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Notes, Christopher HILL, La révolution anglaise de 1640

« Quand une révolution survient,

il est peu probable que ce soit par accident »

(C. Hill, 1989)

L’ouvrage a été rédigé en 1940 par l’historien marxiste et anglais Christopher Hill qui a consacré sa vie d’historien à l’étude de la révolution anglaise du XVIIème siècle. C. Hill montre les forces sociales qui ont poussé à la première révolution anglaise. Il analyse ses résultats, ses conséquences. Rien n’était écrit d’avance. Le parti des Niveleurs et son histoire intéresse particulièrement ceux qui s’intéressent aux mouvements populaires qui cherchent à bouleverser la domination des puissants. C. Hill, en analysant quels furent leurs objectifs, leur mode d’action leur rend un bel hommage.

Introduction

En introduction, Hill utilise le concept de « guerre civile » pour qualifier la révolution anglaise. Il estime que ses raisons « sont sociales et non individuelles ».

« Il est vrai que la Révolution anglaise de 1640, tout comme la Révolution française de 1789, fut un combat pour le pouvoir politique, économique et religieux, mené par la classe moyenne, la bourgeoisie, qui croissait en force et en richesse, alors que le capitalisme se développait ».

Charles 1er, roi d’Angleterre d’alors représentait les intérêts de la noblesse terrienne.

Au Moyen-Age, l’Eglise était différente de l’Eglise de nos jours. Elle suivait les Hommes dans chacun des moments de leur vie. Dans les villages, le prêtre était le principal diffuseur des informations, il servait de guide à la vie économique. La paroisse était une forme de gouvernement local, collectait et distribuait les revenus destinées aux pauvres. Elle avait aussi un rôle culturel important.

C’est ainsi que s’attaquer à l’Etat féodal revenait à s’en prendre à l’Eglise. Les conflits sociaux de la révolution se transformaient ainsi « inévitablement » en conflits religieux : « chaque classe de la société élaborait et cherchait à imposer les vues religieuses les mieux adaptées à ses besoins et ses intérêts » (p. 25). Un discours de Jacques 1er montre clairement que les idées religieuses sont enveloppées des conceptions sociales de chaque classe : les Puritains « ne diffèrent pas de nous tant en matière de religion que dans les idées politiques confuses d’égalité qu’ils professent, mécontents qu’ils sont du gouvernement actuel et réfractaire à toute idée de supériorité, ce qui rend leur secte insupportable à tout pays bien gouverné ».

Quant à Hobbes, il montre comment la City de Londres, gagnée au Presbytérianisme constitue un foyer d’opposition à la monarchie, en même temps qu’un défenseur d’un Etat républicain sur le modèle de Venise ou de la Hollande.

L’arrière-plan économique de la Révolution anglaise

Serfs au travail sous l’autorité d’un seigneur

L’Angleterre au XVIIème siècle, est essentiellement un pays agricole. Son régime féodal se constitue de communautés isolées produisant leurs propres produits de consommations en entretenant peu de relations marchandes. Cependant, aux XVème-XVIIème siècles, les produits agricoles et la laine commencent à se vendre en dehors des villages. Un marché national se développe ainsi qu’un début de division du travail. Ceux qui sont acteurs de ce développement du commerce s’enrichissent, au détriment de ceux recevant des revenus fixes. Aussi, nombre de propriétaires jettent un regard nouveau sur leurs terres en vendant les surplus non consommés par leurs familles : leurs terres devient source de profits. Ils peuvent aussi louer une partie de leurs terres à des fermiers, pour ensuite écouler les productions sur le marché. Ces yeomen étendent ainsi leurs domaines en développant leur production agricole : ils louent leurs terres à plus court terme et expulsent ceux ne pouvant pas payer les rentes exigées.

Face à ces tendances économiques, l’aristocrate était l’objet de dérision de la nouvelle classe moyenne. Cependant, sa classe restait une force sociale et politique car l’Etat sauvegardait ses intérêts, en empêchant l’émergence d’un marché national.

Au niveau industriel, l’Angleterre produit 4/5è du charbon consommé en Europe en 1640. Le capital nécessaire à l’industrialisation est fourni par les marchands d’esclaves, les négociants, les pirates, ainsi que la petite noblesse terrienne (yeomen) et des artisans. Ainsi, nait une petite bourgeoisie, fluctuante entre les plus entreprenants et chanceux qui accédaient au capitalisme et ceux redevenant salariés. Dans l’Est et le Sud des Midlands se développent ces bastions qui résisteront à Charles 1er.

Ainsi, le marché était en pleine expansion et l’Angleterre était en train de se transformer en une unité économique. Cependant, des freins existaient : dans les villes, les corporations cherchaient à préserver le monopole du commerce local.

Toujours est-il qu’au milieu du XVIIème siècle, « les intérêts de la nouvelle classe de négociants et fermiers capitalistes étaient momentanément identiques à eux de la petite paysannerie, des artisans et des journaliers ». Ou disons du moins, qu’ils avaient des ennemis communs autour d’un programme parfois identique mais en même temps différent.

L’arrière-plan politique de la Révolution anglaise

Au XVIème siècle, la bourgeoisie s’allie à la monarchie autour d’intérêts communs : face à l’Espagne catholique, principal concurrent commercial sur les mers, contre les grandes maisons rivales qui se menaient des guerres privées.

De son côté, la petite noblesse féodale (gentry) voyaient ses revenus diminuer et dépendait de la Cour où elle disposait d’avantages financiers, d’emplois. La Monarchie Stuart assurait ainsi à cette aristocratie sa survie économique alors qu’elle devenait une entrave pour la bourgeoisie.

Pour faire face à ses nouveaux besoins, la Monarchie avait besoin de prélever des impôts sur la bourgeoisie qui s’enrichit et la petite noblesse terrienne. Les taxes, les droits de douanes aboutissent alors à des conflits avec le Parlement qui revendique la prérogative du contrôle et des prélèvements des impôts. La Monarchie crée des monopoles autour du savon, du charbon mais cela provoque la colère des marchants.

La hiérarchie ecclésiastique était fortement liée à la Monarchie qui la protégeait de la réaction catholique et de la gauche révolutionnaire protestante.

Jacques 1er s’aliène les forces patriotiques et protestantes lorsqu’il décide de s’allier à l’Espagne par crainte des révolutionnaires protestants.

Plus concrètement, la Pétition des Droits de 1628 dénonce comme illégal une nouvelle levée d’impôt sans consentement du Parlement, de même qu’il refuse les arrestations arbitraires. La crise économique, liée aux monopoles de matières premières entrainent une hausse des prix touchant les plus pauvres.

La ligne rouge est franchie lorsque Charles 1er cherche à étendre le contrôle de la Couronne à l’Eglise d’Ecosse et à reprendre les terres de cette Eglise. L’armée écossaise envahit l’Angleterre en 1639 et le roi se retrouve sans soutien populaire ce qui le force à négocier. Il s’aliène les marchands en saisissant les réserves d’or déposées à la Tour de Londres et en cherchant à dévaluer la monnaie. L’appareil d’Etat, dépendant des juges de paix, des classes moyennes, cesse de fonctionner.

Le « Long Parliament » représentait ces contradictions de classe entre la gentry et les commerçants aisés. « Ce n’est pas la Chambre des Communes qui fit la révolution. Les membres du Parlement subirent des pressions extérieures : celle du peuple de Londres, des petits propriétaires terriens (yeomen), des artisans de la vieille Angleterre. » 

En 1640, ce mouvement profond parvient à démanteler la machine d’Etat monarchiste et féodale : Strafford est exécuté, Laud emprisonné, des ministres émigrent, la Chambre étoilée, la Haute cour et les juridictions d’exception sont abolies, la mise sur pied d’une armée royale permanente est empêchée, la bourgeoisie, par le Parlement établit son contrôle sur l’Eglise.

En 1641, avec la Grande Remontrance qui est un appel au peuple, les révolutionnaires comme Pym se prononcent contre la politique de Charles 1er. Les royalistes et une partie de la grande bourgeoisie prirent peur face à la vague révolutionnaire.

Exécution de Charles 1er en mai 1649

La Révolution

Durant la révolution, Oliver Cromwell démontre qu’une guerre révolutionnaire appelle une nouvelle organisation de l’armée : il fait place au mérite pour les promotions : « je préfère un capitaine habillé de simple bure qui sait pourquoi il se bat et qui reste fidèle à son choix, à ce que vous appelez un « gentleman » mais dont les qualités s’arrêtent là ». Il encourage la libre confrontation des idées, en somme des méthodes démocratiques. Cromwell défend la liberté de réunion, la libre discussion, la tolérance religieuse. Cromwell avec les Indépendants (petite aristocratie terrienne, petits propriétaires, bourgeoisie commerçante, paysans, artisans) s’opposent aux presbytériens (haute bourgeoisie aux côtés d’une partie des grands propriétaires terriens).

Cette nouvelle conception de l’armée forme donc un « embryon de révolution sociale ». Elle est financée par un nouvel impôt. La guerre est justement remportée par l’artillerie (forts efforts financiers) t une cavalerie de petits propriétaires terriens (yeomen) très disciplinés, avec une conscience politique forte. Cette armée était organisée, régulièrement payée, avec un encadrement efficace. Cela aboutit à la victoire de Naseby en 1645.

Au sein de l’armée, dans les couches petites bourgeoises, paysannes et artisanes, se développent des éléments radicaux. Les Niveleurs.

Avec le problème du service en Irlande, les hommes de troupes s’organisent et s’unissent en un conseil central et jurent de ne pas se séparer tant que leurs revendications se seront pas satisfaites. Cette agitation entraîne l’existence de deux organes de pouvoir rivaux et parallèles : l’armée et le Parlement. L’armée se saisit du roi en juin 1647 pour éviter toute paix de compromis entre le roi et le Parlement. Les presbytériens quittent le Parlement laissant la place à Cromwell et aux Indépendants. Quant aux Niveleurs, ils aspirent à de grandes réformes et leur influence grandit dans l’armée. Ils exigeaient la liberté du commerce pour les petits producteurs, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’abolition de la dîme, la protection de la petite propriété, et une réforme de la loi sur l’endettement. Ils souhaitent l’extension des pouvoirs du Parlement et le suffrage universel. En octobre-novembre 1647, un conseil de l’armée a lieu à Putney. Les niveleurs y proposent une nouvelle constitution et s’opposent aux Grandees, souvent les dirigeants de l’armée comme Ireton. Celui-ci estime que « la liberté en tous domaines ne peut être octroyée si la propriété doit être préservée ». Cependant, en novembre, les Grandees mettent en échec les Niveleurs et démantèlent le conseil de l’Armée : c’est la fin de l’exercice de la démocratie. Cependant, Grandees et Niveleurs s’entendent pour purger du Parlement les partisans du compromis. Ainsi, le roi est exécuté le 30 janvier 1649 comme « ennemi public du bon peuple de cette nation ». La monarchie, la chambre des Lords sont abolis. Le 19 mai 1649, la République est proclamée. Peu de temps après, les Niveleurs sont isolés et battus, leurs dirigeants exécutés à Burford en mai 1649.

Défilé de la New Model Army

Les Niveleurs prônaient une utopie politique en faveur des petits producteurs. Cependant, ils n’étaient pas une force sociale assez puissante pour imposer leurs vues. Cependant, les mesures les plus radicales furent prises grâce aux « méthodes plébeiennes » des niveleurs et indépendants. Après l’écrasement des Niveleurs, le mouvement Diggers défend les sans terres et les démunis. Ce mouvement cherche à instaurer un communisme agraire. Son leader Gerrard Winstanley écrit : « l’homme le plus pauvre a tout autant de droit à la terre que l’homme le plus riche ». Cependant, ce mouvement social est dispersé par l’armée.

Avec la répression des Niveleurs par Cromwell, la restauration devient inévitable. Sans soutien populaire, la grande bourgeoisie peut s’appuyer sur l’armée (couteux et difficile à contrôler) ou passer un compromis avec des éléments de l’Ancien Régime. Ce nouveau pouvoir réalise cependant la conquête de l’Irlande, formant le premier triomphe de l’impérialisme britannique. En 1651, l’Acte de Navigation permet à l’Angleterre de construire une politique commerciale hégémonique en Europe en évinçant ses rivaux (Guerres avec la Hollande).

Oliver Cromwell

Cromwell finit par imposer une dictature de l’armée avec son Instrument de Gouvernement. Le nouveau Parlement repose sur un suffrage censitaire fixé à 200 livres. Ces années sont marquées par le conservatisme progressif des Indépendants qui s’assimilent aux Presbytériens. Cependant, à la mort de Cromwell, son régime ne lui survit pas. Le général Monck, commandant des armées d’Ecosse rétablit la monarchie avec le soutien de la gentry écossaise. Il se prononce pour un Parlement reposant sur le mode censitaire et qui sera dominé par les propriétaires fonciers. C’est ce Parlement qui signe le retour de Charles II en mai 1660. Cependant, la Restauration ne signe pas le retour de l’ancien régime car la bourgeoisie et la petite noblesse s’insèrent dans l’appareil d’Etat. De plus, Charles II préserve l’Acte de Navigation qui favorise les marchands. Ce n’est qu’après la révolution de 1688 que la domination du capital financier devient totale : lorsque la banque d’Angleterre et la dette publique sont créées en 1694.Après 1701, les juges sont subordonnés au Parlement et le roi ne peut plus lever un impôt indépendamment du Parlement.

Conclusion :

« La période 1640-1660 vit la destruction d’une forme d’Etat et l’introduction d’une nouvelle forme politique au sein de laquelle le capitalisme pouvait se développer librement ».

« C’est en combattant que l’on obtient des réformes, c’est de même par le combat que nous sauvegardons les libertés conquises par nos ancêtres. Si le peuple estime que le système n’est pas favorable à la liberté, c’est par l’unité d’action qu’il peut être modifié. C’est la leçon utilisable de nos jours que nous livre le XVIIème siècle ».

« Quand ces corps de glaise seront ensevelis et que leurs enfants les auront remplacés / Chacun verra qu’en notre temps nous combattions pour la vérité, la paix, la liberté » « Lorsque la terre redeviendra propriété commune, comme il se doit, alors l’inimitié disparaitra de sa surface »  Winstanley.

Notes de lecture, Jean Bruhat, Histoire du mouvement ouvrier français : des origines à la révolte des canuts

Chapitre 5 : Le temps du compromis et les premières luttes ouvrières (1815-1831)

C’est avec hésitation que les machines sont introduites dans l’industrie française au début du XIXème. A Mulhouse, la machine est introduite de façon rapide dès 1812, chez Dollfus-Mieg. A Saint Quentin, la moitié des 29 filatures est activée à la vapeur. Cependant, l’essentiel reste le moteur hydraulique grâce à une roue à palette. En Alsace, le métier mécanique est introduit dès les années 1820 même s’il reste très minoritaire.

Dans la métallurgie, les techniques restent artisanales : soufflerie à bras ou moteur hydraulique. Au Creusot, on investit massivement dans le haut fourneau mais cela reste un fait rare.

L’insuffisance des communications freine aussi l’industrialisation. Ce qui domine reste l’atelier groupant quelques ouvriers.

Le temps de travail augmente grâce à des innovations : la machine à vapeur permet de travailler 24h/24h, contrairement au moulin hydraulique (dépendant des saisons, notamment de la sécheresse), ou encore avec l’éclairage au gaz.

