crainte dans une large partie de notre continent. Les États européens vont donc continuer à se réarmer et à tout faire pour maintenir un fort lien transatlantique, c’est-à dire la garantie de sécurité des États-Unis. C’est, pour partie, un retour à la situation de la guerre froide. Avec une différence de taille : l’Union soviétique n’était pas un État révisionniste, qui voulait bouleverser l’ordre européen et modifier les frontières. Elle était, au contraire, attachée à la stabilité géopolitique. (…)
La Russie de Vladimir Poutine est, au contraire, une puissance révisionniste. Elle entend modifier les équilibres géopolitiques en Europe et agrandir son territoire. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, elle bloque, par son droit de veto, tout règlement possible dans le cadre de l’ONU. Puissance nucléaire, elle mène sa politique agressive à l’abri de son arsenal atomique, dissuadant les Occidentaux d’aller jusqu’à la guerre ouverte pour contrer ses ambitions.
Sauf bouleversement imprévisible, il n’y aura pas d’affrontements militaires directs avec la Russie, pas de « guerre » au sens classique du terme. En revanche, un besoin se fait sentir de maintenir une forte posture dissuasive à son égard, à la fois nucléaire et conventionnelle, tout en restant fortement engagé dans le soutien des États que la Russie agresse (l’Ukraine) ou qu’elle menace (Pologne, pays Baltes, Moldavie, notamment). »
Jean Dominique MERCHET, Sommes nous prêts pour la guerre ? L’illusion de la puissance française, Robert Laffont, Paris, 2024
Un numéro extrêmement intéressant et bien documenté:

Collections N°106 daté janvier-mars 2025
Après le choc de l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, et alors qu’Israël poursuit une guerre impitoyable contre la bande de Gaza, retour sur cent cinquante ans d’histoire des Palestiniens.
En 1872 Jérusalem devient la capitale d’une province ottomane et le centre d’un nationalisme naissant. Mais c’est contre la tutelle britannique mise en place en 1918 et surtout dans l’opposition au sionisme que s’est forgée l’identité palestinienne.
En 1947, les Britanniques laissent à l’ONU le soin de trancher l’avenir de cette terre en proie à la guerre civile : ce sera le partage en deux États, inacceptable pour les Arabes. A l’issue de la guerre de 1948-1949, Israël voit le jour et 750 000 Palestiniens doivent s’exiler. Le combat reprendra au sein de cette diaspora, sous le leadership d’Arafat. Et dans les formes parfois les plus sanglantes.
Aujourd’hui, quel futur imaginer, au vu du nombre de victimes et des désillusions entraînées par le seul espoir de paix, les accords d’Oslo de 1993, il y a trente ans ?
Avec notamment les contributions de : Raphaël Banc-Lévêque, Alain Dieckhoff, Kamel Doraï, Arlette Khoury-Tadié, Pénélope Larzillière, Henry Laurens, Vincent Lemire, Falestin Naïli, Nadine Picaudou, Jenny Raflik-Grenouilleau, Eugene Rogan, Abaher el-Sakka, Maurice Sartre, Leila Seurat, Édouard Vernon et Élie Barnavi, Agnès Levallois, Elias Sanbar.
Article du Courrier International, à lire ici
Des réservistes israéliens démobilisés après avoir combattu dans l’enclave palestinienne dénoncent l’absence quasi totale de règles d’engagement. Les soldats tirant à leur guise sur tout ce qui bouge, détruisant des immeubles et laissant derrière eux des rues jonchées de cadavres. Et ce, avec l’autorisation implicite de leurs supérieurs, raconte le média israélien “Siha Mekomit”.

Le 12 juin dernier, [la chaîne panarabe] Al-Jazeera diffusait des images d’exécutions sommaires présumées de Palestiniens, apparemment désarmés, par des soldats israéliens sur une plage de la bande de Gaza.
De telles images sont rares, en raison des contraintes strictes imposées par Tsahal [acronyme en hébreu désignant l’armée israélienne] aux journalistes israéliens et étrangers et aussi du danger encouru par la presse dans l’enclave assiégée.
