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Notes de lecture, Grey Anderson, La guerre civile en France, du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS, La Fabrique, Paris, 2018

Introduction

L’auteur montre comment De Gaulle capte le mécontentement de l’armée et la révolte des pieds noirs afin de revenir au pouvoir et imposer un nouveau régime politique. Anderson identifie cet évènement comme un « coup d’état ». Il analyse ainsi les rouages du pouvoir politique et militaire, qui jouent un rôle central dans cette période. La guerre civile n’est pas réalité, mais mobilisée comme un outil des acteurs dans leur lutte en cours, notamment pour marginaliser la gauche et particulièrement le PCF, et surtout parvenir et se maintenir au pouvoir.

De Gaulle, pragmatique, finit par changer de position sur l’Algérie et à maîtriser les contradictions au sein de l’Etat pour s’imposer face aux remous provoqués dans l’armée et l’existence de l’OAS (qui sont pour l’essentiel des anciens soutiens de son retour au pouvoir du 13 mai 1958).

En introduction, l’auteur débute par la réconciliation des droites lors de mai 68 que les évènements de la guerre d’Algérie avaient divisé. En mai 68, il s’agit de protéger l’ordre contre la prétendue subversion communiste.

Fin d’Empire

La fin de l’empire, les défaites militaires de la France face aux processus de décolonisation, entrainent une crise morale et politique de l’armée, impuissante à juguler les forces qui décolonisent. Malgré la force militaire française, la volonté politique de maintenir l’empire, le vieil empire colonial français désuet est confronté à un essor prodigieux de l’action de masse, organisées par un parti de la décolonisation fort et organisé, qui s’aguerrit à l’art militaire de la guérilla : c’est le cas du parti communiste vietnamiens et de son Viet-Minh. Ce sera ensuite le cas du FLN et de son ALN.

La défaite au VN joue un rôle essentiel dans la conscience des leaders indépendantistes : « Dien Bien Phu (…) est le Valmy des peuples colonisés (…) C’est la confirmation des droits de l’homme à l’échelle universelle » (Ferhat Abbas).

Pour l’armée française, elle est vécue comme une « angoisse » à tel point que des menaces de coups d’état s’y font jour. De Gaulle estime même que l’armée pouvait « sauver la situation » et affirme : « je retournerai au pouvoir, je le veux ».

L’armée s’intéresse notamment à la stratégie militaire du VietMinh, l’abolition des frontières entre le civil et le militaire, la propagande communiste et la guerre psychologique ainsi que les écrits de Mao de 1936, Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. De plus, pour nombre de cadres de l’armée, la troupe avait été frappée dans le dos par le parti communiste et une presse défaitiste.

En Algérie, en 1954, le FLN lance l’insurrection. Le pouvoir politique défend le maintien du colonialisme et répond par la guerre aux insurgés algériens.

  • Mitterrand : « L’Algérie, c’est la France et la France ne reconnait aucune autorité que la sienne ». Mendès France reprend grosso-modo la même position.
  • Le PCF dénonce « une vraie guerre contre le peuple algérien » et craint que les mesures d’urgence ne soient appliquées en France.

En 1956, Mendès France et Mitterrand font campagne pour un front républicain pour « la paix en Algérie » (formule ambigüe). Le 1er février 56, Mollet est investi président du conseil. Voyageant en Algérie, Mollet est pris à parti par des pieds-noirs enragés : il se réfugie dans l’immeuble du gouvernement central. Mollet, marqué par les évènements fait des gestes envers les pieds-noirs. Avec Lacoste, ils mettent en place les pouvoirs spéciaux en Algérie, donnant des prérogatives administratives à l’armée. Les communistes les votent alors qu’ils signifient une intensification de l’effort de guerre en Algérie. Le contingent est ainsi mobilisé pour la 1ère x.

Lacoste se justifie ainsi : « Nous livrons dans ce pays un combat qui est celui de l’Occident, celui d’une civilisation contre l’anarchie, de la démocratie contre la dictature ». Ainsi, le maintien français en Algérie est une « nécessité géopolitique, une garantie contre l’encerclement par le bloc soviétique à l’est et la vague menace de l’islamisme au sud ». (p. 50)

Depuis Paris, Debré et Soustelle encouragent les activistes pro-algérie française pour imposer un comité de salut public. Au même moment, l’armée remportait la bataille d’Alger avec Massu et confortait ses positions sur la guerre psychologique, contre-insurrectionnelle.

