Noiriel G., Les ouvriers dans la société française, XIXème-XXème siècles, Paris, Editions du Seuil, 2002, 226 p.
Notes dans le cadre de la préparation à l’agrégation: le travail en Europe Contemporaine (1830-1939)
Préface
Cet ouvrage a été écrit par Noiriel en même temps que sa thèse. Son ouvrage « vise à rassembler l’essentiel des connaissances de « première main » disponible au moment de la rédaction de l’ouvrage pour construire une problématique que des recherches empiriques ultérieures auront pour mission de confirmer ou de corriger ».
Le monde ouvrier « comme tous les individus qui n’ont pas la possibilité de parler ou d’écrire en leur nom propre, les sidérurgistes lorrains n’ont pu se faire entendre qu’à la suite d’une immense mobilisation collective (…) Dans les sociétés démocratiques, ce sont les rapports de force qui déterminent la prise en compte des intérêts sociaux ».
- Anecdote sur le pays Haut Lorrain : les mines de cette région étaient parmi les plus meurtrières du Monde. La main d’œuvre souvent immigrée, n’avait alors aucun moyen de se défendre. Les maitres des forges lorrains, pourtant chrétiens, ne faisaient rien contre ces accidents. Il faudra attendre la syndicalisation et la politisation de la 2ème génération d’ouvriers pour qu’il y ait des changements en « boulonnant les parois ».
L’hypothèse de Noiriel était que l’unification de la classe ouvrière a été trop tardive et incomplète pour faire face aux mutations du capitalisme des années 80.
Marginalité chronique de la classe ouvrière française issue de la paysannerie ou surtout des diverses vagues de migrations et encore à la main d’œuvre féminine.
- Au XIXème, les émeutes d’ouvriers se transforment facilement en « révolution ».
- La IIIè Rép a eu un rôle de pacificateur de la vie politique en mettant fin à cette logique
- Au XXè, concentrés dans de grandes usines, les ouvriers étaient en mesure de bloquer des secteurs vitaux de l’économie. A partir des années 30 (la crise stabilise la classe ouvrière), les ouvriers, et leurs organisations « neuves » du PC vont construire une nouvelle « visibilité collective du monde ouvrier ». Ceux-ci exerceront dans l’après 2nde GM une hégémonie sur le Monde ouvrier.
- Le déclin de la grande industrie des 70’ prive ces organisations de ces armes.
- Au moment de son hégémonie, la figure du prolétaire français masculin se construit. De +, les ouvrier deviennent des ayant-droits en votant, ou encore en choisissant leurs représentants au sein des entreprises.
- A la recherche du prolétariat
- Les ouvriers en chiffres
Vers 1880, un actif sur deux est encore dans l’agriculture. Dès 1840, ¼ en Angleterre.
En 1789, la grande industrie = 400.000 ouvriers.
En 1781-1790, les ouvriers sont 15 % de la pop active ; 26,7 % en 1881.
Au XIXème, le secteur textile domine l’industrie (50 % des effectifs). Le bâtiment et métallurgie sont entre 13-14 %.
En 1866, il y a quasiment autant d’ouvriers que de petits patrons.
Rôle des femmes, des immigrés et des enfants dans l’industrie
- Les enfants sont présents dans le textile mais aussi dans les mines, des secteurs où les femmes sont moins nombreuses. La plupart des immigrés sont des frontaliers (1881 : 1 million). 30 % des ouvriers sont des femmes en 1866 : forte présence dans le textile, la chimie. Les enfants sont appréciés par leur agilité, leur souplesse, notamment dans les filatures : ils se glissent sous le métier pour rattacher les fils alors que la machine est toujours en marche. Ils peuvent constituer 1/3 de la main d’œuvre. A Carmaux, ils sont 20 % du personnnel en 1850 et 15 % en 1879. Ils se glissent dans les galeries très étroite. Ils peuvent commencer leur activité dès l’âge de 8 ans.
- Contrairement à l’Angleterre, l’exode rural français est plus lent, ce qui ne créé pas un entassement massif dans les villes, contrairement à ce que décrit Marx pour l’Angleterre.
- Un monde ouvrier aux multiples visages
Pour Kuczynski, c’est la machine qui définit le prolétariat, dans le sens où il y travaille dessus sans en être le propriétaire, ce qui nécessiterait d’énormes capitaux puisque le développement des sciences et des techniques nécessite la concentration de capitaux énormes.
En France, jusqu’au milieu du XIXè, la mécanisation ne touche que les filatures. A partir de là, c’est la machine du patron qui impose le rythme et non plus le métier de l’ouvrier.
De nombreuses critiques émergent contre l’allongement de la journée de travail (14-15h) et sur le salaire aux pièces se développant à partir de 1830 et qui accélère les cadences ouvrières. La condition ouvrière connait les courbatures, la fatigue, l’insalubrité des ateliers, la chaleur, les poussières (inflammations pulmonaires, phitisies).
Dans les mines, conditions de travail terribles : 1867 : 88 morts à Blanzy dans une explosion ; inhalation de vapeurs toxiques, engrenages qui broient. L’hôpital saint sauveur accueille tous les ans une centaine d’ouvriers pour saturnisme (= intoxication au plomb).
Urbanisation incontrôlée : Paris double en 50 ans : 1806 : 500.000 / 1850 : 1 M. Mulhouse et Ste Etienne connaissent aussi de grandes croissance. Cette croissance est due à un fort exode rural : déracinement qui a comme conséquence une « pauvreté du mobilier ». Mulhouse, nb d’ouvriers dorment à même la paille. Soupe et pommes de terre forment les ¾ de l’alimentation.
