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L’histoire de la cité de Carcassonne

L’histoire de la cité de Carcassonne débute au Moyen-Age. Les romains y fortifient un premier village avec une vue sur l’Aude, afin de prévenir des attaques: c’est la naissance de Carcaso.

Carcassonne au Moyen-Age

Au IIIe et au IVe siècles, une première vague d’invasions des peuples germaniques fait vaciller l’Empire romain. Carcaso se dote alors d’une enceinte, longue de 1 200 mètres. Au Ve siècle, de nouvelles attaques conduisent à la fondation du royaume wisigoth d’Aquitaine. La cité est occupée, puis à nouveau attaquée, en 725 par l’Empire arabe Omeyyade.

Dame Carcas

La légende de dame Carcas ou Carcas sonne

C’est la domination arabe qui inspire la légende de Dame Carcas, protectrice de la cité. Lorsque les Francs commandés par Charlemagne assiègent Carcassonne en 759, dame Carcas, la femme du roi sarrasin. Le siège de la Cité durait depuis déjà 5 ans lorsque la famine eut raison des derniers défenseurs. Dame Carcas veilla sur la Cité et fit croire à une garde toujours nombreuse : elle disposa des mannequins de paille habillés en soldats et décocha des tirs d’arbalète, visant l’armée assiégeante. La nourriture s’étant raréfiée, un beau jour, il ne resta plus dans la ville qu’un petit cochon et une mesure de blé pour nourrir la population. Dame Carcas gava alors cet ultime cochon avec le reste de blé et le jeta du haut du rempart. Le cochon, en touchant le sol, éclata et de son ventre déchiré s’échappa un flot de bon grain.

Devant ce spectacle, Charlemagne fit aussitôt lever le siège devenu inutile : on avait tellement de blé à Carcassonne qu’on en nourrissait les pourceaux ! Avant que la grande armée ne disparaisse, Dame Carcas fit sonner le cor de la ville pour annoncer la bonne nouvelle aux alentours. C’est alors que l’un de ses vassaux aurait dit à Charlemagne « Sire, Carcas sonne »!

Il s’agit cependant d’une légende, le nom de Carcassonne est plus ancien : Carcaso chez les Romains.

En 888, la mort de Charles le Gros marque la fin de l’empire carolingien et la montée en puissance des seigneurs locaux. En 1067, le comté de Carcassonne devient la possession de Raimond-Bernard Trencavel, vicomte d’Albi et de Nîmes. C’est le début d’une dynastie qui va marquer l’histoire de la ville.

La Maison des Trencavel, seigneurs de Carcassonne

Au XIe siècle, Bernard Aton IV, fils de Raimond-Bernard, réunit les territoires hérités de son père et de sa mère, dominant ainsi le Bas Languedoc. À Carcassonne, les Trencavel ordonnent la construction de la basilique Saint-Nazaire et Saint-Celse, qui débute en 1096. Ils font aussi bâtir un palais, vers 1130, qui devient la demeure seigneuriale. Il sera à l’origine du futur château comtal de Carcassonne !

Pour la ville, c’est une période d’abondance et d’expansion, avec la création de plusieurs faubourgs. C’est aussi une période d’indépendance, pendant laquelle les Trencavel s’imposent face aux comtes de Toulouse et de Barcelone, leurs puissants voisins. Cette époque prend fin en 1209, avec le début de la croisade contre les Albigeois.

Au cœur du pays cathare

Pour bien comprendre les enjeux de cette croisade, arrêtons-nous un instant sur ce qu’est le catharisme. Ce mouvement chrétien, apparu en Europe au XIIe siècle, rejette l’Église romaine, qu’il accuse de ne pas respecter les idéaux du Christ. Dans le sud de la France, quatre Églises adoptent cette doctrine : Albi, Val d’Aran, Toulouse… et Carcassonne.

En 1209, le pape Innocent III lance une croisade contre ces « Albigeois » hérétiques, avec le soutien du roi Louis VIII. Assiégée, la cité de Carcassonne tombe au bout de 15 jours de siège, le 15 août 1209. Raimond Trencavel est vaincu par Simon de Montfort, chef militaire de l’expédition, qui s’empare de la place. Dix-sept ans plus tard, en 1226, Carcassonne est rattachée au domaine royal français. La croisade, elle, s’achèvera en 1229.

Une place-forte au système de défense exceptionnel

En 1240, Raimond Trencavel tente de reprendre ses terres avec l’appui de certains faubourgs, sans succès. En représailles, Louis IX fait raser les habitations des traîtres, qui doivent s’installer sur l’autre rive de l’Aude. Carcassonne se dédouble : sur la rive droite, se tient la cité médiévale, tandis que sur la rive gauche, un nouveau bourg apparaît. C’est la naissance de la bastide   Saint-Louis !