Ces images concordent avec les témoignages de six réservistes israéliens recueillis après leur démobilisation. Corroborant les déclarations de médecins palestiniens indépendants, ces soldats affirment qu’ils étaient autorisés à ouvrir le feu contre des civils palestiniens sans restriction aucune.
Ces six témoins, dont un seul n’a pas demandé l’anonymat, racontent comment les soldats israéliens exécutent des civils palestiniens simplement parce que ces derniers entrent dans une zone que l’armée a unilatéralement et sans avertissement suffisant décrétée comme interdite.
Les témoignages brossent, entre autres, le portrait d’un paysage jonché de cadavres exposés à la rapacité d’animaux errants. Tsahal se contente de les dissimuler dès qu’elle sait que des convois humanitaires internationaux vont arriver, “afin que les images de cadavres de Palestiniens à un stade avancé de décomposition ne ressortent pas”.
Deux soldats évoquent également une politique systématique consistant à incendier des immeubles palestiniens après y avoir séjourné.Les témoignages de ces soldats soulignent par ailleurs que leurs officiers les autorisent à tirer sans aucune retenue et à “se défouler” pour tuer leur ennui. “Les gars veulent vivre l’événement [pleinement]”, souligne S., un réserviste qui a servi dans le nord de la bande de Gaza.
“J’ai moi-même tiré dans tous les sens et sans raison aucune dans la mer, sur des trottoirs, contre des immeubles abandonnés et sur des Palestiniens présents au mauvais moment et au mauvais endroit”.
Dans le jargon de Tsahal, on appelle ça : “Je m’emmerde, alors je tire.”
Depuis la fin des années 1980 [au moment de la première Intifada], l’armée israélienne refuse de divulguer ses règles d’engagement, malgré les demandes répétées de la Cour suprême [israélienne].
Selon le sociologue militaire Yagil Levy, depuis la seconde Intifada [2000-2005], “l’armée ne fixe plus aucune règle d’engagement aux soldats”, ce qui laisse une immense latitude aux réservistes et à leurs commandants. En plus d’avoir causé la mort de plus de 38 000 Palestiniens, “la quasi-inexistence de directives est également responsable du nombre élevé de soldats tués par des ‘tirs amis’ depuis le 7 octobre 2023”.
Le soldat B. explique qu’à Gaza, “il est difficile de distinguer les civils des miliciens du Hamas”, ces derniers “se promenant souvent sans leurs armes”. De ce fait :
“Tout homme âgé de 16 à 50 ans est soupçonné d’être un terroriste.”
Même dans les zones moins peuplées et calmes de Gaza, les soldats procèdent à des tirs lourds et intensifs. Dans certains cas, note-t-il, cela répond tout simplement à une autre directive officieuse : “Montrer que nous sommes là, montrer une présence.”
À lire aussi : Infographie. Que risqueraient vos amis si vous viviez à Gaza ?
M., un autre réserviste, confirme que ces ordres viennent directement des commandants de compagnies ou de bataillons sur le terrain. “Lorsqu’il n’y a pas [d’autres] forces que Tsahal [dans la zone]… les tirs se font sans aucune restriction, c’est complètement dingue. Tout y passe : les armes légères, évidemment, mais aussi les mitrailleuses, les tirs de mortiers et les obus de chars.”
Et M., de poursuivre : “En l’absence d’ordres formels, de nombreux soldats sur le terrain se vengent [du 7 octobre] et se font ‘justice’ eux-mêmes, sans que l’échelon supérieur de l’armée ne juge bon d’intervenir.”
Un seul des soldats interrogés dans le cadre de cette enquête a accepté d’être identifié nommément : Yuval Green, un réserviste de 26 ans originaire de Jérusalem, qui a servi dans la 55e brigade de parachutistes en novembre et décembre 2023 et a récemment signé une lettre de 41 réservistes déclarant leur refus de continuer à servir à Gaza, à la suite de l’invasion de Rafah par l’armée. “Il n’y avait aucune restriction sur les munitions”, s’étrangle Yuval Green :
“Les soldats tiraient juste pour ne plus s’emmerder.”