Malgré la ligne tortueuse du PCF, peu de forces politiques étaient prêtes à soutenir le FLN. Mais c’est le refus de la torture qui permet un front unitaire et plus massif, dans la tradition républicaine.

La crise du 13 mai

Alors que se créé un parti pro-algérie française de plus en plus puissant, les émissaires gaullistes tentent d’organiser depuis Alger, en liaison avec les réseaux gaullistes métropolitain le retour de De Gaulle.

Un parti colonial pour intensifier la guerre d’Algérie se créé autour de Soustelle, Bidault, Morice, Duchet pour constituer un gouvernement de salut public. Debré se ralliait à eux à maintes reprises évoquant les trahisons politiques : «  le chemin du régime tel qu’il est, c’est le chemin du communisme, et le seul chemin qui l’évite, c’est celui du redressement par un gouvernement exceptionnel ».

Dès mars 1958, Chaban Delmas envoie Delbecque en Algérie. Dès le mois de mai, des journaux algérois appellent au retour de De Gaulle. Delbecque organise avec Foccart l’action du 13 mai pour forcer Pfimlin à ouvrir la voie à DG.

Le 13 mai : manifestation autour du monument du plateau des Glières. La manifestation part ensuite devant le gouvernement général et les plus radicaux (Lagaillarde) tentent de déborder les gaullistes. Cependant, Massu dirige la création d’un comité de salut public et prend la direction du mouvement. Il demande à Paris la création d’un gouvernement de salut public avec à sa tête DG pour sauver l’Algérie de « l’abandon ». Pfimlin investi, forme un nouveau gouvernement. Waldeck-Rochet (PCF) demande que Massu soit démis de ses fonctions, et de prendre des mesures fortes pour « sauver la république »., Pfimlin dénonce les menaces de guerre civile en apostrophant les communistes qui serait la force qui aurait intérêt à cette guerre civile. Le PCF était donc pris entre le fait d’agir pour repousser les tentatives de coup d’état et le fait de déclencher une répression d’Etat.

Le 15 mai, DG, intervient pour dire qu’il se tient prêt à « assumer les pouvoirs de la république ». En contrepartie, un nouveau gouvernement est formé, qui décrète l’état d’urgence, que le PCF appuie afin de contrer les ennemis de la république (déclaration de J. Duclos). Cependant, Papon prévient Pfimlin que les forces de police ne seront pas enclines à s’en prendre aux militants nationalistes français. Lacheroy de l’armée, Debré axent toute leur action sur le retour de DG, notamment par la peur. Des plans d’action sont élaborés pour Paris : c’est l’opération Résurrection. Le plan prévoit de faire atterrir des paras en région parisienne et prendre les points stratégiques en attendant la capitulation du gouvernement pour DG.

Le 24 mai, les paras arrivent en corse et occupent la préfecture d’Ajaccio. Ils proclament un comité de salut public. Seule Bastia tient, autour du député maire socialiste qui refuse d’abdiquer. Mollet et Pfimlin ne veulent pas faire intervenir la police de crainte d’une guerre civile. Mollet craignait une guerre civile à l’espagnole. De son côté, le gaulliste Neuwirth appelle la métropole à agir après qu’Alger ait fait sa part.

Quant au PCF, il appelle avec la CGT à une grève le 27 mai. Les socialistes appellent à les rejoindre mais ils sont divisés. Moch explique : « l’armée en France est en état d’insurrection virtuelle ; une action commune avec le PC donnerait le prétexte à l’armée d’intervenir ». La grève est un « succès limitée » : forte dans le Nord, « molle » en région parisienne.

