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La question de l’eau à Gaza

Voici un document exploitable sur l’eau à Gaza extrait de l’ouvrage du dernier ouvrage de Jean Pierre Filiu, Un histoiren à Gaza, Les arènes, Paris, 2025. Jean Pierre Filiu est un historien spécialiste du Moyen-Orient et de Gaza. Il a notamment écrit une Histoire de Gaza. Il écrit notamment des chroniques dans Le Monde

« Gaza a été durant des millénaires une oasis réputée pour la richesse de sa végétation et la douceur de son climat. Le Wadi Gaza, cette « vallée de Gaza » qui débouche en Méditerranée, au sud de la cité éponyme, avait un débit bien plus important que le fameux Jourdain. Là rayonnait la zone humide la plus vaste de la Palestine historique, réputée pour ses vergers et ses palmeraies. La prospérité de Gaza reposait largement sur ses exportations de céréales et d’agrumes, les premières dominant la fin de la période ottomane, avant que les secondes prennent l’avantage durant le mandat britannique et l’administration égyptienne.

C’est l’occupation de 1967 qui fait basculer les ressources hydrauliques de Gaza sous la coupe d’Israël, avec d’abord l’implantation de Mekorot, la compagnie nationale des eaux de l’État hébreu, puis le détournement vers les colonies de peuplement. Celles-ci ont beau n’accueillir que quelques milliers de colons plutôt radicaux, elles accaparent un quart des terres de l’enclave palestinienne et une allocation disproportionnée de l’eau. La politique de la terre brûlée qui marque le retrait unilatéral de 2005 interdit à la population de Gaza de profiter des infrastructures établies au pro.t des colons.

L’armée israélienne veille à maintenir l’ensemble du territoire sous son étroite dépendance, un étau qui se resserre en 2007 après la prise de contrôle par le Hamas et l’instauration d’un blocus rigoureux. Cette mainmise israélienne, désormais à distance, aggrave un cercle vicieux où la pression démographique accentue la surexploitation de la nappe phréatique, de plus en plus infiltrée par l’eau de mer, elle-même de plus en plus contaminée par le déversement des eaux usées dans la Méditerranée. En 2021, seuls 7 % de la consommation en eau de la bande de Gaza sont fournis par trois centrales de désalinisation, qui assurent aussi la chloration de l’eau de mer, tandis que 13 % sont livrés par trois pipelines de Mekorot. Pour profiter de la qualité de l’eau israélienne, il faut être connecté à ce réseau, payer un surcoût et être en mesure de constituer des réserves, l’eau ne coulant que par intermittence. Les 80 % restants sont extraits de quelque trois cents puits, publics ou privés, forés dans la nappe phréatique. Cette eau est impropre à la consommation, sauf à être désalinisée et purifiée. À la veille du conflit en cours, l’allocation quotidienne en eau dans la bande de Gaza est d’environ 80 litres par personne, trois fois moins qu’en Israël. Elle a chuté, en ces derniers jours de 2024, à 9 litres par personne et par jour, dont seulement 2 litres d’eau potable, une moyenne qui masque de sérieuses disparités dans l’accès à une ressource devenue aussi rare. »

Témoignages. “Je m’emmerde, alors je tire” : les récits glaçants de soldats israéliens revenus de Gaza

Article du Courrier International, à lire ici

Des réservistes israéliens démobilisés après avoir combattu dans l’enclave palestinienne dénoncent l’absence quasi totale de règles d’engagement. Les soldats tirant à leur guise sur tout ce qui bouge, détruisant des immeubles et laissant derrière eux des rues jonchées de cadavres. Et ce, avec l’autorisation implicite de leurs supérieurs, raconte le média israélien “Siha Mekomit”.

Le 12 juin dernier, [la chaîne panarabe] Al-Jazeera diffusait des images d’exécutions sommaires présumées de Palestiniens, apparemment désarmés, par des soldats israéliens sur une plage de la bande de Gaza.

