Archives de catégorie : 5ème

Crécy, la première grande bataille de la guerre de Cent Ans, avec David Fiasson

Le 24 août 1346, à Crécy, l’armée française subit l’une de ses plus grandes défaites face aux Anglais. Comment le royaume de France, plus riche, plus peuplé et en apparence plus puissant que son adversaire, a-t-il pu voir son roi Philippe VI contraint à la fuite ?

Dans cet entretien, David Fiasson revient sur cette bataille mythique de la guerre de Cent Ans. En confrontant les sources médiévales aux recherches les plus récentes, il éclaire les causes d’un désastre longtemps jugé incompréhensible et redonne toute sa portée à la première grande défaite terrestre française du conflit.

Histoire du Groenland, émissions du Fil de l’Histoire

Le Groenland a été propulsé bien malgré lui dans l’actualité. Ce territoire situé aux confins de l’Arctique subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique et est redevenu un puissant verrou stratégique convoité pour ses routes maritimes, ses bases militaires, ses hydrocarbures…

Cinq émissions issues de la série d’histoire de France Inter, à retrouver ici

Levé du drapeau groenlandais le 21/06/1979 après l’obstention de l’autonomie ©Getty – Xavier DESMIER

Épisode 1/5 : Le Groenland du viking Erik le Rouge

Épisode 2/5 : L’arrivée des Inuits au Groenland

Épisode 3/5 : La colonisation danoise

Épisode 4/5 : Depuis le XIXème siècle la convoitise des Etats-Unis

Épisode 5/5 : La lente conquête par le Groenland de son autonomie

La question de l’eau à Gaza

Voici un document exploitable sur l’eau à Gaza extrait de l’ouvrage du dernier ouvrage de Jean Pierre Filiu, Un histoiren à Gaza, Les arènes, Paris, 2025. Jean Pierre Filiu est un historien spécialiste du Moyen-Orient et de Gaza. Il a notamment écrit une Histoire de Gaza. Il écrit notamment des chroniques dans Le Monde

« Gaza a été durant des millénaires une oasis réputée pour la richesse de sa végétation et la douceur de son climat. Le Wadi Gaza, cette « vallée de Gaza » qui débouche en Méditerranée, au sud de la cité éponyme, avait un débit bien plus important que le fameux Jourdain. Là rayonnait la zone humide la plus vaste de la Palestine historique, réputée pour ses vergers et ses palmeraies. La prospérité de Gaza reposait largement sur ses exportations de céréales et d’agrumes, les premières dominant la fin de la période ottomane, avant que les secondes prennent l’avantage durant le mandat britannique et l’administration égyptienne.

C’est l’occupation de 1967 qui fait basculer les ressources hydrauliques de Gaza sous la coupe d’Israël, avec d’abord l’implantation de Mekorot, la compagnie nationale des eaux de l’État hébreu, puis le détournement vers les colonies de peuplement. Celles-ci ont beau n’accueillir que quelques milliers de colons plutôt radicaux, elles accaparent un quart des terres de l’enclave palestinienne et une allocation disproportionnée de l’eau. La politique de la terre brûlée qui marque le retrait unilatéral de 2005 interdit à la population de Gaza de profiter des infrastructures établies au pro.t des colons.

L’armée israélienne veille à maintenir l’ensemble du territoire sous son étroite dépendance, un étau qui se resserre en 2007 après la prise de contrôle par le Hamas et l’instauration d’un blocus rigoureux. Cette mainmise israélienne, désormais à distance, aggrave un cercle vicieux où la pression démographique accentue la surexploitation de la nappe phréatique, de plus en plus infiltrée par l’eau de mer, elle-même de plus en plus contaminée par le déversement des eaux usées dans la Méditerranée. En 2021, seuls 7 % de la consommation en eau de la bande de Gaza sont fournis par trois centrales de désalinisation, qui assurent aussi la chloration de l’eau de mer, tandis que 13 % sont livrés par trois pipelines de Mekorot. Pour profiter de la qualité de l’eau israélienne, il faut être connecté à ce réseau, payer un surcoût et être en mesure de constituer des réserves, l’eau ne coulant que par intermittence. Les 80 % restants sont extraits de quelque trois cents puits, publics ou privés, forés dans la nappe phréatique. Cette eau est impropre à la consommation, sauf à être désalinisée et purifiée. À la veille du conflit en cours, l’allocation quotidienne en eau dans la bande de Gaza est d’environ 80 litres par personne, trois fois moins qu’en Israël. Elle a chuté, en ces derniers jours de 2024, à 9 litres par personne et par jour, dont seulement 2 litres d’eau potable, une moyenne qui masque de sérieuses disparités dans l’accès à une ressource devenue aussi rare. »