Le président Pfimlin rencontra en secret DG. Tous deux avaient décidé de garder secrète leur conversation. Mais DG la rendit publique en disant qu’il avait « entamé (…) le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain capable d’assurer l’unité et l’indépendance du pays ». Il félicite l’armée d’Algérie pour sa « conduite exemplaire ». Pfimlin pris de court et de vitesse, n’apporte pas de démenti. Mollet suit une ligne défaitiste, Moch plie lui aussi. Le 28, 200.000 personnes manifestent à Paris autour de Mitterrand, Mendès France et du PCF. Les forces politiques refusent l’unité avec le PC et ne proposent guère d’alternative.

Pendant ce temps, l’opération Résurrection se déroule : Salan et Massu ne veulent agir qu’avec l’accord de De Gaulle. Ce dernier dit à un envoyé de Salan : « je ne veux pas apparaître tout de suite, pour ne pas sembler revenir du seul fait de cette action de force. Après quelques jours, je veux être appelé comme un arbitre venant à la demande de tout le monde, prendre la direction du pays pour lui épargner des déchirements inutiles. Il faut que j’apparaisse comme l’homme de la réconciliation et non comme le champion d’une des factions en train de s’affronter ». Le 29, DG s’attend à une action éminente de l’armée (lettre à son fils). Le même jour, Coty cherche à sortir de l’impasse et fait appel au général De Gaulle. L’action militaire était pourtant en cours et les ordres d’arrêt arrivés tardivement ;  les appareils ne purent être détournés qu’à Orléans. A l’assemblée, De Gaulle est investi par le MRP, les gaullistes, le CNIP (Tixier vote pour), alors que la SFIO, l’USDR et les radicaux se partagent. Le PCF vote contre.

Changement de régime

Le 1er gouvernement DG n’inclut qu’un pro-algérie française avec M. Debré. DG entame dès juin 58 un voyage en Algérie : « je vous ai compris » ; « vive l’algérie française » à Mostaganem.

Les réactions de la gauche

Dans Le Monde, M. Duverger met en garde contre la menace fasciste, notamment conséquence de la guerre psychologique menée par l’armée : « une armée préparée pour la guerre subversive est une armée de guerre civile » (123-24).

Deux traditions se mobilisent contre De Gaulle : l’antibonapartisme et l’antifascisme qui mettent en avant la « défense républicaine ». Des comités de défense républicaine ou de vigilance antifascistes voient le jour mais sont composés essentiellement des communistes : « ces associations s’efforçaient de regrouper une gauche défaite et désorientée » (127)

L’auteur utilise un témoignage d’un JC de Toulouse dans les Temps Modernes : « défendre la République sans oser parler de front populaire, c’était défendre le passé, les guerres coloniales, les piastres, les bas salaires, la répression ». Le PCF dénonce la « menace fasciste » et veut protéger les « libertés démocratiques ». Il réalise plusieurs renoncements : abstention lors de l’investiture de Pfimlin, soutien à l’état d’urgence, soutien aux pouvoirs spéciaux et au projet révisionnel de la constitution du 27 mai (128)

Le 14 mai, un comité de résistance contre le fascisme se créé autour de socialistes, du PCF, de la CGT, FO mais aussi de personnalités : JP Sartre, C. Bourdet, andré Philip. Lors d’un meeting, Mauriac annonce son ralliement à DG et symbolise une gauche modérée qui dit : « se refuser l’alliance avec le PC et déchirer ses vêtements au seul nom du général DG, c’est une position intenable (…). Le FP ou DG, cette alternative qui nous tient, qui signifie : la guerre civile certaine ou une chance de paix en Algérie et de fédération en Afrique ». 129.

Le PCF est le seul parti unanime contre l’investiture de DG. Il considère DG comme « un gouvernement de dictature personnelle ouvrant la voie au fascisme ». Pour le PCF, le programme de DG = marqué par le revanchisme militaire et le libéralisme de droite. Dans l’UEC, la section Sorbonnes-Lettres critique la stratégie du PCF qui défend la IVème République.