De telles images sont rares, en raison des contraintes strictes imposées par Tsahal [acronyme en hébreu désignant l’armée israélienne] aux journalistes israéliens et étrangers et aussi du danger encouru par la presse dans l’enclave assiégée.

Ces images concordent avec les témoignages de six réservistes israéliens recueillis après leur démobilisation. Corroborant les déclarations de médecins palestiniens indépendants, ces soldats affirment qu’ils étaient autorisés à ouvrir le feu contre des civils palestiniens sans restriction aucune.

Des cadavres livrés aux animaux errants

Ces six témoins, dont un seul n’a pas demandé l’anonymat, racontent comment les soldats israéliens exécutent des civils palestiniens simplement parce que ces derniers entrent dans une zone que l’armée a unilatéralement et sans avertissement suffisant décrétée comme interdite.

Les témoignages brossent, entre autres, le portrait d’un paysage jonché de cadavres exposés à la rapacité d’animaux errants. Tsahal se contente de les dissimuler dès qu’elle sait que des convois humanitaires internationaux vont arriver, “afin que les images de cadavres de Palestiniens à un stade avancé de décomposition ne ressortent pas”.

Deux soldats évoquent également une politique systématique consistant à incendier des immeubles palestiniens après y avoir séjourné.Les témoignages de ces soldats soulignent par ailleurs que leurs officiers les autorisent à tirer sans aucune retenue et à “se défouler” pour tuer leur ennui. “Les gars veulent vivre l’événement [pleinement]”, souligne S., un réserviste qui a servi dans le nord de la bande de Gaza.

“J’ai moi-même tiré dans tous les sens et sans raison aucune dans la mer, sur des trottoirs, contre des immeubles abandonnés et sur des Palestiniens présents au mauvais moment et au mauvais endroit”.

Dans le jargon de Tsahal, on appelle ça : “Je m’emmerde, alors je tire.”

“Les directives sont quasi inexistantes”

Depuis la fin des années 1980 [au moment de la première Intifada], l’armée israélienne refuse de divulguer ses règles d’engagement, malgré les demandes répétées de la Cour suprême [israélienne].

Selon le sociologue militaire Yagil Levy, depuis la seconde Intifada [2000-2005], “l’armée ne fixe plus aucune règle d’engagement aux soldats”, ce qui laisse une immense latitude aux réservistes et à leurs commandants. En plus d’avoir causé la mort de plus de 38 000 Palestiniens, “la quasi-inexistence de directives est également responsable du nombre élevé de soldats tués par des ‘tirs amis’ depuis le 7 octobre 2023”.

Le soldat B. explique qu’à Gaza, “il est difficile de distinguer les civils des miliciens du Hamas”, ces derniers “se promenant souvent sans leurs armes”. De ce fait :

“Tout homme âgé de 16 à 50 ans est soupçonné d’être un terroriste.”

Même dans les zones moins peuplées et calmes de Gaza, les soldats procèdent à des tirs lourds et intensifs. Dans certains cas, note-t-il, cela répond tout simplement à une autre directive officieuse : “Montrer que nous sommes là, montrer une présence.”

À lire aussi : Infographie. Que risqueraient vos amis si vous viviez à Gaza ?

M., un autre réserviste, confirme que ces ordres viennent directement des commandants de compagnies ou de bataillons sur le terrain. “Lorsqu’il n’y a pas [d’autres] forces que Tsahal [dans la zone]… les tirs se font sans aucune restriction, c’est complètement dingue. Tout y passe : les armes légères, évidemment, mais aussi les mitrailleuses, les tirs de mortiers et les obus de chars.”

Et M., de poursuivre : “En l’absence d’ordres formels, de nombreux soldats sur le terrain se vengent [du 7 octobre] et se font ‘justice’ eux-mêmes, sans que l’échelon supérieur de l’armée ne juge bon d’intervenir.”