En même temps, des mouvements intellectuels réfléchissent à l’industrialisme, à la classe ouvrière naissante et aux progrès. Bruhat liste ces mouvements que Marx et Engels nommeront : « socialisme utopique »

  • Saint Simon : il compte sur les industriels, les scientifiques pour transformer la société ; souhaite développer la concentration capitaliste.
  • Charles Fourrier : il met en avant l’idée du progrès technique et scientifique, l’évolution progressive des sociétés. Il démontre que le système productif ne peut « que créer les éléments du bonheur, mais non le bonheur ».  Il proclame l’égalité de l’homme et de la femme. Il voit dans le travail de la révolution industrielle une aliénation, mais une libération dans ses phalansphères.

Cependant, les producteurs ouvriers prennent aussi en main leurs destinées. Entre 1815-1830, des couches ouvrières débutent l’engagement de la classe ouvrière :

  • Deux fabricants de Vienne dans l’Isère tentent d’intoduire une tondeuse mécanique dans une manufacture. Les ouvriers attaquent le convoi et tentent de détruire la machine.
  • Les compagnons continuent à avoir de la vigueur dans ces années. Mais c’est chez eux que l’on trouve les 1ère tendances à l’unité et à la solidarité ouvrière.
  • Les premières caisses de prévoyances voient le jour, chez les mineurs de Rive-de-gier en 1817. Cependant, les 1ères sociétés mutuelles sont autorisées car elles ne sont pas considérées aussi dangereuses que les « coalitions ».  Elles apparaissent dans la plupart des corporations. Elles jouent parfois des rôles de combat, même si elles restent des organisations de métier.

Cependant, le pouvoir ne peut empêcher les ouvriers de réclamer de meilleures conditions de vie. Cette recherche de la dignité ouvrière suinte par toutes les organisations que créent les ouvriers. Le patronat et le pouvoir politique répriment les ouvriers et leurs organisations naissantes mais cela ne suffit pas à empêcher les grèves à la fin des années 1820.

En 1830, la crise économique renforce l’opposition de la bourgeoisie qui s’est économiquement renforcée. La classe ouvrière joue un rôle majeur dans la révolution de 1830Pour cette révolution, les ouvriers se jettent dans la lutte.. Ils ont subi des diminutions de salaires entre 1825-30. L’ouvrier est exalté dans la « Glorieuse révolution » : « ce maçon qui d’un coup vous démolit les trônes » (Auguste Barbier). Les bourgeois ont même parfois fermé les ateliers pour inciter les ouvriers à se battre.

Chapitre 6 : L’insurrection des canuts lyonnais et ses conséquences (1830-34)

Au fil de l’expérience des luttes, les ouvriers commencent à prendre conscience de la force qu’ils représentent. Même les dirigeants reconnaissent cette force (le ministre Dupin). Cependant la bourgeoisie entend diriger sans les ouvriers et met en place un régime censitaire : seulement 200.000 électeurs. Des sociétés comme les amis du peuple dénoncent « l’aristocratie bourgeoise ». Blanqui et la Société des amis du peuple cherchent à donner un objectif à la classe ouvrière.

Les ouvriers se mobilisent sur leurs questions : les ouvriers typographes demandent la suppression des presses mécaniques. Le 3 septembre 1830, la grève est générale dans l’imprimerie. Ce type de mouvements se multiplient : chez les scieurs contre les scies mécaniques à Bordeaux (mai 1831), au Havre contre les boiseries faites mécaniquement (juin 1831).

Face à la concurrence de nouveaux ouvriers, la tendance est parfois au repli et au renvoi des étrangers. En septembre 1830, les selliers carrossiers de Paris demandent aux patrons de ne pas embaucher de travailleurs étrangers. Les maçons et terrassiers de Lyon demandent l’expulsion des Savoyards. Il s’agit de « formes de lutte primitives ». Ici, l’étranger est en réalité un ouvrier venant d’une autre région.

Par ces mouvements, les ouvriers ne s’en prennent alors ni au régime ni aux hommes capitalistes, responsables de leur misère. Cependant, au même moment, apparaissent les luttes pour la diminution du temps de travail ou l’augmentation des salaires (les ouvriers fileurs de Rouen en août septembre 1830). De plus, c’est le moment où des ouvriers font paraitre leurs propres journaux : le journal des Ouvriers, l’Atelier.

En novembre 1831, ce sont les canuts lyonnais qui s’insurgent. Il s’agit de la 1ère insurrection ouvrière contre leurs patrons. Lyon est une cité industrielle depuis le 16ème siècle. Le travail de la soie y représente l’activité essentielle. Se distinguent les fabricants, les chefs d’ateliers et les compagnons. Les fabricants achètent la matière 1ère qu’ils font tisser dans des ateliers indépendants et vendent ensuite les étoffes. Le chef d’atelier travaille à domicile avec des métiers mais c’est le fabricant qui impose le prix. Les compagnons, apprentis, ouvrières et lanceurs (souvent des enfants) travaillent dans ces ateliers. Toute cette classe ouvrière habite à Fourvières ou à la Croix Rousse. Ils sont environ 30.000 compagnons et 8.000 chefs d’atelier. La journée de travail est souvent de 15-16 heures.

Face aux conditions de vie qui se dégradent, les canuts revendiquent la fixation d’un tarif minimum. La complainte des canuts décrit ces conditions de vie : « Pour gouverner, il faut avoir manteaux ou rubans en sautoir, nous en tissons pour vous, grands de la terre, et nous, pauvres canuts, sans drap, on nous enterre ».

Les canuts, autour des chefs d’atelier, cherchent à négocier les tarifs. Ils descendent soutenir leur délégation par milliers face au préfet et aux fabricants. Le tarif est voté. Cependant, le président du conseil, Casimir Périer condamne le tarif. Fin novembre, les canuts décident l’arrêt des métiers et aidés par les ouvriers, ils se rendent maîtres de la ville les 21-23 novembre 1831. Armés de piques, de sabres, de fusils, ils dressent des barricades. C’est à ce moment qu’apparait le mot d’ordre « vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Les ouvriers sont victorieux et occupent l’Hôtel de ville. Ils empêchent les pillages et montent la garde. Cependant, ils relâchent le préfet et le général. Ainsi le gouvernement intervient avec rigueur, en concentrant des troupes. Une armée de 20.000 hommes se préparent, avec 50 canons. Dès le 3 décembre, la ville est libérée, les ouvriers désarmés. Le tarif est déclaré nul.

Les canuts ne formaient pas une classe « homogène » : il y avait des chefs d’ateliers, artisans, des compagnons qui sont plutôt prolétaires. Les dirigeants n’ont aucune conception sociale ou politique nette. Les leaders sont plutôt des chefs d’atelier même si des tensions peuvent exister avec les compagnons. Au mieux, ils envisagent les coopératives de production pour échapper à la tutelle des fabricants. Nombre de ces ouvriers en armes sont d’anciens soldats de Napoléon et ont une expérience de la guerre.

L’agitation lyonnaise a essaimé ailleurs sur des mouvements d’augmentations de salaires : dans la Loire et l’Isère.

Le mouvement lyonnais a eu un fort impact notamment sur la bourgeoisie qui prend conscience du « péril ouvrier », ou de la question sociale. Il se déroule quasi en même temps que le mouvement national chartiste en Angleterre. Ainsi, la société bourgeoise prend peur face à ces contestations.

Les leaders ouvriers fraternisent avec les idées républicaines et leurs dirigeants. Lors des funérailles du général Lamarque, les corporations ouvrières défilent : des teinturiers, des imprimeurs, des brasseurs, les chapeliers.

Début 1834, les canuts reprennent les grèves. Les associations mutualistes sont poursuivies par la justice et le gouvernement. En avril des soldats fraternisent avec les canuts.  Le 8-9 avril, le gouvernement dispose de 10.000 hommes et entre à Lyon. A partir du 12 avril, les troupes attaquent les insurgés. Il y eut 342 morts et 600 blessés. Cette insurrection avait pour objectif la défense du droit d’association, association politique contre le gouvernement mais aussi face à l’employeur. L’émotion est forte, le 11 avril, 3.000 ouvriers de Ste Etienne descendent dans les rues, mais aussi à Marseille, Grenoble. Dans le quartier du marais à Paris, des barricades voient le jour. Thiers ordonne de les réprimer l’aide du général Bugeaud.

Chapitre 7 : Le bilan

Les ouvriers s’organisent et commencent à faire de la politique comme l’ouvrier tailleur Prospert : « Quand je viens dire qu’il faut aux prolétaires une plus forte portion de droits politiques, une condamnation qu’on m’inflige ne donne pas pour cela raison à mes adversaires ; et cette condamnation ne m’empêchera pas de leur répéter qu’il faut aux enfants du pauvre plus d’instruction et qu’ils la lui doivent ; qu’il faut aux vieillards pauvres et aux infirmes des refuges assurés et qu’il est du devoir des riches d’en faire les frais non point à titre d’aumône mais à titre d’obligation ; toutes les condamnations du monde ne m’empêcheraient pas de répéter ces choses ; je les écrirai sur les toits comme je les écris dans les cachots infects de la conciergerie. ».

Le témoignage de Charles Castéra, sur la guerre d’Algérie

Ce témoignage est issu d’une tentative d’enregistrer l’Orthézien Charles CASTERA sur son engagement syndical et politique, notamment contre les fermetures d’usines sur Orthez. Cependant, ce travail n’a pas abouti car il a décidé de raconter la guerre d’Algérie et ce qu’il y a vu. En plein contexte de la résolution de l’affaire Audin (à l’été 2018), il a tenu à témoigner sur la torture. Voici le résumé de son témoignage. Un récit courageux et poignant, sur une réalité historique longtemps niée.

Guerre d’Algérie. « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait »

publié dans l’Humanité du 11 septembre 2018 Source

par Maud Vergnol

Il entend encore les cris des femmes dans la Casbah. L’image d’un corps violé ne l’a pas quitté. Charles Castera a 84 ans. Militant communiste, syndicaliste à la CGT, lecteur de l’Humanité, il s’est manifesté au début de l’été après avoir lu les articles publiés cette année sur Maurice Audin (voir dossier sur humanite.fr). Il a souhaité contacter sa veuve, Josette Audin, puis a voulu témoigner à son tour. Comme l’avait fait Jacques Jubier en février dernier, relançant l’exigence de vérité sur les circonstances de l’assassinat par l’armée française de ce jeune mathématicien communiste, mais aussi sur les horreurs d’une guerre que l’État français n’a toujours pas reconnues. Charles, lui, n’a pas voulu garder l’anonymat. « De quoi aurais-je peur à mon âge ? »

Charles Castera appelé à 20 ans en Algérie

Sur le quai de la gare d’Orthez, au cœur de son Béarn natal, là où il fut appelé en Algérie il y a soixante-trois ans, il nous attend de pied ferme, la une de l’Humanité du jour à la main. Heureux et anxieux. « Je veux me libérer de ce poids sur ma conscience. » La gentillesse incarnée, il nous reçoit chez lui, dans la maison qu’il a construite : « Je suis content, j’ai retrouvé des photos ! » Elles sont posées soigneusement sur la table, à côté de ses livrets militaires et de quelques notes, « pour ne rien oublier ». Son histoire est celle de toute une génération qui a eu 20 ans dans les Aurès. Puis qui s’est murée dans le silence et la honte. Il travaille dans une ferme du Béarn quand il est appelé dans l’intendance du 10e Coma. « Pour être franc, j’étais content de partir en Algérie. On nous parlait de pacification. À l’époque, je n’étais pas du tout politisé. Pour moi qui n’avais jamais quitté le Béarn, c’était l’aventure, car je venais d’un milieu très modeste. » Les premières semaines à Beni Messous, dans le sud-est d’Alger, où il fait ses classes, sont à la hauteur de ses attentes : il découvre un autre monde, la beauté des paysages algériens, la camaraderie entre gosses de 20 ans… « Jamais je n’aurais imaginé ce qui nous attendait. » Une nuit, un premier soldat est blessé et Charles comprend que « les opérations de maintien de l’ordre » ne sont pas un camp de vacances. « Ils ont commencé à nous mettre en condition. Tu réalises non seulement que tu risques ta vie, mais que tu vas assister à des choses terribles. »

Aux Tourelles, Charles croise tous les protagonistes de l’affaire Audin

Tout bascule au début de l’année 1957, avec le début de la bataille d’Alger, quand il est affecté comme chauffeur à la tristement célèbre villa des Tourelles, à Hydra, sur les hauteurs de la ville blanche. Ici, « le cas de ceux qui y entraient était considéré comme assez grave pour qu’ils n’en sortent pas vivants, avouera, en 2001, Paul Aussaresses. (…) Aux Tourelles, la torture était systématiquement utilisée si le prisonnier refusait de parler, ce qui était très souvent le cas. La plupart du temps, mes hommes partaient à une vingtaine de kilomètres d’Alger dans des “maquis lointains” et les suspects étaient abattus d’une rafale de mitraillette, puis enterrés ». Mais, les premiers jours, Charles est loin de s’imaginer les exactions commises presque sous son nez. Il est même plutôt content d’être affecté ici, bénéficiant d’une chambre à lui au dernier étage de cette vaste villa, un luxe pour un jeune appelé. La voix de Charles Castera commence à trembler. « J’ai du mal à me rappeler les détails de la villa. Je ne me souviens même pas où on mangeait. J’ai des trous… » Après un silence, il reprend : « Vu que j’étais chauffeur, je n’étais pas toujours occupé… Une fois, en pleine journée, j’ai fait le tour de la villa et j’ai découvert, au bas des escaliers, des salles de torture. J’ai vu des appareillages de robinets avec des flexibles. J’ai tout de suite compris à quoi cela servait… J’étais sidéré. » Il n’en parle à personne. « JAMAIS quelqu’un n’a évoqué ces salles devant moi. Je n’ai jamais entendu de cris… rien. C’était l’OMERTA totale ! Et ces salauds savaient “travailler” en toute discrétion. »

Très vite, il repère une équipe de six sous-officiers, des « tueurs professionnels », anciens d’Indochine, qui restent à distance du reste du contingent : Damoiseau, un autre surnommé « Schmittkaiser »… « Les autres, j’ai oublié leurs noms. » Tous sont sous les ordres du fameux lieutenant Garcet (l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin, voir édition du 14 février 2018), et agissent pour le compte d’Aussaresses. Un jour, Charles entend l’un d’eux se glorifier de son exploit du jour : « J’en ai tué 17 aujourd’hui, c’est mon record. » « Ils faisaient des concours d’extermination ! enrage-t-il. Ils attrapaient les prisonniers en provenance du camp d’internement à la sortie du camion. Ils les bâillonnaient et puis les tuaient à l’arme blanche avant de les balancer dans la fosse. Ils pratiquaient la torture et le colonel Trinquier les couvrait. Celui-ci, c’était un secret de Polichinelle, il prenait l’avion tous les vendredis à Maison-Blanche pour aller faire un compte rendu détaillé à François Mitterrand, ministre de la Justice (jusqu’en mars 1957 – NDLR de l’Humanité [1]). Je l’ai conduit à l’aéroport une fois. »

Un jour, Charles est confronté au boucher « Schmittkaiser ». « J’étais en mission, je conduisais ma Jeep quand, non loin, un camion de gendarmes appelés en soutien à l’armée a été mitraillé. Je les ai vus tomber. Je me suis arrêté pour les secourir. Et récupérer les armes, car c’était les ordres, de ne jamais laisser des armes qui pourraient servir aux fellaghas. » Quelques minutes plus tard, « Schmittkaiser » s’approche de lui en tenant un jeune Algérien et lui ordonne de le ramener à la villa. « Sur la route, ce gars, qui avait mon âge, m’explique qu’il est innocent, qu’il n’a rien à voir avec l’attaque des gendarmes, raconte Charles. Alors je l’ai laissé partir, je lui ai dit de s’enfuir, de foutre le camp vite. » Quelques minutes plus tard, « Schmittkaiser » lui colle un pistolet sur la tempe : « Je devrais te tuer sans sommation ! La prochaine fois, tu y passes ! Tu sauras que la personne qui rentre ici ne revoit jamais la sortie. Tu as bien compris ce que ça veut dire ? » Charles a bien compris le message, que viendront confirmer les scènes auxquelles il sera ensuite confronté. « Je n’ai rien dit. J’étais blême. Je croyais que j’étais déjà mort. » Le jeune Algérien, lui, n’aura pas survécu, rattrapé par les chiens du sinistre commando.