C’est au XIIIe siècle, que la ville prend l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. L’ancien palais des Trencavel devient un château comtal, tandis qu’une seconde enceinte de 1 600 mètres vient doubler le rempart gallo-romain. Sous les règnes de Philippe III le Hardi et de Philippe IV le Bel, les fortifications de Carcassonne se modernisent. Les murailles sont équipées de meurtrières pour le tir à l’arbalète et de nouvelles portes sont érigées, dont la monumentale Porte Narbonnaise. Désormais, Carcassonne est réputée imprenable.

Une longue période de déclin

La ville est maintenant un centre politique, administratif et militaire. Elle est aussi un poste de défense stratégique depuis 1258 et le Traité de Corbeil, qui place la frontière entre la France et l’Aragon à proximité. En 1659, le Traité des Pyrénées met fin à la guerre franco-espagnole, commencée en 1635. Avec le déplacement de la frontière vers le sud, Carcassonne perd son statut privilégié.

Une renaissance signée Viollet-le-Duc

Il faudra attendre 1840 pour que la cité de Carcassonne retrouve ses lettres de noblesse. Cette année-là, l’historien et archéologue carcassonnais Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, obtient le classement de la basilique en tant que monument historique. Par la suite, Prosper Mérimée, inspecteur national des monuments historiques, se rend sur place. Il dresse un état des lieux des travaux nécessaires et en confie la direction à Eugène Viollet-le-Duc.

Ce dernier restaure d’abord la basilique Saint-Nazaire, réputée pour ses vitraux flamboyants. Puis, il fait consolider les parties hautes de l’architecture militaire gallo-romaine et médiévale. Commencé en 1853 et achevé en 1911, cet immense chantier de restauration a rendu sa splendeur d’antan à la cité médiévale.

Sources:

Site du château et rempart de la cité de Carcassonne:

https://www.remparts-carcassonne.fr/decouvrir/histoire-du-monument

Site de la ville de Carcassonne:

https://www.carcassonne.org/article-page/dame-carcas

Ralph SCHOR, L’antisémitisme en France dans l’entre deux guerres, 2005 (réédition de 1992).

Ralph Schor, dans cet ouvrage qui fait date, suit la vague antisémite des années 1930 en France. Les journaux et auteurs antisémites sont passés au peigne fin de même que les positionnements des partis politiques, les courants religieux et culturels. L’auteur fait un tableau des différents vecteurs idéologiques de l’antisémitisme (notamment les différents journaux comme Le Matin, ou les hommes de lettres comme Ferdinand Céline). Il analyse la montée du racisme au fil des évènements internationaux (les fascismes et le nazisme, la crise économique…) et français (la montée du chômage, le front populaire…). Si l’analyse discursive est très intéressante et permet d’avoir une idée claire de l’argumentation raciste et antisémite de l’époque, l’auteur laisse cependant de côté les réactions globales de l’opinion : on a peu d’informations sur la réception des idées antisémites et leur immersion dans la société française (poussée électorale, agressions racistes, augmentation du nombre d’antisémites). Il faut dire qu’il est difficile d’y parvenir (voir les travaux de Pierre Laborie sur l’opinion française sous le régime de Vichy).

Les thèmes de l’argumentation antisémite

En lisant cet ouvrage, le lecteur pourra constater une continuité temporelle dans les arguments et les thèmes xénophobes, racistes. Autrement dit, les racistes d’aujourd’hui n’ont rien inventé. Nombre de thèmes usés jusqu’à la moëlle à l’encontre des juifs sont réutilisés aujourd’hui contre les « Arabes , les « musulmans ». Aussi, au travers des recherches de l’auteur, on peut constater que le racisme français est plutôt « culturel », contrairement au racisme « biologique » allemand. Malgré les avancées scientifiques sur l’existence d’une Humanité unique, ce racisme « culturel » est un instrument réadaptable par les racistes de tous les pays et de tout temps. Les thèmes antisémites des années 1930 raisonnent donc encore aujourd’hui. Voici une liste non exhaustive de thèmes mis en avant par les racistes des années 1930 contre les juifs :