Pour Green, l’absence de règles d’engagement officielles démontre également une profonde indifférence à l’égard du sort des otages. “Ils m’ont parlé d’une pratique consistant à faire sauter des tunnels et je me suis dit que s’il y avait des otages [à l’intérieur], cela les tuerait, ce qui m’a valu plusieurs rappels à l’ordre.” Après que, pensant qu’il s’agissait de Palestiniens, des soldats basés à Shujaiya [un quartier de la ville de Gaza] ont abattu [en décembre 2023] trois otages israéliens brandissant des drapeaux blancs, Green a exprimé sa colère, mais on lui a répondu : “C’est comme ça, on n’y peut rien.”
A. explique que “tirer sur des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, des institutions religieuses et des bâtiments d’organisations internationales suppose a priori une autorisation de l’état-major. Mais, dans les faits, je peux compter sur les doigts d’une seule main les cas où on nous a demandé de ne pas ouvrir le feu.” Et A. de poursuivre : “L’état d’esprit se résume par ‘d’abord tirer, ensuite penser’. Le consensus implicite est que personne ne versera une larme si nous rasons, même sans raison aucune, tout un immeuble palestinien.”
A. continue en affirmant avoir vu des images capturées par des drones israéliens. “De temps en temps, un bâtiment s’effondre, mais on n’entend rien, c’est juste une image. Le sentiment est ‘wow, c’est dingue, quel pied !’ Même moi, qui suis plutôt situé à gauche, j’ai très vite oublié qu’il s’agissait de vrais immeubles avec de vrais habitants à l’intérieur. C’était comme un jeu vidéo. Il m’a fallu deux grosses semaines avant d’admettre que c’étaient de vrais bâtiments qui s’effondraient et ensevelissaient de vrais civils.”
Plusieurs soldats témoignent de ce que la politique de tir permissive induite par les commandants autorise de facto les unités israéliennes à tuer des civils palestiniens même lorsqu’ils sont identifiés comme tels.
D., un autre réserviste, explique que sa brigade était stationnée à côté de deux couloirs dits “humanitaires”, l’un pour les organisations humanitaires et l’autre pour les civils fuyant le nord vers le sud de la bande de Gaza. Dans la zone d’opération de sa brigade, ils ont institué une politique de “ligne rouge, ligne verte”, délimitant les zones où il était interdit aux civils d’entrer.
Selon D., les organisations humanitaires sont autorisées à se rendre dans ces zones avec une coordination préalable. Mais pour les Palestiniens, c’est différent. “Quiconque pénètre dans une zone rouge devient une cible”, explique-t-il, certifiant que ces zones, censément signalées aux civils, ne le sont en fait absolument pas. “S’ils franchissent la ligne rouge, on le signale par radio même si, dans les faits, nous savons que l’autorisation de Tsahal va tomber de soi : ‘Vous pouvez tirer.’”
D. explique que tout le monde [au sein de Tsahal] sait que des civils [palestiniens] viennent souvent dans les zones de transit des convois humanitaires pour ramasser des produits alimentaires tombés des camions. Néanmoins, la politique officieuse de Tsahal reste de tirer sur tout ce qui bouge et sur quiconque essaie de franchir des lignes dont le tracé est connu des seuls soldats israéliens. “Ces civils sont clairement des réfugiés, ils sont désespérés, ils n’ont plus rien.” Pourtant, depuis les premiers mois de la guerre, “chaque jour, il y a deux ou trois incidents avec des personnes innocentes ou [des personnes] soupçonnées d’être envoyées par le Hamas comme observateurs” et que les soldats de son bataillon abattent sans sourciller.