“Comme un jeu vidéo”

Un seul des soldats interrogés dans le cadre de cette enquête a accepté d’être identifié nommément : Yuval Green, un réserviste de 26 ans originaire de Jérusalem, qui a servi dans la 55e brigade de parachutistes en novembre et décembre 2023 et a récemment signé une lettre de 41 réservistes déclarant leur refus de continuer à servir à Gaza, à la suite de l’invasion de Rafah par l’armée. “Il n’y avait aucune restriction sur les munitions”, s’étrangle Yuval Green :

“Les soldats tiraient juste pour ne plus s’emmerder.”

Pour Green, l’absence de règles d’engagement officielles démontre également une profonde indifférence à l’égard du sort des otages. “Ils m’ont parlé d’une pratique consistant à faire sauter des tunnels et je me suis dit que s’il y avait des otages [à l’intérieur], cela les tuerait, ce qui m’a valu plusieurs rappels à l’ordre.” Après que, pensant qu’il s’agissait de Palestiniens, des soldats basés à Shujaiya [un quartier de la ville de Gaza] ont abattu [en décembre 2023] trois otages israéliens brandissant des drapeaux blancs, Green a exprimé sa colère, mais on lui a répondu : “C’est comme ça, on n’y peut rien.”

A. explique que “tirer sur des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, des institutions religieuses et des bâtiments d’organisations internationales suppose a priori une autorisation de l’état-major. Mais, dans les faits, je peux compter sur les doigts d’une seule main les cas où on nous a demandé de ne pas ouvrir le feu.” Et A. de poursuivre : “L’état d’esprit se résume par ‘d’abord tirer, ensuite penser’. Le consensus implicite est que personne ne versera une larme si nous rasons, même sans raison aucune, tout un immeuble palestinien.”

A. continue en affirmant avoir vu des images capturées par des drones israéliens. “De temps en temps, un bâtiment s’effondre, mais on n’entend rien, c’est juste une image. Le sentiment est ‘wow, c’est dingue, quel pied !’ Même moi, qui suis plutôt situé à gauche, j’ai très vite oublié qu’il s’agissait de vrais immeubles avec de vrais habitants à l’intérieur. C’était comme un jeu vidéo. Il m’a fallu deux grosses semaines avant d’admettre que c’étaient de vrais bâtiments qui s’effondraient et ensevelissaient de vrais civils.”

Les civils, cibles régulières

Plusieurs soldats témoignent de ce que la politique de tir permissive induite par les commandants autorise de facto les unités israéliennes à tuer des civils palestiniens même lorsqu’ils sont identifiés comme tels.

D., un autre réserviste, explique que sa brigade était stationnée à côté de deux couloirs dits “humanitaires”, l’un pour les organisations humanitaires et l’autre pour les civils fuyant le nord vers le sud de la bande de Gaza. Dans la zone d’opération de sa brigade, ils ont institué une politique de “ligne rouge, ligne verte”, délimitant les zones où il était interdit aux civils d’entrer.

Selon D., les organisations humanitaires sont autorisées à se rendre dans ces zones avec une coordination préalable. Mais pour les Palestiniens, c’est différent. “Quiconque pénètre dans une zone rouge devient une cible”, explique-t-il, certifiant que ces zones, censément signalées aux civils, ne le sont en fait absolument pas. “S’ils franchissent la ligne rouge, on le signale par radio même si, dans les faits, nous savons que l’autorisation de Tsahal va tomber de soi : ‘Vous pouvez tirer.’”

D. explique que tout le monde [au sein de Tsahal] sait que des civils [palestiniens] viennent souvent dans les zones de transit des convois humanitaires pour ramasser des produits alimentaires tombés des camions. Néanmoins, la politique officieuse de Tsahal reste de tirer sur tout ce qui bouge et sur quiconque essaie de franchir des lignes dont le tracé est connu des seuls soldats israéliens. “Ces civils sont clairement des réfugiés, ils sont désespérés, ils n’ont plus rien.” Pourtant, depuis les premiers mois de la guerre, “chaque jour, il y a deux ou trois incidents avec des personnes innocentes ou [des personnes] soupçonnées d’être envoyées par le Hamas comme observateurs” et que les soldats de son bataillon abattent sans sourciller.