Dans la SFIO, les plus à gauche comme Badiou, Terray, Rocard quittent le PS mais ne veulent pas une alliance avec le PCF. Ils organisent des meeting autour de la LDH, l’UGS de Bourdet et Martinet, Mitterrand et l’UDSR. S. Mallet dénonçait dans le gaullisme les fractions avancées du capital voulant exploiter le pétrole du sahara et la constitution comme technocratique et autoritaire. Pour nombre d’intellectuels comme C. Lefort, le PCF était vu comme une « pauvreté intellectuelle » et une « inutilité pratique ». Le pouvoir de DG est décuplé en tant qu’homme dans cette situation. On peut néanmoins se poser la question de savoir quels mots d’ordres politiques et quelles alternatives pratiques auraient pu empêcher DG de triompher en mai 1958. Surtout quelles masses organisées étaient capables de stopper cette marche en avant. Les mêmes auteurs, comme Lefort et Castoriadis critiquent le FLN comme « bureaucratie militaire et politique ». Quant au PCF, il refuse d’aider matériellement le FLN (Mohamed Harbi).

La constitution gaulliste

Supervisée en secret par Debré autour d’une petite équipe, les pouvoirs du président sortent renforcés : pouvoirs exceptionnels, dissolution du Parlement, referendum. Debré ancien haut fonctionnaire de Vichy avait travaillé sur les décrets-lois pour l’abolition des 40h.

La constitution : présentée publiquement le 4 septembre 58 lors d’un grand meeting de DG : « campagne très personnalisée » avec Soustelle comme ministre de l’information qui lance un « blitzkrieg de communications à l’américaine ». Un avion cargo du SDECE répand du matériel de propagande partout sur l’hexagone. L’armée joue un rôle essentiel d’influence + manipulation en Algérie (bulletin blanc pour le oui et violet pour le non couleur du malheur dans le monde musulman).

Lors du 50ème congrès de la SFIO, la minorité créé le PSA qui se rallie à l’union des forces démocratiques.

Cependant, le 28 septembre, le oui fait un raz de marée : 80 % en France métropolitaine. En Algérie, 97 %. Les 1ère législatives donnaient une grande majorité à l’UNR, le PCF n’a que 10 députés malgré un bon score, mitterrand et Mendès sont vaincus. L’UNR se présente comme un rassemblement progressiste, neuf, hors de partis. Pour Bourdet, il s’agit de la vieille réaction, bonapartiste « la version française du fascisme », Mitterrand parlant d’un « préfascisme » : « sous apparences démocratiques, un processus totalitaire est en marche (…) le pays a validé le coup d’Etat parce que le coup d’Etat sitôt maitre du pouvoir a su manier à son profit tous les leviers qui mobilisent l’opinion publique ».

Quant à DG, son redressement passe aussi par un plan d’austérité : diminution dépenses de l’état, contribution accrue des travailleurs à la sécu, hausse des taxes des bien de consommation.

Les paras

Corps d’armée politisé, ultra renforcé par un 14 juillet très nationaliste -> Attaques des communistes ou de la CGT comme à Pau ou Toulouse.

Colonels et barricades

Pour Delbecque, la prise du pouvoir de DG est une « révolution gaulliste » grâce au « comité de salut public ». « c’était une formule choc pour conserver cette province à la France. Pour nous, c’était aussi le rappel que chaque citoyen a le droit et le devoir, lorsque la patrie et le sol sont en danger, de mettre tout en œuvre pour sauver ce qui doit être sauvé. Le 13 mai fut avant tout le sursaut national pour se libérer de la monstrueuse, de l’incapable coalition des partis. L’Algérie voulait rester française mais elle ne le pouvait que si les hommes et le Système étaient changés (…). Pour l’histoire un jour peut être faudra-t-il rendre public ce que fut le travail inlassable de cette équipe gaulliste ».

Cependant, la vision du gouvernement va évoluer rapidement avec la conjoncture internationale :

  • A l’ONU, une motion sur la reconnaissance du GPRA est rejetée par l’abstention des EU. Ces derniers insistent sur l’évolution vers l’indépendance.
  • DG souligne 3 options à l’ONU : la sécession, qui mène au désastre et au communisme, la francisation, ou l’association avec un gouvernement algérien uni à la France.

Debré met en avant cette autodétermination-tutelle de l’Algérie à la France en ayant conscience qu’un « courant de l’Histoire traverse le monde ».