Ces cartes qui montrent l’Afrique plus petite qu’elle n’est

Un article de libération très intéressant sur notre représentation du Monde

Il n’existe pas de « carte juste » comme l’explique Vincent Capdepuy: « le véritable enjeu n’est pas de corriger « la » carte mais d’apprendre à lire toutes les cartes dans leur diversité comme autant de façons de penser le Monde ».

La carte Mercator très souvent utilisée représente le Groenland quasi aussi étendu que l’Afrique alors que le Groenland est quinze fois plus petit que l’Afrique

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/ces-cartes-qui-montrent-lafrique-plus-petite-quelle-nest-20250821_2IVMLSR6VJDSNNLHDJEKUXGY4Y/

Les différentes cartes évoquées par Vincent Capdepuy dans l’article. Une carte n’est « jamais neutre »

La projection de Mercator -1569

La projection Equal Earth de 2018

La projection Armadillo (1943)

La projection Jacques Bertin (1953)

La projection Ecker IV (1906)

La projection de Hao Xiaoguang (2002)

Des podcasts sur Jeanne d’Arc

Au Moyen Age, en 1412, Jeanne naît dans le village de Domrémy en Lorraine, elle vit une enfance paisible, mais elle n’est pas comme les autres filles du village : elle entend des voix et elle connaîtra une destinée extraordinaire, qui la rendra célèbre : elle devient cheffe de guerre et parvient à chasser les Anglais hors de France !

Comment Jeanne, une jeune fille du peuple dans une France en pleine guerre de Cent ans envahie en grande partie par les Anglais, qui n’ a pas d’armée, accomplit la mission de libérer la ville D’Orléans assiégée ?

Découvre la formidable aventure de Jeanne d’Arc, une jeune femme qui a décidé de combattre les Anglais pendant la guerre de Cent ans ! Voici le premier épisode de cette épopée : adolescente, elle entend des voix lui disant qu’elle doit accomplir une mission : chasser les Anglais hors de France et faire sacrer le dauphin, Charles VII à Reims.

Humanisme, Renaissance et conflits religieux

Activité n°1 : L’Humanisme, l’Homme modèle et centre du monde

Questions document 1

Montrez en citant des passages que pour Castiglione, le courtisan, l’homme de la renaissance doit être : Eduqué intellectuellement/Un artiste/Un sportif

Questions document 2

2. Qui a écrit ce texte ?

3. Pourquoi veut-il traduire les Évangiles en différentes langues ?

Activité n°2 : Une révolution scientifique et technique

  1. Observe bien ces documents et indique la grande découverte scientifique réalisée par Copernic
  2. Doc 4 : Indique à quoi correspondent les lettres A B C D dans l’atelier d’imprimerie : correction du manuscrit, encrage, mise sous presse, composition du texte avec les caractères mobiles.
  3. Doc 3 et 4 : Compare les deux manières de diffuser les livres, quels sont les avantages de l’imprimerie et ses conséquences sur les connaissances?

Activité n°3 : Une révolution artistique

Activité n°4 : Humanisme et Renaissance en Europe

  1. Quel est le berceau de la Renaissance ?
  2. D’après ce que vous voyez sur la carte, quelles sont les zones principales de la Renaissance?
  3. Quels pays ont connu l’influence italienne?
  1. Doc 1 : Qui est Luther ?
  2. Doc 1 et 3 : Pourquoi s’attaque t’il au pape ?
  3. Doc 3 : Montre que Luther applique une recommandation d’Erasme.
  4. Doc 4 : Quel est le décor d’un temple protestant ? Qui est la seule personne à être honorée ?
  5. Carte : Quels sont les pays qui deviennent anglicans ou protestants ?
  6. Quels sont les pays où il y a des conflits religieux ?
  7. Que se passe t’il en France ?
  8. Doc 5 : Cite trois différences entre catholiques et protestants.