“Tout pue la mort”

Les soldats interviewés assurent que, dans toute la bande de Gaza, les cadavres de civils palestiniens restent éparpillés le long des routes et dans les champs. Le soldat S. raconte :

“Tous ces endroits sont jonchés de cadavres que nous laissons à la merci de chiens errants, de veaux abandonnés et de chevaux désemparés. Nous ne voulons pas que ces animaux s’approchent de nous. Mais, du coup, nous voyons souvent des chiens errants se promener avec des morceaux de viande arrachés aux cadavres putréfiés de Palestiniens que nous avons laissés derrière nous après notre passage. Tout pue la mort.”

Mais, avant chaque arrivée de convois humanitaires, continue S., les corps sont évacués. “Un D9 [bulldozer blindé Caterpillar] accompagné d’un char, vient ramasser les cadavres et les enterre sous les décombres, pour que les humanitaires ne les voient pas et pour qu’il n’y ait aucune image de cadavres palestiniens à un stade avancé de décomposition, des cadavres qui sont majoritairement ceux de civils [palestiniens] : des femmes et des enfants, voire des familles entières. Dans mon secteur, chaque jour, au moins un ou deux civils étaient abattus à bout portant parce qu’ils circulaient dans une zone interdite dont on ne les avait pas informés. Je ne sais pas qui était terroriste et qui ne l’était pas, mais la plupart d’entre eux ne portaient pas d’armes.”

“Les soldats israéliens ne s’occupent pas des corps, confirme B. Si ces cadavres gênent, on les met de côté ou on prétend que nos soldats ont marché dessus par erreur.”

Le mois dernier, Guy Zaken, un soldat qui conduisait un bulldozer D9 à Gaza, a déclaré devant une commission parlementaire de la Knesset que lui et son unité avaient, littéralement, “aplati des centaines de terroristes supposés, morts ou vivants”. Aucun député n’a bronché. Mais un soldat de son unité de bulldozers s’est suicidé par la suite.

La routine des immeubles pillés, brûlés et détruits

Deux des soldats interrogés décrivent également comment incendier des immeubles palestiniens est devenu une routine. Green a personnellement été témoin de deux cas de ce type : le premier, une initiative indépendante d’un soldat, et le second, un ordre d’un commandant. C’est, entre autres, une des raisons qui l’a amené à déserter.

Lorsque les soldats occupent des immeubles civils, témoigne Yuval Green, la politique est la suivante : “Après y avoir séjourné, vous avez l’ordre d’incendier l’immeuble.” Pourtant, pour Green, cela n’a aucun sens : “Nous occupons ces immeubles non pas parce qu’ils appartiennent à des membres du Hamas, mais parce qu’ils nous servent sur un plan purement opérationnel. Détruire gratuitement un immeuble abritant trois ou quatre familles signifie qu’elles se retrouveront sans abri.”

“J’ai interrogé le commandant de ma compagnie, lequel m’a répondu qu’aucun équipement militaire ne pouvait être laissé sur place et qu’il ne fallait pas que l’ennemi découvre nos règles d’engagement”, poursuit Green. “Cet argument ne tenant absolument pas la route, mon commandant s’est ensuite ‘démasqué’ en se déplaçant sur le terrain de la pure vengeance et en affirmant que l’état-major [de Tsahal] avait décidé de lâcher la bride à nos soldats.”