Quant à la torture, le gouvernement ne la voit pas comme une affaire morale mais comme une question d’autorité de l’Etat.

La semaine des barricades

Massu pour un journaliste allemand montre le désarroi de l’armée : « nous ne comprenons plus sa politique » « notre plus grande déception a été que le Général soit devenu un homme de gauche (…) la première question à se poser est de savoir quand viendra un successeur du général de Gaulle ».

Les partisans de l’Algérie française transforment l’université d’Alger en camp retranché en janvier 1960 : dans les rues au dessus du forum, des affrontements ont lieu : 14 gendarmes sont tués et 8 manifestants tués. Au sein du gouvernement, Debré était contre le recours à la force et une majorité le suit contre DG qui souhaite une épuration des officiers : « le rétablissement de l’ordre (…) le châtiment des meneurs est un impératif absolu ». Debré rappelle à l’armée qu’en janvier 60, on n’est pas en mai 58 : « la nation le soutient » (à DG).

Le 29 janvier, DG apparait à la TV en uniforme en mettant dos à dos le FLN et les ultras. « je dis à tous nos soldats : votre mission ne comporte ni équivoque ni interprétation. Vous avez à liquider la force rebelle qui veut chasser la France de l’Algérie (…) » et plus loin « l’armée française, que deviendrait-elle, sinon un ramas anarchique et dérisoire de féodalités militaires, s’il arrivait que des éléments mettent des conditions à leur loyalisme ? (…) c’est moi qui porte le destin du pays. Je dois donc être obéi par tous les soldats français ». Des comités de soutien au général naissent dans tout le pays. Le PCF rappelle son engagement pour l’autonomie et contre le fascisme.

Le 1er février, un millier d’insurgés se rendent avec les honneur aux paras.

Le 2, Debré rend hommage au général : « la légitimité nationale a parlé, mais c’est un homme seul qui, présentement, incarne cette légitimité, de telle façon que nul, en fin de compte, n’a pu et ne peut en douter. (…) Autour d’un homme, il faut des institutions politiques adaptées ».  « Il est indispensable de renforcer les possibilités de l’exécutif ». Ainsi, DG peut légiférer par décrets durant 12 mois, ce à quoi s’oppose le PCF, tandis que la SFIO vote ces pouvoirs spéciaux. Le PCF est désorienté en interne. J Pronteau estime que DG est une alternative à la tendance proaméricaine et proeuropéenne du capitalisme français. Il est soutenu par Servin-Casanova et les soviétiques. Il estime aussi que DG veut sauver l’armée du déshonneur. C’est le sens des propos de DG début 59 : « il faut en Algérie, en finir avec cette guerre, c’est mauvais pour l’armée. Elle prend goût à la politique et ne se prépare pas à une guerre de style moderne. Elle ne fait pas là bas son métier ». DG veut relancer une défense française.

Le droit à l’insoumission

La répression frappe particulièrement ceux qui soutiennent le FLN afin de calmer l’armée : droits des détenus restreints, peine de mort rétablie pour crimes politiques (supprimée en 1848). En février-mars 1960, un réseau d’aide au FLN et déserteurs est découvert : le réseau Jeanson aidé d’Henri Curiel, communiste égyptien. Voir les livres de Schwartz, l’affaire Audin, ou La Gangrène.

Ces questions divisent : Esprit refuse d’amener en France ce conflit qui servirait l’armée et couperait ceux qui le portent d’une légitimité nationale (sur laquelle s’appuyaient les républicains espagnols). Marcel Péju dans les Temps Modernes appellent à rompre une « communauté nationale » fictive. Cependant, le 13 mai, Debré et DG avaient mis en avant le devoir d’insurrection. La gauche du PSU met en avant toute action de solidarité qui peut favoriser la solidarité entre travailleurs français et algériens. Mais sa droite autour de Mendès France s’y refuse.