Rôle de l’absence d’hygiène. : typhus, méningite, tuberculose, syphilis touchent mortellement les quartiers ouvriers.
Dans certains quartiers, le taux de mortalité est fort, et parfois les habitants meurent avant l’âge de 40 ans : 70 % meurent avant 40 ans à Wazemmes, St Sauveur.
De +, salaires bas pour ces déracinés.
Les crises sont nombreuses : A Lille en 1844-45, 60 % des ouvriers du textile à la rue, dû à des contrats de travail « en général inexistant ». L’indigence est souvent importante. Cela entraine la « misère morale » : déracinement, désarticulation de la famille traditionnelle : marginalité, violences, rixes, alcoolisme, liaisons illégitimes…Affaiblissements des pratiques collectives de la vie religieuse.
En France, attention au misérabilisme = 1/15è des ouvriers est touché par le déracinement.
En même temps, en 1830, entrée de la question ouvrière avec les soulèvements canuts, ainsi que lors de la révolution des trois glorieuses. Beaucoup de penseurs voient dans le prolétariat l’instrument pouvant renverser la monarchie. Il existe alors nombre d’écrivains qui se font porte-paroles des ouvriers, qui d’ailleurs regrettent l’ancien régime.
Le tableau misérabiliste doit être relativisé : différences avec le tableau anglais. En France, l’industrialisation est encore rurale, s’est appuyée fortement sur les campagnes. Jusqu’au milieu du XIXème, l’industrie reste rurale ou semi-rurale.
Dans ce développement « proto-industriel », la ville et la campagne sont complémentaires. La ville a surtout des tâches de gestion et de commercialisation des produits.
La mécanisation n’a pas simplement produit une déqualification comme dans le textile, elle a aussi créé un nouveau type d’ouvrier qualifié, notamment dans la métallurgie.
Le prolétariat n’est donc pas uniforme : « très grande diversité de conditions ». De +, les classes populaires en général connaissent les conditions évoquées + haut.
De +, la pénibilité est présente dans la nouvelle industrie mécanisée mais été souvent importante avant dans les ateliers artisanaux. A la campagne, les conditions ne sont souvent pas meilleures et les ouvriers cultivent un lopin de terre. Beaucoup de ces ouvriers sont aussi saisonniers.
Du point de vue des conditions matérielles, il est très difficile de tracer une nette frontière séparant le « prolétariat » « du reste des classes populaires ». De plus, être ouvrier à cette époque correspond souvent à une partie de sa vie : ce qui caractérise justement les classes populaires de l’époque, c’est leur « polyvalence ».
Les réformes éducatives Ferry vont surtout avoir pour fonction d’éduquer les travailleurs de la grande industrie. Les gens de métiers (ex les canuts) savaient déjà lire et écrire. Quant aux ouvriers des campagnes, leur conception du monde est souvent celles des paysans, à savoir la méfiance vis-à-vis des innovations de la ville.
- Le « gigantesque paradoxe »
Malgré de grandes transformations révolutionnaires, ce sont des secteurs anciens qui assurent jusqu’en 1880 l’expansion de la France : il y a une masse de petits propriétaires et l’influence des vieilles corporations de métiers. Cette situation est due en grande partie aux rapports de force entre groupes sociaux qui composent la société.
- Les raisons de l’attachement des ouvriers aux formes traditionnelles d’activités économiques
Importance de la pluri-activité pour des ouvriers bien souvent ouvriers-paysans qui sont dépendants de la conjoncture économique ou naturelle. L’insécurité du travail est forte et les conditions de la vie font que les changements d’activité sont parfois nécessaire. Après 45 ans, un ouvrier des aiguilles doit changer d’activité avec sa vue qui diminue.
Complémentarité au sein de la famille entre femme et hommes notamment chez les indépendants (les femmes s’occupent de la compta, ex des canuts). Même ces ouvriers d’ateliers ou les chefs peuvent se retrouver dans l’indigence en cas de chômage. Rôle de la division des tâches dans les familles ouvriéro-paysannes. Les femmes et filles travaillent à la ferme, notamment avec les animaux. L’homme est lui employé comme ouvrier/employé.
- Les maçons de la Creuse sont des exemples typiques de migrations saisonnières : ils partent quelques mois à quelques années dans le bâtiment à Lyon ou à Paris.
Tous ces travailleurs saisonniers cherchent à garder leur mode de vie traditionnel, à revenir. Il existe des organismes traditionnels d’entre-aide dépassant la famille : sociétés de malades, de jeux, de lectures,…
La vie ouvrière obéit aussi à des règles de partages plus ou moins contraignants : invitation, tournée… La réputation est vite faite.
Dans l’industrie traditionnelle, les patrons sont davantage des commerçants que des chefs d’entreprise. Ce sont des gens de métier qui poursuivent la tradition de l’artisanat urbain. Ex : forgeron, gestes du métier qui s’apprennent avec l’expérience : nécessitent de la force physique, de l’endurance et une connaissance intime de la matière. Leur identité professionnelle est renforcée par leur costume de travail (chapeau au large bord pour le forgeron). Voilà pourquoi les forgeurs ou forgerons travaillent dès l’enfance, pour maitriser l’ensemble du métier et s’habituer aux gestes dès l’enfance. Dans ces métiers, l’hérédité est très forte et on se marie entre soi.