Yuval Green explique que les destructions causées par l’armée [israélienne] à Gaza sont “inimaginables”. Au début des combats, raconte-t-il, les soldats avançaient entre des immeubles distants de 50 mètres les uns des autres et de nombreux soldats “traitaient ces bâtiments [comme] des boutiques de souvenirs”, taguant tous les murs d’insultes salaces en hébreu et pillant tout ce que les propriétaires [palestiniens] n’avaient pas eu le temps d’emporter avec eux : des vêtements et, surtout, des photos de famille. Green conclut :

“Nous avons anéanti tout ce qu’il était possible d’anéantir.”

“Pas par simple nécessité de nous défendre, mais par un pur désir de vengeance et une indifférence totale envers tout ce qui est palestinien. Je n’oublierai jamais à quelle vitesse des quartiers entiers, pleins de vie et presque bucoliques peuvent être réduits en amas de sable.”

Oren Ziv

Lire l’article original

La Knesset rejette toute création d’un État palestinien

L’Humanité, 19-17-2024, Pierre Barbancey

© UPI/ABACA

Proche-Orient Alors que les bombardements s’intensifient sur Gaza, les députés du Parlement israélien ont confirmé leur opposition à une solution à deux États. Seuls les élus communistes et arabes ont voté contre cette résolution.

La proposition n’est pas venue de l’extrême droite mais de la droite israélienne. Le New Hope-The United Right (Nouvel Espoir-la Droite unie), une scission du Likoud de Benyamin Netanyahou, a présenté une résolution, le 18 juillet au matin, devant la Knesset (le Parlement israélien) dans laquelle il est mentionné que « l’établissement d’un État palestinien au coeur de la terre d’Israël constituerait une menace existentielle pour l’État d’Israël et ses citoyens, perpétuerait le conflit israélo-palestinien et déstabiliserait la région ».

Le président de Nouvel Espoir, Gideon Sa’ar, a expliqué que « la décision de résolution est destinée à exprimer l’opposition générale qui existe parmi le peuple (israélien) à l’établissement d’un État palestinien, ce qui mettrait en danger la sécurité et l’avenir d’Israël ». La résolution « signale à la communauté internationale que la pression pour imposer un État palestinien à Israël est futile ».

Une motion votée par 68 députés, sur les 120 que compte la Knesset, 9 s’y opposant (ceux du groupe communiste et Taal, ainsi que les parlementaires arabes de Raam et Avoda). Aucun parti sioniste ne s’est exprimé contre. Un vote que l’organisation La paix maintenant a qualifié de « populiste, nuisible et préjudiciable aux chances d’un accord régional et de mettre fin à la guerre ».

Les travaillistes se sont abstenus et les députés du parti Yesh Atid, du chef de l’opposition Yaïr Lapid, ont quitté la séance. L’ancien ministre de la Défense, Benny Gantz, et les parlementaires de l’Unité nationale ont voté en faveur de cette résolution « exprimant son opposition à un État palestinien », car la création de celui-ci serait perçue comme « une récompense pour la terreur et le Hamas », après le massacre du 7 octobre. Le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, du Parti sioniste religieux, s’est exclamé sur X : « Avec une majorité décisive de 68 contre 9, la Knesset a voté contre l’établissement d’un État terroriste arabe en Israël, pas maintenant, pas à l’avenir, pas unilatéralement et pas dans un accord. Le réveil de l’écrasante majorité de la société israélienne est incroyable. C’est maintenant le temps de la souveraineté. » Une allusion directe à l’annexion de la Cisjordanie.

Pour le député communiste Ayman Odeh, « ceux qui ont voté contre un État palestinien ne veulent pas la paix et ne veulent pas de sécurité, et surtout ne veulent pas de justice. Celui qui met sa voix contre la paix et la sécurité est un traître aux véritables intérêts de son peuple. Il y aura un État palestinien à côté de l’État d’Israël. Tout le monde sera en sécurité. Il y aura aussi la paix. La question est de savoir combien de morts nous devrons enterrer, combien d’êtres chers nous devrons pleurer jusqu’à ce que nous y arrivions. » Hussein Al Sheikh, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), estime que la décision de la Knesset confirme le « racisme  » d’Israël, « le mépris du droit international » et « la politique visant à perpétuer l’occupation ».