A la mi-juin, DG affirme vouloir mettre un terme à la colonisation et comprend la nostalgie de l’empire, même si en même temps il rompt les négociations avec le FLN. En juillet 60, Le Pen annonce la création du front national pour l’Algérie française avec Tixier, Isorni…

La torture et l’ouvrage la Gangrène a participé à médiatiser l’utilisation systématisée de la torture en Algérie avec le cas de Djamila Boupacha. Le camp gaulliste ravale ces accusations à de la propagande communiste. Avec le procès Jeanson, s’organise une résistance à répression d’Etat : appel des 121 sur le droit à l’insoumission durant la guerre d’Algérie avec Signoret, Florence Malraux. Sartre souligne la continuité entre la résistance de Jeanson et son action présente. Vergès est l’avocat du réseau, ce qui fait dire au procureur « pendant vingt et un jours, nous avons entendu très longuement le procès de la France en Algérie ». 14 accusés eurent la peine maximale de 10 ans de prison mais la défense connut un succès médiatique. L’ext droite faisait campagne contre Salan et demandait à fusiller Sartre.

Le mouvement contre la guerre en sortait amplifié avec une manifestation le 27 octobre qui réunit l’UNEF, la FEN, la CFTC, FO le PSU. Avec un meeting à la mutualité, jusqu’à la prison de la santé. Le PCF et la CGT étaient absents et appellent à des actions locales indépendantes. Cependant, le PCF avait refusé de s’y joindre et c’est un échec.

A l’assemblée, sur la question de la force de frappe, Debré met en avant le 49.3, ce qui lui permet de faire passer sa loi malgré les protestations parlementaires, la motion de censure n’étant pas majoritaire.

Le 25 octobre 1960, Salan prend position contre la force de frappe, contre le réseau Jeanson et entre en opposition avec le Gouvernement, soutenu par Le Pen, Tixier, Bidault, les généraux Zeller et Chassin… Le 4 nov 60, DG prend position pour une république algérienne qui existera un jour. Debré en est surpris et demande même sa démission. Le 8 janvier 1961 avait lieu un réferendum sur l’Algérie. Les socialistes Lacoste et Lejeune faisaient campagne pour le Non, tout comme le front pour l’algérie française. Le Oui l’emporte au ¾. L’OAS nait alors en février autour de Lagaillarde et Salan. Le procès des barricades quant à lui donne des condamnations bégnines. Cela encourageait la révolte contre le pouvoir même. Au printemps 61, Challe fut gagné à l’idée d’une prise de pouvoir militaire.

Vainqueurs et vaincus

Le 21 avril 1961, DG et Debré sont informés de mouvements de troupes non prévus. Les rebelles prennent le contrôle d’Alger dès le 22 : les centres de commandement, l’aéroport. Le ministre des transport Buron est appréhendé ainsi que les généraux loyalistes.

Avec Salan, les généraux soulèvent l’armée pour préserver l’Algérie, refuser qu’elle ne devienne une « base soviétique ». Des plans étaient prévus pour occuper Paris. Debré fait passer l’état d’urgence qui est adopté unanimement.

DG réagi : « un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamento militaire. (…) Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite (…) j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens soient employés pour barrer la route à ces hommes-là ». Debré appelle les parisiens à se tenir prêts à occuper les aéroports. Au ministère de l’intérieur, Frey forme des milices avec gaullistes, militants du PSU. Malraux enflamme les présents comme du temps de la guerre d’Espagne. Debré dénonce ces « errements du ministre de l’intérieur.

Cependant, avec le flottement des officiers et la résistance d’une partie des troupes, le putsch n’était pas massivement soutenu. Challe trois jours après le putsch, refusant un soulèvement populaire des ultras d’Alger préfère se rendre. DG peut aussi grâce à cet évènement compléter son projet de construction de l’Etat.

Lors du procès des généraux, s’affirme un anticommunisme lié à une arrivée au pouvoir d’un front populaire. De plus, si la troupe n’a pas suivi, c’est parce qu’elle aurait été infiltré par les communistes. Les généraux sont incapable de « comprendre le raisonnable scepticisme d’une partie de la troupe face à un mouvement insurrectionnel illégal ».

Lors du procès, les généraux évitent la peine de mort, au grand dam de l’Humanité : « la caste militaire a voulou protéger les siens (…) Entre eux et de Gaulle, il y a le 13 mai, il y a la première rebellion, le premier coup de force, le premier pronunciamiento » (laurent Salini). Et DG de se plaindre que personne ne lui obéit.