Les Palestiniens, nouveau numéro des Collections de l’Histoire

Un numéro extrêmement intéressant et bien documenté:

Les Palestiniens

Collections N°106 daté janvier-mars 2025

Après le choc de l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, et alors qu’Israël poursuit une guerre impitoyable contre la bande de Gaza, retour sur cent cinquante ans d’histoire des Palestiniens.

En 1872 Jérusalem devient la capitale d’une province ottomane et le centre d’un nationalisme naissant. Mais c’est contre la tutelle britannique mise en place en 1918 et surtout dans l’opposition au sionisme que s’est forgée l’identité palestinienne.

En 1947, les Britanniques laissent à l’ONU le soin de trancher l’avenir de cette terre en proie à la guerre civile : ce sera le partage en deux États, inacceptable pour les Arabes. A l’issue de la guerre de 1948-1949, Israël voit le jour et 750 000 Palestiniens doivent s’exiler. Le combat reprendra au sein de cette diaspora, sous le leadership d’Arafat. Et dans les formes parfois les plus sanglantes.

Aujourd’hui, quel futur imaginer, au vu du nombre de victimes et des désillusions entraînées par le seul espoir de paix, les accords d’Oslo de 1993, il y a trente ans ?

Avec notamment les contributions de : Raphaël Banc-Lévêque, Alain Dieckhoff, Kamel Doraï, Arlette Khoury-Tadié, Pénélope Larzillière, Henry Laurens, Vincent Lemire, Falestin Naïli, Nadine Picaudou, Jenny Raflik-Grenouilleau, Eugene Rogan, Abaher el-Sakka, Maurice Sartre, Leila Seurat, Édouard Vernon et Élie Barnavi, Agnès Levallois, Elias Sanbar.

L’histoire de la cité de Carcassonne

L’histoire de la cité de Carcassonne débute au Moyen-Age. Les romains y fortifient un premier village avec une vue sur l’Aude, afin de prévenir des attaques: c’est la naissance de Carcaso.

Carcassonne au Moyen-Age

Au IIIe et au IVe siècles, une première vague d’invasions des peuples germaniques fait vaciller l’Empire romain. Carcaso se dote alors d’une enceinte, longue de 1 200 mètres. Au Ve siècle, de nouvelles attaques conduisent à la fondation du royaume wisigoth d’Aquitaine. La cité est occupée, puis à nouveau attaquée, en 725 par l’Empire arabe Omeyyade.

Dame Carcas

La légende de dame Carcas ou Carcas sonne

C’est la domination arabe qui inspire la légende de Dame Carcas, protectrice de la cité. Lorsque les Francs commandés par Charlemagne assiègent Carcassonne en 759, dame Carcas, la femme du roi sarrasin. Le siège de la Cité durait depuis déjà 5 ans lorsque la famine eut raison des derniers défenseurs. Dame Carcas veilla sur la Cité et fit croire à une garde toujours nombreuse : elle disposa des mannequins de paille habillés en soldats et décocha des tirs d’arbalète, visant l’armée assiégeante. La nourriture s’étant raréfiée, un beau jour, il ne resta plus dans la ville qu’un petit cochon et une mesure de blé pour nourrir la population. Dame Carcas gava alors cet ultime cochon avec le reste de blé et le jeta du haut du rempart. Le cochon, en touchant le sol, éclata et de son ventre déchiré s’échappa un flot de bon grain.

Devant ce spectacle, Charlemagne fit aussitôt lever le siège devenu inutile : on avait tellement de blé à Carcassonne qu’on en nourrissait les pourceaux ! Avant que la grande armée ne disparaisse, Dame Carcas fit sonner le cor de la ville pour annoncer la bonne nouvelle aux alentours. C’est alors que l’un de ses vassaux aurait dit à Charlemagne « Sire, Carcas sonne »!