En Cisjordanie, les colons se déchaînent

Formellement, ce vote n’a aucune portée. Il revêt pourtant une importance politique forte. D’abord, il met en lumière le refus d’un État palestinien de la part de la majorité des députés israéliens, et pas seulement de Netanyahou et de l’extrême droite. Depuis plusieurs semaines, les États-Unis n’ont pas caché leur préférence pour un Benny Gantz, qui, à leurs yeux, serait plus rassembleur et apte à mettre fin à la guerre.

Mais cet ancien chef d’état-major a montré son véritable visage, qui n’est guère différent de celui d’un Netanyahou. Car, s’il est important d’arriver à un cessez-le-feu pour que la population de Gaza ne disparaisse pas tout entière sous les bombes, il convient également de préparer l’avenir, c’est-à-dire la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien.

Netanyahou doit s’exprimer devant le Congrès des États-Unis, le 24 juillet, et rencontrer Joe Biden à la Maison-Blanche. Il vient d’ores et déjà d’envoyer un message clair au monde entier et à tous ceux qui, depuis le 7 octobre, le soutiennent et ne tentent pas d’arrêter sa politique génocidaire à Gaza et de nettoyage ethnique en Cisjordanie, où les colons se déchaînent. Benyamin Netanyahou fait un bras d’honneur au droit international et à la justice. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait délivrer un mandat d’arrêt à son encontre d’ici à deux semaines et, ce 19 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) rendra publiques ses conclusions concernant les « conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». Rien de mieux que la guerre pour échapper à toutes poursuites.

Le Monde du 4 mai 2024, L’armée reconfigure la bande de Gaza à sa main

Un article très intéressant sur le conflit israélo-palestinien.

L’article sur le site du Monde:

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/05/03/comment-israel-remodele-la-bande-de-gaza-selon-ses-besoins-securitaires_6231297_3210.html

Guerre Israël-Hamas : le témoignage du grand reporter Samuel Forey

Par Julien Van Caeyseele , Publié le 15 Oct 23 à 13:56, Actu.fr

Originaire de Fontainebleau, le journaliste Samuel Forey habite désormais Jérusalem. Après l’attaque du Hamas, il s’est rendu à la frontière avec la bande de Gaza. Interview.

Alors qu’il devait revenir à Fontainebleau – la ville qui l’a vu grandir – en ce mois d’octobre, le reporter de guerre Samuel Forey, lauréat du prix Albert-Londres en 2017, a dû revoir ses plans en raison de l’actualité : l’attaque du Hamas en Israël, au matin du samedi 7 octobre 2023.

La République de Seine-et-Marne : où vous trouviez-vous lorsque des combattants du Hamas ont lancé l’attaque sur le territoire d’Israël, samedi 7 octobre ?

Samuel Forey : J’étais chez moi avec mon fils, à Jérusalem. C’est sur les réseaux sociaux que j’ai appris le début de l’attaque. Il a fallu être très réactif et j’ai commencé à travailler depuis chez moi, à la publication d’un article pour Le Monde. J’ai ensuite fait garder mon fils et je suis immédiatement parti pour le sud, dans la partie la plus proche de la bande de Gaza. Cette incursion en territoire israélien est sans précédent.

En 2017, le jury du prix Albert-Londres avait évoqué votre « courage et un sens du terrain évidents ». C’est ce qui vous pousse à aller au plus près du danger ?

Il est nécessaire d’aller où cela se passe, même si dans ce cas, il est impossible de prendre tout de suite la mesure de l’événement. Au départ, je ne savais pas trop comment procéder, alors je suis allé à Sdérot, la seule partie qui avait été reprise.