Ce monde ouvrier n’est pas adapté aux exigences de la révolution industrielle comme le remarquent Polanyi et Marx. De plus, en France, rôle de la petite propriété qui fait que les classes populaires restent longtemps rurales (remarqué aussi par Kuczynski). De plus, le numéraire gagné par le travail à l’usine permet aux ouvriers-paysans d’acheter de nouvelles terres. Elle permet à l’ouvrier de devenir propriétaire. De + , au XIXè siècle encore, nombre d’ouvriers peuvent réussir par leur talent et intégrer le patronat.
Le travail à domicile freine aussi l’industrialisation. Malgré des journées très longues, des salaires plus faibles, les travailleurs à domicile s’accrochent à ce travail pour éviter le déracinement, l’exode rural. Le patronage (celui qui fournit le travail) participe à assoir l’autorité du patronat car en donnant un travail au paysan, on lui offre un surplus qui lui permettra de mieux vivre, d’où la force des notables locaux dans les campagnes, l’idée d’harmonie entre patron et ouvrier.
- L’impossibilité à créer une véritable classe ouvrière dans l’industrie
Difficultés de l’exode rural = manque de main d’œuvre, notamment dans les mines de charbons. Fort turn-over dans les usines. Etre ouvrier est souvent un travail de passage (entre 1860-1890 dans la région textile de Caen par ex).
De +, difficultés à former une main d’œuvre qualifiée pour la métallurgie : les bas salaires de la main d’œuvre rurale n’ont pas permis l’apprentissage des nouveaux métiers de l’industrie. L’analyse de l’industrie anglaise, le saint-simonisme fait prendre conscience au patronat français de la nécessité de qualifier sa main d’œuvre pour développer une industrie moderne.
Les ouvriers peuvent freiner cette transformation industrielle : c’est le cas des dentellières des Vosges qui du fait de leur qualification peuvent freiner l’imposition d’innovation : menaces de ne pas accomplir le travail dans les temps voulus. Cette résistance maintient donc un prolétariat à la campagne, freinant l’exode rural.
M. Perrot a montré les résistances que suscitent l’imposition de la mécanisation du travail. Pour les tisserands, les tondeurs de laine= déqualification. De nombreuses grèves ou révoltes éclatent dans ces années (1840) : grande grève des mineurs d’Auzin en 1846, 1.200 mineurs se terrent dans la campagne pendant plusieurs semaines. Utilisation de carnaval ou du tribunal révolutionnaire (rappelant la période de la RF et de la terreur) qui sont utilisés contre le patronat + lettres de menaces anonymes aux patrons ou doléances collectives (ex au Creusot).
Pour le pouvoir, ce sont les révoltes urbaines qui représentent un danger : la ville de Paris rassemble le pouvoir central et en même temps le groupe ouvrier le plus important.
- 1848 : rôle des charpentiers, mécaniciens, maçons (le meuble, le bâtiment, la métallurgie) = insurgés type de 1848.
- Lors de la commune, composante populaire mais à Belleville : ouvriers = 84 % des insurgés, notamment dans les métiers qualifiés, menacés par la concurrence.
Nombre de révoltes ouvrières du XIXè sont nourris par les « traditions collectives prérévolutionnaires », issus des corporations de l’ancien régime. Cette tradition prend la forme d’une « autonomie ouvrière » avec par ex le journal l’atelier, portant la parole ouvrière sans intermédiaire.
- Le compromis « néolibéral »
En France, tentative d’un développement industriel hors des villes afin d’éviter le modèle anglais. Rôle de la propriété paysanne, ou à l’accès à la propriété afin de maintenir l’ouvrier. Ex au Creusot, pour devenir propriétaire de logement, emprunt auprès de la compagnie, à la fois moyen de contrôle et de mainmise sur les équipements collectifs. Rôle aussi des « œuvres sociales » des patrons, comme à Carmaux.
Dans ces années 1860, l’Etat s’efforce de contrôler les classes populaires, de renforcer son étreinte sur elles.
- Désentassement des quartiers ouvriers autour de préoccupations hygiénistes (à Lille par exemple, sortie des cave) en même temps qu’il s’agit de briser l’identité collective ouvrière.
- La politique haussmanienne force les ouvriers à quitter les quartiers de centre-ville pour la banlieue.
- Stratégie de désamorçage des processus insurrectionnels des ouvriers parisiens.
3) Dans la « névrose fin de siècle »
La grande dépression 1880-1890 se conclut par un recul de la polyvalence et de la mobilité au profit d’un nouveau prolétariat « moderne ».
- La Grande dépression
Sa cause principale est la crise de 1873 qui se traduit par un net ralentissement de la croissance de production agricole parallèlement à une baisse des prix. Se constitue un marché mondial ainsi que l’instauration du libre-échange. L’instauration d’un réseau de voies ferrées permet de rendre tangible cette tendance. Le paysan est forcé à cette époque à s’adapter au marché à commercialiser sa production, et l’Angleterre arrive à concurrencer l’Europe avec des céréales à faibles coûts. + calamités naturelles (phylloxera).
On assiste à la fin XIXè au déclin de l’industrie textile en France : entre 1876 et 1900, 41 établissements de tissage disparaissent à Reims. La ganterie grenobloise s’effondre face à la concurrence.