Pour la SFIO, il fallait s’attaquer à Debré, « complice et ami des hommes que nous voulons abattre ». Il était vu comme le lien entre le régime et les ultras.  

Au même moment, la violence d’Etat s’abattit sur les manifestations pacifistes :

  • Le 17 octobre 61 : marche du FLN avec des dizaines de morts par des compagnies d’intervention composés de paras, d’ultras…
  • Avec l’OAS, les attentats se multipliait et le PCF lança une manif le 6 décembre avec 15.000 personnes avec le soutien du PSU et de l’extrême gauche. Le 19 décembre, une autre fois. La police intervient et blesse de nombreuses personnes, que même le journal Le Monde dénonce. Fauvet écrit « incapable de maintenir l’ordre dans les rues d’Algérie et de mettre fin aux crimes néofascistes, l’Etat a pris sa revanche en matraquant les adversaires de l’OAS à Paris ».
  • Meurtre de Charonne le 8 février 1962 : l’Etat joue consciemment la répression contre le communisme pour garder l’appui des forces de sécurité. Le ministre de l’intérieur dénonce la subversion communiste deux jours après le massacre et les 9 morts. 2 jours de protestation et de grève sont suivis les 12/13 février et une foule d’un demi million de personnes enterrent les morts.

Au même moment, l’OAS par Salan appelle à une « offensive généralisée » : attaque de civils algériens, de gendarmes, militaires français. L’armée changea son fusil d’épaule et commença à riposter aux insurgés pieds-noirs.

Le 8 avril 1962, 91 % des français acceptent les accords d’Evian. Lors du procès des généraux, le général Jouhaud accuse Debré d’avoir soutenu le putsch au départ, de l’avoir inspiré. Lors du procès Salan, Mitterrand témoigne en faveur des militaires pour dénoncer ceux qui ne veulent pas mettre sur le même plan le 13 mai 58 et le 22 avril 61 (ce que Tixier lui revaut en appelant à voter pour lui en 65)

Ainsi, avec la victoire gaulliste sur l’OAS, l’armée allait être pacifiée et avec la fin de la guerre d’Algérie, les violentes luttes allaient s’éteindre.

Conclusion

DG réussit des coups de force stratégique dans la communication :

  • Son coup d’état est un sauvetage face à une entreprise de subversion
  • Sa défaite face au FLN est une victoire face à la menace d’un coup d’état.
  • L’attentat du petit clamart est utilisé pour décider de l’élection du président au suffrage universel et non des parlementaires. La « magie référendaire » fonctionne encore pour l’élection du président.

Cependant, si l’Algérie était finie, en Afrique centrale, les forces françaises développaient leur guerre contre-insurrectionnelle face à la gauche camerounaise.

L’Etat d’urgence reste en place jusqu’à l’été 1963.

« Le régime de la France actuelle reste profondément marqué par les troubles de ses débuts. Une mécanique constitutionnelle antidémocratique, une présidence autoritaire et une politique étrangère militariste – flagrante dans le précarré africain postcoloniale – sont parmi les legs les plus évidents de la « transition » de 1958 ».

Comme dit dans une remarque critique, l’auteur analyse les positionnements politiques mais fait peu de liens avec les masses populaires d’où l’acceptation de certaines critiques intellectuelles sur les bases impraticables de sa politique. En réalité, le PCF est certes pris de court comme le dit l’auteur, mais se pose ou parait toujours pour les larges masses comme l’organisation la plus radicale au sein du jeu politique. Certes, des intellectuels ou des franges minoritaires se situent davantage à l’extrême gauche mais ont finalement peu accès aux masses. Ex : le comité audin qui est ou le réseau jeanson qui est davantage aux mains de l’extrême gauche. Mais développer un militantisme radical et minoritaire et différent de vouloir mener une politique nationale de masse.

D’autres ressources sur cet ouvrage

Sur Le Vent Se Lève, une interview de l’auteur: https://lvsl.fr/grey-anderson-la-ve-republique-sest-construite-en-refoulant-ses-origines/

Des vidéos interview avec Grey Anderson