Cette zone à un kilomètre de la bande de Gaza a été parmi les villes les plus touchées. C’est l’essence-même de ce métier : aller voir, rendre compte. Ils ont attaqué des villages, des villes, des commissariats, des militaires. C’était une attaque globale.

Vous parlez du jour où le Hamas a fait vaciller Israël…

Après un premier reportage sur le carnage dans les rues de Sdérot, on m’a demandé de faire un premier retour sur ce week-end terrible. Malgré cela, il faut faire sens de la situation, garder la tête froide, prendre de la distance et rester concentré sur l’objectif : raconter la situation et s’en tenir aux faits.

Vous vous êtes rendu dans le kibboutz de Kfar Aza avec l’armée israélienne. Certains médias évoquent 40 bébés morts, dont certains décapités (lire ci-contre). Avez-vous été témoin de telles exactions ?

La situation à Kfar Aza était terrible et je prends conscience chaque jour un peu plus de l’ampleur de ce drame. J’essaye d’être le plus précis possible. A Kfar Aza, personne ne m’a parlé de décapitations. J’ai vérifié auprès de services de secours qui n’ont pas été témoins de telles exactions, sans dire que cela n’a pas existé. Je ne minimise pas les atrocités commises par le Hamas, je les ai documentées dans un reportage. Mais je ne peux pas, à l’heure actuelle, vérifier ces éléments (interview réalisée mercredi 11 octobre, 2023).

De quelle manière procédez-vous ?

On ne peut pas se contenter du témoignage de soldats qui parlent de 40 enfants décapités, surtout dans une situation qui est tellement politisée. D’une manière générale, il est très difficile de vérifier l’information, vu le contexte.

Le rôle du journaliste, c’est aussi de dire quand il ne sait pas. Le conflit israélo-palestinien est un terrain hyper sensible où, chaque fois que l’on évoque quelque chose, tout le monde pousse des hauts cris. Il faut sans cesse se concentrer sur les faits.

Comment rester objectif, vu l’émotion ?

Il faut revenir aux fondamentaux. L’enjeu est simple : avoir une approche au plus près du réel. Et pour cela, il faut obtenir un maximum de points de vue sur une même situation. Je cherche toujours les interlocuteurs les plus fiables, sincères et je m’assure qu’ils ne racontent pas d’histoires…

Dans votre livre, vous racontez vos années passées en Égypte, en Syrie, en Irak… Cela a-t-il changé vos manières de travailler ?

Ça m’a appris à mieux connaître la région, à travailler en profondeur et avoir une vision sur le long terme. Ça fait 15 ans que je m’intéresse à cette partie du monde. Avant cette attaque atroce, le conflit était bloqué. Le Hamas a changé la réalité. Il est impossible de présager de la suite, mais nous sommes proches d’un énorme bouleversement régional.

Comment est née en vous l’idée de devenir reporter de guerre ?

Au départ, c’est peut-être un rêve de petit garçon, mais c’est aussi quelque chose de plus profond, lié à la mort de mes parents. Cela a créé chez moi l’envie de savoir ce qu’il se passe. C’est un métier complexe qui mène à essayer de voir le réel dans un univers hostile et difficile à comprendre.

C’est ce métier qui vous a poussé à quitter Fontainebleau à 18 ans…

J’ai trouvé, au Moyen-Orient, le moyen de travailler sur moi-même. La forêt de Fontainebleau me manquait beaucoup, surtout dans le désert, mais je voulais un ailleurs pour mieux me comprendre moi-même… et me permettre aussi de mieux comprendre les autres.

En 2017, vous avez été blessé, à Mossoul, en Irak, lors de l’explosion d’une mine. La prise de risques fait partie de votre quotidien. Comment l’abordez-vous ?

Quand on travaille dans un environnement compliqué, si on veut avoir de l’information, il n’y a pas vraiment le choix. Il ne faut pas prendre des risques pour prendre des risques, mais c’est parfois nécessaire pour avoir une bonne compréhension de l’information. Ça ne vaut pas le coup de mourir pour un article, mais je suis conscient que cela peut arriver.

