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La Knesset rejette toute création d’un État palestinien

L’Humanité, 19-17-2024, Pierre Barbancey

© UPI/ABACA

Proche-Orient Alors que les bombardements s’intensifient sur Gaza, les députés du Parlement israélien ont confirmé leur opposition à une solution à deux États. Seuls les élus communistes et arabes ont voté contre cette résolution.

La proposition n’est pas venue de l’extrême droite mais de la droite israélienne. Le New Hope-The United Right (Nouvel Espoir-la Droite unie), une scission du Likoud de Benyamin Netanyahou, a présenté une résolution, le 18 juillet au matin, devant la Knesset (le Parlement israélien) dans laquelle il est mentionné que « l’établissement d’un État palestinien au coeur de la terre d’Israël constituerait une menace existentielle pour l’État d’Israël et ses citoyens, perpétuerait le conflit israélo-palestinien et déstabiliserait la région ».

Le président de Nouvel Espoir, Gideon Sa’ar, a expliqué que « la décision de résolution est destinée à exprimer l’opposition générale qui existe parmi le peuple (israélien) à l’établissement d’un État palestinien, ce qui mettrait en danger la sécurité et l’avenir d’Israël ». La résolution « signale à la communauté internationale que la pression pour imposer un État palestinien à Israël est futile ».

Une motion votée par 68 députés, sur les 120 que compte la Knesset, 9 s’y opposant (ceux du groupe communiste et Taal, ainsi que les parlementaires arabes de Raam et Avoda). Aucun parti sioniste ne s’est exprimé contre. Un vote que l’organisation La paix maintenant a qualifié de « populiste, nuisible et préjudiciable aux chances d’un accord régional et de mettre fin à la guerre ».

Les travaillistes se sont abstenus et les députés du parti Yesh Atid, du chef de l’opposition Yaïr Lapid, ont quitté la séance. L’ancien ministre de la Défense, Benny Gantz, et les parlementaires de l’Unité nationale ont voté en faveur de cette résolution « exprimant son opposition à un État palestinien », car la création de celui-ci serait perçue comme « une récompense pour la terreur et le Hamas », après le massacre du 7 octobre. Le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, du Parti sioniste religieux, s’est exclamé sur X : « Avec une majorité décisive de 68 contre 9, la Knesset a voté contre l’établissement d’un État terroriste arabe en Israël, pas maintenant, pas à l’avenir, pas unilatéralement et pas dans un accord. Le réveil de l’écrasante majorité de la société israélienne est incroyable. C’est maintenant le temps de la souveraineté. » Une allusion directe à l’annexion de la Cisjordanie.

Pour le député communiste Ayman Odeh, « ceux qui ont voté contre un État palestinien ne veulent pas la paix et ne veulent pas de sécurité, et surtout ne veulent pas de justice. Celui qui met sa voix contre la paix et la sécurité est un traître aux véritables intérêts de son peuple. Il y aura un État palestinien à côté de l’État d’Israël. Tout le monde sera en sécurité. Il y aura aussi la paix. La question est de savoir combien de morts nous devrons enterrer, combien d’êtres chers nous devrons pleurer jusqu’à ce que nous y arrivions. » Hussein Al Sheikh, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), estime que la décision de la Knesset confirme le « racisme  » d’Israël, « le mépris du droit international » et « la politique visant à perpétuer l’occupation ».

En Cisjordanie, les colons se déchaînent

Formellement, ce vote n’a aucune portée. Il revêt pourtant une importance politique forte. D’abord, il met en lumière le refus d’un État palestinien de la part de la majorité des députés israéliens, et pas seulement de Netanyahou et de l’extrême droite. Depuis plusieurs semaines, les États-Unis n’ont pas caché leur préférence pour un Benny Gantz, qui, à leurs yeux, serait plus rassembleur et apte à mettre fin à la guerre.

Mais cet ancien chef d’état-major a montré son véritable visage, qui n’est guère différent de celui d’un Netanyahou. Car, s’il est important d’arriver à un cessez-le-feu pour que la population de Gaza ne disparaisse pas tout entière sous les bombes, il convient également de préparer l’avenir, c’est-à-dire la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien.

Netanyahou doit s’exprimer devant le Congrès des États-Unis, le 24 juillet, et rencontrer Joe Biden à la Maison-Blanche. Il vient d’ores et déjà d’envoyer un message clair au monde entier et à tous ceux qui, depuis le 7 octobre, le soutiennent et ne tentent pas d’arrêter sa politique génocidaire à Gaza et de nettoyage ethnique en Cisjordanie, où les colons se déchaînent. Benyamin Netanyahou fait un bras d’honneur au droit international et à la justice. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait délivrer un mandat d’arrêt à son encontre d’ici à deux semaines et, ce 19 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) rendra publiques ses conclusions concernant les « conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». Rien de mieux que la guerre pour échapper à toutes poursuites.

Pour comprendre la situation en Nouvelle Calédonie

Une interview très intéressante de Michel Naepels issue du magazine L’Histoire, à retrouver ici. Cet article retrace l’histoire de la colonisation, de l’intégration à la France et des tensions en Nouvelle Calédonie. Il permet d’avoir un contexte pour comprendre la situation actuelle, loin du traitement médiatique immédiat qui peut être fait.

La Nouvelle-Calédonie : « Une colonisation pas comme les autres »

Michel Naepels dans mensuel 452
daté octobre 2018 – 3660 mots Gratuit

Le 4 novembre 2018, les Néo-Calédoniens sont appelés à se prononcer pour ou contre l’indépendance. L’occasion pour Michel Naepels de revenir sur le passé colonial de l’archipel, de la colonie pénitentiaire de Napoléon III au drame de la grotte d’Ouvéa, en passant par la lente émergence des revendications kanakes.

L’Histoire : Qu’allaient faire les Français en Nouvelle-Calédonie au milieu du XIXe siècle ?

Michel Naepels : Lorsque Napoléon III prend possession de la Nouvelle-Calédonie le 24 septembre 1853 – c’est-à-dire lorsque le contre-amiral Auguste Febvrier-Despointes y proclame la souveraineté française -, il n’a pas de projet colonial fort. Il le fait à la demande des missionnaires catholiques et des marins français pour assurer leur présence dans une zone du Pacifique dominée par les Britanniques, déjà établis en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Ces missionnaires, installés depuis une dizaine d’années au nord de la Grande Terre (l’île principale de la Nouvelle-Calédonie), à Balade, Poum et Tiwaka (aujourd’hui Poindimié), s’inquiètent de l’influence prise par les missions évangéliques anglaises dans l’archipel. Quant aux marins, ils souhaitent prendre part aux échanges commerciaux qui, depuis les années 1810, mettent en relation les Kanaks, population originelle de l’île, avec les Britanniques : baleiniers d’abord, santaliers australiens (faisant le commerce du bois de santal) ensuite, qui laissent parfois des agents collecteurs sur la côte.