Des Algériennes violées par les soldats français

Et puis il voit débarquer auprès du groupe de sous-officiers un collaborateur harki, appelé Babaye (voir photo), lui aussi désigné, notamment par Aussaresses [2], comme l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin. « J’ai tout de suite compris quel était son rôle : une brute épaisse aux ordres de la sale équipe de sous-officiers. Je me souviens qu’il avait un traitement particulier puisqu’il portait un colt. Mais on m’a rapporté qu’il poignardait ses victimes. »

Au centre, le fameux « Babaye », désigné par Aussaresses comme l’un des protagonistes de l’assassinat de Maurice Audin

Un soir, alors que Charles rentre de mission, le fameux Babaye l’interpelle et l’emmène en contrebas de la villa, dans une sorte de souterrain. « Y a des filles, y en a une qui t’attend ! Fais pas ton timide, tous les autres en ont profité, elle n’attend que toi. » En évoquant la scène, Charles s’effondre en larmes, submergé par l’émotion. Quelques minutes plus tard, des sanglots dans la voix, il poursuit : « Il me dit, tu ne touches que celle-ci, la petite, elle est pour moi. » Sur le sol, une femme est étendue, couchée sur le dos, les jambes recroquevillées. Charles s’approche. « Je comprends tout de suite. Elle avait été violée par de nombreux soldats. Je lui ai touché le bras, elle était froide. Cela a été si rapide et la pénombre était telle que je n’ai pas su si elle était morte ou si elle faisait semblant, la pauvre. »

« Ça me soulage, c’est la première fois que j’en parle comme ça »

Plus loin, une toute jeune fille tente de s’échapper en courant. Babaye hurle : « Celle-là, elle est pour moi ! » Charles se met à crier à son tour : « Ce grand salopard ! » « Sur le moment, je me souviens m’être dit “il faut que je le tue”. Et puis, je me suis repris, j’ai compris que si je faisais cela, on aurait été morts tous les trois. Je suis parti le plus vite possible. Je n’ai pas pu dormir. » Ni cette nuit-là, ni les suivantes. Aujourd’hui encore, soixante et un ans plus tard, le corps inerte de cette femme continue de le hanter : « Ça me soulage un peu de te raconter ça. J’y repense toujours quand je vois des reportages sur les guerres. » Très ému, il reprend : « C’est la première fois que j’en parle comme ça. Une fois, j’ai essayé avec quelqu’un qui avait fait l’Algérie aussi. Il avait connu la même chose… » Et puis face à l’omerta, Charles s’est tu lui aussi. Comme près de 2 millions d’appelés, il a préféré tenter d’oublier. Mais le refoulé a fait son grand retour. Depuis le début des années 2000, les mécanismes de fabrication de l’oubli se sont enrayés. Et les appelés, comme la société française, sont fin prêts à regarder l’histoire en face.

Maud Vergnol

L’article a aussi paru sur le site d’historiens: Histoire Coloniale et Post-coloniale ici: Source

Les articles parus dans la République des Pyrénées, le 14 septembre 2018:

Le massacre de Babi Yar, extraits du Livre noir sur l’extermination des juifs en URSS et en Pologne (1941-1945)

Grossman V et Ehrenbourg I, Le Livre noir sur l’extermination des juifs en URSS et en Pologne (1941-1945), Tome 1, Ukraine, Biélorussie, République socialiste fédérative soviétique de Russie, Le Livre de Poche, Paris, 1995, 638 p.

Extraits de Grossman V et Ehrenbourg I, Le Livre noir sur l’extermination des juifs en URSS et en Pologne (1941-1945)

« On peut affirmer avec une entière certitude que, au cours de toute l’histoire du genre humain, jamais pareil crime n’avait été commis » Vassili Grossman dans l’avant-propos du Livre noir

Kiev, Babi Yar

« Quelques juifs de Kiev, revenus de Babi Yar, ont été épargnés afin que l’Humanité entende le témoignage de victimes, la version authentique de témoins oculaires »

La fureur nazie contre les juifs

« Le 22 septembre (1941) (…), un journal en ukrainien fut collé par les Allemands sur les murs des immeubles. Le journal disait que les juifs, les communistes, les commissaires et les partisans allaient être exterminés. On promettait la somme de deux cent roubles pour chaque partisan ou communiste dénoncé. Des journaux de ce type étaient aussi affichés dans la rue de l’Armée-rouge et dans d’autres rues de la ville. La vie à Kiev devenait de plus en plus insupportable. Les Allemands faisaient irruption dans les maisons, empoignaient les gens, les emmenaient on ne savait où et ces gens ne revenaient plus. (…)

Le vendredi 26 et le samedi 27 septembre, les juifs qui s’étaient rendus à la synagogue ne rentrèrent pas chez eux. Evguenia Litochtchenko, native de Kiev, rapporta que ses voisins, le vieux Schneider, Rosenblat et sa femme ne revinrent pas de la synagogue. Elle vit leurs cadavres dans le Dniepr. Ceci fut confirmé par la citoyenne T. Mikhassieva. Les synagogues étaient encerclées par des soldats armés de mitraillettes et par des Polizei. A divers endroits de Kiev, les flots du Dniepr rejetèrent sur le barge des sacs contenant des objets de culte. (…)

Les 27-28 septembre 1941, une semaine après l’arrivée des Allemands à Kiev, on vit apparaitre sur les murs des immeubles un avis imprimé en lettres capitales sur du gros papier bleu et rédigé en ukrainien et en russe : « juifs de la ville de Kiev et des environs ! Lundi 29 septembre à sept heures du matin, vous devrez vous présenter avec effets personnels, argent, papiers, biens et vêtements chauds rue Dorogojitskaia, près du cimetière juif. Toute absence sera punie de mort. Ceux qui cacheront des juifs seront punis de mort ». Cet effrayant décret qui condamnait soixante dix mille personnes n’était pas signé. Jusqu’au 29 septembre, les agents de la Gestapo se livrèrent à des actes de violence dans les rues et les maisons. (…)

L’ingénieur I.L. Edelman (…) fut raflé par les Allemands (…). Ils le jetèrent la tête la première dans un tonneau posé au pied d’une gouttière. B.A. Liebman raconta l’histoire d’une famille juive qui s’était cachée plusieurs jours dans une cave. La mère, accompagnée de ses deux enfants, décida de gagner la campagne. Des Allemands ivres les arrêtèrent au marché de Galicie et leur réservèrent un sort cruel. Devant la mère, ils coupèrent la tête à l’un des enfants, puis tuèrent le second. La femme qui avait perdu la raison serra contre elle les corps de ses enfants morts. Les agents de la Gestapo, s’étant suffisamment délectés de ce spectacle la tuèrent aussi. Le père qui s’était rendu à la hâte sur le lieu où avait péri sa famille fut tué à son tour. (…)

Sarah Maximovna Evenson, une vieille dame, avait, avant la révolution, animé des groupes politiques, fait de la propagande et été responsable de la rédaction du journal Volyn à Jitomir. Elle avait écrit de nombreux articles et avait été la première à traduire en langue russe Feuchtwanger et nombre d’écrivains des temps nouveaux. Elle maîtrisait parfaitement les langues d’Europe occidentale et correspondait avec des personnalités du monde de l’art et de la culture. Son âge vénérable ainsi que la maladie ne permirent pas à S. M. Evenson de quitter Kiev à temps. Les hitlériens jetèrent par la fenêtre du troisième étage cette femme qui était déjà arrière grand-mère. (…) »

Des prisonniers de guerre soviétiques sont utilisés par les nazis pour recouvrir le charnier, le 1er octobre 1941. (source wikipedia)

Le massacre organisé de Babi Yar, récits de survivants

« Mais tout ceci n’était qu’un préliminaire à l’assassinat en masse. À l’aube du 29 septembre, venus de tous les coins de la ville, les Juifs de Kiev se mirent lentement en marche en direction du cimetière juif de la Loukianovkaïa. Beaucoup d’entre eux s’attendaient à un transfert vers la province. Certains comprenaient que Baby Yar signifiait la mort. C’est pourquoi il y eut, ce jour-là, beaucoup de suicides. Les familles faisaient cuire du pain pour la route, cousaient des sacs de voyage, louaient des chariots et des voitures à bras; Les vieillards marchaient en se soutenant les uns les autres. Les mères portaient leurs bébés dans les bras ou les transportaient dans des poussettes. Les gens traînaient des sacs, des paquets, des valises, des caisses. Les enfants se tenaient près de leurs parents. Les jeunes ne prenaient rien avec eux, tandis que les personnes âgées tâchaient d’emporter le maximum de choses. Les femmes âgées, pâles et reprenant péniblement leur souffle, étaient soutenues par leurs petits-fils, tandis que les personnes malades et impotentes étaient transportées par leurs proches sur des brancards, dans des couvertures ou des draps.

Des foules déferlaient en un flot continu sur la rue Lvovskaîa, tandis que les patrouilles allemandes occupaient les trottoirs. De l’aurore jusqu’à la nuit noire, il y eut une telle affluence de gens sur la chaussée qu ‘il éidt difficile de passer d’un côté à l’autre de la rue Lvovskaïa. Cette procession de la mort dura trois jours et trots nuits. La ville était silencieuse. Tels des courants qui se jettent dans le fleuve, les foules coulant des rues Pavlovskaïa, Dmitrievskaîa, Volodarskaïa et Nekrasovskaîa se déversaient dans la rue Lvovskaîa. Après la rue Lvovskaîa commence la rue Melnik et, plus loin, une route déserte, des collines dénudées, des ravins aux pentes escarpées, c’est Baby Yar. Au fur et à mesure que la procession se rapprochait de Baby Yar. le murmure grandissait, mêlé de plaintes et de larmes.

Un bureau avait été aménage à ciel ouvert à l’aide de quelques tables. La foule qui attendait au bout de la rue, le long de la barrière installée par les Allemands, ne pouvait voir ces tables. Cette foule était méthodiquement divisée en groupes de trente ou quarante personnes que l’on conduisait sous escorte à «l’enregistrement». Papiers et biens étaient confisqués. Les papiers étaient immédiatement jetés par terre : des témoins disent que la place fut recouverte d’une épaisse couche de papier constituée de pièces d’identité et de cartes syndicales déchirées. Après quoi les Allemands obligeaient les gens à se mettre nus, tous sans exception: les jeunes filles, les femmes, les enfants et les vieillards ; leurs vêtements étaient collectés et soigneusement pliés. On arrachait les alliances aux doigts des gens dénudés, hommes et femmes. Ensuite, les bourreaux plaçaient les condamnés par groupes au bord du profond ravin et leur tiraient dessus à bout portant. Les corps tombaient dans le précipice. Les petits enfants étaient poussés vivants dans le ravin. Beaucoup, lorsqu’ils atteignaient le lieu de l’exécution, perdaient la raison. Nombreux furent ceux qui, épargnés cette fois-là, apprirent ce qui se passait à Baby Yar et s’y préparèrent. Les vieillards s’habillaient de noir et se réunissaient les uns chez les autres pour prier, puis s’engageaient ensuite dans la rue Lvovskaïa.

Néanmoins, nombre d’habitants de Kiev ignorèrent jusqu’à la dernière minute ce que les Allemands faisaient à Baby Yar.

Les uns parlaient de réquisition de main-d’œuvre, les autres de déportation, d’autres encore déclaraient que l’administration allemande avait passé un accord avec la commission soviétique pour faire un échange : une famille juive contre un prisonnier de guerre allemand.

(…)

Nous rapportons les témoignages de gens qui, par miracle, survécurent. Nessia Elgort, qui résidait au n° 40 de la rue Saksaganskaïa, marchait vers le ravin en serrant contre son corps nu son fils Ilioucha, tremblant. Tous ses parents et ses proches avaient disparu dans la foule. Son fils dans les bras, elle se mit tout au bord du ravin. À demi consciente, elle perçut des coups de feu, des cris d’agonie et tomba. Mais les balles ne l’avaient pas atteinte. Elle était recouverte par des corps ensanglantés encore chauds. Alentour, ce n’était qu’un amas de centaines, de milliers de morts. Des vieillards gisant sur des enfants, des petits corps d’enfants sur leur mère morte.

« Aujourd’hui, j’ai de la peine à réaliser comment je suis sortie de ce précipice de la mort, raconte Nessia Elgort, mais j’ai rampé, j’étais, visiblement, poussée par mon instinct de survie. Le soir venu, lorsque je suis revenue à moi, j’étais rue Podol, mon fils Ilioucha était près de moi. A dire vrai, je ne parviens pas à comprendre par quel miracle mon fils s’en est sorti. Il s’était comme soudé à moi et ne m’a pas lâchée une seconde. »

Voici le récit d’une autre rescapée de Baby Yar.

Elena Efimovna Borodianskaïa-Knych et son enfant étaient arrivés à Baby Yar tandis qu’il faisait déjà tout à fait nuit.

«En chemin, nous avons été rejoints par environ cent cinquante personnes, même plus. Jamais je n’oublierai cette fillette d’une quinzaine d’années, Sarah. Il est difficile de décrire sa beauté. Sa mère s’arrachait les cheveux et criait à fendre l’âme : “Tuez-nous ensemble.” La mère a été tuée à coups de crosse. Avec la petite, ils ne se sont pas pressés. Cinq ou six Allemands l’ont mise, nue ; je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite, je n’ai pas vu. Nous, on nous a enlevé nos manteaux, on nous a pris toutes nos affaires et on nous a fait avancer d’une cinquantaine de mètres pour nous prendre papiers, argent, bagues et boucles d’oreilles. On a voulu arracher ses dents en or à un vieil homme. Tandis qu’il se débattait, un Allemand l’a attrapé par la barbe et jeté au sol. Il était resté des touffes de barbe dans la main de l’Allemand. Le vieil homme était couvert de sang. A la vue de cette scène, ma petite fille s’est mise à pleurer : “Ne m’emmène pas là-bas, maman, on va nous tuer, tu vois, ils sont en train de tuer le vieux monsieur.” J’ai essayé de la raisonner : « Ne pleure pas, ma petite fille, si tu pleures, nous ne pourrons pas nous enfuir et on va nous tuer ».