Les soldats interviewés assurent que, dans toute la bande de Gaza, les cadavres de civils palestiniens restent éparpillés le long des routes et dans les champs. Le soldat S. raconte :
“Tous ces endroits sont jonchés de cadavres que nous laissons à la merci de chiens errants, de veaux abandonnés et de chevaux désemparés. Nous ne voulons pas que ces animaux s’approchent de nous. Mais, du coup, nous voyons souvent des chiens errants se promener avec des morceaux de viande arrachés aux cadavres putréfiés de Palestiniens que nous avons laissés derrière nous après notre passage. Tout pue la mort.”
Mais, avant chaque arrivée de convois humanitaires, continue S., les corps sont évacués. “Un D9 [bulldozer blindé Caterpillar] accompagné d’un char, vient ramasser les cadavres et les enterre sous les décombres, pour que les humanitaires ne les voient pas et pour qu’il n’y ait aucune image de cadavres palestiniens à un stade avancé de décomposition, des cadavres qui sont majoritairement ceux de civils [palestiniens] : des femmes et des enfants, voire des familles entières. Dans mon secteur, chaque jour, au moins un ou deux civils étaient abattus à bout portant parce qu’ils circulaient dans une zone interdite dont on ne les avait pas informés. Je ne sais pas qui était terroriste et qui ne l’était pas, mais la plupart d’entre eux ne portaient pas d’armes.”
“Les soldats israéliens ne s’occupent pas des corps, confirme B. Si ces cadavres gênent, on les met de côté ou on prétend que nos soldats ont marché dessus par erreur.”
Le mois dernier, Guy Zaken, un soldat qui conduisait un bulldozer D9 à Gaza, a déclaré devant une commission parlementaire de la Knesset que lui et son unité avaient, littéralement, “aplati des centaines de terroristes supposés, morts ou vivants”. Aucun député n’a bronché. Mais un soldat de son unité de bulldozers s’est suicidé par la suite.
Deux des soldats interrogés décrivent également comment incendier des immeubles palestiniens est devenu une routine. Green a personnellement été témoin de deux cas de ce type : le premier, une initiative indépendante d’un soldat, et le second, un ordre d’un commandant. C’est, entre autres, une des raisons qui l’a amené à déserter.
Lorsque les soldats occupent des immeubles civils, témoigne Yuval Green, la politique est la suivante : “Après y avoir séjourné, vous avez l’ordre d’incendier l’immeuble.” Pourtant, pour Green, cela n’a aucun sens : “Nous occupons ces immeubles non pas parce qu’ils appartiennent à des membres du Hamas, mais parce qu’ils nous servent sur un plan purement opérationnel. Détruire gratuitement un immeuble abritant trois ou quatre familles signifie qu’elles se retrouveront sans abri.”
“J’ai interrogé le commandant de ma compagnie, lequel m’a répondu qu’aucun équipement militaire ne pouvait être laissé sur place et qu’il ne fallait pas que l’ennemi découvre nos règles d’engagement”, poursuit Green. “Cet argument ne tenant absolument pas la route, mon commandant s’est ensuite ‘démasqué’ en se déplaçant sur le terrain de la pure vengeance et en affirmant que l’état-major [de Tsahal] avait décidé de lâcher la bride à nos soldats.”
Yuval Green explique que les destructions causées par l’armée [israélienne] à Gaza sont “inimaginables”. Au début des combats, raconte-t-il, les soldats avançaient entre des immeubles distants de 50 mètres les uns des autres et de nombreux soldats “traitaient ces bâtiments [comme] des boutiques de souvenirs”, taguant tous les murs d’insultes salaces en hébreu et pillant tout ce que les propriétaires [palestiniens] n’avaient pas eu le temps d’emporter avec eux : des vêtements et, surtout, des photos de famille. Green conclut :
“Nous avons anéanti tout ce qu’il était possible d’anéantir.”
“Pas par simple nécessité de nous défendre, mais par un pur désir de vengeance et une indifférence totale envers tout ce qui est palestinien. Je n’oublierai jamais à quelle vitesse des quartiers entiers, pleins de vie et presque bucoliques peuvent être réduits en amas de sable.”
Oren Ziv