En 1854, les Français s’implantent donc à Nouméa, au sud de la Grande Terre, où ils fondent une ville d’administration et de garnison de marine. Ils envoient des navires de guerre pour réprimer les Kanaks chaque fois qu’est portée atteinte à des Européens ou à leurs biens, qu’il s’agisse ou non de Français, de religieux ou de colons. Cette politique de la canonnière, à une époque où la présence coloniale est extrêmement fragile et dépendante de ses relations avec les indigènes, a pu être instrumentalisée par les Kanaks dans le cadre de rivalités internes. En 1856, par exemple, après la disparition de sept chercheurs d’or français et suisses, des vaisseaux sont déployés face à Houaïlou, sur le littoral oriental, où, selon les renseignements fournis par des alliés océaniens de Canala, se trouveraient les coupables. Trois villages sont dévastés, maisons et champs détruits, une trentaine d’hommes sont tués. Or nous sommes à peu près sûrs aujourd’hui qu’aucun habitant de ces villages n’a été mêlé, de près ou de loin, aux meurtres.

En 1863, la donne change : en raison de la très forte mortalité dans le bagne de Guyane, Napoléon III décide de faire de la Nouvelle-Calédonie un second bagne ultramarin.

Le sort de la Nouvelle-Calédonie est scellé : elle sera une colonie de peuplement. Ce ne sont pas les richesses convoitées par la puissance coloniale qui ont déterminé le destin de ce territoire, même si 1863 est aussi l’année où Jules Garnier identifie d’immenses ressources de nickel sur la Grande Terre.

Bagne Nouvelle-Calédonie 1877
Allée des dortoirs des condamnés au pénitencier de l’île Nou, surnommée « le boulevard du crime », vers 1877.
© Collection S.Kakou/Kharbine-Tapabor.

Qui sont les Kanaks ?

Le terme « Kanak » est issu d’un mot polynésien (hawaïen), kanaka signifiant « être humain ». Ce mot désigna tout au long du XIXe siècle dans les langues européennes les Mélanésiens de la Nouvelle-Guinée à la Nouvelle-Calédonie. Le mot « Canaque » est devenu très péjoratif au XXe siècle – ce qu’il demeure en Allemagne, où « Kanak » est une insulte raciste qui a perduré après la perte de ses territoires coloniaux de Nouvelle-Guinée en 1918. En Nouvelle-Calédonie, les termes « indigène » et « Mélanésien » s’y sont progressivement substitués, avant que l’affirmation nationaliste des colonisés ne les conduise à une réappropriation positive du terme « Kanak » marquant à la fois leur fierté et leur unité.

Les Kanaks sont arrivés dans l’archipel qu’on appelle maintenant la Nouvelle-Calédonie – ou Kanaky pour les indépendantistes – il y a environ 3 200 ou 3 000 ans, dans le mouvement d’expansion humaine ayant peuplé sur de grandes pirogues à voile l’immensité du Pacifique insulaire depuis les îles orientales de la Nouvelle-Guinée. Ils se sont installés en maîtrisant la poterie, la sculpture, et une agriculture sophistiquée (igname, taro, canne à sucre, etc.), et ont développé un système de tarodières (champs de taros) irriguées en terrasses et de billons (ou buttes) où sont plantées les ignames.

Organisés autour d’unités politiques ou « chefferies » de taille variable, les Kanaks avaient tissé avant la colonisation des relations avec d’autres archipels (le Vanuatu, Samoa, Wallis-et-Futuna, etc.). Plus de 30 langues différentes étaient parlées par les Kanaks au milieu du XXe siècle.

Case kanak
Case d’un village kanak à Sarraméa, 1866.
© E. De Greslan, Album Robin-De Greslan, Collection service des archives de la Nouvelle-Calédonie.

Qui sont les colons ?

Michel Naepels : Jusqu’au début du XXe siècle, les bagnards représentent l’essentiel du colonat calédonien. Parmi eux, on distingue :

1) les « transportés », condamnés à de longues peines de travaux forcés, souvent doublées, à leur libération, d’une obligation de séjour sur l’île – mais beaucoup meurent avant de sortir du bagne et les autres ont les plus grandes difficultés à trouver une épouse et à fonder une famille ;

2) les « relégués », vagabonds des faubourgs condamnés à de faibles peines d’emprisonnement sans travaux forcés, mais assorties d’une interdiction de retour en métropole une fois leur peine purgée ;

3) les « déportés », condamnés politiques à l’exil. Parmi eux, deux groupes importants : les communards, dont la célèbre Louise Michel (1830-1905) arrivée en 1873, et les insurgés kabyles, arrivés en 1872.

Les premiers, amnistiés en 1879, regagneront presque tous la métropole, les seconds resteront et intégreront progressivement la société coloniale. Leurs descendants, qu’on appelle aujourd’hui les « Arabes », appartiennent à la communauté des « Européens ». Au total, entre 1864, date de l’arrivée du premier convoi de condamnés, et 1897, celle du dernier, ce sont environ 20 000 transportés, 4 000 relégués et 4 000 déportés qui sont conduits en Nouvelle-Calédonie.

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A côté de ce noyau pénitentiaire, on trouve des colons libres (un millier en 1866, un peu moins de 10 000 trente ans plus tard) : des cultivateurs européens, venus par exemple de la Réunion dans les années 1860 après une crise sucrière, mais aussi des fonctionnaires civils ou militaires, dont certains restent sur place au terme de leur mission, et des commerçants. Ce sont ces derniers groupes qui constituent la bourgeoisie de Nouméa, investissent dans les mines et détiennent le pouvoir économique dans l’archipel.

Avec la prise de fonction, en 1894, du gouverneur Feillet, qui souhaite « fermer le robinet d’eau sale », le projet colonial s’infléchit : d’un projet de peuplement pénitentiaire on passe à un projet de peuplement libre. Alors que la Nouvelle-Calédonie avait permis, dans un premier temps, de régler partiellement la question pénitentiaire, elle apparaît désormais comme une solution alternative, certes très marginale, à l’exode rural et à la formation de « classes dangereuses » en périphérie des villes de métropole, en offrant à quelques familles de paysans la possibilité de poursuivre une activité agricole, en l’espèce : l’élevage extensif de bovins, appuyé sur une main-d’oeuvre kanake et javanaise à bas coût.

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Dans les vingt premières années d’existence de la colonie, certains Européens s’implantent spontanément en différents points de la Grande Terre, parfois isolément, parfois les uns à côté des autres, en négociant leur présence auprès des Kanaks.

Mais la colonisation procède essentiellement en tache d’huile à partir de centres : Nouméa et son bagne de l’île Nou, puis, plus au nord, les bourgs ruraux et pénitentiaires de La Foa, Bourail et Pouembout, le bourg rural de Koné et, dans une moindre mesure, sur la côte est, où la présence européenne est restée modeste, à proximité des mines de Houaïlou et de Canala, qui emploient notamment des travailleurs vietnamiens.