C’était une enfant patiente, elle avançait, silencieuse et tremblante. Elle avait alors quatre ans. On a déshabillé tout le monde entièrement. Mais moi, comme je portais du linge usé, on m’a laissée en sous-vêtements.

Vers minuit, les Allemands nous ont ordonné de nous mettre en rang. Sans attendre le second commandement, j’ai jeté ma fille dans le fossé et je me suis laissée tomber sur elle. Quelques secondes plus tard, les corps se sont mis à pleuvoir sur moi. Puis, le silence s’est fait. Une quinzaine de minutes s’est écoulée, on a amené une autre fournée. A nouveau des coups de feu ont retenti et les corps de gens morts et mourants sont encore tombés dans la fosse.

J’ai senti que ma fille ne bougeait plus. J’ai roulé vers elle, l’ai protégée de mon corps et lui ai mis mes poings serrés sous le menton pour qu’elle n’étouffe pas. Ma petite fille a remué. J’essayais de me soulever pour ne pas l’écraser. Il y avait plein de sang partout On fusillait depuis neuf heures du matin. Des cadavres gisaient sur et sous moi.

Puis, j’ai entendu quelqu’un marcher sur les cadavres et jurer en allemand. Un soldat allemand vérifiait à l’aide de sa baïonnette s’il restait des survivants. Il s’est trouvé que l’Allemand était debout sur moi et c’est ainsi que j’ai échappé au coup de baïonnette.

Lorsqu’il s’est éloigné, j’ai relevé la tête. On entendait des bruits au loin. C’étaient les Allemands qui se disputaient nos affaires. Il pleuvait.

Je me suis dégagée, me suis levée et ai pris ma fille dans les bras ; elle avait perdu connaissance. Je me suis mise à marcher à travers le ravin. Au bout d’un kilomètre, j’ai senti que ma fille respirait à peine. Il n’y avait d’eau nulle part. Je lui ai mouillé les lèvres avec ma salive. J’ai fait encore un kilomètre, puis j’ai recueilli la rosée à même l’herbe et en ai humecté la bouche de l’enfant. Peu à peu, la petite est revenue à elle.

Je me suis reposée et me suis remise en route. Tout en rampant dans les fossés, je suis arrivée au village de Baby Yar. J’ai pénétré dans la cour d’une usine en briques et me suis faufilée dans la cave où j’ai passé quatre jours sans nourriture, sans vêtements. »

Notes de lectures sur le thème: Monde ouvrier et xénophobie, antisémitisme

Dornel L., La France hostile, socio-histoire de la xénophobie : 1870-1914

Introduction : La xenophobie, objet d’histoire ?

En 1892, les grandes grèves du Nord s’en prennent aux patrons qui emploient des Belges. Cela amène à l’AN la question de la protection des travailleurs étrangers. Tout au long du XIXème siècle, les ouvriers français s’en sont pris aux travailleurs immigrés, avec une apogée dans les années 1880-90.

[Il s’agit en fait de franges du mouvement ouvrier, prises dans ce piège xénophobe. Dornel montre que c’est aussi un moyen pour des couches ouvrières de s’intégrer à la nation alors qu’ils en sont marginalisés. De plus, il faut faire le lien entre cette xénophobie et la concurrence mise en place par le patronat pour tirer davantage de profits du travail salarié.]

La xénophobie ouvrière : morphologie d’une tradition

Pour l’auteur, la xénophobie est présente dans le milieu ouvrier. Ceux-ci se mobilisent pour obtenir le renvoi des étrangers. La rixe comme « explosion spontanée de colère » est souvent le mode d’expression.

Dornel reconnait néanmoins que lorsque l’internationalisme ouvrier se développe, la xénophobie diminue.

La xénophobie s’exprime surtout sur les lieux de travail, seuls lieux où les français et étrangers vivent ensemble.

Le mouvement social, mobilisateur et violent

  • Vient de la « révolte primitive », terme forgé par Hobsbawm. 
  • Les milieux les plus enclins à la xénophobie sont souvent les moins stables et protégés.
  • La xénophobie est surtout liée au contexte global, plus qu’à l’augmentation de l’immigration. L’étranger est transformé en bouc-émissaire. Les incidents interviennent surtout lorsque les grèves diminuent. (Noiriel, sur les gilets jaunes, les grèves et mouvements sociaux neutralisent la xénophobie ; de même Hobsbawm aussi le reconnait dans l’Âge des extrêmes)
  • Cependant, le facteur économique n’est pas le seul déterminant.

Lente et inégale intégration de la classe ouvrière

La cause réelle de la xénophobie n’est pas l’arrivée des étrangers mais la peur du déclassement. Au début du XXème, le développement de l’internationalisme franco-italien par exemple développe un syndicalisme unitaire. La violence disparait quasiment, ainsi que les rixes franco-italiennes.

Les revendications les plus xénophobes se développent chez les plus démunis, sans travail ni qualification. Les tendances xénophobes se révèlent dans le mouvement boulangiste ou des ligues de défense.  Même le POF de Guesde a connu un virage chauvin en 1893 dans le Cri du Peuple. Au début du XXème, nombre d’étrangers se syndiquent. L’opposition devient davantage ouvriers-patrons, grévistes-jaunes. Avec l’arrivée de travailleurs coloniaux, une hostilité antiétrangère va aussi grandir.

La politisation : les étrangers à la chambre des députés

35 projets de loi sont déposés sur la main d’œuvre étrangère entre 1883-1912.  La xénophobie prend son envol en même temps que le protectionnisme économique. Dans le champs politique, l’étranger commence à être perçu comme un ennemi. Les milieux conservateurs prônent la « préférence nationale ». les discours xénophobes ciblent les « barbares », « l’invasion ». Ils sont stigmatisés comme « nomades », « vagabonds », « espions ». Les étrangers sont ciblés, c’est le prélude à leur identification. Barrès par ex, prend à son compte la protection nationale du travail, justifie la xénophobie au nom du nationalisme.

La médiatisation : quand savants et journalistes se penchent sur les étrangers

La distanciation sociale entre monde ouvrier et bourgeois laisse un temps de côté le « problème des étrangers ». Les élites ne prennent en compte ce problème que dans la liaison avec le développement national(iste).

Les journaux libéraux, affirment la nécessité d’utiliser la main d’œuvre immigrée. En face, des positions protectionnistes estiment que les étrangers sont un coût, surtout s’ils ne travaillent pas. Certains penseur font le lien entre étrangers et criminalité.

Dès 3 septembre 1849, la loi permet d’expulser les étrangers, notamment les syndicalistes étrangers. La législation nationale s’oriente contre les étrangers.

Les pauvres errants, notamment les bohémiens sont la figure de « l’exclu absolu ».

Les guerres ont développé l’exclusion des étrangers. Ils sont notamment vus comme des étrangers. La guerre de 1870 a développé la germanophobie.

A la fin du XIXème, les manifestations xénophobes perdent leurs formes de « révolte primitive » pour une appartenance nationale affirmée. La politique d’assimilation et l’essor du syndicalisme font baisser les heurts xénophobes. (voir sur ce point G. Noiriel, les ouvriers dans la société française -> sur sa thèse autour de la génération singulière où les ouvriers issus de familles immigrés se lient aux organisations « françaises » du monde ouvrier: PCF et CGT notamment).

Noiriel G., Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècles)

En 1848, en même temps que la question ouvrière se pose la question des étrangers. Les conservateurs s’opposent aux étrangers comme ils s’opposent au SU (Gobineau).

La guerre amplifie le regard hostile à l’étranger : 100.000 allemands vivant en France sont arrêtés ou internés en 1870.

Le POF a participé a politiser les problèmes ouvriers. Le prolétariat se dote ainsi d’une mémoire collective « autonome » : elle se nourrit de la réalité de la lutte des classes, de la répression, de l’actualité internationale, autour de symboles : le drapeau rouge, l’Internationale, le 1er mai. Cependant, la concurrence nationalisme-internationalisme donne raison au 1er notamment dans la vague de la 1ère GM, autour de l’Union sacrée.

Les migrations du XIXème sont surtout le fait de Belges et Italiens. Ils sont recrutés dans les industries du fer. Les patrons les embauchent pour faire diminuer les salaires. Ils les utilisent pour briser les grèves. Le syndicalisme s’empare néanmoins rapidement de cette question pour protéger les travailleurs immigrés. Mais même les saisonniers pouvaient subir des vagues de violences. Les conflits immigrés-français font souvent l’objet de rixe et entraine une quinzaine de morts dans les années 1890’. Dans le midi, on assiste même à des grèves anti-étrangers.

Le journal fondé par Vallès, Le Cri du Peuple porte un message négatif sur les étrangers. Cette mouvance adopte la position de protection du travail national. Ces revendications nationalistes sont sensibles dans « l’ancienne classe ouvrière » : chez les boutiquiers et l’artisanat. Barrès mobilise ce thème nationaliste mais ne parvient néanmoins pas à rallier dans la grande industrie en raison d’un internationalisme fort. De plus, la 2ème génération d’ouvriers étrangers est nationalisée par la loi de 1809. Guesde est accusé d’être le député des Belges.

Les étrangers bénéficient du repos hebdomadaire et de la limitation de la journée de travail. La loi de décembre 1892 interdit néanmoins les fonctions de délégués et d’arbitres. De plus, les étrangers doivent se faire identifier dans la commune où ils résident.

Au début du XXème siècle, on assiste à un retournement, les anarchistes, l’Humanité, le mouvement socialiste dénoncent les arguments xénophobes ou antisémites. Les travailleurs immigrés sont donc intégrés dans le mouvement ouvrier.

Cependant, les nomades, ou « itinérants », sont la cible privilégiés du petit peuple des campagnes.

Notes, E. Hobsbawm, L’âge des extrêmes, Histoire du court XXème siècle

Une des synthèses les plus intéressantes sur le XXème siècle. Les notes s’étendent de 1914 à 1939.

Le siècle à vol d’oiseau

De 1914-1945, c’est une « ère de catastrophe » après lesquelles succèdent 30 années de croissance économique et de transformation sociale « extraordinaires », « qui ont probablement changé la société humaine plus profondément qu’aucune autre période d’une brièveté comparable ». cependant, la fin du XXème a été une ère de « décomposition, d’incertitudes et de crise ».

Le XXème a porté deux vagues de révolutions mondiales, portant un système prétendant remplacer la société bourgeoise et capitaliste.

En 1929, une crise économique d’une immense profondeur touche les économies capitalistes et enfante le fascisme. Seule une alliance temporaire entre le capitalisme libéral et le communisme put sauver la démocratie. La victoire sur le nazisme est remportée essentiellement par l’Armée Rouge. Cette alliance forme la « charnière » du XXème siècle.

La révolution d’Octobre a aussi eu comme conséquence la réforme durable du capitalisme dans la 2nde partie du siècle, par peur de la révolution. La crise des années 30 a donné l’image de l’URSS comme « solution de rechange globale et réaliste ».

Les années 1947-73 : « impact extraordinaires des transformations économiques, sociales et culturelles ». Ces changements ont apporté pour la vie de l’homme des changements « aussi profonds qu’irréversibles ».

Malgré ses faiblesses, le système socialiste réellement existant a été un « puissant accélérateur de la modernisation de pays agraires et arriérés ».

Le monde d’aujourd’hui est donc « incomparablement plus riche qu’il ne l’a jamais été dans sa faculté de produire des biens et des services d’une infinie diversité ». On a vécu mieux que ce qu’on n’avait jamais espéré pour beaucoup. Une redistribution minimale a été réalisé, au moins dans les pays riches, même si à la fin du siècle, les inégalités progressent.

Le monde devient un « village planétaire » (Mc Luhan, 1962). Le Monde a connu une accélération inimaginable de la communication et des transports. Face à ces accélérations, les humains, les institutions publiques semblent avoir du mal à s’adapter. Les anciennes formes de rapports sociaux se désintègrent, notamment les liens entre générations, le lien entre passé et présent. Se développe avec le capitalisme « à l’occidentale » « un individualisme asocial absolu ». Il est visible chez ceux qui les professent comme chez ceux qui en déplorent les conséquences sociales. Cette société devient un « assemblage d’individus » déconnectés, égocentriques, à la « recherche de leur propre satisfaction » (profit, plaisir…).

Ce qui est certain pour l’auteur, c’est que ce « siècle finit mal », et qu’il espère pour le nouveau « un monde meilleur, plus juste et plus viable ». « Nous ne savons pas où notre voyage nous conduit ni même où il devrait nous conduire ». Hobsbawm rompt ainsi avec une vision « téléologique » du futur, faite d’avance.

Chapitre 1 : l’âge de la guerre totale

En 1914, cela faisait un siècle qu’il n’y avait pas eu de guerre dans lesquelles étaient impliquées toutes les puissances.

Cette guerre fut destructrice : les Français y perdirent près de 20 % de leurs jeunes en âge de porter les armes, auxquels il faut ajouter les blessés, les invalides, les « gueules cassées ». Un désir de paix est important en même temps que certains en ont acquis un sentiment de supériorité incommunicable et barbare qui devrait plus tard nourrir les rangs de l’extrême droite, à l’image d’un Hitler.

Ce furent des guerres industrielles où les camps essayèrent de s’en tirer par la technologie. Les Allemands essayèrent par la chimie (notamment les gaz toxiques). Ce moyen fut interdit en 1925 par la Convention de Genève.

14-18 est la première guerre non révolutionnaire et non idéologique à être menée à mort, jusqu’à l’épuisement de l’adversaire. En 1914, ce n’était certainement pas l’idéologie qui oppose les adversaires contrairement aux mobilisations de l’opinion publique par les états. Les enjeux étaient économiques et géopolitiques : l’Allemagne voulait une position maritime et politique mondiale comme celle qu’avait l’Angleterre. La France souhaitait rester une grande puissance. Cette guerre ruina à la fois les vainqueurs et vaincus.

A la fin de la 1ère GM, Russie et Allemagne sont aux bancs des exclus. Les deux se rapprochent au début des années 1920.

La guerre moderne implique tous les citoyens et mobilise la plupart d’entre eux : elle se mène avec des armements qui requièrent un détournement de toute l’économie pour produire des armes de destructions. Elle domine et transforme la vie des pays impliqués. La mobilisation de telles classes d’âges de soldats n’est possible que dans des économies industrialisées et de haute productivité. Cependant, même dans ces sociétés industrialisées, la guerre met à rude épreuve toute la population. C’est pourquoi les guerres ont renforcé les pouvoirs des syndicats et ont engendré une révolution de l’emploi des femmes.

La guerre a nécessité une organisation et un management pour faciliter « la destruction rationalisée de la vie humaine ». La « guerre totale a été la plus grande entreprise que l’homme ait jamais dû sciemment organiser et gérer ». Les dépenses du complexe militaro-industriel ont été sans équivalent et souvent ont pesé de façon durable et négative sur l’économie.

La guerre a provoqué une « brutalisation » des sociétés car les adversaires ont été diabolisés, pour les rendre haïssables.

Chapitre 2 : La révolution mondiale

La révolution est fille de la guerre, particulièrement la révolution russe, mais aussi la 2nde vague après 1945. 1917 est un évènement aussi central que la révolution de 1789. Octobre a fourni le mouvement révolutionnaire le plus important de l’Histoire moderne.