Il s’agit cependant d’une légende, le nom de Carcassonne est plus ancien : Carcaso chez les Romains.

En 888, la mort de Charles le Gros marque la fin de l’empire carolingien et la montée en puissance des seigneurs locaux. En 1067, le comté de Carcassonne devient la possession de Raimond-Bernard Trencavel, vicomte d’Albi et de Nîmes. C’est le début d’une dynastie qui va marquer l’histoire de la ville.

La Maison des Trencavel, seigneurs de Carcassonne

Au XIe siècle, Bernard Aton IV, fils de Raimond-Bernard, réunit les territoires hérités de son père et de sa mère, dominant ainsi le Bas Languedoc. À Carcassonne, les Trencavel ordonnent la construction de la basilique Saint-Nazaire et Saint-Celse, qui débute en 1096. Ils font aussi bâtir un palais, vers 1130, qui devient la demeure seigneuriale. Il sera à l’origine du futur château comtal de Carcassonne !

Pour la ville, c’est une période d’abondance et d’expansion, avec la création de plusieurs faubourgs. C’est aussi une période d’indépendance, pendant laquelle les Trencavel s’imposent face aux comtes de Toulouse et de Barcelone, leurs puissants voisins. Cette époque prend fin en 1209, avec le début de la croisade contre les Albigeois.

Au cœur du pays cathare

Pour bien comprendre les enjeux de cette croisade, arrêtons-nous un instant sur ce qu’est le catharisme. Ce mouvement chrétien, apparu en Europe au XIIe siècle, rejette l’Église romaine, qu’il accuse de ne pas respecter les idéaux du Christ. Dans le sud de la France, quatre Églises adoptent cette doctrine : Albi, Val d’Aran, Toulouse… et Carcassonne.

En 1209, le pape Innocent III lance une croisade contre ces « Albigeois » hérétiques, avec le soutien du roi Louis VIII. Assiégée, la cité de Carcassonne tombe au bout de 15 jours de siège, le 15 août 1209. Raimond Trencavel est vaincu par Simon de Montfort, chef militaire de l’expédition, qui s’empare de la place. Dix-sept ans plus tard, en 1226, Carcassonne est rattachée au domaine royal français. La croisade, elle, s’achèvera en 1229.

Une place-forte au système de défense exceptionnel

En 1240, Raimond Trencavel tente de reprendre ses terres avec l’appui de certains faubourgs, sans succès. En représailles, Louis IX fait raser les habitations des traîtres, qui doivent s’installer sur l’autre rive de l’Aude. Carcassonne se dédouble : sur la rive droite, se tient la cité médiévale, tandis que sur la rive gauche, un nouveau bourg apparaît. C’est la naissance de la bastide   Saint-Louis !

C’est au XIIIe siècle, que la ville prend l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. L’ancien palais des Trencavel devient un château comtal, tandis qu’une seconde enceinte de 1 600 mètres vient doubler le rempart gallo-romain. Sous les règnes de Philippe III le Hardi et de Philippe IV le Bel, les fortifications de Carcassonne se modernisent. Les murailles sont équipées de meurtrières pour le tir à l’arbalète et de nouvelles portes sont érigées, dont la monumentale Porte Narbonnaise. Désormais, Carcassonne est réputée imprenable.

Une longue période de déclin

La ville est maintenant un centre politique, administratif et militaire. Elle est aussi un poste de défense stratégique depuis 1258 et le Traité de Corbeil, qui place la frontière entre la France et l’Aragon à proximité. En 1659, le Traité des Pyrénées met fin à la guerre franco-espagnole, commencée en 1635. Avec le déplacement de la frontière vers le sud, Carcassonne perd son statut privilégié.

Une renaissance signée Viollet-le-Duc

Il faudra attendre 1840 pour que la cité de Carcassonne retrouve ses lettres de noblesse. Cette année-là, l’historien et archéologue carcassonnais Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, obtient le classement de la basilique en tant que monument historique. Par la suite, Prosper Mérimée, inspecteur national des monuments historiques, se rend sur place. Il dresse un état des lieux des travaux nécessaires et en confie la direction à Eugène Viollet-le-Duc.

Ce dernier restaure d’abord la basilique Saint-Nazaire, réputée pour ses vitraux flamboyants. Puis, il fait consolider les parties hautes de l’architecture militaire gallo-romaine et médiévale. Commencé en 1853 et achevé en 1911, cet immense chantier de restauration a rendu sa splendeur d’antan à la cité médiévale.

Sources:

Site du château et rempart de la cité de Carcassonne:

https://www.remparts-carcassonne.fr/decouvrir/histoire-du-monument

Site de la ville de Carcassonne:

https://www.carcassonne.org/article-page/dame-carcas

États-Unis : la démocratie est-elle malade ?

Rhae Lynn Barnes, Omer Bartov, Bruno Cabanes, Robert Darnton, Thomas Dodman, Laure Murat dans collections 104
daté juillet-août-septembre 2024

Alors que les Américains vont élire leur 47e président, des historiens vivant sur place expriment leur inquiétude sur l’état du pays.

Robert Darnton
« Une crise comparable à 1789 ? »

Professeur émérite à Princeton, spécialiste des Lumières, il a publié The Revolutionary Temper. Paris 1748-1789, W.W. Norton, 2024 (une traduction française paraîtra chez Gallimard cet automne).

Ayant publié un livre sur l’avènement de la Révolution française, je me suis souvent exposé à une question posée par mes concitoyens : sommes-nous en train de succomber à une crise semblable à celle qui bouleversa la France en 1789 ?

Je les assure qu’il serait absurde de voir dans l’assaut sur le Capitole par les partisans de Donald Trump, le 6 janvier 2021, un mécontentement de la même force que la fureur du 14 juillet 1789. Les circonstances sont complètement différentes, et je ne souscris pas aux dictons qui commencent par « L’histoire nous apprend que… ». Pourtant, si l’on ne saurait tirer des leçons de l’histoire, elle peut nous fournir une perspective pour juger les événements actuels.

Dans mon livre, j’étudie le Paris du XVIIIe siècle comme une société de l’information, et je m’efforce de suivre la diffusion et la perception des nouvelles telles qu’elles furent transmises par les médias de l’époque. Bien sûr, les bruits publics, les gazettes clandestines, les chansons de rue, les graffitis et les lectures publiques de pamphlets se distinguent foncièrement des médias de nos jours, mais ils produisaient un effet semblable : l’érosion du sentiment de légitimité à la base du système politique. Pour faire voir ce processus sous l’Ancien Régime, il m’a fallu décrire son développement en détail pendant un demi-siècle. Pour l’observer à l’oeuvre aujourd’hui, je n’ai qu’à regarder l’écran de mon ordinateur.

Il y a deux cent cinquante ans, les Américains adhéraient implicitement à une religion civile. Ils voyaient la Constitution comme sacrée, les pères fondateurs comme des prophètes, et la Cour suprême comme l’apogée de la justice. Aujourd’hui, nos institutions sont entachées de racisme, de fanatisme, de corruption et les opinions sont polarisées. A l’extrême droite, on croit que les élections sont truquées par une élite étatiste. A l’extrême gauche, on les trouve antidémocratiques à cause du collège électoral qui favorise les États peu peuplés du Middle West – qui ont donné la victoire à Donald Trump en 2016, malgré la majorité de voix en faveur de Hillary Clinton.

Je ne crois pas que le dôme du Congrès de Washington figure dans l’imaginaire collectif des Américains de la même manière que les tours de la Bastille dans la mentalité des Parisiens du XVIIIe siècle. Mais la perte du sentiment de légitimité me paraît un vrai danger en ce moment où la campagne électorale, manipulée par les médias, nous emmène vers un destin inconnu.

Bruno Cabanes
« Le spectre de la désunion »

Professeur à Ohio State University (chaire Donald et Mary Dunn d’histoire de la guerre), il est membre du comité scientifique de L’Histoire.

On sait depuis longtemps que la démocratie américaine est malade. Malade d’un capitalisme fou qui a fait flamber les frais de campagne au point d’imposer une sorte de ploutocratie, malade d’une inégalité sociale et raciale dans l’accès au suffrage, malade du redécoupage partisan des circonscriptions électorales. Depuis la victoire, en novembre 2000, de George W. Bush sur Al Gore, on sait aussi qu’une élection présidentielle peut se jouer à quelques centaines de suffrages dans un canton de Floride, sans parler de celle de 2016 qui vit Hillary Clinton l’emporter de presque 3 millions de voix, sans gagner l’élection.

Pourtant, la contestation par Donald Trump des résultats de la présidentielle de 2020 et l’assaut sur le Capitole par ses partisans le 6 janvier 2021 nous ont fait entrer dans une autre époque. En 2024, les démocrates devront obtenir une majorité massive pour espérer l’emporter. Leur victoire serait presque inévitablement contestée. On évoque le spectre de la guerre civile. D’autres considèrent que nous sommes entrés en terre inconnue, car la Constitution est muette sur la possibilité, pour un président condamné, d’être réélu. C’est moins l’histoire que le droit qui peut nous éclairer sur l’avenir de la démocratie américaine. L’enjeu est fondamental : comment resacraliser des institutions souillées par une tentative de coup d’État et s’assurer que les citoyens américains ne désespèrent pas définitivement de la démocratie ?

Rhae Lynn Barnes
« L’angoisse de ne pas durer »

Professeure assistante à l’université de Princeton, elle est spécialiste de la culture populaire et du racisme.

L’une des caractéristiques de la démocratie américaine est son angoisse quant à sa capacité à durer. Le 21 avril 1796 déjà, John Adams, vice-président puis président, confiait son inquiétude à sa femme Abigail : « Notre Constitution fait face à une crise. J’ai calculé, lorsqu’elle a été instaurée, qu’elle durerait environ dix ans. Cet été, le peuple devra déterminer si elle survivra à sa huitième année. » Elle a survécu. Les États-Unis ont défendu leur démocratie contre l’empire britannique, contre le IIIe Reich et le Japon impérial.

Mais certaines des plus grandes menaces sont venues de l’intérieur. Les guerres culturelles, rhétoriques ou réelles, ont été nombreuses. On peut citer l’émeute d’Astor Place en 1849, lorsque les New-Yorkais se déchirèrent à propos du choix du comédien pour interpréter Macbeth, l’Anglais William Macready ou l’Américain Edwin Forrest, le premier soutenu par l’élite new-yorkaise, le second par les classes populaires.

Au XXIe siècle, la désinformation et les médias partisans ont permis à George W. Bush et Donald Trump d’accéder à la présidence sans la majorité des voix. Les juges qu’ils ont nommés à la Cour suprême ont accéléré le démantèlement de victoires du XXe siècle, dont l’arrêt Roe v. Wade (1973) sur le droit à l’avortement. L’Amérique est revenue à un système juridique inégalitaire pour les femmes, leurs droits dépendant de l’État où elles vivent. Notre lutte doit donc continuer.

Thomas Dodman
« Un printemps américain ? »

Professeur associé à l’université Columbia à New York, Thomas Dodman est spécialiste de la France à l’Époque moderne.

Que disent de la plus ancienne démocratie au monde les manifestations étudiantes qui agitent les campus américains en ce printemps 2024 ? Comme le Vietnam avant, l’Apartheid ensuite, la cause palestinienne mobilise les esprits, tissant solidarités et aspirations nouvelles entre étudiants d’horizons divers, juifs et musulmans… Comme leurs aînés en 1968, ces étudiants n’acceptent pas que leurs frais universitaires financent une guerre, cette fois à Gaza. Leur démarche est pacifique, en dépit des débordements surmédiatisés qui ont eu lieu, pour l’essentiel à l’extérieur des campus, mais qui ont servi d’excuse pour une escalade de la violence lancée par les autorités.

Cette réponse est aussi riche d’enseignements sur la polarisation du débat politique et de ses enjeux. L’instrumentalisation de l’antisémitisme, tout d’abord, par des républicains opportunistes, qui ne répugnent pas toujours à s’adonner aux stéréotypes antisémites lorsqu’il faut mobiliser leur base, mais qui épaulent aveuglement Benyamin Netanyahou quand il s’agit de battre les démocrates, bien embarrassés par le conflit au Moyen-Orient.