L’industrie traditionnelle métallurgique décline : les petites minières ferment. Triomphent les industries minières du Nord et de l’Est.
Fin XIXè, désindustrialisation du Sud de la France, qui symbolise la crise de l’industrie rurale. + innondation des campagnes en produit manufacturés qui concurrence les artisans ruraux.
Durant la grande dépression, la grande industrie se retrouve pour la 1ère x en surplus de main d’œuvre. Dans le bassin de la Loire, le ¼ des mineurs sont renvoyés, le 1/5è de la métallurgie. Face à cette crise, la population ouvrière rurale est poussée à l’exil dans les villes.
Entre 1866-1906, pop urbaine de 30,5 % à 42,1%. On assiste à un rétrécissement de la population paysanne. Les migrations – des bretons par ex – deviennent définitives, dans des usines où les ouvriers sont non qualifiés. Ils s’installent en banlieue : saint denis, aubervilliers.
C’est dans ces années 1900 que se développe un « véritable prolétariat industriel ». Le marché du travail devient rigide, cela est dû en partie aux 200.000 chômeurs de région parisienne (environ 10 % main d’œuvre industrielle).
A partir des années 1880, se concentrent les ouvriers dans des régions très industrialisées.
La crise permet au grand patronat de rationaliser son paternalisme. Les ouvriers sont moins réticents aux transformations vu leur position défavorable. Ex à Carmaux, ouvriérisation du monde de la mine, de père en fils. Cependant, le jardin, l’élevage, les ménages peuvent constituer jusqu’à 40 % du salaire annuel touché par le mineur. Dépendance économique des ouvriers vis-à-vis des patrons (parcs immobiliers, lieux de consommation, associations musicales, récréatives pour écarter les ouvriers des syndicats, de la politique).
Développement du statut du cheminot : recrutement jeune et formée dans l’entreprise, on cherche à donner des perspectives de carrière. Les salaires sont bas mais sécurité de l’emploi, services médicaux gratuits + caisse de retraite. L’hérédité professionnelle est encouragée.
Fin XIXème = deuxième révolution industrielle : électricité – moteur à explosion, stimulation de la mécanisation favorisant l’industrie lourde. Entre 1864-1913 : puissance industrie française augmente de 1400 %.
Processus de concentration des entreprises. En 1901, 57 établissements ont + de 2.000 ouvriers.
Tous ces changements provoque une crise d’identité au sein de la classe ouvrière. Ex : le soufflage mécanique dans les verreries a brisé une communauté très soudée, pourtant avec des conditions de travail très difficiles.
Ruptures des liens acestraux au sein des communautés populaires + élévation du pvr d’achat des classes populaires. Dépenses pour la viande qui augmente + pour le sport, les loisirs.
L’argent devient la norme habituelle des transactions quotidiennes, ce qu’elle n’était pas avant. Elle rend les échanges entre individus plus abstraits.
La mécanisation provoque une dévalorisation de la force musculaire. Affaiblissement dans la transmission de savoir-faire.
Tuberculose, syphilys et alcoolisme sont les trois fléaux du monde du travail. + après 1890, abus de l’absinthe, dont la consommation explose.
- Deux réalités nouvelles : la grève et le syndicat
Fin XIXème, les mobilisations collectives gagnent les classes populaires. Les ouvriers de métier restent en avant mais les ouvriers de la grande industrie rentrent dans le mouvement : 35 % des grévistes de la gde industrie fin XIXè.
Les conflits augmentent en durée de 7-21 jours en moyenne entre 1875-1902. Grèves massives voire unanimes chez les ouvriers (formes de solidarité traditionnelle). Grève des chaussauniers de Fougères = 1 an de grève. Les paysans et commerçants apportent leur soutien aux ouvriers (soupes communistes, emploi dans les fermes). La grève devient « un horizon des prolétaires » (M. Rebérioux).
Désenchantement envers le paternalisme : anticléricalisme virulent (1/2 enterrement sans cérémonie religieuse dans les quartiers de Ménilmontant). + conscience qu’on travaille pour de l’argent et non pour une usine ou un patron.
De nouvelles revendications apparaissent comme l’idée de retraite, la gestion autonome des caisses de secours, le contrôle ouvrier « la mine aux mineurs ».
Développement des syndicats permettant l’action des ouvriers. 1884 : légalisation des syndicats. Dans les métiers urbains, cheminots, mineurs = forte syndicalisation. Les grèves spontanées sont souvent le pt de départ de la création des syndicats qui canalise, stabilise la grève, apporte la solidarité. Le syndicat a un rôle « d’unification » face aux classes dominantes qui ont isolé le prolétariat et tenter d’éviter la contamination d’idées révolutionnaires. Le chemin de fer a permis aux syndicats d’être partout, sur les luttes du territoire. Les manifs du 1er connaissent un large succès montrant ainsi la force de l’unification.
Création CGT 1895 = date importante + rôle des bourses du travail localement.
Développement des partis qui se réclament du prolétariat (1880’) : afin de gagner des municipalités, d’élus au parlement avec les députés-mineurs du Nord, des expériences de gestion ouvrière, d’aides sociale, de soutien aux luttes, de critiques du gouvernement. Développement d’une tradition socialiste ou « rouge ». Rôle de l’identification à la Commune, au drapeau rouge, de la carmagnole et de l’internationale. Fort « messianisme ouvrier » autour de l’idée de « grève générale ».