La Russie était mûre pour la révolution, depuis les années 1870. En 1915, les problèmes du tsarisme étaient insurmontables. Cependant, peu envisageaient une révolution socialiste au vu de sa masse paysanne, de son arriération et de la faiblesse de son prolétariat, certes, stratégiquement localisé.

L’hostilité à la guerre existait dans certains partis : chez les bolcheviks, en Serbie, en GB avec l’Independant Labour Party. Nombre de socialistes dans les pays en guerre désapprouvaient la guerre. Le mouvement syndical devint aussi important dans les industries d’armement, devenant centre du militantisme industriel et de l’antimilitarisme. Tant en Russie qu’en Allemagne, les bases navales (Cronstadt, Kiel) allaient devenir les grands centres révolutionnaires.

En mars 1917, le régime tsariste s’effondre sous la pression d’une manifestation d’ouvrière (lors du 8 mars) et par le mouvement de grève aux usines métallurgiques Poutilov. La foule envahit le centre de la capitale pour exiger du pain.  Emerge alors une situation révolutionnaire autour d’un « gouvernement provisoire » impuissant et une multitude de « conseils » (soviets) surgissant à la base. Ils détenaient de la réalité du pouvoir, ou avait un droit de veto, mais ne savaient qu’en faire.

Les bolcheviks avaient l’aptitude de reconnaitre ce que voulaient les masses et de les diriger en sachant les suivre. Ce parti était essentiellement ouvrier, se retrouvant majoritaire dans les grandes villes russes (Pétrograd, Moscou). Il gagne aussi du terrain dans l’armée. Il participe en août 1917 à empêcher le coup d’état contre-révolutionnaire. « La lame de fond de leurs partisans radicalisés poussa inévitablement les bolcheviks à la prise du pouvoir ». En octobre 1917, le pouvoir est à ramasser.

Le nouveau régime ne lance au départ pas grand-chose de socialiste : il prend le contrôle des banques et soumet les instances dirigeantes au contrôle ouvrier, mais en réalité, il légalise ce qui se fait déjà et incite à la production.

Malgré l’encerclement, la révolution a tenu : autour d’un parti centralisé et discipliné de 600.000 membres : il possédait d’un embryon d’Etat. Ça a été le seul gouvernement capable et désireux d’assurer la cohésion de la Russie ce qui lui vaut des soutiens de patriotes russes, pour autant hostiles aux rouges, mais qui vont servir l’armée rouge. Enfin, par la révolution, la paysannerie a pris possession de la terre. Elle choisit les bolcheviks plutôt que le retour de la noblesse.

A partir de janvier 1918, une vague révolutionnaire balaye l’Europe : par Vienne, Budapest, les régions tchèques puis l’Allemagne.

La 1ère réaction anticommuniste sont les 14 points du président Wilson qui joue la carte nationaliste face à l’internationalisme de Lénine. Des petits Etats-nations devaient servir de tampon aux rouges.

La révolte à la base navale de Kiel en Allemagne propage la révolution à tout le pays en novembre 1918. La République allemande est proclamée.

Cette vague révolutionnaire est une révolte contre la guerre : elle permet d’instaurer la paix à l’échelle continentale et désamorce ainsi une bonne partie de la charge sociale qu’elle recelait. En Europe de l’Est et centrale, les paysans étaient révoltés mais ils exigeaient une révolte agraire : ils étaient révolutionnaires mais non bolcheviks.

En Allemagne, c’est la guerre qui a entrainé la révolution armée. Cependant, le gouvernement républicain écarta les socialistes radicaux qui pourtant semblaient tenir le pouvoir de la rue. Une éphémère république socialiste eut lieu en Bavière.

La vague révolutionnaire se retire en 1920, mais pour l’Allemagne, l’IC garde espoir jusqu’en 1923.

Au niveau international, les bolcheviks souhaitaient une force de frappe internationale discipliné, pour la conquête révolutionnaire. Entre 1920-27, le regard se tourna cependant vers la Chine.

Cependant, face à la vague révolutionnaire qui se termine et la scission durable du mouvement socialiste, les communistes se retrouvent souvent isolés et minoritaires.

Dans les années 1930, les intérêts de l’Etat soviétique l’emporte sur les intérêts de la révolution mondiale. Cependant, jusqu’à la fin, l’URSS même corrompue, finança les révolutions et les guérillas progressistes, du congrès national africain à la révolution cubaine ; contrairement aux Chinois qui critiquaient pourtant les soviétiques. La 1ère génération, celle de la révolution d’octobre ne fut pas troublée sur l’évolution soviétique et consacra sa vie à la révolution mondiale. C’est aussi le rôle de ce parti qui donne succès à des régimes communistes sur 1/3 de l’Humanité. Quant à Trotski, opposant le plus prestigieux, son poids politique était négligeable au moment de sa mort.

Le parti obtenait de ses membres une abnégation supérieure à l’esprit de corps d’une armée, une concentration à exécuter les décisions du parti, ces organisations faisaient preuve d’une efficacité très grande par rapport à leur taille. Le parti « d’avant-garde » sur les révolutions se réalise surtout après la révolution lorsque ces « contre-élites » prennent le pouvoir. En réalité les révolutions sociales dépendent de ce qui se passe parmi les masses et n’importe quelle élite ne peut pleinement la contrôler. Ex dans la révolution iranienne de 1979, le shah fait une forte unanimité contre lui. Ce sont les clercs iraniens qui prennent le dessus grâce aux structures cléricales existantes.

Chapitre 3 : Au bord du gouffre économique

Depuis la révolution industrielle, l’histoire économique est faite d’accélération du progrès technique, d’une croissance continue et inégale. Avec la Grande Crise, le flux international des capitaux semblent se tarir : entre 1927-33, les crédits internationaux chutent de plus de 90 %.

Dans l’immédiat d’après guerre, le pouvoir de la main d’œuvre baissa à cause d’un fort chômage en GB. Les syndicats perdent en quelques années la moitié de leurs adhérents. Le rapport de force passe en direction des patrons.

En Allemagne, le système monétaire connait un spectaculaire effondrement : en 1923, la monnaie tomba à un million de millionième de sa valeur de 1913. Elle perdit pratiquement toute sa valeur. L’épargne privée disparut quasi totalement, laissant un vide complet pour les fonds déroulement des entreprises qui ont dû emprunter massivement à l’étranger, ce qui la rendit vulnérable. La petite et moyenne bourgeoisie fut traumatisée, ce qui la rendit mûre pour le fascisme.

Après 1929, les énormes flux de capitaux vers l’Allemagne (la moitié des exportations mondiales de capitaux) refluent. De plus, l’Allemagne avait largement emprunté. La récession nord-américaine pénétra en Europe par l’Allemagne. La production industrielle baisse d’un tiers entre 1929-31 et la production allemande, d’autant. La crise touche aussi l’agriculture tant les denrées alimentaires que les matières 1ères. La crise s’est ainsi mondialisée.

La situation était dramatique car il n’y avait pas réellement de systèmes de protection sociale, notamment aux USA. En GB, 60 % de la main d’œuvre était couverte par des assurances chômage. Ailleurs en Europe (sauf en Allemagne à 40 %) , elle allait de 0 à un quart. La crise est dominée par des « marches de la faim », des soupes populaires. 85 % des adhérents du KPD étaient des chômeurs. Le chômage était perçu comme une « blessure profonde et potentiellement mortelle ». Aucune solution ne vint de l’ancienne économie libérale : le commerce mondial chute de 60 % entre 1929-32. Les états fixent le protectionnisme pour protéger leurs marchés nationaux contre la crise économique. Même la GB adopte un modèle protectionniste.

Les pays adoptent souvent des débuts de systèmes sociaux comme aux USA avec leur Social Security Act en 1935.

En 1929, les USA assuraient 42 % de la production mondiale contre 28 % pour la Fr-All-GB.

De plus, la guerre et sa paix ont fragilisé l’Europe entière et notamment l’Allemagne.

La crise a révélée que le capitalisme n’était pas capable de créer une demande suffisante pour assurer une expansion durable. Les salaires étaient à la traîne sur l’expansion économique. La Grande Crise a ouvert la voie à un virage à droite quasiment partout dans le Monde : développement de régimes nationalistes et belliqueux. Le renforcement de l’extrême droite profita des revers de la gauche révolutionnaire. Dans l’Europe de 1934, seul le PCF avait une authentique présence politique. En GB, le Labour Party était déjà tombé en 1931, victime de son orthodoxie économique. Aux USA et au Mexique, il y a un virage plutôt à gauche avec Roosevelt et Lazaro Cardenas. Le Chili forma un front populaire sur le modèle européen.

Trois options faisaient face au libéralisme économique qui a échoué :

  • Le communisme marxiste avec au centre l’URSS
  • Un capitalisme réformé et souvent allié à la social-démocratie (option post 45, Suède de 1932)
  • Le fascisme qui était un danger mondial

Chapitre 4 : La chute du libéralisme

La raison, le débat public, l’éducation, la science, l’amélioration de la condition humaine faisaient partis des valeurs de ce début de XXème siècle. Elles étaient partagées par les mouvements démocratiques, socialistes comme communistes.

Les menaces pour les institutions libérales proviennent ainsi de la droite politique. Dans les années 1920-30, pas un seul régime politique ne fut renversé par la gauche.

Le triomphe de Hitler en Allemagne a permis au fascisme de devenir un mouvement général. C’est le cas en Hongrie avec les Croix Fléchées, ou encore en Roumanie avec la Garde de fer. Les fascistes sont pour l’auteur « des révolutionnaires de la contre-révolution ». Les fascistes ne s’appuient pas seulement sur les gardiens de l’ordre traditionnel et conservateur (Eglise, roi) mais se développent par le soutien des masses, d’idéologies séculières, voire des cultes. Le ciment commun des mouvements est le ressentiment des petits dans une société qui les écrase entre grand capital et mouvements ouvriers de masse. La crise les prive d’une position respectable qu’ils avaient occupaient dans l’ordre social.

Il y avait aussi en Europe un antisémitisme rural fort, qui donna un ancrage aux mouvements fascistes d’Europe de l’Est. En Allemagne, l’antisémitisme était surtout le fait de décrets. En transformant ces intolérances traditionnelles en mots d’ordres modernes, les fascistes touchaient surtout les couches inférieures et moyennes des sociétés européennes. Le militantisme de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se radicalisa surtout là où les idéologies démocratiques et libérales n’étaient pas dominantes. En GB, France, USA, l’hégémonie générale de la tradition révolutionnaire empêcha tout mouvement fasciste de masse. C’est au contraire la désintégration des mouvements ouvriers et socialistes classiques qui a lâché la bride aux sentiments racistes et nationalistes, à la fin du XXème siècle.

L’essor de l’extrême droite a été une réaction à la révolution sociale, à la puissance de la classe ouvrière, à la révolution d’octobre et au léninisme.

Une part des soldats se trouvèrent frustrés dans leurs ambitions héroïques à la fin de la guerre en 1918. Il s’agit d’une minorité réduite mais dans l’absolu assez nombreuse pour qui l’expérience des combats est centrale et source d’inspiration. Ce contrecoup de droite était une réponse à tous les mouvements qui menaçaient l’ordre social existant. C’est la montée en puissance du monde du travail qui leur glaça le sang. Il y avait une crainte du communisme mais le coup d’état des généraux espagnols s’en prit à un gouvernement républicain et socialiste.

Le fascisme est aussi porté au pouvoir par « une masse de citoyens désenchantés, désorientés et mécontents, qui ne savaient plus à qui se vouer ». La nouveauté du fascisme au pouvoir a ensuite résidé dans la capacité d’un transfert total du pouvoir pour l’élimination des rivaux. Il n’y avait plus de limites intérieures au pouvoir d’un chef.

Pour Hobsbawm, le fascisme n’est pas l’expression du « capitalisme monopolistique » car celui-ci s’accommode de tout régime qui ne souhaite pas l’exproprier. Il ne le fut pas plus que le New Deal aux USA, que Weimar en Allemagne, ou les gouvernements travaillistes en All. Cependant, le fascisme donne des avantages : il écrase la révolution sociale et la gauche, élimine les syndicats qui entravent la gestion des entreprises. Le principe de « chef » chez les fascistes correspondait à la pratique de la plupart des patrons face à leurs subalternes. La destruction des mouvements ouvriers donna au capital une issue favorable à la crise. De plus, le fascisme modernisa sérieusement les économies industrielles.

Mis à part en Italie, dans les années 20, aucun mouvement d’extrême droite ne semblait avoir d’avenir en Europe. C’est la crise de 29 qui les remit sur le devant de la scène.

La République de Weimar sombre parce que l’accord entre l’état, les syndicats et le patronat ne se maintient pas. Le patronat et l’état procédèrent à des coupes sombres. Les poussées de fièvres existent justement lorsque les gouvernements n’ont plus assez à distribuer.

Notes de lecture, Noiriel G., Les ouvriers dans la société française

Noiriel G., Les ouvriers dans la société française, XIXème-XXème siècles, Paris, Editions du Seuil, 2002, 226 p.

Notes dans le cadre de la préparation à l’agrégation: le travail en Europe Contemporaine (1830-1939)

Préface

Cet ouvrage a été écrit par Noiriel en même temps que sa thèse. Son ouvrage « vise à rassembler l’essentiel des connaissances de « première main » disponible au moment de la rédaction de l’ouvrage pour construire une problématique que des recherches empiriques ultérieures auront pour mission de confirmer ou de corriger ».

Le monde ouvrier « comme tous les individus qui n’ont pas la possibilité de parler ou d’écrire en leur nom propre, les sidérurgistes lorrains n’ont pu se faire entendre qu’à la suite d’une immense mobilisation collective (…) Dans les sociétés démocratiques, ce sont les rapports de force qui déterminent la prise en compte des intérêts sociaux ».

  • Anecdote sur le pays Haut Lorrain : les mines de cette région étaient parmi les plus meurtrières du Monde. La main d’œuvre souvent immigrée, n’avait alors aucun moyen de se défendre. Les maitres des forges lorrains, pourtant chrétiens, ne faisaient rien contre ces accidents. Il faudra attendre la syndicalisation et la politisation de la 2ème génération d’ouvriers pour qu’il y ait des changements en « boulonnant les parois ».

L’hypothèse de Noiriel était que l’unification de la classe ouvrière a été trop tardive et incomplète pour faire face aux mutations du capitalisme des années 80.

Marginalité chronique de la classe ouvrière française issue de la paysannerie ou surtout des diverses vagues de migrations et encore à la main d’œuvre féminine.

  • Au XIXème, les émeutes d’ouvriers se transforment facilement en « révolution ».
  • La IIIè Rép a eu un rôle de pacificateur de la vie politique en mettant fin à cette logique
  • Au XXè, concentrés dans de grandes usines, les ouvriers étaient en mesure de bloquer des secteurs vitaux de l’économie. A partir des années 30 (la crise stabilise la classe ouvrière), les ouvriers, et leurs organisations « neuves » du PC vont construire une nouvelle « visibilité collective du monde ouvrier ». Ceux-ci exerceront dans l’après 2nde GM une hégémonie sur le Monde ouvrier.
  • Le déclin de la grande industrie des 70’ prive ces organisations de ces armes.
  • Au moment de son hégémonie, la figure du prolétaire français masculin se construit. De +, les ouvrier deviennent des ayant-droits en votant, ou encore en choisissant leurs représentants au sein des entreprises.
  1. A la recherche du prolétariat
  1. Les ouvriers en chiffres

Vers 1880, un actif sur deux est encore dans l’agriculture. Dès 1840, ¼ en Angleterre.

