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La condition ouvrière : l’usure au travail au XIXème siècle

L’usure est très importante pour expliquer la condition ouvrière. La notion d’usure est pour Alain Cottereau, la « fatigue ou somme des facteurs de mauvaise santé accumulés dans le cours d’une vie de travail ». Cet historien constate que la révolution industrielle a instauré une « pression productiviste permanente ». Cette pression sur le corps et la santé entrainent une difficulté à poursuivre le travail après 45-55 ans.

Une usure prématurée par le travail durant la révolution industrielle

Nombre de médecins décrivent l’état physique des ouvriers. Villermé en fait une description intéressante mais il ne relie pas leur condition de travail à leur état de santé. Certains métiers sont pourtant particulièrement exposés comme celui de peintre en bâtiment à cause d’un produit toxique, la céruse, qui élimine petit à petit les ouvriers à partir de 45 ans (intoxication au plomb : saturnisme). Dans les industries textiles, beaucoup d’ouvriers ont des affections chroniques des voies respiratoires. Dans ce travail souvent féminisé, la pression sur les cadences est permanente. Les ouvrières contractent des tuberculoses, des bronchites prolongées, des déformations verticales, un épuisement nerveux, « un vieillissement prématuré ». Dès qu’ils peuvent quitter les emplois les plus éprouvants, les ouvriers partent travailler dans des secteurs plus sécurisés. Ce sont ainsi souvent les orphelins, les migrants qui subissent cette exploitation forcenée.

A la mine : la dureté des conditions de travail

            L’invalidité chez les mineurs intervient aux alentours des 40 ans. C’est pourquoi les organisations ouvrières de mineurs revendiquent la retraite à 45-50 ans. D’ailleurs, le patronat est conscient de cette réalité puisque les mines du Nord n’embauchent pas de nouveaux ouvriers après 35 ans. Ceux qui travaillent au fond des mines sont en général jeunes. A Carmaux, en 1890, la moyenne d’âge est de 33 ans. En moyenne, au début du XXème siècle, un mineur de Carmaux mourrait à 54 ans.

Les causes de cette surmortalité sont multiples :

  • Le travail en milieu souterrain provoque des gênes respiratoires, des étourdissement, la chaleur et le manque d’air oppressent. Le travail torse-nu entraine des chauds-froids et des rhumatismes.
  • Les éboulements et les coups de grisous peuvent provoquer de graves accidents du travail, souvent mortels.
  • Travail physique : les mineurs poussaient des wagonnets de 250 kg contenant 5 hectolitres de charbon, d’autres piquent le charbon avec leurs pioches/pics, d’autres enfin boisent les mines et les raccommodent pour ne pas qu’elles s’effondrent.

Les compagnies minières, par les conditions de travail qu’elles imposent, sont en partie responsables de cette usure. Côté organisations ouvrières et syndicales, on cherche surtout à limiter la vie de travail pour ralentir l’usure (demande de la journée de 7 heures de travail continue, salaire fixe minimum, nationalisation des mines…).

Aller plus loin :

Cottereau A (dir), « L’usure au travail », Le mouvement social, n°124, 1983. Lire l’ensemble du numéro en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56211227/f1.item