En manipulant cyniquement les protections fédérales à la liberté d’expression – un héritage du mouvement contestataire pour les droits civiques et contre les discriminations raciales des années 1960 -, Donald Trump et ses épigones s’attaquent à autre chose : aux universités américaines, auxquelles ils veulent couper les financements publics, pour démonter ces derniers contre-pouvoirs et bastions d’une pensée libre dans un pays où l’on ne parle plus qu’à son semblable. Et où des administrateurs universitaires n’hésitent plus à appeler la police sur les campus pour faire taire les dissensions en dépit de principes d’autonomie et d’autogestion bien établis. Si Tocqueville n’aurait sans doute pas osé manifester avec les étudiants, il aurait surtout diagnostiqué les symptômes d’une démocratie malade : une population atomisée, mise sous tutelle. Ce printemps américain risque de devenir un long automne.

Laure Murat
« Déjà en danger »

Professeure à l’université de Californie à Los Angeles, elle est spécialiste de la littérature des XIXe et XXe siècles, de l’histoire culturelle et des gender studies.

Bien malin qui peut prédire l’issue de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis. En revanche, il ne faut pas être grand clerc pour prévoir que, quel que soit le résultat, jamais la démocratie américaine n’aura été à ce point mise en péril. Car, que Donald Trump gagne ou perde, la crise est au bout du chemin. Il gagne ? Il imposera, comme il l’a très explicitement annoncé, « une dictature ». Il perd ? Il contestera – forcément – les résultats, au risque d’exciter une forme de guerre civile, dont l’assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021 n’aura été que le galop d’essai.

Ce scénario pessimiste doit être tempéré par au moins deux éléments. D’abord, les fameux checks and balances (« freins et contrepoids ») prévus par la Constitution, qui garantissent l’équilibre des pouvoirs. Les Américains ont une confiance aveugle dans leur système, que les pères fondateurs ont en effet très prudemment verrouillé. Mais c’est aussi un pays qui n’a jamais connu la dictature, laquelle se moque bien des lois. Ensuite, le brouhaha permanent créé par Donald Trump autour de sa personne, qui diffuse une ambiance frénétique et, peut-être, artificielle. Si bien qu’il se pourrait aussi qu’il perde dans les grandes largeurs ou que ses affaires judiciaires finissent par le rattraper.

L’élection de 2016 avait produit un choc dans le monde entier. Que Donald Trump soit amplement plébiscité dans les sondages huit ans plus tard, alors que pèsent sur lui 91 chefs d’accusation, allant du viol à la fraude, est cependant une indication suffisante, en dehors du scrutin du 5 novembre 2024 : la démocratie est déjà en danger.

Omer Bartov
« La revitalisation peut venir des campus »

Israélo-Américain, professeur d’histoire européenne à Brown University (Providence), il est spécialiste de la Shoah.

Les États-Unis sont traversés par des dynamiques profondément contradictoires. Une réélection de Donald Trump, qui est tout à fait crédible, constituerait une menace majeure pour la démocratie et donnerait un élan aux forces illibérales et xénophobes dans le monde, y compris en Europe de l’Ouest. Il faut espérer une réaction de la société civile qui provoque une revitalisation démocratique, comme ce fut le cas durant les sixties, lorsque les étudiants, sur les campus, protestaient contre la guerre du Vietnam.

Aujourd’hui, les manifestants ne craignent pas d’être enrôlés comme dans les années 1960. Ils agissent en tant que contribuables d’un pays qui soutient financièrement l’effort militaire israélien, mais aussi en vertu d’une morale civique altruiste. L’accusation d’antisémitisme que brandissent les conservateurs pour délégitimer ces mobilisations est étrange et paradoxale d’un point de vue historique : les étudiants exigent le respect d’un droit international élaboré après 1945, précisément en réaction aux crimes nazis, en particulier à la Shoah. L’avenir dira si un véritable sursaut démocratique est possible.

Retrouvez l’intégralité du numéro de l’Histoire : ICI

Lire les premières pages du numéro: ICI