En 1789, la grande industrie = 400.000 ouvriers.

En 1781-1790, les ouvriers sont 15 % de la pop active ; 26,7 % en 1881.

Au XIXème, le secteur textile domine l’industrie (50 % des effectifs). Le bâtiment et métallurgie sont entre 13-14 %.

En 1866, il y a quasiment autant d’ouvriers que de petits patrons.

Rôle des femmes, des immigrés et des enfants dans l’industrie

  • Les enfants sont présents dans le textile mais aussi dans les mines, des secteurs où les femmes sont moins nombreuses. La plupart des immigrés sont des frontaliers (1881 : 1 million). 30 % des ouvriers sont des femmes en 1866 : forte présence dans le textile, la chimie. Les enfants sont appréciés par leur agilité, leur souplesse, notamment dans les filatures : ils se glissent sous le métier pour rattacher les fils alors que la machine est toujours en marche. Ils peuvent constituer 1/3 de la main d’œuvre. A Carmaux, ils sont 20 % du personnnel en 1850 et 15 % en 1879. Ils se glissent dans les galeries très étroite. Ils peuvent commencer leur activité dès l’âge de 8 ans.
  • Contrairement à l’Angleterre, l’exode rural français est plus lent, ce qui ne créé pas un entassement massif dans les villes, contrairement à ce que décrit Marx pour l’Angleterre.
  • Un monde ouvrier aux multiples visages

Pour Kuczynski, c’est la machine qui définit le prolétariat, dans le sens où il y travaille dessus sans en être le propriétaire, ce qui nécessiterait d’énormes capitaux puisque le développement des sciences et des techniques nécessite la concentration de capitaux énormes.

En France, jusqu’au milieu du XIXè, la mécanisation ne touche que les filatures. A partir de là, c’est la machine du patron qui impose le rythme et non plus le métier de l’ouvrier.

De nombreuses critiques émergent contre l’allongement de la journée de travail (14-15h) et sur le salaire aux pièces se développant à partir de 1830 et qui accélère les cadences ouvrières. La condition ouvrière connait les courbatures, la fatigue, l’insalubrité des ateliers, la chaleur, les poussières (inflammations pulmonaires, phitisies).

Dans les mines, conditions de travail terribles : 1867 : 88 morts à Blanzy dans une explosion ; inhalation de vapeurs toxiques, engrenages qui broient. L’hôpital saint sauveur accueille tous les ans une centaine d’ouvriers pour saturnisme (= intoxication au plomb).

Urbanisation incontrôlée : Paris double en 50 ans : 1806 : 500.000 / 1850 : 1 M.  Mulhouse et Ste Etienne connaissent aussi de grandes croissance. Cette croissance est due à un fort exode rural : déracinement qui a comme conséquence une « pauvreté du mobilier ». Mulhouse, nb d’ouvriers dorment à même la paille. Soupe et pommes de terre forment les ¾ de l’alimentation.

Rôle de l’absence d’hygiène. : typhus, méningite, tuberculose, syphilis touchent mortellement les quartiers ouvriers.

Dans certains quartiers, le taux de mortalité est fort, et parfois les habitants meurent avant l’âge de 40 ans : 70 % meurent avant 40 ans à Wazemmes, St Sauveur.

De +, salaires bas pour ces déracinés.

Les crises sont nombreuses : A Lille en 1844-45, 60 % des ouvriers du textile à la rue, dû à des contrats de travail « en général inexistant ». L’indigence est souvent importante. Cela entraine la « misère morale » : déracinement, désarticulation de la famille traditionnelle : marginalité, violences, rixes, alcoolisme, liaisons illégitimes…Affaiblissements des pratiques collectives de la vie religieuse.

En France, attention au misérabilisme = 1/15è des ouvriers est touché par le déracinement.

En même temps, en 1830, entrée de la question ouvrière avec les soulèvements canuts, ainsi que lors de la révolution des trois glorieuses. Beaucoup de penseurs voient dans le prolétariat l’instrument pouvant renverser la monarchie. Il existe alors nombre d’écrivains qui se font porte-paroles des ouvriers, qui d’ailleurs regrettent l’ancien régime.

Le tableau misérabiliste doit être relativisé : différences avec le tableau anglais. En France, l’industrialisation est encore rurale, s’est appuyée fortement sur les campagnes. Jusqu’au milieu du XIXème, l’industrie reste rurale ou semi-rurale.

Dans ce développement « proto-industriel », la ville et la campagne sont complémentaires. La ville a surtout des tâches de gestion et de commercialisation des produits.

La mécanisation n’a pas simplement produit une déqualification comme dans le textile, elle a aussi créé un nouveau type d’ouvrier qualifié, notamment dans la métallurgie.

Le prolétariat n’est donc pas uniforme : « très grande diversité de conditions ». De +, les classes populaires en général connaissent les conditions évoquées + haut.

De +, la pénibilité est présente dans la nouvelle industrie mécanisée mais été souvent importante avant dans les ateliers artisanaux. A la campagne, les conditions ne sont souvent pas meilleures et les ouvriers cultivent un lopin de terre. Beaucoup de ces ouvriers sont aussi saisonniers.

Du point de vue des conditions matérielles, il est très difficile de tracer une nette frontière séparant le « prolétariat » « du reste des classes populaires ». De plus, être ouvrier à cette époque correspond souvent à une partie de sa vie : ce qui caractérise justement les classes populaires de l’époque, c’est leur « polyvalence ».

Les réformes éducatives Ferry vont surtout avoir pour fonction d’éduquer les travailleurs de la grande industrie. Les gens de métiers (ex les canuts) savaient déjà lire et écrire. Quant aux ouvriers des campagnes, leur conception du monde est souvent celles des paysans, à savoir la méfiance vis-à-vis des innovations de la ville.

  • Le « gigantesque paradoxe »

Malgré de grandes transformations révolutionnaires, ce sont des secteurs anciens qui assurent jusqu’en 1880 l’expansion de la France : il y a une masse de petits propriétaires et l’influence des vieilles corporations de métiers. Cette situation est due en grande partie aux rapports de force entre groupes sociaux qui composent la société.

  1. Les raisons de l’attachement des ouvriers aux formes traditionnelles d’activités économiques

Importance de la pluri-activité pour des ouvriers bien souvent ouvriers-paysans qui sont dépendants de la conjoncture économique ou naturelle. L’insécurité du travail est forte et les conditions de la vie font que les changements d’activité sont parfois nécessaire. Après 45 ans, un ouvrier des aiguilles doit changer d’activité avec sa vue qui diminue.

Complémentarité au sein de la famille entre femme et hommes notamment chez les indépendants (les femmes s’occupent de la compta, ex des canuts). Même ces ouvriers d’ateliers ou les chefs peuvent se retrouver dans l’indigence en cas de chômage. Rôle de la division des tâches dans les familles ouvriéro-paysannes. Les femmes et filles travaillent à la ferme, notamment avec les animaux. L’homme est lui employé comme ouvrier/employé.

  • Les maçons de la Creuse sont des exemples typiques de migrations saisonnières : ils partent quelques mois à quelques années dans le bâtiment à Lyon ou à Paris.

Tous ces travailleurs saisonniers cherchent à garder leur mode de vie traditionnel, à revenir. Il existe des organismes traditionnels d’entre-aide dépassant la famille : sociétés de malades, de jeux, de lectures,…

La vie ouvrière obéit aussi à des règles de partages plus ou moins contraignants : invitation, tournée… La réputation est vite faite.

Dans l’industrie traditionnelle, les patrons sont davantage des commerçants que des chefs d’entreprise. Ce sont des gens de métier qui poursuivent la tradition de l’artisanat urbain. Ex : forgeron, gestes du métier qui s’apprennent avec l’expérience : nécessitent de la force physique, de l’endurance et une connaissance intime de la matière. Leur identité professionnelle est renforcée par leur costume de travail (chapeau au large bord pour le forgeron). Voilà pourquoi les forgeurs ou forgerons travaillent dès l’enfance, pour maitriser l’ensemble du métier et s’habituer aux gestes dès l’enfance. Dans ces métiers, l’hérédité est très forte et on se marie entre soi.

Ce monde ouvrier n’est pas adapté aux exigences de la révolution industrielle comme le remarquent Polanyi et Marx. De plus, en France, rôle de la petite propriété qui fait que les classes populaires restent longtemps rurales (remarqué aussi par Kuczynski). De plus, le numéraire gagné par le travail à l’usine permet aux ouvriers-paysans d’acheter de nouvelles terres. Elle permet à l’ouvrier de devenir propriétaire. De + , au XIXè siècle encore, nombre d’ouvriers peuvent réussir par leur talent et intégrer le patronat.

Le travail à domicile freine aussi l’industrialisation. Malgré des journées très longues, des salaires plus faibles, les travailleurs à domicile s’accrochent à ce travail pour éviter le déracinement, l’exode rural. Le patronage (celui qui fournit le travail) participe à assoir l’autorité du patronat car en donnant un travail au paysan, on lui offre un surplus qui lui permettra de mieux vivre, d’où la force des notables locaux dans les campagnes, l’idée d’harmonie entre patron et ouvrier.

  • L’impossibilité à créer une véritable classe ouvrière dans l’industrie

Difficultés de l’exode rural = manque de main d’œuvre, notamment dans les mines de charbons. Fort turn-over dans les usines. Etre ouvrier est souvent un travail de passage (entre 1860-1890 dans la région textile de Caen par ex).

De +, difficultés à former une main d’œuvre qualifiée pour la métallurgie : les bas salaires de la main d’œuvre rurale n’ont pas permis l’apprentissage des nouveaux métiers de l’industrie. L’analyse de l’industrie anglaise, le saint-simonisme fait prendre conscience au patronat français de la nécessité de qualifier sa main d’œuvre pour développer une industrie moderne.

Les ouvriers peuvent freiner cette transformation industrielle : c’est le cas des dentellières des Vosges qui du fait de leur qualification peuvent freiner l’imposition d’innovation : menaces de ne pas accomplir le travail dans les temps voulus. Cette résistance maintient donc un prolétariat à la campagne, freinant l’exode rural.

M. Perrot a montré les résistances que suscitent l’imposition de la mécanisation du travail. Pour les tisserands, les tondeurs de laine= déqualification. De nombreuses grèves ou révoltes éclatent dans ces années (1840) : grande grève des mineurs d’Auzin en 1846, 1.200 mineurs se terrent dans la campagne pendant plusieurs semaines. Utilisation de carnaval ou du tribunal révolutionnaire (rappelant la période de la RF et de la terreur) qui sont utilisés contre le patronat + lettres de menaces anonymes aux patrons ou doléances collectives (ex au Creusot).

Pour le pouvoir, ce sont les révoltes urbaines qui représentent un danger : la ville de Paris rassemble le pouvoir central et en même temps le groupe ouvrier le plus important.

  • 1848 : rôle des charpentiers, mécaniciens, maçons (le meuble, le bâtiment, la métallurgie) = insurgés type de 1848.
  • Lors de la commune, composante populaire mais à Belleville : ouvriers = 84 % des insurgés, notamment dans les métiers qualifiés, menacés par la concurrence.

Nombre de révoltes ouvrières du XIXè sont nourris par les « traditions collectives prérévolutionnaires », issus des corporations de l’ancien régime. Cette tradition prend la forme d’une « autonomie ouvrière » avec par ex le journal l’atelier, portant la parole ouvrière sans intermédiaire.

  • Le compromis « néolibéral »

 En France, tentative d’un développement industriel hors des villes afin d’éviter le modèle anglais. Rôle de la propriété paysanne, ou à l’accès à la propriété afin de maintenir l’ouvrier. Ex au Creusot, pour devenir propriétaire de logement, emprunt auprès de la compagnie, à la fois moyen de contrôle et de mainmise sur les équipements collectifs. Rôle aussi des « œuvres sociales » des patrons, comme à Carmaux.

Dans ces années 1860, l’Etat s’efforce de contrôler les classes populaires, de renforcer son étreinte sur elles.

  • Désentassement des quartiers ouvriers autour de préoccupations hygiénistes (à Lille par exemple, sortie des cave) en même temps qu’il s’agit de briser l’identité collective ouvrière.
  • La politique haussmanienne force les ouvriers à quitter les quartiers de centre-ville pour la banlieue.
  • Stratégie de désamorçage des processus insurrectionnels des ouvriers parisiens.

3) Dans la « névrose fin de siècle »

La grande dépression 1880-1890 se conclut par un recul de la polyvalence et de la mobilité au profit d’un nouveau prolétariat « moderne ».

  1. La Grande dépression

Sa cause principale est la crise de 1873 qui se traduit par un net ralentissement de la croissance de production agricole parallèlement à une baisse des prix. Se constitue un marché mondial ainsi que l’instauration du libre-échange. L’instauration d’un réseau de voies ferrées permet de rendre tangible cette tendance. Le paysan est forcé à cette époque à s’adapter au marché à commercialiser sa production, et l’Angleterre arrive à concurrencer l’Europe avec des céréales à faibles coûts. + calamités naturelles (phylloxera).

On assiste à la fin XIXè au déclin de l’industrie textile en France : entre 1876 et 1900, 41 établissements de tissage disparaissent à Reims. La ganterie grenobloise s’effondre face à la concurrence.

L’industrie traditionnelle métallurgique décline : les petites minières ferment. Triomphent les industries minières du Nord et de l’Est.

Fin XIXè, désindustrialisation du Sud de la France, qui symbolise la crise de l’industrie rurale. + innondation des campagnes en produit manufacturés qui concurrence les artisans ruraux.

Durant la grande dépression, la grande industrie se retrouve pour la 1ère x en surplus de main d’œuvre. Dans le bassin de la Loire, le ¼ des mineurs sont renvoyés, le 1/5è de la métallurgie. Face à cette crise, la population ouvrière rurale est poussée à l’exil dans les villes.

Entre 1866-1906, pop urbaine de 30,5 % à 42,1%. On assiste à un rétrécissement de la population paysanne. Les migrations – des bretons par ex – deviennent définitives, dans des usines où les ouvriers sont non qualifiés. Ils s’installent en banlieue : saint denis, aubervilliers.

C’est dans ces années 1900 que se développe un « véritable prolétariat industriel ». Le marché du travail devient rigide, cela est dû en partie aux 200.000 chômeurs de région parisienne (environ 10 % main d’œuvre industrielle).

A partir des années 1880, se concentrent les ouvriers dans des régions très industrialisées.

La crise permet au grand patronat de rationaliser son paternalisme. Les ouvriers sont moins réticents aux transformations vu leur position défavorable. Ex à Carmaux, ouvriérisation du monde de la mine, de père en fils. Cependant, le jardin, l’élevage, les ménages peuvent constituer jusqu’à 40 % du salaire annuel touché par le mineur. Dépendance économique des ouvriers vis-à-vis des patrons (parcs immobiliers, lieux de consommation, associations musicales, récréatives pour écarter les ouvriers des syndicats, de la politique).

Développement du statut du cheminot : recrutement jeune et formée dans l’entreprise, on cherche à donner des perspectives de carrière. Les salaires sont bas mais sécurité de l’emploi, services médicaux gratuits + caisse de retraite. L’hérédité professionnelle est encouragée.

