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Le travail des femmes au XIXème siècle

Michelle Perrot, grande historienne du travail des femmes, estime que la révolution industrielle a mis sur le devant de la scène le travail productif et a séparé davantage le travail à l’usine, à l’extérieur de celui au domicile de l’ouvrière (exemples : l’artisanat de la chaise, machine à coudre…). Pour comprendre, l’histoire du travail féminin, il faut d’abord saisir le caractère primordial de la famille, des rapports de sexe et sociaux. Le travail peut contribuer à l’émancipation des femmes mais la famille en tant que rapport social doit aussi être transformée. Autrement dit, l’obtention d’un travail par les femmes ne suffit pas à les émanciper (c’est une condition nécessaire mais insuffisante).

Avant 1914, les femmes sont employées pour beaucoup d’entre elles comme nourrices et domestiques : environ un million d’entre elles. Mal payées, elles sont plus « libres » que les ouvrières mais souvent plus seules et solitaires.

En 1906, les ouvrières représentent 25 % de l’emploi féminin. Les trois quarts de ces ouvrières travaillent dans le textile. Ce travail féminin est souvent vue comme un travail d’appoint, donc sous-payé, intermittent, lié au statut matrimonial (grossesse, enfants…). Le travail féminin accorde une place particulière au corps : « décence » de présentation, rectitude du geste. Les femmes doivent supporter tout un code de discipline. Elles ont un statut d’éternelle mineure. Pourtant nombre de ces femmes ne se laissent pas faire et résistent  : bavardages malgré l’interdiction en usine, chants, absentéisme, grève, manifestation…

Le cas des ouvrières d’Etat du tabac et des allumettes

Les femmes travaillant dans ces usines subissent une discipline tatillonne et lourde : elles servent la machine. Cependant, comparé à d’autres secteurs, les femmes sont bien mieux payées, nombre d’entre elles sont d’ailleurs qualifiés. Ces dernières réalisent un apprentissage de deux années et confectionnent des cigares, il s’agit presque d’un travail artisanal. Pour les moins qualifiées qui manient des machines, deux mois suffisent mais elles ont besoin de dextérité car elles manient de lourdes machines.

Pour les ouvrières des allumettes, le travail est à la chaine. Les ouvrières sont cependant solidaires entre elles car leur métier est dangereux : le phosphore blanc provoque des nécroses, ce qui entraine la perte d’une partie de la mâchoire. Même des ouvrières de 20-25 ans pouvaient voir la moitié de leur mâchoire retirée. Peu d’entre elles survivaient après l’opération. Cela montre bien les conditions de travail dangereuses dans lesquelles évoluaient ces ouvrières. D’ailleurs entre 1893-1895, des grèves éclatent pour qu’on cesse d’appliquer ce produit toxique.

Dans ces usines d’Etat, la discipline est forte : les ouvrières doivent disposer d’un « certificat de bonne vie et mœurs ». Ces usines sont souvent comparées à des « couvents laïques » tant la discipline est forte pour ces femmes : la cloche annonce le début et la fermeture du travail : un retard entraine la perte d’une journée de travail. Elles sont souvent fouillées en cas de vol, une humiliation quotidienne mal supportée. Beaucoup d’entre se syndiquent pour humaniser leurs conditions de travail. Cependant, l’existence d’une retraite, la stabilité de leur emploi amène beaucoup de ces femmes à faire carrière.

Aller plus loin :

Michelle Perrot (dir), « travaux de femmes dans la France du XIXème siècle », Mouvement social n°105, octobre-décembre 1978.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57317237

La grève victorieuse des allumettières anglaises, https://www.retronews.fr/politique/echo-de-presse/2022/02/28/la-greve-victorieuse-des-matchgirls-anglaises

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_ouvri%C3%A8res_des_manufactures_d%E2%80%99allumettes_%C3%A0_Londres_en_1888

La condition ouvrière : l’usure au travail au XIXème siècle

L’usure est très importante pour expliquer la condition ouvrière. La notion d’usure est pour Alain Cottereau, la « fatigue ou somme des facteurs de mauvaise santé accumulés dans le cours d’une vie de travail ». Cet historien constate que la révolution industrielle a instauré une « pression productiviste permanente ». Cette pression sur le corps et la santé entrainent une difficulté à poursuivre le travail après 45-55 ans.

Une usure prématurée par le travail durant la révolution industrielle

Nombre de médecins décrivent l’état physique des ouvriers. Villermé en fait une description intéressante mais il ne relie pas leur condition de travail à leur état de santé. Certains métiers sont pourtant particulièrement exposés comme celui de peintre en bâtiment à cause d’un produit toxique, la céruse, qui élimine petit à petit les ouvriers à partir de 45 ans (intoxication au plomb : saturnisme). Dans les industries textiles, beaucoup d’ouvriers ont des affections chroniques des voies respiratoires. Dans ce travail souvent féminisé, la pression sur les cadences est permanente. Les ouvrières contractent des tuberculoses, des bronchites prolongées, des déformations verticales, un épuisement nerveux, « un vieillissement prématuré ». Dès qu’ils peuvent quitter les emplois les plus éprouvants, les ouvriers partent travailler dans des secteurs plus sécurisés. Ce sont ainsi souvent les orphelins, les migrants qui subissent cette exploitation forcenée.

A la mine : la dureté des conditions de travail

            L’invalidité chez les mineurs intervient aux alentours des 40 ans. C’est pourquoi les organisations ouvrières de mineurs revendiquent la retraite à 45-50 ans. D’ailleurs, le patronat est conscient de cette réalité puisque les mines du Nord n’embauchent pas de nouveaux ouvriers après 35 ans. Ceux qui travaillent au fond des mines sont en général jeunes. A Carmaux, en 1890, la moyenne d’âge est de 33 ans. En moyenne, au début du XXème siècle, un mineur de Carmaux mourrait à 54 ans.

Les causes de cette surmortalité sont multiples :

  • Le travail en milieu souterrain provoque des gênes respiratoires, des étourdissement, la chaleur et le manque d’air oppressent. Le travail torse-nu entraine des chauds-froids et des rhumatismes.
  • Les éboulements et les coups de grisous peuvent provoquer de graves accidents du travail, souvent mortels.
  • Travail physique : les mineurs poussaient des wagonnets de 250 kg contenant 5 hectolitres de charbon, d’autres piquent le charbon avec leurs pioches/pics, d’autres enfin boisent les mines et les raccommodent pour ne pas qu’elles s’effondrent.

Les compagnies minières, par les conditions de travail qu’elles imposent, sont en partie responsables de cette usure. Côté organisations ouvrières et syndicales, on cherche surtout à limiter la vie de travail pour ralentir l’usure (demande de la journée de 7 heures de travail continue, salaire fixe minimum, nationalisation des mines…).

Aller plus loin :

Cottereau A (dir), « L’usure au travail », Le mouvement social, n°124, 1983. Lire l’ensemble du numéro en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56211227/f1.item