Carte-Reserve-Kanak
C’est essentiellement à partir de « centres » implantés le long de la côte sud-ouest, souvent pénitentiaires, qu’a procédé, en tache d’huile, la colonisation des terres kanakes : Nouméa, l’île Nou et la presqu’île de Ducos, La Foa, Bourail, Koné. La répression de la révolte de 1878 permet aux colons d’opérer la jonction entre ces différents centres. Le gouverneur Feillet retire ensuite aux Kanaks les dernières bonnes terres dont ils disposaient et achève leur mise en réserve.

Cette prise de possession de terres ne provoque-t-elle pas de résistance de la part des Kanaks ?

Michel Naepels : Une multitude d’incidents localisés, d’incendies de maisons, de meurtres visant les plus agressifs des colons ou des missionnaires européens, ou leurs alliés locaux, ponctuent les trente premières années de la colonie. En juin 1878, après d’importantes spoliations foncières en 1876, et à l’occasion d’une grande sécheresse, les Kanaks, dirigé par Ataï, lancent, dans le centre-ouest de l’île, une série d’opérations militaires concertées contre les Européens, mobilisant des réseaux souvent éloignés.

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-francais/19-juillet-1876/653/1975789/2?fit=2189.552.468.510

Faut-il parler d’un soulèvement anticolonial ou d’un règlement de comptes avec des colons qui s’étaient mal comportés ? Toujours est-il que la répression est terrible : l’armée coloniale, les colons libres et pénaux et leurs auxiliaires indigènes tuent 2 000 Kanaks, soit 10 % de la population de la Grande Terre, les autres sont déplacés sur la côte est, plus découpée, où les terres de plaines sont bien moins nombreuses. Une géographie de peuplement qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui. Cette opération permet aux colons d’opérer la jonction entre les implantations autour de Nouméa et celles autour de Koné.

Quelle place l’entreprise coloniale réserve-t-elle aux Kanaks ?

Michel Naepels : Le projet colonial de peuplement rural entraîne une spoliation massive des Kanaks sur la Grande Terre et la mise en réserves de groupes que le colon désigne comme des « tribus ». Les terres de réserves constituent une propriété collective inaliénable, à la tête de laquelle un chef, censé occuper cette fonction coutumièrement, sert d’interface avec la puissance coloniale. A travers lui, la France administre indirectement ces territoires, qui reposent sur une fiction juridique complète puisque la propriété privée existait bien chez les Kanaks, au niveau de la famille, du lignage ou du clan, et que les chefs de village ne pouvaient en aucun cas parler au nom de tous.

Les Kanaks ne sont autorisés à sortir de ces espaces que pour accomplir des journées de travail obligatoire (une quinzaine par an), pour lesquelles ils perçoivent un salaire dérisoire, leur permettant de s’acquitter de l’impôt de capitation. Or, c’est au chef de la réserve qu’incombe le pouvoir de désigner ceux qui feront ces journées de prestation, et ceux qui paieront l’impôt. Certains chefs ont joué pleinement de cette capacité d’arbitraire que leur conférait l’organisation administrative de la colonie en protégeant leurs proches, ou en réglant des comptes. D’autres non.

Kanaks travail forcé
Des Kanaks travaillent, sous le regard d’exploitants européens, au séchage du café dans la propriété Laurie à Canala en 1874. © Roger-Viollet.

A partir de 1887, les Kanaks sont soumis au régime de l’indigénat, qui prévoit des sanctions administratives pour un certain nombre de délits, comme le fait de désobéir aux ordres des autorités coloniales, d’être trouvé hors de son arrondissement de résidence sans justifier d’une autorisation régulière, ou d’entrer chez des Européens sans leur autorisation.

Les espaces occupés et utilisés par les Kanaks font l’objet d’une première délimitation en 1876 au moment où le développement de l’industrie du nickel réclame une cartographie assez fine des régions minières. Mais les autorités administratives ne tiennent compte que des surfaces effectivement cultivées par les indigènes alors que leur modèle horticole repose sur un système de jachères à rotation très longue (vingt ans), qui mobilise des étendues bien plus vastes. Ces territoires étant jugés inoccupés, les Kanaks ne font l’objet d’aucune compensation financière ou matérielle.

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Dans un deuxième temps, à la fin du XIXe siècle, le gouverneur Feillet, avec son projet de colonat rural libre, généralise le système des réserves à l’ensemble de la Grande Terre. Entre 1774, année où l’explorateur britannique James Cook accoste l’archipel (qu’il baptise en l’honneur d’une région écossaise), et le point bas des années 1920, la population kanake a diminué de 75 à 95 %, essentiellement à cause des maladies apportées par les Européens. Entre 1853 et les années 1920, la population a été divisée par deux, passant de 55 000 à 27 000. Profitant de cet effondrement démographique, Feillet regroupe différents villages en déplaçant des populations, désaffecte des réserves, violant leur inaliénabilité, et met la main sur les meilleures terres du pays qu’il destine au nouveau colonat paysan.

Graphique population Nouvelle-Calédonie

Lorsqu’il quitte la Nouvelle-Calédonie en 1902, le processus de mise en réserves est achevé : les Kanaks n’occupent plus, selon l’expression du géographe Alain Saussol, qu’un « archipel » de territoires représentant 7 % de la superficie de la Grande Terre. Les îles Loyauté constituent quant à elles une réserve intégrale, sans implantation d’un colonat rural. La mise en place d’un espace colonial dans la seconde moitié du XIXe siècle a ainsi débouché sur une longue période d’enfermement et de ségrégation pour les Kanaks.

Quand ce système de ségrégation prend-il fin ?

Michel Naepels : L’arrivée des Américains en 1942 est une respiration. Plus de 1 million de soldats transitent alors par la Nouvelle-Calédonie, qui sert de base arrière aux États-Unis dans la guerre du Pacifique. Les militaires américains emploient des Kanaks comme manutentionnaires ou guetteurs à un salaire souvent plus élevé que celui que leur versent les colons. Surtout, la présence de sous-officiers et d’officiers afro-américains dans les rangs de l’armée américaine leur fait prendre conscience que les Noirs peuvent avoir des responsabilités et qu’un autre rapport entre Blancs et Noirs est possible.

En 1946, dans le sillage du discours de Brazzaville de De Gaulle qui promet l’autonomie aux colonies françaises (1944), toutes les règles discriminatoires à l’encontre des Kanaks sont abolies : ils ne sont plus tenus de vivre dans leurs réserves, dont l’inaliénabilité est maintenue et le périmètre augmenté, ils ne doivent plus de journées de prestation, n’ont plus à payer l’impôt de capitation, etc.

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Il ne s’agit cependant toujours pas d’une citoyenneté pleine et entière. Le suffrage ne concerne d’abord que les « notables », puis il s’élargit progressivement. L’éphémère Parti communiste calédonien recueille de très nombreuses adhésions kanakes en 1946.

Inquiètes de ce succès, des associations religieuses issues des missions catholique et protestante sont créées pour orienter les choix politiques indigènes, et donnent naissance, en 1953, à l’Union calédonienne. Ce parti autonomiste, à base rurale, qui rassemble Kanaks et « broussards » (colons ruraux), va structurer la vie politique locale pendant plus d’une vingtaine d’années.

Ce n’est qu’en 1956 que la loi-cadre portée par le ministre de l’Outre-mer, Gaston Defferre, supprime dans tous les territoires d’outre-mer les doubles collèges au profit d’un corps électoral unifié.

Le décret du 22 juillet 1957 institue le suffrage universel en Nouvelle-Calédonie.

En septembre 1958, la Nouvelle-Calédonie vote massivement pour la nouvelle Constitution de la Ve République et, deux mois plus tard, l’Assemblée territoriale se prononce pour le statut de territoire d’outre-mer.

Quand et pourquoi les Kanaks deviennent-ils indépendantistes ?

Michel Naepels : Les Kanaks deviennent des Français à part entière sur le plan électoral à partir de 1957, mais l’obtention de cette citoyenneté formelle n’entraîne pas une amélioration effective de leurs conditions de vie. Les pesanteurs du passé colonial sont extrêmement lourdes : ils ont récupéré peu de terres, alors que leur natalité repart à la hausse et qu’ils se trouvent de plus en plus à l’étroit dans les réserves ; l’accès à des postes de cadres demeure très limité – d’autant que le premier bachelier kanak n’obtient le diplôme qu’en 1962. En clair, ils restent marginalisés sur leur propre terre et sont tenus à l’écart du développement économique de l’île.

Certes, une politique de « promotion mélanésienne » a été engagée dans les années 1970, visant à favoriser la scolarisation, technique notamment, des Kanaks et la création de petites entreprises d’artisanat océanien. Mais elle est arrivée trop tard et n’est pas à la hauteur des enjeux. Ces mesures, dont les intéressés auraient rêvé dans l’entre-deux-guerres, ne sont plus de nature à satisfaire leurs attentes, même si certains, comme le futur leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, ont pu en bénéficier.

En outre, au début des années 1960, en raison des nouveaux intérêts stratégiques de la France dans le Pacifique Sud (le centre d’expérimentation nucléaire se met en place en Polynésie à partir de 1962) et de l’importance croissante du nickel, on assiste à une reprise en main centralisatrice de la Nouvelle-Calédonie par la métropole, diminuant le poids du gouvernement local : en 1963, les lois Jacquinot réduisent l’autonomie du pouvoir territorial et, en 1969, les lois Billotte assurent à Paris le contrôle des mines de la Grande Terre.

Pour répondre au « boom » du nickel, on fait appel à des travailleurs dans les autres DOM-TOM : Réunion, Polynésie et surtout Wallis-et-Futuna. La majorité démographique kanake vacille, d’autant que, sous l’impulsion de Pierre Messmer, Premier ministre de Pompidou, l’immigration de Français de métropole, ou de rapatriés d’Algérie et du Maroc, est encouragée pour prévenir toute possibilité d’indépendance.

Depuis la fin des années 1960, en effet, de jeunes Kanaks, de retour de métropole où ils ont fait leurs études et où ils ont pris part à la contestation de Mai 68, appellent à l’indépendance : création, en 1969, des Foulards rouges et, en 1971, du Groupe 1878 (en référence à la grande révolte conduite en 1878 par le chef Ataï). Ces mouvements fusionnent en 1975 pour former le premier parti indépendantiste calédonien, le Palika (Parti de libération kanak).

Deux ans plus tard, l’Union calédonienne rejoint la cause de l’indépendance. Une cause qui, sur la Grande Terre, où ont eu lieu les spoliations, repose sur la revendication foncière. Dans les îles Loyauté, réserve intégrale, la revendication culturelle et identitaire a porté.

En 1978, le secrétaire d’État aux DOM-TOM de Valéry Giscard d’Estaing, Paul Dijoud, engage une importante réforme foncière, à un moment où tous les colons voient leurs espaces revendiqués les uns après les autres par des Kanaks qui leur disent : « là, c’était la tarodière » ou « le champ d’ignames de mon grand-père » ou encore « ici, c’était l’allée de sapins et de cocotiers où se trouvait ma famille, et c’est comme ça qu’elle s’appelle ». Une fois encore, la métropole agit, mais à contretemps : les Kanaks, à présent, veulent l’indépendance.

Que s’est-il passé dans la grotte d’Ouvéa ?

Michel Naepels : Le 22 avril 1988, deux jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, une action indépendantiste dégénère à la gendarmerie de Fayaoué sur l’île d’Ouvéa. Les militants kanaks dirigés par Alphonse Dianou tuent 4 gendarmes et prennent 27 otages. Pendant deux semaines, 16 d’entre eux restent captifs dans la grotte de Watetö, dans la forêt qui entoure le village de Gossanah.

Arrestation Ouvéa
Arrestation d’un indépendantiste après l’assaut d’Ouvéa. © Haley/Sipa

Au matin du 5 mai, l’opération « Victor », décidée par François Mitterrand et Jacques Chirac, alors Premier ministre de cohabitation, est lancée. L’assaut se solde par la mort de 2 soldats et de 19 indépendantistes. Un bilan qui restera longtemps un souvenir traumatique. Pour garantir un retour au calme, les accords de Matignon établiront une amnistie pour les militants (à l’exception des crimes de sang).

Comment est-on arrivé à l’impasse et au drame de la grotte d’Ouvéa ?

Michel Naepels : La situation de la Nouvelle-Calédonie a ceci de particulier que les Kanaks sont minoritaires à partir des années 1960-1970, c’est-à-dire au moment même où ils réclament l’indépendance, contrairement aux colonies françaises d’Afrique ou d’Asie qui ont accédé à l’indépendance au cours des années 1950 et 1960 et où la population colonisée était bien plus nombreuse que la communauté blanche. Aussi, sur l’archipel, deux légitimités contradictoires s’affrontent : l’une historique, celle d’un peuple colonisé qui a droit à l’autodétermination, l’autre, « démocratique », celle de la majorité qui ne souhaite pas quitter le giron français.

Dans les années 1970, les Kanaks expriment leur revendication en des termes très durs : la Nouvelle-Calédonie est une « colonie », qu’ils aient obtenu la citoyenneté française n’y change rien. Les Européens, présents sur l’île depuis parfois cent ans, se voient renvoyés à leur statut de colons et signifier qu’une histoire de plus de trois mille ans les précède. C’est un coup de tonnerre.

Mais, très vite, lorsque des discussions s’engagent avec l’État, les Kanaks font face à cette réalité : ils doivent composer avec les autres populations de l’archipel. La conférence de Nainville-les-Roches de 1983, qui réunit en région parisienne deux délégations conduites par l’indépendantiste Jean-Marie Tjibaou et le loyaliste Jacques Lafleur et les représentants du gouvernement de Pierre Mauroy, marque à cet égard une étape fondamentale : les indépendantistes reconnaissent qu’un certain nombre de ceux qui se trouvent en Nouvelle-Calédonie (les descendants de bagnards, les travailleurs sous contrat, etc.) ne l’ont pas choisi, qu’ils ne sont pas responsables de la colonisation et qu’ils sont ainsi des « victimes de l’histoire ». Dans une logique sociale rappelant les dynamiques d’accueil précoloniales, les Kanaks se disent prêts à les accueillir s’ils reconnaissent la légitimité de leur aspiration à l’indépendance.


Des militants du FLNKS assis sur un mémorial portant l’inscription
« La colonie française se meurt peu à peu en Kanaky » (1985).
© Rémy Moyen/Dominique Faget/AFP.

Réclamant la tenue d’un référendum d’autodétermination, et rejetant le principe « un homme, une voix » qui condamne leur revendication, les indépendantistes, fédérés en un Front de libération national kanak et socialiste, le FLNKS, appellent au boycott des élections territoriales prévues le 18 novembre 1984 et bloquent l’accès aux bureaux de vote. Les incidents se multiplient : terres occupées, maisons de colons brûlées, armes saisies…

Le 5 décembre, dix militants indépendantistes sont tués dans une embuscade tendue par des colons près de Hienghène. Parmi eux, deux frères de Jean-Marie Tjibaou. Le 12 janvier 1985, un leader et un militant indépendantistes, Eloi Machoro et Marcel Nonnaro, sont abattus par le GIGN dans la ferme où ils préparaient de nouvelles actions.

Le gouvernement de Laurent Fabius calme le jeu en créant quatre régions qui permettent aux Kanaks d’obtenir le contrôle de trois d’entre elles lors des nouvelles élections de septembre 1985, en mettant sur pied un rééquilibrage économique et en annonçant la tenue d’un référendum, qui a bien lieu en 1987 alors que la droite est revenue au pouvoir : avec un taux de participation de 60 % (les Kanaks ont boycotté le scrutin), les électeurs calédoniens se déclarent à 98 % pour un maintien dans la République.

Sur le fond néanmoins, le problème reste entier, et le durcissement de la politique à l’égard des Kanaks sous le gouvernement de Jacques Chirac (1986-1988) rallume le feu : le 22 avril 1988, des militants du FLNKS investissent la gendarmerie de Fayaoué, sur l’île d’Ouvéa, tuant 4 gendarmes, en prenant 27 en otages, dont la majorité est conduite dans la grotte de Gossanah. L’assaut de troupes militaires de choc le 5 mai se solde par la mort de 2 soldats et de 19 indépendantistes. Les Kanaks n’obtiendront pas l’indépendance par la force.

Quelles réponses les accords de Matignon en 1988, puis l’accord de Nouméa en 1998 apportent-ils ?

Michel Naepels : En juin 1988, les accords de Matignon conclus par les mêmes Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, sous l’égide du gouvernement de Michel Rocard, repoussent le problème de l’indépendance à dix ans : un référendum sur la question est prévu en 1998, auquel ne pourront participer que ceux présents sur l’île depuis au moins dix ans, c’est-à-dire au moment de la signature du texte. En attendant, un nouvel effort de rééquilibrage économique, de formation de cadres kanaks, bref, une nouvelle « promotion mélanésienne » est mise en oeuvre…

1988 Accords de Matignon Rocard-Tjibaou
Le Premier ministre Michel Rocard et le président du FLNKS Jean-Marie Tjibaou posent en faveur du « oui », qui recueillera 80 % des suffrages exprimés.
© Patrick Hertzog/AFP.

Jean-Marie Tjibaou paie de sa vie la politique du dialogue et du compromis : il est assassiné en 1989 par un militant indépendantiste opposé aux accords de Matignon.

Le référendum de 1998, lui, n’a pas lieu : à l’approche de l’échéance, la plus grande partie des acteurs politiques calédoniens se disent défavorables à la tenue d’un vote, dont l’issue, certaine (le « non » à l’indépendance), risque d’ouvrir un nouveau cycle de violences.

L’accord de Nouméa de 1998 signé par le Premier ministre Lionel Jospin, Jacques Lafleur et le président du FLNKS, Rock Wamytan, met alors en place une politique beaucoup plus ambitieuse (qui a nécessité l’adoption d’une modification de la Constitution française).

D’abord la définition d’un corps électoral restreint, plus favorable aux Kanaks, qui se prononcera sur l’indépendance dans un horizon de vingt ans. Le critère le moins contraignant pour voter est de justifier d’une présence continue sur l’île depuis le 31 décembre 1994, au plus tard. Il forme la base d’une « citoyenneté calédonienne ».

Ensuite, le transfert progressif au gouvernement local de toutes les compétences autres que régaliennes (police, défense, justice, monnaie et affaires étrangères).

Enfin, la création d’une société d’économie mixte entre, d’un côté, les provinces du Nord et des îles Loyauté et, de l’autre, une entreprise privée pour l’exploitation de la mine de Koniambo, qui assure d’importantes ressources aux territoires gérés par les Kanaks.

Accord de Nouméa
Sur une plage de Nouméa, deux Kanakes lisent le journal local rapportant la signature de l’accord de Nouméa.
© Claude Beaudemoulin/AFP.

Le pari de l’accord de Nouméa, c’était qu’entre sa signature et la tenue du référendum, allait se construire un pays. Qu’à travers l’Assemblée territoriale et le gouvernement local habilités à passer des « lois de pays » dérogatoires au droit français, allait se dessiner un « destin commun » (c’est l’expression qui figure dans le texte), par-delà la division colonisés-colonisateurs.

Mais vingt ans après la signature de cet accord dit « de décolonisation », les incertitudes demeurent. Les transferts de compétences en matière d’enseignement supérieur, d’administration intérieure et d’audiovisuel public n’ont toujours pas été réalisés. Et si, dans les premières années suivant l’accord, le terme de « destin commun » résonnait partout dans l’archipel, on n’en entend plus du tout parler aujourd’hui…

Quels sont les enjeux du référendum du 4 novembre prochain ?

Michel Naepels : C’est dans ce contexte que le nouveau corps électoral calédonien (où les Kanaks demeurent malgré tout minoritaires, entre 45 et 48 %, et dont probablement un sur cinq souhaite rester attaché à la France) est appelé à se prononcer sur l’avenir de ce territoire le 4 novembre 2018 [1]. Si le résultat est négatif, l’accord de Nouméa prévoit que les électeurs retourneront aux urnes dans deux ans, et qu’ils recommenceront deux ans plus tard en cas de résultat identique. Mais si le troisième vote était encore défavorable, la Nouvelle-Calédonie sauterait alors à pieds joints dans l’inconnu.

(Propos recueillis par Lucas Chabalier)

Le Monde du 4 mai 2024, L’armée reconfigure la bande de Gaza à sa main

Un article très intéressant sur le conflit israélo-palestinien.

L’article sur le site du Monde:

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/05/03/comment-israel-remodele-la-bande-de-gaza-selon-ses-besoins-securitaires_6231297_3210.html

Iran-Israël: Une interview intéressante et une carte

Source: Le Monde

Bertrand Badie : « L’intérêt d’Israël est de prolonger ce conflit »

Le Nouvel Obs

https://www.nouvelobs.com/monde/20240418.OBS87265/bertrand-badie-l-interet-d-israel-est-de-prolonger-ce-conflit.html

Le 13 avril, l’Iran a pour la première fois frappé directement son grand ennemi historique, l’Etat hébreu, en lançant quelque 350 drones et missiles sur son territoire, presque tous interceptés. Une étape de plus dans l’engrenage au Moyen-Orient ? Analysé du géopoliticien Bertrand Badie.

Avez-vous été surpris par cette attaque, son timing, son mode d’opération, son ampleur ?

Bertrand Badie Nul ne pouvait être surpris car cette attaque avait été annoncée par plusieurs services de renseignement de manière extrêmement précise. Il fallait bien que l’Iran réagisse à l’attaque du 1 avril sur son ambassade à Damas. Ne pas le faire l’aurait totalement décrédibilisé dans l’espace moyen-oriental et au-delà. Tout cela était donc attendu. Ce qui est remarquable, presque inédit dans les chroniques contemporaines, c’est que cette attaque semble avoir été minutieusement calibrée pour donner l’effet le plus spectaculaire possible tout en minimisant le plus possible le risque de réaction violente de la part d’Israël.

Israël se targue d’une victoire défensive puisque la quasi-totalité des projectiles ont été interceptés. S’agit-il d’une faiblesse de la force de frappe iranienne, ou était-ce au contraire calculé dans l’optique d’une riposte proportionnée ?

On peut postuler que les responsables iraniens s’attendaient à ce que la plupart des drones et missiles soient arrêtés avant la frontière israélienne. Historiquement le principal souci de l’Iran est d’être reconnu comme une puissance régionale et un acteur incontournable. Il fallait que le régime des mollahs montre sa puissance et qu’il ne laisse pas impunie l’attaque du 1 avril sans toutefois créer trop de dégâts, ce qu’il ne pouvait ni n’avait intérêt à faire. Je ne pense donc pas qu’il y a eu un échec des Iraniens par rapport à leurs intentions. Par ailleurs, il ne faut pas dissocier les conflits : l’Iran ne se serait probablement pas lancé dans cette aventure sans le contexte de 34 000 morts déclarés à Gaza.

Israël a aussi mis en avant la coordination rapide et efficace de ses alliés, allant jusqu’à évoquer une « coalition ». Ces derniers peuvent-ils modérer l’ampleur de la contre-attaque promise par le gouvernement Netanyahou ?

L’Etat hébreu devait démontrer à sa population et au monde son invulnérabilité à un moment où, depuis le 7 octobre, beaucoup s’interrogent sur ses capacités de défense. Il fallait aussi apporter la preuve qu’il était moins isolé qu’on ne le disait et avait la capacité de mobiliser de puissants soutiens extérieurs. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou voulait aussi s’afficher comme maître du jeu. Alors même que les amis d’Israël se dissociaient des attaques sur Gaza, il a montré que cette distanciation était purement rhétorique, en forçant les réfractaires à s’aligner de nouveau sur ses positions. On a en même temps assisté à une sorte de transaction implicite : les Etats mobilisés pour défendre Israël ont probablement cherché à obtenir en échange la promesse qu’il n’irait pas plus loin dans l’escalade. Encore faut-il que cette promesse soit tenue, ce qui suggère la fragilité de tout ce jeu. C’est une constante dans la politique israélienne d’afficher d’abord sa puissance et une totale indépendance vis-à-vis des pressions extérieures.

Du côté américain, le soutien est toujours officiellement présenté comme intangible. Pourtant le premier réflexe de Joe Biden a été d’avertir Benyamin Netanyahou que les Etats-Unis n’interviendraient pas en appui d’une riposte contre l’Iran. Le dilemme semble profond…

La diplomatie américaine vit depuis le 7 octobre un véritable cauchemar. Au fil des années, les Etats-Unis avaient perdu un à un leurs alliés les plus précieux dans la région – de l’Iran en 1979 aux pays du Golfe en passant par la Turquie. Cette longue histoire a été considérablement accélérée par l’attaque du Hamas. Le président américain a dû se déplacer dans la zone et son secrétaire d’Etat s’y rendre six fois, à quoi s’ajoutent d’innombrables contacts avec les différents protagonistes. Pourtant, la superpuissance américaine continue à perdre la main sur les événements et reste en quête d’une victoire diplomatique au Moyen-Orient afin de relancer son crédit. Dans cet ultime épisode de l’attaque iranienne sur Israël, l’issue me semble pour le moins incertaine. L’opinion publique arabe ne manque pas de faire remarquer que le soutien absolu apporté par Washington à Tel-Aviv vient anéantir toute la prudence rhétorique nourrie ces derniers mois par la Maison-Blanche – et les messages de modération adressés au gouvernement israélien risquent de perdre en crédibilité. L’opinion publique américaine s’est dissociée très rapidement de ce soutien inconditionnel, notamment parmi la jeunesse et l’aile gauche du Parti démocrate, qui pourraient faire défection au jour de l’élection présidentielle. Les Etats-Unis ont certes réussi de façon conjoncturelle à retenir certains élans agressifs venant d’Israël, mais pour combien de temps ?

Quel intérêt Israël aurait-il à frapper plus fort dans ce conflit ?

L’intérêt d’Israël est de prolonger ce conflit, et ce pour trois raisons. La première est personnelle et propre à Benyamin Netanyahou : tant que cette guerre durera et s’amplifiera, le risque qu’il soit poursuivi devant la justice s’en trouve pratiquement réduit à néant. La deuxième raison est que son gouvernement, très minoritaire dans l’opinion publique israélienne, ne risque aucune remise en cause politique ou institutionnelle tant que cette guerre va durer. Enfin et surtout, cette volonté de ne rien céder aux adversaires d’Israël est aujourd’hui le seul point de rencontre entre le Premier ministre et sa population. La dénonciation de l’ennemi iranien et l’éradication du Hamas sont les deux piliers du consensus politique national. La crise politique joue donc en faveur de la persistance de cette attitude intransigeante.

L’aide immédiate apportée par la Jordanie à l’interception des drones et des missiles a été remarquée, de même que les appels à la désescalade formulés par la Turquie ou l’Arabie saoudite. Est-ce un signe qu’Israël est moins isolé dans la région qu’il ne semblait l’être ?

Les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît car la plupart des gouvernements de la région sont sur une ligne de crête. Ces dernières années, plusieurs leaders arabes ont été amenés à conclure une sorte d’agrément plus ou moins explicite avec l’Etat israélien, mais en subissant d’autre part une pression extrêmement forte de leurs opinions publiques. L’erreur, d’ailleurs classique dans les analyses en Europe, serait de tout traduire en termes d’alliances et de coalitions. La nouvelle diplomatie qui se développe au Sud, et particulièrement dans cette région, se caractérise au contraire par une fluidité et une instabilité des prises de position, renforcées par l’imprévisibilité des réactions de groupes non étatiques, et dictées par les conjonctures, voire les effets d’aubaine. Chacun agit en fonction de la situation et des intérêts immédiats. Dans la crise de la nuit du 13 au 14 avril, les Etats de la région avaient intérêt à montrer qu’ils ne souhaitaient pas qu’Israël soit durement frappé. Mais cela ne les engage en rien pour l’avenir, dès lors qu’ils pourraient être confrontés à des situations d’une autre nature – une déstabilisation de la Cisjordanie, ou encore des initiatives du Hezbollah ou des Houthis, souvent présentés sous l’étiquette trompeuse de « proxys » mais qui sont loin d’être de simples marionnettes de l’Iran.

L’iran affirme que, si le Conseil de Sécurité de l’ONU avait condamné le bombardement de l’ambassade à Damas, il n’aurait pas été contraint de réagir aussi brutalement. Est-ce une posture pour mettre la communauté internationale face à ses contradictions, ou une conséquence réelle de l’incapacité de l’ONU à faire respecter le droit international ?

Le régime iranien et beaucoup de gouvernements du « Sud global » mettent en évidence ces inégalités de traitement. L’attaque sur l’ambassade d’Iran à Damas a laissé pratiquement toutes les chancelleries silencieuses, quand celle du 13 avril a provoqué des réactions extrêmement vives parmi les puissances du Nord. Cette dissymétrie est devenue l’un des arguments les plus à même de structurer le « Sud global ». C’est la raison pour laquelle tous ceux qui s’en sentent victimes vont l’afficher de la manière la plus forte possible pour rallier des soutiens. Cela fait les affaires de Vladimir Poutine, renforce la prise de conscience du Sud par lui-même et l’oriente vers une stigmatisation du monde occidental.

Après l’agression de l’Ukraine par la Russie et celle de l’Arménie par l’Azerbaïdjan, est-on en train de revenir à une ère des conflits interétatiques qu’on pensait révolue ?

Ce serait une analyse trop simple. Ce que l’on n’a pas su analyser, ce sont les mutations profondes de la guerre. Le conflit russo-ukrainien est véritablement une guerre à l’ancienne : un Etat inquiet pour l’avenir de sa puissance entreprend de conquérir son voisin. Ce projet, mis en déroute, n’a d’ailleurs pas contribué à restaurer la puissance russe ! Mais la plupart des conflits actuels, souvent oubliés, ne sont pas interétatiques – que ce soit au Sahel, au Soudan, dans la corne de l’Afrique ou au Congo. Le conflit israélo-palestinien, lui, est aujourd’hui l’un des derniers conflits de décolonisation. Les nouvelles formes de conflictualité ne sont plus l’expression d’une simple rivalité de puissances, mais celle d’une décomposition des logiques socio-institutionnelles et des anciennes logiques de domination. Plutôt qu’un « retour des guerres mondiales », il faut davantage y voir l’échec du rééquilibrage mondial post-guerre froide et des modèles d’intégration internationale.

BIO EXPRESS

Bertrand Badie est politologue, professeur émérite à Sciences-Po Paris et spécialiste des relations internationales. Il a publié « Pour une approche subjective des relations internationales », en octobre dernier, aux éditions Odile Jacob

Edward Said, la défense des droits Palestiniens et le refus de l’antisémitisme

Edward W. Said est un universitaire et intellectuel palestino-américain.

Tout le monde reconnaît aujourd’hui l’apport décisif de ses essais d’anthropologie culturelle, notamment L’Orientalisme et Culture et impérialisme. Professeur de littérature comparée à l’Université de Columbia, critique littéraire et principal défenseur de la cause palestinienne aux Etats Unis, Edward Said est l’un des intellectuels majeurs du monde arabe contemporain.

La thèse selon laquelle l’Holocauste [l’extermination des juifs par les nazis] ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu’il recouvre d’hypocrisie et de déviation morale.

Edward Said, Le Monde Diplomatique, août 1998.

L’intégralité de son article dans Le Monde Diplomatique

Henry Laurens analyse le conflit israélo-palestinien, de ses origines à 2023

Source: Clionautes

Pourquoi parler de « paix impossible »

Un document des Clionautes exploitable directement en classe

Dans le cadre de la relance du conflit israélo-palestinien depuis l’attaque du Hamas le 07 octobre 2023, les Clionautes publient une série de documents adaptés à la classe et/ou à l’actualisation scientifique des enseignants en charge de l’examen de ce conflit.

Avec une actualité aussi brûlante, l’offre documentaire des manuels est fatalement dépassée et il n’est pas toujours possible d’organiser, sur un temps resserré, une revue de presse solide avec ses élèves. Voilà pourquoi l’association des Clionautes a sollicité Henry Laurens afin de publier un texte court, suffisamment nourri pour permettre un examen solide en classe. Ce document est taillé pour correspondre aux besoins du professeur, notamment en spécialité HGGSP Terminale. Nous le remercions pour ce texte.

L’auteur

Henry Laurens est né en 1954 et fait partie des meilleurs spécialistes du Proche-Orient. Il est titulaire de la chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France depuis 2003 et ses nombreuses publications sont restées comme des références indispensables. Sur le sujet de la Palestine, citons cette série d’ouvrages intitulée La question de Palestine, publiée depuis 1999 chez Fayard : 

En 2013, Henry Laurens a reçu le Prix Palestine – Mahmoud Hamchar et en 2016 le Prix Gobert décerné par l’Académie française pour cette série d’ouvrages. 

Le document

Pour les trois religions monothéistes, la Palestine est la Terre sainte. Elle devient d’autant plus importante quand on a les moyens de s’en emparer, comme le montre l’histoire des croisades. Dans la plus grande partie de son histoire (au moins 12 siècles), elle a été sous souveraineté musulmane. Au XIXe siècle, l’Empire ottoman passe sous le contrôle collectif des puissances européennes qui trouvent ainsi le moyen d’agir en Palestine.

Avec le progrès des communications, permettant de relier l’Ukraine et la Pologne actuelle au réseau ferroviaire de l’ouest de l’Europe, l’émigration vers la Palestine devient possible. Pour le mouvement sioniste, cette pénétration européenne de l’espace ottoman et musulman représente une opportunité historique de réaliser un rêve que jusqu’ici, les autorités religieuses juives des XVIlème et XVIIlème siècles s’étaient toujours refusées à envisager : la création d’un Etat juif en Palestine.

Mais la cohabitation sur place entre Juifs et Arabes tourne à l’affrontement à partir de 1908. Le corps-à-corps s’approfondit pendant la période du mandat britannique, de 1917 à 1947. Puis, après la création de l’État d’Israël, est venu le temps des guerres et des intifadas. Avec les derniers événements d’octobre 2023, en un siècle, ce sont 26.000 Israéliens et 100.000 Palestiniens qui ont péri (ce sont des ordres de grandeur). Le sang qui coule depuis un siècle est inscrit dans la mémoire de ces peuples et travaille plus à la guerre qu’à la paix, malgré les espoirs placés dans le processus d’Oslo dans les années 1990.

La confrontation entre Israël et la Palestine est devenue un dilemme de la force et du droit. Israël a la force pour elle mais ses frontières reconnues, selon la Cour internationale de justice de La Haye, restent celles d’avant juin 1967. À l’inverse, si les Palestiniens ont, selon la même Cour, le droit à l’autodétermination, ils n’ont pas les moyens militaires et politiques de l’imposer.

Depuis, Israël a parié sur l’étouffement des Palestiniens. Par la colonisation, il n’y a plus de Palestine homogène, mais seulement des miettes, des ghettos surveillés par l’armée israélienne. Par la voie diplomatique, des accords comme ceux d’Abraham en 2020 ont retiré aux Palestiniens plusieurs de leurs alliés arabes. Mais cela ne fait pas disparaître pour autant la cause et le peuple palestiniens, qui gardent des appuis à l’étranger.

Rien qu’aux États-Unis, 100.000 Américains d’origine palestinienne militent en ce sens.

Pour les Palestiniens, la période coïncide avec la fin de l’unité. La mort du charismatique Yasser Arafat, dirigeant historique du Fatah et la fragilité politique de son successeur Mahmoud Abbas, élu président de l’Autorité palestinienne, ouvre la voie aux contestations.

Le Hamas, mouvement islamiste clandestin proche des Frères musulmans, se pose en modèle d’intégrité face à un pouvoir connu pour sa corruption. Il exige également de poursuivre le combat de la libération complète du territoire car Israël, dit-il, ne saurait véritablement accepter un Etat palestinien indépendant à ses portes. En 2006, le Hamas se présente et remporte les élections mais le voici pris dans le piège du pouvoir officiel. Il passe de la critique du pouvoir à l’exercice du pouvoir, étape toujours délicate pour un mouvement islamique au sein d’une structure démocratique. D’une part, il fallait bien traiter avec Israël, ce qui était contradictoire dans les faits avec leur doctrine ; d’autre part, il fallait s’adresser à tous les Palestiniens et ne pas seulement prendre en compte les « bons » musulmans.

En 2007, la rupture est consommée avec l’Autorité palestinienne, à qui le Hamas arrache le contrôle de la bande de Gaza. Mais ce territoire constitue-t-il un avenir ? Le Hamas en est réduit, soit à  accepter le statu quo, soit à tout risquer en relançant son projet politique originel de libération nationale. Le 07 octobre 2023, il a choisi la seconde option en utilisant la violence extrême.

Henry Laurens, pour les Clionautes, le 28 octobre 2023

L’actualité du conflit israélo-palestinien

La page est actualisée en même temps que le conflit suit malheureusement son cours

Le conflit israélo-palestinien: bref historique pour le comprendre:

Le dessous des cartes, les cartes du Hamas : Sur l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023:

Le Dessous des Cartes: le conflit Israël-Palestine, Les différentes guerres israélo-arabes

Le Dessous des Cartes: Entretien avec Jean Pierre Filiu, auteur de l’Histoire de Gaza, 2012:

Un jour, une actu, c’est quoi la bande de Gaza :

https://www.1jour1actu.com/monde/cest-quoi-la-bande-de-gaza

Un jour, une actu, que s’est-il passé en Israël? :

A lire en ligne: le témoignage du reporter de guerre Samuel Forey:

Les débats sur le journal La Croix, du 24-10-2023, La voix de la France est-elle encore audible au Proche-Orient?

« La guerre juste n’existe pas en droit International », F. Bouchet-Saulnier, conseillère stratégique de Médecins Sans Frontière (MSF) en droit international humanitaire, dans La Croix du 23-10-2023

Paroles d’experts sur le conflit israélo-palestinien dans le cadre de la Commission de la Défense

COMMISSION DE LA DÉFENSE : M. JEAN-PAUL CHAGNOLLAUD, DIR. DE L’INSTITUT DE RECHERCHE ET D’ÉTUDES MÉDITERRANÉE MOYEN-ORIENT, M. SAMY COHEN, DIR. DE RECHERCHE ÉMÉRITE À SCIENCES-PO ET M. MARC HECKER, DIR. DE LA RECHERCHE ET DE LA VALORISATION IFRI

Rapport de l’UNICEF : Israël-Palestine : des milliers d’enfants usés par la guerre, 12/08/2024 (clique sur l’image)

La page ressources avec des articles, données historiques sur l’origine du conflit:

Arno J Mayer, Le soutien américain à la naissance de l’Etat d’Israël

Arno Mayer, célèbre historien des XIXème-XXème siècles revient sur l’Histoire d’Israël. Dans ce passage, il explique le choix fait par le tout jeune Etat israélien de s’allier avec la première puissance mondiale d’alors, les Etats-Unis d’Amérique.

« Depuis l’époque d’Herzl, les responsables du sionisme politique avaient admis que l’on n’obtiendrait pas d’Etat pour les Juifs en Palestine sans le soutien d’une grande puissance. Prisonniers de leur propre conviction de la suprématie occidentale, ils mirent du temps à comprendre que le nationalisme anticolonialiste qui balayait le Proche-Orient compromettait ce soutien, rendant d’autant plus difficile pour le Yischouv puis pour Israël de s’implanter solidement dans la région sur le plan politique aussi bien que culturel et religieux. Les sionistes furent également lents à saisir le déclin des empires européens d’Outre-Mer, l’importance croissante du pétrole du Proche-Orient, l’ascendant de l’Amérique impériale et le poids politique de plus en plus lourd de la diaspora transatlantique. Mais lorsqu’ils eurent compris, ils accordèrent la priorité à leurs relations avec les Etats-Unis. Au cours des années 1950, afin de servir ses propres ambitions d’expansion nationale, Israël se rallia de plus en plus clairement à la politique américaine. Il assuma peu à peu le rôle d’avant-poste stratégique de l’empire américain informel au Proche-Orient, en échange d’une aide militaire, diplomatique, financière dont il avait grand besoin. Bientôt, l’influence de Washington fut la seule à pouvoir renforcer, protéger ou brider Israël. Par la grâce des Etats-Unis, Israël devint un Goliath régional doté d’un arsenal ultramoderne, défiant du regard David – la prétendue nation palestinienne ».

A Mayer, De leurs socs, ils ont forgé des glaives, Histoire critique d’Israël, Fayard, Paris, 2008, pages 28-29.

Histoire de la Nouvelle Calédonie

Interview de Michel Naepels dans le numéro 452 de l’HISTOIRE

Interview du président du Sénat coutumier de Nouvelle Calédonie, Victor Gogny

Le nickel, ressource clé de Nouvelle Calédonie (article du Monde, 21/05/24)

Tour d’horizon de Nouvelle Calédonie: témoignages d’habitants, les loyalistes, les indépendantistes et la stratégie de Macron (dossier du Monde, 22/05/24)

Reportage sur un barrage indépendantiste (Humanité, 22/05/2024)