Espérance révolutionnaire des ouvriers vs fin de leur monde pour les dirigeants. Les luttes ouvrières sont popularisées dans la presses ou auprès des élus politiques ouvriers.
Les élus républicains espèrent qu’avec le suffrage universel, toute révolution sociale deviendra impossible (ex : gambetta). Ils déchantent assez vite face aux luttes.
Le marxisme pénétre la France avec le guesdisme fin XIXème. Les affrontements sont violents : 1er mai 1891 à Fourmies, 10 morts – 80 blessés.
Fin XIXè, la sortie de la grande dépression entraine un déficit de main d’œuvre dans l’industrie : turn-over fort dans l’industrie, les ouvriers = difficiles à recruter et à retenir. + répulsion pour le travail à la mine. L’attachement romantique à la mine est donc souvent un mythe, à cette époque.
Les mutations structurelles ont rendu possible des ascensions sociales. Beaucoup d’enfants d’ouvriers notamment dans la Manche deviennent professeurs. Dans le Nord, en 1896, 26 % des instituteurs ont des origines ouvrières. + rôle mobilité interne avec une formation professionnelle qui permet d’accéder à des emplois qualifiés dans l’industrie mécanique.
La France semble être en retard au niveau industriel : elle est rattrapée/dépassée par l’Allemagne. Le marché du travail sera alimenté par la main d’œuvre féminine, passant de 31 – 37 % de la population active entre 1866-1906 ou encore 51 % du textile, 30 % de la chimie. On recourt aussi aux ouvriers paysans, dans les mines du Nord, venant de Picardie par train + frontaliers belges. Développement d’une organisation patronale pour recourir à la main d’œuvre étrangère.
Malgré des discours libéraux qui critique le paternalisme, le patronat cherche un contrôle sur les ouvriers et par la répression des grèves, des syndicats. Si le suffrage universel marque un début d’intégration des ouvriers, la « répression républicaine antiouvrière » atteint une grande ampleur, dans les années Clémenceau, renommé, « le 1er flic de France ». Cependant, nb de lois pour concilier la classe ouvrière : lois sur les accidents du travail (1898), les caisses de secours dans les mines (1894), limitation journée de travail (1900), repos hebdomadaire (1906), retraites ouvrières et paysannes (1910). Cette politique est développée par Millerand. Développement du conseil supérieur du travail (1/3 état, patrons, ouvriers).
Le « malaise ouvrier » est appréhendé par les sociologues comme Durkheim, la « loi de Engel » sur la consommation. Développement de la doctrine nationaliste autour de M. Barrès. Au principe de la classe, il oppose le principe de la nation au détriment de l’étranger.
Fin XIXème, division entre les boutiquiers et la classe ouvrière, qui vire à droite sous la coupe des grands patrons. En France, les traditions sans-culottes critiquent le parlementarisme. De plus, le socialisme révolutionnaire est très puissant et se méfie du « langage ouvrier » de ses représentants, souvent originaires des milieux bourgeois et petits-bourgeois. Les élus ouvriers « qui acceptent les règles nouvelles » se transforment aussi souvent en « notables » de la politique. Cependant, refuser le nouveau jeu politique conduit à un affaiblissement. Importance des partis comme le P.O.F..
4) Usine, banlieue, cité, l’ouvrier nouveau est arrivé
1900-1930 = décollage de l’industrie française. Entre 1913-1929, l’indice de production industrielle augmente de 40 %. 2è rang mondiale production aluminium, 3è rang production acier.
- Un marché du travail à (re)construire
1ère GM = expansion de l’industrie métallurgique avec les nécessités de l’armement + reconstruction à partir de 1918. L’industrie des biens d’équipement connaissent une forte augmentation. La part de la classe ouvrière passe de 33,7 % à 38,8 %.
Le textile connait un net recul. L’industrie des métaux passe de 600.000 ouvriers en 1906 à 1,2 millions d’ouvriers en 1931. La siderrurgie multiplie par .3 ses effectifs, l’auto par 5, la chimie par 7, la construction électrique par 7,5. Le BTP augmente de 50 %.
Développement des transpo rts autour de 500.000 cheminots.
Concentration des ouvriers dans des entreprises de + de 500 personnes (25 % des ouvriers dans des usines de + de 500 personnes). Le Creusot, de curiosité, devient le modèle partout dans le pays, aciéries de Longwy = 6.500 ouvriers en 1913, Citroën dispose de 31.000 ouvriers en 29 (contre 4.500 en 1919).
De nouveaux bassins d’emplois voient le jour : siderrurgie en Lorraine, électrochimie dans les vallées alpines : « brutalité du passage du monde rural à la grande industrie »= « texas français »/ « far west ».
Concentration d’industries dans la région parisienne : Ivry, St Denis, Aubervilliers, Boulogne-Billancourt.
Le manque de main d’œuvre est chronique : il a fallu trouver 2 M d’ouvriers en 25 ans. De +, employés, fonctionnaires augmentent aussi. La 1ère GM a privé le pays de 3,3 M de personnes actives. 10 % main d’œuvre industrielle manque à l’appel alors que le pays doit se reconstruire.
Ce manque de main d’œuvre entraine un « turn-over » très important : 18.000 mineurs partent à Paris, 5.000 creusetois se font embaucher ailleurs. De +, manque de spécialistes : riveurs, tourneurs… + rôle de l’exode au Nord et à l’Est.
- Face à la pénurie du travail : rationalisation et immigration
Au début du XXè s., la France fait un effort important de mécanisation (14 % / an pour a puissance totale des moteurs primaires). Mécanisation pour l’extraction du charbon : de 4% en 1913 à 87 % en 1927. Dans l’auto, de 3450 machines-outils en 1919 à 12.000 en 1929.
Mécanisation reliée à l’Organisation scientifique du travail (OST) de l’ingénieur Taylor.
Début d’intro chez Renault avant guerre avec chronométrage du travail.
Intro dans les chantiers navals à St Nazaire : remplacement vieilles machines par appareils modernes et outils totalité des pièces entrant dans la fabrication d’un navire.
L’autonomie des ouvriers est remise en cause par ce système, ainsi que le pouvoir du contremaître.
Le gain de travail est important grâce à la décomposition des tâches et a permis d’augmenter la production sans avoir davantage d’effectifs. Les ouvriers « professionnels » ont tendance a diminué face à la montée des OS qui constituent 53 % des emplois chez Renault en 1925.
Nouveaux emplois qualifiés notamment des ouvriers d’entretien. Alors qu’ils sont quasi inexistants au XIXè, ils sont quasi 1/3 des effectifs en 1930. Développement du nb de « collaborateurs » (ce qui seront plus tard cadres).
Pour recruter des ouvriers, le patronat a eu recours au réservoir de paysans : 8,8 M d’actifs. L’afflux en région parisienne venait du monde rural. Les bretons sont venus en masse à St Denis ou Aubervilliers. Beaucoup se dirigent dans d’autres milieux comme la fonction publique.
La solution du travail féminin est moins utilisée dans les années 1920 car celle-ci diminue (de 1906 à 1931 de 34,1 à 28,4 %). Elles ont augmenté dans la métallurgie mais sont 350.000 de moins à travailler dans le textile.
Recours à l’immigration massive : entre 1921-1931, 1 M d’ouvriers étrangers (soit 2 M au total avec la famille). En 1930, les immigrés sont 15 % de la classe ouvrière. + Immigration clandestine mais en même temps départs avec la crise des 30’.Dans les mines, recours aux ouvriers immigrés (42 % en 1931), idem dans la métallurgie lourde.
Les étrangers ont acquis le monopole des travaux pénible ou répugnantes (Ph Ariès). Dans le S.E., les italiens sont très présents. Liaison avec l’ascension sociale des travailleurs français.
Dans les années 1920, les étrangers sont privés des droits politiques et sociaux mais aussi des droits professionnels. Ces étrangers sont recrutés par l’Etat souvent ou des agents recruteurs qui les envoient dans des bassins d’industrie lourde.
Pression à la baisse sur les salaires.
- La nouvelle segmentation du marché du travail
Difficultés main d’œuvre industrie lourde car difficile main d’œuvre à proximité des sources d’énergie ou des matières 1ères,
Dans les houillères du Nord, recrutement massif de familles entières de Polonais amenés de Rhénanie (ils étaient arrivés là par des patrons Allemands) + paysans célibataires.
A Clermont Ferrand, Michelin utilise des manœuvres issus de Bretagne ou du massif central, qui vivent dans des cités ceinturant la ville. Peugeot reste à Sochaux pour éviter les grèves parisiennes et recrutent des étrangers (1/4 en 1930).
Le patronat a tendance à valoriser les ouvriers, notamment ceux locaux (notamment avec des allocations familiales), au détriment des étrangers. Les gratifications et les œuvres sociales sont réservées à une partie du personnel.
Partition des travailleurs selon la nationalité. Fêtes paternalistes du 11 novembre, le banquet des anciens. Le chef d’entreprise montre sa bienveillance au groupe ouvrier, sa présence. Politique des médailles du travail, des primes, récompenses des plus beaux jardins. Chaque entreprise a donc son « fief », avec ses œuvres, logements voire même hôpital.
Installations d’industries dans la région parisienne = grand réservoir de main d’œuvre, notamment dans la construction métallurgique. Elite ouvrière qui dispose d’un savoir-faire précieux pour faire fonctionner les usines. + présence de ces « gens de métier » dans les petites entreprises du sectuer.
A Paris et en ville, la main d’œuvre non qualifiée est aussi nombreuse. De + rôle des saisonniers même dans l’automobile : débauchage d’automne après le salon, reprise au printemps.
Dans le bâtiment, les immigrés profitent des fins des saisonniers pour obtenir le quasi-monopole de l’emploi. + micro-entreprises qui servent de refuge pour les anciens « compagnons ».
Les effectifs dans le Nord ont tendance à se stabiliser et à se fixer. Le paternalisme s’y développe car patrons et ouvriers se connaissent. Les entreprises de luxes sont petites et s’y concentrent des ouvriers très qualifiés.
Nombre de professions ne travaillent pas toute l’année, notamment l’horlogerie.
Main d’œuvre davantage protégée : PTT, cheminots, manufactures d’Etat : la main d’œuvre étrangère est quasi-absente. + métiers traditionnels comme celui du livre qui ont gardé les pratiques corporatistes traditionnelles autour de conventions collectives.
Fort déracinement : dpmt seine +35 % hab, la seine et oise, + 48 %. La commune de Bobigny voit sa population x par 7 entre 1906-1931. x/3 pour la région lyonnaise entre 1911-1931, idem canton de Longwy. Beaucoup sont nés en province voire à l’étranger.
Vu les flux, les conditions de vie et de logement se dégradent dans ses années là car le parc logement n’augmente pas à la même vitesse.
Dans le NE, après guerre,beaucoup vivent dans des baraquements 12000 personnes à Reims.
En banlieue parisienne, construction des lotissements où les habitants modestes assouvissent leur rêve de propriété. Pendant longtemps, nombre de ses logements n’auront ni eau, ni l’égout, ni électricité. La tuberculose et la mortalité infantile est encore forte en France.
Au niveau des conditions de travail, les poussières, l’humidité, le bruit deviennent le lot de nombreuses industries, plus seulement le textile. La vulcanisation du caoutchouc oblige l’ouvrier à respirer les vapeurs de sulfure de carbone (= troubles nerveux très graves). Les mines de fer de lorraine ont des taux de mortalité de 5/1.000 .
L’expansion industrielle n’a pas véritablement amélioré le niveau de vie de la classe ouvrière : stagnation du salaire moyen. En 1930, 60 % des dépenses vont à l’alimentation, et 12,6 % à l’habillement, quasi identique à 1890.
Mais il y a de grandes disparités. Les salaires sont plus élevés en région parisienne. 2x plus élevé dans l’auto à Paris qu’en province.
Tendance ouvrière aux loisirs : le sport (le mag l’Auto), le cinéma, cabaret le dimanche, pêche, chasse, rôle des associations (Nord).
Au sein de la monoindustrie, le paternalisme garde son empreinte et forme un monde ouvrier uniforme, peu contestataire souvent divisé entre nationaux et étrangers qui vivent séparés.
La vie de travail est souvent harassante, laissant peu de temps à la vie de famille.
5) « Appelez-moi Blum comme autrefois »
Front populaire = acte fondateur de la gauche qui relève souvent de la commémoration.
- La rupture d’une tradition
- Un mouvement ouvrier affaibli par la guerre
Durant la guerre, redéveloppement du mouvement syndical : à la poudrerie de Bergerac : 4.300 adhérents de la CGT / 11000 ouvriers, qui débordent la position de l’union sacrée. Rôle des grèves de femmes à Paris dans les usines d’armement. Les causes sont principalement les conditions de travail déplorables, la hausse des prix.
Après guerre, le 1er mai 1919, 500.000 manifestants à Paris avec un mort. La mobilisation est massive dans la métallurgie et la chimie + dockers mineurs métallurgie. Le mouvement ouvrier entre en déclin après le mouvement cheminot et sa répression (20.000 révocations / CGT menacée d’interdiction).
Les années 1920 sont marquées par l’impuissance syndicale. Les inscriptions populaires sur les murs sont très rares dans ces années, pourtant omniprésentes auparavant. Les équipes syndicales sont souvent faible et leur influence limitée.
Il y a eu les conséquences de la scission entre réformistes et révolutionnaire mais aussi et surtout les transformations économiques et sociales. Dans de nombreuses concentrations ouvrières, les luttes s’affaiblissent. En Lorraine sidérurgique, il n’y a rien jusqu’en 1936. Chez Citroën, un seul conflit dépasse 24 h durant ces années (1919-36). Le taux de syndicalisation est faible entre 5 à 10 % dans les secteurs industriels.
Le mouvement ouvrier reste fort dans les branches traditionnelles car il y a une stabilisation peu de transformations technologiques, une population fixée. Les traditions de lutte sont maintenues autour des soupes communistes, de la solidarité des municipalités rouges…Les traditions corporatistes aussi : contrôle des embauches et des conditions de travail (ex dans la fédé du livre).
Dans les chemins de fer, les PTT, les services publics, la syndicalisation est supérieure à 10 %.
Il y a une absence d’organisation syndicale durable dans les secteurs les plus dynamiques de la classe ouvrière. Importance de la « mémoire » ouvrière, des traditions de lutte pour le maintien du syndicalisme.
Rôle de l’avant et l’après 1ère GM. Avant, rôle du drapeau rouge comme séparatisme ouvrier face aux patrons et aux policiers. Pendant et après, l’ennemi est souvent devenu extérieur, où le consensus du séparatisme ouvrier s’est brisé.
Les nouveaux ouvriers des années 20 n’ont donc pas l’expérience de leurs aïeux (grève générale – action directe – contrôle ouvrier) et ne fait pas partie de leur histoire. Ils acceptent la rationalisation car n’ont pas de qualification à défendre. Les héritiers de la tradition militante entrent dans une « tristesse ouvrière » les conduisant vers la participation politique.
- Un nouveau type de militant ouvrier : le communiste
Le mouvement communiste, malgré l’Humanité n’est pas l’héritier de la tradition militante antérieure. Ils recherchent une base ouvrière car on peu de dirigeants d’origine populaire. La stratégie léniniste envers le prolétariat bénéficie d’un espace politique laissé par la SFIO qui dérivant vers la droite et s’appuyant sur des groupes sociaux intégrés à l’état. L’idéal communiste est opposé à l’idéal des syndicalistes révolutionnaires, notamment sur la question des dirigeants. Beaucoup d’anarcho-syndicalistes quittent le parti
Dans le Cher, 1er département communiste, le centre de gravité des communistes se tourne vers la métallurgie de Bourges à la place des métiers de bucherons. L’usine, la banlieue comme lieu de vie sont les deux lieux du militantisme. Ces nouveaux militants sont en général de jeunes travailleurs : une nouvelle génération s’installe aux commandes du PCF.