D’où vient le titre de votre livre, Les Aurores incertaines ?

Le titre vient du Discours à la jeunesse, de Jean Jaurès : ‘La nuit de la servitude et de l’ignorance ne sera pas dissipée par une illumination soudaine, mais terminée par une lente série d’aurores incertaines.’ Cette phrase, que j’ai découverte bien avant l’écriture de mon livre, en 2017, m’a guidé.

De quelle manière ?

J’ai compris que tout s’ancrait dans un temps long : on n’abat pas un dictateur dans un grand soir, c’est un processus beaucoup plus compliqué… Pareil pour la guerre. On a tous nos nuits et nos aurores.

J’assume aussi la consonance entre aurores et horreurs, montrer les ambiguïtés auxquelles nous sommes confrontés quand on couvre ces événements. C’est très ambivalent : on passe de danses de joie à des danses macabres. Des moments d’humanité, d’horreur, tout est entremêlé.

Vous deviez rencontrer des lycéens de Fontainebleau, que leur direz-vous quand vous reviendrez ?

Qu’ils deviennent eux-mêmes.

Samuel Forey, lauréat du prix Albert-Londres en 2017

« Des histoires, des images, des dialogues… Du journalisme de guerre à hauteur d’hommes, attentif aux gestes et aux regards, aux guerriers et aux civils, aux armes des djihadistes comme aux roses d’un jardin de la vieille ville. » Voici le commentaire du jury du prix Albert-Londres en 2017, pour évoquer le journaliste Samuel Forey, lauréat de la 79e édition de la prestigieuse récompense journalistique, dans la catégorie presse écrite.

Le grand reporter, originaire de Fontainebleau avait été primé pour son travail de couverture de la bataille de Mossoul, en Irak, publié dans Le Figaro. Les anciens lauréats avaient également évoqué sa « justesse de regard et une écriture d’une vivacité, d’une tendresse et d’un humanisme qui le classent à l’évidence dans la lignée d’Albert Londres ».

L’actualité du conflit israélo-palestinien

La page est actualisée en même temps que le conflit suit malheureusement son cours

Le conflit israélo-palestinien: bref historique pour le comprendre:

Le dessous des cartes, les cartes du Hamas : Sur l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023:

Le Dessous des Cartes: le conflit Israël-Palestine, Les différentes guerres israélo-arabes

Le Dessous des Cartes: Entretien avec Jean Pierre Filiu, auteur de l’Histoire de Gaza, 2012:

Un jour, une actu, c’est quoi la bande de Gaza :

https://www.1jour1actu.com/monde/cest-quoi-la-bande-de-gaza

Un jour, une actu, que s’est-il passé en Israël? :

A lire en ligne: le témoignage du reporter de guerre Samuel Forey:

Les débats sur le journal La Croix, du 24-10-2023, La voix de la France est-elle encore audible au Proche-Orient?

« La guerre juste n’existe pas en droit International », F. Bouchet-Saulnier, conseillère stratégique de Médecins Sans Frontière (MSF) en droit international humanitaire, dans La Croix du 23-10-2023

Paroles d’experts sur le conflit israélo-palestinien dans le cadre de la Commission de la Défense

COMMISSION DE LA DÉFENSE : M. JEAN-PAUL CHAGNOLLAUD, DIR. DE L’INSTITUT DE RECHERCHE ET D’ÉTUDES MÉDITERRANÉE MOYEN-ORIENT, M. SAMY COHEN, DIR. DE RECHERCHE ÉMÉRITE À SCIENCES-PO ET M. MARC HECKER, DIR. DE LA RECHERCHE ET DE LA VALORISATION IFRI

Rapport de l’UNICEF : Israël-Palestine : des milliers d’enfants usés par la guerre, 12/08/2024 (clique sur l’image)

La page ressources avec des articles, données historiques sur l’origine du conflit: