
Jean Dominique Merchet est journaliste. Il est le correspondant diplomatique et défense du journal L’Opinion.
La France est-elle l’Ukraine?
« la France n’est pas dans la situation géopolitique de l’Ukraine. Pour trois raisons. 1) D’abord, la France n’est pas une voisine directe de la Russie et elle ne fait pas l’objet d’une ambition révisionniste de domination politique et d’annexion d’une partie de son territoire. 2) Ensuite, la France est une puissance nucléaire, ce qui lui permet, en principe, de dissuader tout État qui voudrait s’en prendre à ses intérêts vitaux. 3) Enfin, la France est membre de l’Alliance atlantique et sa participation à l’OTAN lui assure le soutien des Alliés, notamment américains, au travers de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord. La France est donc dans une position géopolitique beaucoup plus confortable que l’Ukraine. »
La Russie de Poutine face à l’Europe et la France
« L’aventure dans laquelle Vladimir Poutine a délibérément engagé son pays en février 2022 est sans retour possible. La Russie va demeurer un voisin hostile, suscitant la crainte dans une large partie de notre continent. Les États européens vont donc continuer à se réarmer et à tout faire pour maintenir un fort lien transatlantique, c’est-à dire la garantie de sécurité des États-Unis. C’est, pour partie, un retour à la situation de la guerre froide. Avec une différence de taille : l’Union soviétique n’était pas un État révisionniste, qui voulait bouleverser l’ordre européen et modifier les frontières. Elle était, au contraire, attachée à la stabilité géopolitique. (…)
La Russie de Vladimir Poutine est, au contraire, une puissance révisionniste. Elle entend modifier les équilibres géopolitiques en Europe et agrandir son territoire. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, elle bloque, par son droit de veto, tout règlement possible dans le cadre de l’ONU. Puissance nucléaire, elle mène sa politique agressive à l’abri de son arsenal atomique, dissuadant les Occidentaux d’aller jusqu’à la guerre ouverte pour contrer ses ambitions.
Sauf bouleversement imprévisible, il n’y aura pas d’affrontements militaires directs avec la Russie, pas de « guerre » au sens classique du terme. En revanche, un besoin se fait sentir de maintenir une forte posture dissuasive à son égard, à la fois nucléaire et conventionnelle, tout en restant fortement engagé dans le soutien des États que la Russie agresse (l’Ukraine) ou qu’elle menace (Pologne, pays Baltes, Moldavie, notamment). »
Jean Dominique MERCHET, Sommes nous prêts pour la guerre ? L’illusion de la puissance française, Robert Laffont, Paris, 2024