Fin XIXème = deuxième révolution industrielle : électricité – moteur à explosion, stimulation de la mécanisation favorisant l’industrie lourde. Entre 1864-1913 : puissance industrie française augmente de 1400 %.

Processus de concentration des entreprises. En 1901, 57 établissements ont + de 2.000 ouvriers.

Tous ces changements provoque une crise d’identité au sein de la classe  ouvrière. Ex : le soufflage mécanique dans les verreries a brisé une communauté très soudée, pourtant avec des conditions de travail très difficiles.

Ruptures des liens acestraux au sein des communautés populaires + élévation du pvr d’achat des classes populaires. Dépenses pour la viande qui augmente + pour le sport, les loisirs.

L’argent devient la norme habituelle des transactions quotidiennes, ce qu’elle n’était pas avant. Elle rend les échanges entre individus plus abstraits.

La mécanisation provoque une dévalorisation de la force musculaire. Affaiblissement dans la transmission de savoir-faire.

Tuberculose, syphilys et alcoolisme sont les trois fléaux du monde du travail. + après 1890, abus de l’absinthe, dont la consommation explose.

  • Deux réalités nouvelles : la grève et le syndicat

Fin XIXème, les mobilisations collectives gagnent les classes populaires. Les ouvriers de métier restent en avant mais les ouvriers de la grande industrie rentrent dans le mouvement : 35 % des grévistes de la gde industrie fin XIXè.

Les conflits augmentent en durée de 7-21 jours en moyenne entre 1875-1902. Grèves massives voire unanimes chez les ouvriers (formes de solidarité traditionnelle). Grève des chaussauniers de Fougères = 1 an de grève.  Les paysans et commerçants apportent leur soutien aux ouvriers (soupes communistes, emploi dans les fermes). La grève devient « un horizon des prolétaires » (M. Rebérioux).

Désenchantement envers le paternalisme : anticléricalisme virulent (1/2 enterrement sans cérémonie religieuse dans les quartiers de Ménilmontant). + conscience qu’on travaille pour de l’argent et non pour une usine ou un patron.

De nouvelles revendications apparaissent comme l’idée de retraite, la gestion autonome des caisses de secours, le contrôle ouvrier «  la mine aux mineurs ».

Développement des syndicats permettant l’action des ouvriers. 1884 : légalisation des syndicats. Dans les métiers urbains, cheminots, mineurs = forte syndicalisation. Les grèves spontanées sont souvent le pt de départ de la création des syndicats qui canalise, stabilise la grève, apporte la solidarité. Le syndicat a un rôle « d’unification » face aux classes dominantes qui ont isolé le prolétariat et tenter d’éviter la contamination d’idées révolutionnaires. Le chemin de fer a permis aux syndicats d’être partout, sur les luttes du territoire. Les manifs du 1er connaissent un large succès montrant ainsi la force de l’unification.

Création CGT 1895 = date importante + rôle des bourses du travail localement.

Développement des partis qui se réclament du prolétariat (1880’) : afin de gagner des municipalités, d’élus au parlement avec les députés-mineurs du Nord, des expériences de gestion ouvrière, d’aides sociale, de soutien aux luttes, de critiques du gouvernement. Développement d’une tradition socialiste ou « rouge ». Rôle de l’identification à la Commune, au drapeau rouge, de la carmagnole et de l’internationale. Fort « messianisme ouvrier » autour de l’idée de « grève générale ».

  • A la croisée des chemins

Espérance révolutionnaire des ouvriers vs fin de leur monde pour les dirigeants. Les luttes ouvrières sont popularisées dans la presses ou auprès des élus politiques ouvriers.

Les élus républicains espèrent qu’avec le suffrage universel, toute révolution sociale deviendra impossible (ex : gambetta). Ils déchantent assez vite face aux luttes.

Le marxisme pénétre la France avec le guesdisme fin XIXème. Les affrontements sont violents : 1er mai 1891 à Fourmies, 10 morts – 80 blessés.

Fin XIXè, la sortie de la grande dépression entraine un déficit de main d’œuvre dans l’industrie : turn-over fort dans l’industrie, les ouvriers = difficiles à recruter et à retenir. + répulsion pour le travail à la mine. L’attachement romantique à la mine est donc souvent un mythe, à cette époque.

Les mutations structurelles ont rendu possible des ascensions sociales. Beaucoup d’enfants d’ouvriers notamment dans la Manche deviennent professeurs. Dans le Nord, en 1896, 26 % des instituteurs ont des origines ouvrières. + rôle mobilité interne avec une formation professionnelle qui permet d’accéder à des emplois qualifiés dans l’industrie mécanique.

La France semble être en retard au niveau industriel : elle est rattrapée/dépassée par l’Allemagne. Le marché du travail sera alimenté par la main d’œuvre féminine, passant de 31 – 37 % de la population active entre 1866-1906 ou encore 51 % du textile, 30 % de la chimie. On recourt aussi aux ouvriers paysans, dans les mines du Nord, venant de Picardie par train + frontaliers belges. Développement d’une organisation patronale pour recourir à la main d’œuvre étrangère.

Malgré des discours libéraux qui critique le paternalisme, le patronat cherche un contrôle sur les ouvriers et par la répression des grèves, des syndicats. Si le suffrage universel marque un début d’intégration des ouvriers, la « répression républicaine antiouvrière » atteint une grande ampleur, dans les années Clémenceau, renommé, « le 1er flic de France ». Cependant, nb de lois pour concilier la classe ouvrière : lois sur les accidents du travail (1898), les caisses de secours dans les mines (1894), limitation journée de travail (1900), repos hebdomadaire (1906), retraites ouvrières et paysannes (1910). Cette politique est développée par Millerand. Développement du conseil supérieur du travail (1/3 état, patrons, ouvriers).

Le « malaise ouvrier » est appréhendé par les sociologues comme Durkheim, la « loi de Engel » sur la consommation. Développement de la doctrine nationaliste autour de M. Barrès. Au principe de la classe, il oppose le principe de la nation au détriment de l’étranger.

Fin XIXème, division entre les boutiquiers et la classe ouvrière, qui vire à droite sous la coupe des grands patrons. En France, les traditions sans-culottes critiquent le parlementarisme. De plus, le socialisme révolutionnaire est très puissant et se méfie du « langage ouvrier » de ses représentants, souvent originaires des milieux bourgeois et petits-bourgeois. Les élus ouvriers « qui acceptent les règles nouvelles » se transforment aussi souvent en « notables » de la politique. Cependant, refuser le nouveau jeu politique conduit à un affaiblissement. Importance des partis comme le P.O.F..

4) Usine, banlieue, cité, l’ouvrier nouveau est arrivé

1900-1930 = décollage de l’industrie française. Entre 1913-1929, l’indice de production industrielle augmente de 40 %. 2è rang mondiale production aluminium, 3è rang production acier.

  1. Un marché du travail à (re)construire

1ère GM = expansion de l’industrie métallurgique avec les nécessités de l’armement + reconstruction à partir de 1918. L’industrie des biens d’équipement connaissent une forte augmentation. La part de la classe ouvrière passe de 33,7 % à 38,8 %.

Le textile connait un net recul. L’industrie des métaux passe de 600.000 ouvriers en 1906 à 1,2 millions d’ouvriers en 1931. La siderrurgie multiplie par .3 ses effectifs, l’auto par 5, la chimie par 7, la construction électrique par 7,5. Le BTP augmente de 50 %.

Développement des transpo rts autour de 500.000 cheminots.

Concentration des ouvriers dans des entreprises de + de 500 personnes (25 % des ouvriers dans des usines de + de 500 personnes). Le Creusot, de curiosité, devient le modèle partout dans le pays, aciéries de Longwy = 6.500 ouvriers en 1913, Citroën dispose de 31.000 ouvriers en 29 (contre 4.500 en 1919).

De nouveaux bassins d’emplois voient le jour : siderrurgie en Lorraine, électrochimie dans les vallées alpines : « brutalité du passage du monde rural à la grande industrie »= « texas français »/ « far west ».

Concentration d’industries dans la région parisienne : Ivry, St Denis, Aubervilliers, Boulogne-Billancourt.

Le manque de main d’œuvre est chronique : il a fallu trouver 2 M d’ouvriers en 25 ans. De +, employés, fonctionnaires augmentent aussi. La 1ère GM a privé le pays de 3,3 M de personnes actives. 10 % main d’œuvre industrielle manque à l’appel alors que le pays doit se reconstruire.

Ce manque de main d’œuvre entraine un « turn-over » très important : 18.000 mineurs partent à Paris, 5.000 creusetois se font embaucher ailleurs. De +, manque de spécialistes : riveurs, tourneurs… + rôle de l’exode au Nord et à l’Est.

  • Face à la pénurie du travail : rationalisation et immigration

Au début du XXè s., la France fait un effort important de mécanisation (14 % / an pour a puissance totale des moteurs primaires). Mécanisation pour l’extraction du charbon : de 4% en 1913 à 87 % en 1927. Dans l’auto, de 3450 machines-outils en 1919 à 12.000 en 1929.

Mécanisation reliée à l’Organisation scientifique du travail (OST) de l’ingénieur Taylor.

Début d’intro chez Renault avant guerre avec chronométrage du travail.

Intro dans les chantiers navals à St Nazaire : remplacement vieilles machines par appareils modernes et outils totalité des pièces entrant dans la fabrication d’un navire.

L’autonomie des ouvriers est remise en cause par ce système, ainsi que le pouvoir du contremaître.

Le gain de travail est important grâce à la décomposition des tâches et a permis d’augmenter la production sans avoir davantage d’effectifs. Les ouvriers « professionnels » ont tendance a diminué face à la montée des OS qui constituent 53 % des emplois chez Renault en 1925.

Nouveaux emplois qualifiés notamment des ouvriers d’entretien. Alors qu’ils sont quasi inexistants au XIXè, ils sont quasi 1/3 des effectifs en 1930. Développement du nb de « collaborateurs » (ce qui seront plus tard cadres).

Pour recruter des ouvriers, le patronat a eu recours au réservoir de paysans : 8,8 M d’actifs. L’afflux en région parisienne venait du monde rural. Les bretons sont venus en masse à St Denis ou Aubervilliers. Beaucoup se dirigent dans d’autres milieux comme la fonction publique.

La solution du travail féminin est moins utilisée dans les années 1920 car celle-ci diminue (de 1906 à 1931 de 34,1 à 28,4 %). Elles ont augmenté dans la métallurgie mais sont 350.000 de moins à travailler dans le textile.

Recours à l’immigration massive : entre 1921-1931, 1 M d’ouvriers étrangers (soit 2 M au total avec la famille). En 1930, les immigrés sont 15 % de la classe ouvrière. + Immigration clandestine mais en même temps départs avec la crise des 30’.Dans les mines, recours aux ouvriers immigrés (42 % en 1931), idem dans la métallurgie lourde.

Les étrangers ont acquis le monopole des travaux pénible ou répugnantes (Ph Ariès). Dans le S.E., les italiens sont très présents. Liaison avec l’ascension sociale des travailleurs français.

Dans les années 1920, les étrangers sont privés des droits politiques et sociaux mais aussi des droits professionnels. Ces étrangers sont recrutés par l’Etat souvent ou des agents recruteurs qui les envoient dans des bassins d’industrie lourde.

Pression à la baisse sur les salaires.

  • La nouvelle segmentation du marché du travail

Difficultés main d’œuvre industrie lourde car difficile main d’œuvre à proximité des sources d’énergie ou des matières 1ères,

Dans les houillères du Nord, recrutement massif de familles entières de Polonais amenés de Rhénanie (ils étaient arrivés là par des patrons Allemands) + paysans célibataires.

A Clermont Ferrand, Michelin utilise des manœuvres issus de Bretagne ou du massif central, qui vivent dans des cités ceinturant la ville. Peugeot reste à Sochaux pour éviter les grèves parisiennes et recrutent des étrangers (1/4 en 1930).

Le patronat a tendance à valoriser les ouvriers, notamment ceux locaux (notamment avec des allocations familiales), au détriment des étrangers. Les gratifications et les œuvres sociales sont réservées à une partie du personnel.

Partition des travailleurs selon la nationalité. Fêtes paternalistes du 11 novembre, le banquet des anciens. Le chef d’entreprise montre sa bienveillance au groupe ouvrier, sa présence. Politique des médailles du travail, des primes, récompenses des plus beaux jardins. Chaque entreprise a donc son « fief », avec ses œuvres, logements voire même hôpital.

Installations d’industries dans la région parisienne = grand réservoir de main d’œuvre, notamment dans la construction métallurgique. Elite ouvrière qui dispose d’un savoir-faire précieux pour faire fonctionner les usines. + présence de ces « gens de métier » dans les petites entreprises du sectuer.

A Paris et en ville, la main d’œuvre non qualifiée est aussi nombreuse. De + rôle des saisonniers même dans l’automobile : débauchage d’automne après le salon, reprise au printemps.

Dans le bâtiment, les immigrés profitent des fins des saisonniers pour obtenir le quasi-monopole de l’emploi. + micro-entreprises qui servent de refuge pour les anciens « compagnons ».

Les effectifs dans le Nord ont tendance à se stabiliser et à se fixer. Le paternalisme s’y développe car patrons et ouvriers se connaissent. Les entreprises de luxes sont petites et s’y concentrent des ouvriers très qualifiés.

Nombre de professions ne travaillent pas toute l’année, notamment l’horlogerie.

Main d’œuvre davantage protégée : PTT, cheminots, manufactures d’Etat : la main d’œuvre étrangère est quasi-absente. + métiers traditionnels comme celui du livre qui ont gardé les pratiques corporatistes traditionnelles autour de conventions collectives.

  • La vie ouvrière

Fort déracinement : dpmt seine +35 % hab, la seine et oise, + 48 %. La commune de Bobigny voit sa population x par 7 entre 1906-1931. x/3 pour la région lyonnaise entre 1911-1931, idem canton de Longwy. Beaucoup sont nés en province voire à l’étranger.

Vu les flux, les conditions de vie et de logement se dégradent dans ses années là car le parc logement n’augmente pas à la même vitesse.

Dans le NE, après guerre,beaucoup vivent dans des baraquements 12000 personnes à Reims.

En banlieue parisienne, construction des lotissements où les habitants modestes assouvissent leur rêve de propriété. Pendant longtemps, nombre de ses logements n’auront ni eau, ni l’égout, ni électricité. La tuberculose et la mortalité infantile est encore forte en France.

Au niveau des conditions de travail, les poussières, l’humidité, le bruit deviennent le lot de nombreuses industries, plus seulement le textile. La vulcanisation du caoutchouc oblige l’ouvrier à respirer les vapeurs de sulfure de carbone (= troubles nerveux très graves). Les mines de fer de lorraine ont des taux de mortalité de 5/1.000 .

L’expansion industrielle n’a pas véritablement amélioré le niveau de vie de la classe ouvrière : stagnation du salaire moyen. En 1930, 60 % des dépenses vont à l’alimentation, et 12,6 % à l’habillement, quasi identique à 1890.

Mais il y a de grandes disparités. Les salaires sont plus élevés en région parisienne. 2x plus élevé dans l’auto à Paris qu’en province.

Tendance ouvrière aux loisirs : le sport (le mag l’Auto), le cinéma, cabaret le dimanche, pêche, chasse, rôle des associations (Nord).