  • La France est envahie : Céline évoque une « invasion juive » avec l’afflux de migrants d’Europe de l’Est. La France deviendrait une « colonie juive ». Paris n’est plus française mais judaïsée devenant « Parisalem ». La culture française serait menacée par des noms à consonnance étrangère, l’annuaire téléphonique en fournissant la preuve.
  • Les juifs sèment le désordre : Ils provoqueraient des émeutes et nombre d’entre eux seraient des criminels, des voleurs et des assassins. Les antisémites publient des chiffres invérifiables pour « prouver » leurs affirmations (page 52).
  • Les juifs sont riches et feignants : Ils seraient dominateurs et rechercheraient l’argent. Pour autant, on trouve des juifs aux deux extrémités de la richesse. Les juifs sont touchés par de fortes inégalités dans la France des années 1930, comme le reste de la population française.  Ils manqueraient de culture : « le moindre petit pet d’un juif, ça s’appelle un boom » (Céline, page 101)
  • Les juifs sont un facteur de désagrégation nationale : ils sont accusés de diffuser ou de s’intégrer dans des projets révolutionnaires. Ils seraient les destructeurs des Etats : « le communisme est une entreprise juive » (121). Les juifs sont de toute évidence des « traitres » puisqu’ils seraient incapables de s’intégrer et surtout ils militent dans des partis de gauche qui sont internationalistes et « trahissent » la patrie française. D’où le terme de « judéo-bolchevisme » souvent utilisé alors : gauche et juifs s’intègrent avec d’autres les francs maçons dans une anti-France.  
  • Les « bons français » sont victimes des juifs : Les racistes inversent le coupable et la victime. Ce sont les juifs qui voudraient organiser des pogroms de français et non l’inverse. Si des français sont antisémites, c’est en réaction à la haine juive, afin de sauver la France  de sa dissolution par les juifs (page 78).
  • Le judaïsme détruit la civilisation occidentale. Si les juifs s’en prennent à la France, c’est parce qu’elle est « le rempart de la civilisation occidentale et chrétienne » (130). Ce thème est assez surprenant à la lumière d’aujourd’hui puisque les racistes mettent sans cesse en avant la « civilisation judéo-chrétienne » menacée face au « péril musulman ».
  • Les juifs et l’Allemagne : Les juifs sont vus au miroir des évènements de l’Allemagne nazi. Ils sont tour à tour des espions au service de l’Allemagne, voulant se racheter un ticket de retour. Ou, au contraire, ils pousseraient sans cesse à provoquer la guerre pour se venger de l’Allemagne. Quoiqu’ils fassent finalement, ils sont des individus « dangereux ».

Les raisons de la montée de l’antisémitisme

Les facteurs qui attisent la vague antisémite sont clairement la crise économique, les migrations de réfugiés. Après l’affaire Dreyfus, les courants antisémites et xénophobes sont marginalisés grâce aux combats menés par les Dreyfusards, les défenseurs des droits de l’homme, le socialisme. Cependant, l’antisémitisme et le racisme prennent une ampleur de masse dans les années 1930 avec la crise. La montée du chômage notamment entraine des réactions et une tendance au protectionnisme de la main d’œuvre : la « préférence nationale ». Le journal Le Défi l’illustre bien : « pas de travail aux juifs et aux étrangers tant qu’un seul français aura faim » (p. 151-152). Pour contrer cette main d’œuvre étrangère, certaines professions vont obtenir des mesures de préférence nationale, comme les médecins qui ne pourront exercer que s’ils ont un doctorat français. La victoire du front populaire en 1936 radicalise l’antisémitisme. Il est vu comme une « invention juive » (169) et son dirigeant, Léon Blum voudrait judaïser la société en imposant la « circoncision générale ». Xavier Vallat, député antisémite accuse le gouvernement d’être dirigé par un « talmudiste » (173). Lors de cette polémique, seules la gauche et l’extrême gauche défendent Blum, preuve d’une montée des sentiments antisémites. Sur l’échiquier politique, Blum est vu par les antisémites comme un soutien juif et le front populaire comme s’appuyant sur un vote communautaire, celui des juifs : «  tout juif naturalisé est un votant front populaire indéfectible » (180).

Le projet des antisémites

A la lumière de leurs arguments antisémites, les racistes ont un programme politique à l’encontre des juifs. Ils veulent un statut pour inférioriser les juifs au sein de la société française. Il s’agit alors d’un recul puisque la révolution française avait émancipé les juifs et en avait fait des citoyens égaux aux autres. Mais ces projets démontrent bien la dimension « anti-lumière » « anti-universelle » de l’extrême droite. Ils trouveront leur aboutissement logique sous le régime de Vichy à partir de 1940 (Voir Z Sternhell, Ni droite ni gauche, l’idéologie fasciste en France, 2012, p. 74).  D’autres antisémites se prononcent plutôt pour l’expulsion des juifs, dans leur pays d’origine (Allemagne, Europe de l’Est) ou se font même sionistes : « Faut-il donc abandonner le seul espoir d’une solution de l’éternel problème parce qu’une poignée d’Arabes arriérés et fanatiques s’oppose à l’établissement des Juifs en Palestine ? L’intérêt de l’Humanité doit passer avant celui d’une minorité ? ». (pages 194-195). Ainsi, les juifs seraient bien en Palestine car ils ne seraient plus en France pour « l’envahir ».

La pluralité des juifs vivant en France

L’ouvrage montre bien qu’il n’existe pas de communauté juive unie. La croyance en cette unité relève bien d’un fantasme antisémite. Par exemple, les juifs français sont bien intégrés, dans des métiers plutôt libéraux, intellectuels. Il y a une forte différence avec les immigrés israélites plus récents, dont le niveau social est faible : ils sont ouvriers, employés, commerçants, pratiquent davantage la religion, autour d’associations et utilisent la langue yiddish (pages 13-14).

D’ailleurs, nombre de juifs intégrés et modérés craignent l’arrivée des juifs étrangers et voient dans leur culture un fossé insurmontable (page 207), des « particularismes » (210).

Politiquement, les juifs ne sont pas unis. Beaucoup de juifs français sont conservateurs et ne placent pas la lutte contre l’antisémitisme sur le plan politique, mais plutôt religieux et moral. Ils appellent plutôt à la discrétion et voient la place de Blum dans le gouvernement de 1936 comme un ferment de l’antisémitisme (page 217). D’autres juifs se placent plutôt à gauche comme Bernard Lacache qui fonde la LICA (ligue internationale contre l’antisémitisme) qui refuse « l’inégalité des races humaines » (212). La gauche (CGT, LDH, radicaux, SFIO, communistes) attire nombre de juifs qui placent la lutte antiraciste sur le plan politique.

Une minorité juive, paradoxalement, soutient l’extrême droite comme l’Action Française. Il y a même un parti, l’Union patriotique des français israélites, animé par Edmond Bloch qui organise des meetings avec des fascistes et antisémites notoires : Doriot, Vallat, Maurras, Daudet (286).

Aussi, la solidarité n’est pas intégrale envers les immigrés juifs : certains représentants juifs dénoncent des juifs communistes actifs à la police et demandent qu’ils soient expulsés (303).

Il y a donc une pluralité d’identités juives, une multiplicité d’attitudes, de positionnements politiques. Il n’y a en rien un « communautarisme juif » malgré ce qu’en disent les antisémites.

Face aux persécutions, la solidarité

Les partis de gauche viennent principalement en aide aux réfugiés, contre les arguments antisémites. Ils le font au nom de la solidarité « prolétarienne », au nom des droits humains. Nombre d’associations radicales-socialistes, socialistes, communistes aident à ces réfugiés. Mais il ne faut pas sous-estimer le rôle des catholiques (Pie XI dit notamment en 1938, « l’antisémitisme et inadmissible ; spirituellement, nous sommes tous des sémites ». Le père Devaux : « l’Eglise professe qu’il n’y a qu’une seule Humanité (…) tous les hommes sont et resteront naturellement frères »).  Les protestants par les siècles de persécutions qu’ils ont connu sont souvent enclins à la solidarité active envers les réfugiés juifs. Quant aux juifs eux-mêmes, ils mènent une forte solidarité interne, par le biais d’associations religieuses ou civiques. Bien entendu, et c’est une leçon pour nous, la solidarité s’est révélée insuffisante et n’a parfois pas bien senti tous les dangers que portaient l’antisémitisme et les racismes. L’ouvrage de Schor est donc une histoire à mettre en lumière avec les événements actuels.

Le salut des minorités persécutés ?

Face aux persécutions antisémites, Quelle solution ? Le racisme, l’antisémitisme doivent se combattre à l’intérieur des sociétés qui en sont infectées. Mais il est vrai que c’est un combat parfois difficile, voire désespérant puisqu’il est difficile de combattre un « ressentiment » (Kaminski, page 242), « un délire compensateur » (Glasser, p. 307). Surtout, et malheureusement, les acteurs qui tentent de faire échouer la vague antisémite n’y sont pas parvenus. Cependant, cet ouvrage en donnant les lignes directrices des racistes contribue au combat pour faire triompher la raison aujourd’hui. Celle-ci se situe comme l’explique l’auteur mais aussi Florian Gulli dans la défense de l’universel (F Guilli, L’antiracisme trahi, défense de l’universel, 2022), de l’égalité.

Terminons en citant ce passage très important de Ralph Schor qui montre comment se combat le racisme à long terme.

Comment combattre les racismes en général ?

«  Si l’homme est influencé par son instinct, il est aussi un être de raison. Voila pourquoi il est permis d’espérer qu’au-delà de la simple réprobation de l’antisémitisme, une pédagogie de l’antiracisme peut contribuer, avec les remèdes sociaux et économiques, à faire reculer le mal » (page 326).