Au congrès de 1929 à St Denis, les métallos forment 40 % des congressistes, 11 % du parti. Dans les mines, le discours radical du PCF plait à de nombreux ouvriers.
Dans les années 20, la représentation ouvrière sur la scène politique diminue.
- 1931-1936 : Le retournement de la conjoncture
- La crise provoque la stabilisation de la classe ouvrière industrielle
La production d’acier recule de 40 % en 4 ans ; les faillites augmentent de 60 %.
Les femmes et les immigrés sont 1ères victimes de la diminution du marché du travail. La population active est réduite de 400.000 personnes dans la période : les franges sont surtout atteintes.
Face à la crise, les ouvriers professionnels se fixent. Les saisonniers, les manœuvres se retrouvent souvent sans travail.
- La généralisation de la crise
La région parisienne en 1935 rassemble la moitié des chomeurs secourus dans tout le pays.
Les anciens sont souvent les plus licenciés car les moins « productifs ».
Les aides au chomage sont insuffisantes et pour subsister il faut cultiver le jardin, avoir un petit élevage.
Le travail à la chaine fait son apparition dans de nombreuses entreprises (Lip Besançon, les grandes fonderies de l’Est). Souvent le personnel est licencié, réembauché à des conditions plus contraignantes.
Dans les secteurs publics et plus protégés, la résistance est plus forte ce qui renforce la CGT réformiste.
Les communistes sont affaiblis, et le recentrement de sa base sociale poussent à l’abandon de la ligne « classe contre classe », au profit d’une stratégie unitaire, encouragée par la combativité de la CGT. St Nazaire est bloquée pour s’opposer à l’arrêt de la construction d’un navire. Même la CFTC s’engage dans des grèves parfois longues et radicales. La JOC favorise le rapprochement avec la classe ouvrière.
Le discours plus radical, la jeunesse des communistes, le manque de renouvellement des cadres socialistes favorise les communistes. Ils touchent les mal lotis et les ouvriers d’industrie. De plus, la stabilisation de la classe ouvrière avec la crise permet un enracinement, une nouvelle tradition de lutte collective autour des communistes.
C’est dans les années 1930 que Billancourt devient une forteresse communiste, contre Renault, les patrons, l’extrême droite. Rôle des municipalités communistes pour faire face à la crise : repas gratuit pour les enfants, soupes, aide aux chômeurs…
1935 est donc une 2ème naissance du PCF.
- Juin 1936 : Le prolétariat industriel entre dans l’histoire (de France)
- La logique d’une mobilisation collective
Relative stabilité du vote en avril-mai 1936, excepté le PCF qui progresse énormément (72 député vs 12). Les départements industrialisés portent des députés communistes : banlieue parisienne, pays noir du Nord, banlieue lyonnaise, sud-est, Centre.
Grèves de 36= irruption des ouvriers de la grande industrie dans la vie politique française = syndicalisme de masse.
2,4 M de personnes sont en grève.
2 phases au mouvement de mai-juin 36
- 1ère phase en mai : usines aéronautiques, métallurgie (renaults, aciéries) -> ouvriers qualifiés. Les rêves d’ascension sociale sont détruits par la crise « décrochage entre le rêve et la réalité ». Ce groupe social se voit humilié, subit le taylorisme, l’usine est vue comme « un bagne ». S. Weil a réussi à mettre des mots sur leur vision du monde. Ce groupe va entrainer dans la lutte l’ensemble de la classe ouvrière bien qu’il s’agisse d’une « aristocratie du travail ».
- Début juin : diffusion de la grève à toute la France, parfois jusqu’au début 1937. Les ouvriers peu qualifiés (OS) sont touchés par le mouvement. Le mouvement de grève est parfois violent. La police intervient mais fait face à la tenacité des grévistes. Caractère spontané de nombreux conflits, inexpérience qui pousse parfois à la radicalité forte du mouvement. Le service public (cheminots, postiers, EN) se mettent peu en grève pourtant très syndiqués. La grève est très forte dans les industries peu syndiquées. Les secteurs peu militants et marginalisés se lancent dans la lutte. Le monde ouvrier stabilisé entre donc en mouvement, les déracinés, ceux à qui on a brisé les rêves avec la crise. Il s’agit donc d’un enracinement dans le monde ouvrier qui pousse à entrer dans le conflit pour améliorer le présent : désir de qualification, d’améliorer la vie à l’atelier… Les augmentations de salaires, les conventions collectives sont généralisées à tous.
- Le triomphe d’une nouvelle génération dans le mouvement ouvrier
Le mouvement ouvrier est totalement transformé avec le front populaire. Certains groupes ouvriers ou fédérations sont noyés dans ce mouvement de fond ouvrier. La CGT x/5 ses effectifs alors que dans l’enseignement, les PTT, l’augmentation est moindre. Le conflit est aussi générationnel entre unitaire et confédérés, entre les habitudes des ministères ou non. Les adhérents ou élus du PCF sont d’ailleurs de jeunes ouvriers, souvent déracinés, habitant en lotissement. De multiples fêtes, associations cultivent cet esprit de groupe = contrôle du quartier par les ouvriers.
Développement de la société de consommation : 2 M auto en 1939, 5 M de TSF, 8 M de bicyclettes en 1939. Découverte des 1ères vacances pour beaucoup avec les congés payés. Preuve que l’action militante et syndicale paie = un des acquis du paysage social français.
En même temps, ce mouvement donne un envol aux études sociales sur le prolétariat.