Au sein de la monoindustrie, le paternalisme garde son empreinte et forme un monde ouvrier uniforme, peu contestataire souvent divisé entre nationaux et étrangers qui vivent séparés.

La vie de travail est souvent harassante, laissant peu de temps à la vie de famille.

5) « Appelez-moi Blum comme autrefois »

Front populaire = acte fondateur de la gauche qui relève souvent de la commémoration.

  1. La rupture d’une tradition
  • Un mouvement ouvrier affaibli par la guerre

Durant la guerre, redéveloppement du mouvement syndical : à la poudrerie de Bergerac : 4.300 adhérents de la CGT / 11000 ouvriers, qui débordent la position de l’union sacrée. Rôle des grèves de femmes à Paris dans les usines d’armement. Les causes sont principalement les conditions de travail déplorables, la hausse des prix.

Après guerre, le 1er mai 1919, 500.000 manifestants à Paris avec un mort. La mobilisation est massive dans la métallurgie et la chimie + dockers mineurs métallurgie. Le mouvement ouvrier entre en déclin après le mouvement cheminot et sa répression (20.000 révocations / CGT menacée d’interdiction).

Les années 1920 sont marquées par l’impuissance syndicale. Les inscriptions populaires sur les murs sont très rares dans ces années, pourtant omniprésentes auparavant. Les équipes syndicales sont souvent faible et leur influence limitée.

  • Les raisons d’un déclin

Il y a eu les conséquences de la scission entre réformistes et révolutionnaire mais aussi et surtout les transformations économiques et sociales. Dans de nombreuses concentrations ouvrières, les luttes s’affaiblissent. En Lorraine sidérurgique, il n’y a rien jusqu’en 1936. Chez Citroën, un seul conflit dépasse 24 h durant ces années (1919-36). Le taux de syndicalisation est faible entre 5 à 10 % dans les secteurs industriels.

Le mouvement ouvrier reste fort dans les branches traditionnelles car il y a une stabilisation peu de transformations technologiques, une population fixée. Les traditions de lutte sont maintenues autour des soupes communistes, de la solidarité des municipalités rouges…Les traditions corporatistes aussi : contrôle des embauches et des conditions de travail (ex dans la fédé du livre).

Dans les chemins de fer, les PTT, les services publics, la syndicalisation est supérieure à 10 %.

Il y a une absence d’organisation syndicale durable dans les secteurs les plus dynamiques de la classe ouvrière. Importance de la « mémoire » ouvrière, des traditions de lutte pour le maintien du syndicalisme.

Rôle de l’avant et l’après 1ère GM. Avant, rôle du drapeau rouge comme séparatisme ouvrier face aux patrons et aux policiers. Pendant et après, l’ennemi est souvent devenu extérieur, où le consensus du séparatisme ouvrier s’est brisé.

Les nouveaux ouvriers des années 20 n’ont donc pas l’expérience de leurs aïeux (grève générale – action directe – contrôle ouvrier) et ne fait pas partie de leur histoire. Ils acceptent la rationalisation car n’ont pas de qualification à défendre. Les héritiers de la tradition militante entrent dans une « tristesse ouvrière » les conduisant vers la participation politique.

  • Un nouveau type de militant ouvrier : le communiste

Le mouvement communiste, malgré l’Humanité n’est pas l’héritier de la tradition militante antérieure. Ils recherchent une base ouvrière car on peu de dirigeants d’origine populaire. La stratégie léniniste envers le prolétariat bénéficie d’un espace politique laissé par la SFIO qui dérivant vers la droite et s’appuyant sur des groupes sociaux intégrés à l’état. L’idéal communiste est opposé à l’idéal des syndicalistes révolutionnaires, notamment sur la question des dirigeants. Beaucoup d’anarcho-syndicalistes quittent le parti

Dans le Cher, 1er département communiste, le centre de gravité des communistes se tourne vers la métallurgie de Bourges à la place des métiers de bucherons. L’usine, la banlieue comme lieu de vie sont les deux lieux du militantisme. Ces nouveaux militants sont en général de jeunes travailleurs : une nouvelle génération s’installe aux commandes du PCF.

Au congrès de 1929 à St Denis, les métallos forment 40 % des congressistes, 11 % du parti. Dans les mines, le discours radical du PCF plait à de nombreux ouvriers.

Dans les années 20, la représentation ouvrière sur la scène politique diminue.

  • 1931-1936 : Le retournement de la conjoncture
  • La crise provoque la stabilisation de la classe ouvrière industrielle

La production d’acier recule de 40 % en 4 ans ; les faillites augmentent de 60 %.

Les femmes et les immigrés sont 1ères victimes de la diminution du marché du travail. La population active est réduite de 400.000 personnes dans la période : les franges sont surtout atteintes.

Face à la crise, les ouvriers professionnels se fixent. Les saisonniers, les manœuvres se retrouvent souvent sans travail.

  • La généralisation de la crise

La région parisienne en 1935 rassemble la moitié des chomeurs secourus dans tout le pays.

Les anciens sont souvent les plus licenciés car les moins « productifs ».

Les aides au chomage sont insuffisantes et pour subsister il faut cultiver le jardin, avoir un petit élevage.

Le travail à la chaine fait son apparition dans de nombreuses entreprises (Lip Besançon, les grandes fonderies de l’Est). Souvent le personnel est licencié, réembauché à des conditions plus contraignantes.

Dans les secteurs publics et plus protégés, la résistance est plus forte ce qui renforce la CGT réformiste.

Les communistes sont affaiblis, et le recentrement de sa base sociale poussent à l’abandon de la ligne « classe contre classe », au profit d’une stratégie unitaire, encouragée par la combativité de la CGT. St Nazaire est bloquée pour s’opposer à l’arrêt de la construction d’un navire. Même la CFTC s’engage dans des grèves parfois longues et radicales. La JOC favorise le rapprochement avec la classe ouvrière.

Le discours plus radical, la jeunesse des communistes, le manque de renouvellement des cadres socialistes favorise les communistes. Ils touchent les mal lotis et les ouvriers d’industrie. De plus, la stabilisation de la classe ouvrière avec la crise permet un enracinement, une nouvelle tradition de lutte collective autour des communistes.

C’est dans les années 1930 que Billancourt devient une forteresse communiste, contre Renault, les patrons, l’extrême droite. Rôle des municipalités communistes pour faire face à la crise : repas gratuit pour les enfants, soupes, aide aux chômeurs…

1935 est donc une 2ème naissance du PCF.

  • Juin 1936 : Le prolétariat industriel entre dans l’histoire (de France)
  • La logique d’une mobilisation collective

Relative stabilité du vote en avril-mai 1936, excepté le PCF qui progresse énormément (72 député vs 12). Les départements industrialisés portent des députés communistes : banlieue parisienne, pays noir du Nord, banlieue lyonnaise, sud-est, Centre.

Grèves de 36= irruption des ouvriers de la grande industrie dans la vie politique française = syndicalisme de masse.

2,4 M de personnes sont en grève.

2 phases au mouvement de mai-juin 36

  • 1ère phase en mai : usines aéronautiques, métallurgie (renaults, aciéries) -> ouvriers qualifiés. Les rêves d’ascension sociale sont détruits par la crise « décrochage entre le rêve et la réalité ». Ce groupe social se voit humilié, subit le taylorisme, l’usine est vue comme « un bagne ». S. Weil a réussi à mettre des mots sur leur vision du monde. Ce groupe va entrainer dans la lutte l’ensemble de la classe ouvrière bien qu’il s’agisse d’une « aristocratie du travail ».
  • Début juin : diffusion de la grève à toute la France, parfois jusqu’au début 1937. Les ouvriers peu qualifiés (OS) sont touchés par le mouvement. Le mouvement de grève est parfois violent. La police intervient mais fait face à la tenacité des grévistes. Caractère spontané de nombreux conflits, inexpérience qui pousse parfois à la radicalité forte du mouvement. Le service public (cheminots, postiers, EN) se mettent peu en grève pourtant très syndiqués. La grève est très forte dans les industries peu syndiquées. Les secteurs peu militants et marginalisés se lancent dans la lutte. Le monde ouvrier stabilisé entre donc en mouvement, les déracinés, ceux à qui on a brisé les rêves avec la crise. Il s’agit donc d’un enracinement dans le monde ouvrier qui pousse à entrer dans le conflit pour améliorer le présent : désir de qualification, d’améliorer la vie à l’atelier… Les augmentations de salaires, les conventions collectives sont généralisées à tous.
  • Le triomphe d’une nouvelle génération dans le mouvement ouvrier

Le mouvement ouvrier est totalement transformé avec le front populaire. Certains groupes ouvriers ou fédérations sont noyés dans ce mouvement de fond ouvrier. La CGT x/5 ses effectifs alors que dans l’enseignement, les PTT, l’augmentation est moindre. Le conflit est aussi générationnel entre unitaire et confédérés, entre les habitudes des ministères ou non. Les adhérents ou élus du  PCF sont d’ailleurs de jeunes ouvriers, souvent déracinés, habitant en lotissement. De multiples fêtes, associations cultivent cet esprit de groupe = contrôle du quartier par les ouvriers.

Développement de la société de consommation : 2 M auto en 1939, 5 M de TSF, 8 M de bicyclettes en 1939. Découverte des 1ères vacances pour beaucoup avec les congés payés. Preuve que l’action militante et syndicale paie = un des acquis du paysage social français.

En même temps, ce mouvement donne un envol aux études sociales sur le prolétariat.

Kuczinski J., Les origines de la classe ouvrière, Paris, Hachette, 1967, 256 pages

Notes de lecture Kuczinski J., Les origines de la classe ouvrière, Paris, Hachette, 1967, 256 pages

Introduction : qu’est-ce qu’un « ouvrier moderne » ?

« Les ouvriers modernes (…) se distinguent des travailleurs du passé en ce qu’ils sont libres et n’utilisent pas les mêmes moyens de production, les mêmes instruments qu’autrefois. Ils sont donc modernes à la fois par leur position sociale de personnes libres, n’étant ni esclaves, ni serfs, et par les nouveaux instruments dont ils disposent. Les deux choses ont (…) un rapport étroit (…) parce que seuls des travailleurs libres pouvaient travailler avec le matériel nouveau ».  « L’ouvrier travaille dans un atelier dont ni les murs, ni l’équipement ne lui appartiennent. (…) Rien dans l’entreprise n’est à lui. ». C’est notamment la différence avec l’artisan qui peut vivre dans le même type de maison, dans la même condition, mais dont les outils, le lieu de propriété appartient. L’ouvrier est libre de passer d’un lieu de travail à un autre.

  1. Les ouvriers d’avant la révolution industrielle

Les 1ers ouvriers continuaient de cultiver un jardin, un champ en dehors de leurs heures de salariat dans les manufactures.

  • Les ouvriers des manufactures

Au 17è-18è siècle, la concentration industrielle est encore très faible. Les industries se réalisent souvent à domicile.

Il existe quelques types de concentrations dans les manufactures centrales : ex des manufactures royales en France où les ouvriers travaillent à plein temps, sont logés dans des « internats ». Leur temps de travail-repos est réglementé.

En Allemagne, dans chaque prison, il y a des filatures : les gens condamnés deviennent ouvriers. Le bénéfice servait à payer les frais de prison.

La contrainte joue donc un rôle important dans le développement des manufactures.

  • Les mineurs

Vivant souvent dans des villes construites pour eux, les mineurs sont considérés au départ comme presque inférieurs aux êtres humains, vivant souvent dans de misérables cabanes, groupées en villages

  • Les compagnons et apprentis de l’artisanat

Groupe d’ouvrier le plus nombreux avant la révolution industrielle. Tout compagnon peut devenir maître, propriétaire d’atelier ; fonction reconnue par la société. Cependant, face à la concurrence, l’accès à la maitrise pour devenir maitre-artisan devient plus compliqué. Nombre de compagnons deviennent artisans de façon illégales et vendent leurs produits. Ils se caractérisent néanmoins par la propriété de leurs ateliers et outils.

Il y a avant même la révolution industrielle, une différenciation des ouvriers selon leurs conditions de vie, de travail, leur considération sociale.  Certains ne possèdent rien, d’autres disposent de quelques instruments de production voire d’atelier.

  • Les ouvriers agricoles

Souvent, les ouvriers sont des vagabonds et journaliers, tantôt à la ville, tantôt à la campagne (c’est le cas en Angleterre).

Beaucoup ont une possibilité de se déplacer limitée car ils sont encore parfois reliés par des liens féodaux.

Conglomérat de couches sociales totalement différentes.

  • Le prolétariat

C’est dans le rang de ces différentes couches sociales que va se recruter le prolétariat. Jamais avant la révolution, ces gens, ces différentes couches sociales ne se sont appréhendées comme un tout. Objectivement et subjectivement, ils ne le sont d’ailleurs pas.

  • La classe ouvrière apparait

Au début du processus de la révolution industrielle, l’ouvrier est comparé à un accessoire de la machine.

  • Marx évoque dans le Capital ce double aspect progrès/aliénation de l’ouvrier : « La machine, prise en soi raccourcit le temps de travail, facilite le travail, permet à l’homme de triompher des forces naturelles, augmente la richesse du producteur, mais par l’emploi capitaliste, elle prolonge la journée de travail, accroit l’intensité du travail, assujettit l’homme aux forces naturelles, appauvrit le producteur ».

Ce processus entraine « le divorce entre l’ouvrier et le processus de travail, la « suppression de la partie intellectuelle » de ce dernier » frappe d’ailleurs les contemporains.

  • Le libéral K. Biedermann écrit : « l’introduction du travail à la machine (…) réduit le travail humain à être purement mécanique et donne à l’intelligence et au capital de l’entrepreneur une supériorité encore plus grande sur l’ouvrier » ;

La machine à vapeur est souvent mise au centre de la révolution industrielle. Pour autant, celle-ci « précède sensiblement la révolution industrielle » (notamment dans les mines et manufactures).

  • « Elle n’engendra aucune révolution des méthodes de production et servit à augmenter la puissance des installations de pompage, qui permettaient maintenant de pomper l’eau des puits plus rapidement et en plus grande quantité, par conséquent de faire des puits plus profonds et d’exploiter plus rationnellement les puits de charbon. »

Cette machine à vapeur n’était économique que dans les pays capitalistes, là où l’on cherchait à augmenter la production.

C’est la « machine-outil » qui a véritablement révolutionné les productions, en remplaçant les « fonctions intellectuelles » de l’ouvrier, et remplaçant les vieux outils.

  • Introduction en 1er lieu dans le tissage et l’industrie cotonnière avec de nouvelles méthodes de tissage et de filage. Développement de la 1ère fabrique grâce à la 1ère machine d’Arkwright en 1771 : il utilise la force hydraulique pour permettre le fonctionnement d’une machine à filer perfectionnée.

Avec ces perfectionnements successifs, le travail de la machine est victorieux du travail à la main dans les principales branches de l’industrie anglaise. Fin 18ème, la machine et la fabrique commence leur essor.

  1. La haine de la machine

La classe ouvrière est le produit de la machine. Elle n’est pas un rassemblement politique ou une impression subjective. « Elle est constituée d’individus dont l’outil est la machine – outil qui est beaucoup trop cher pour être la propriété d’un seul ouvrier ». C’est pourquoi l’ouvrier moderne est aussi prolétaire, c’est-à-dire d’un individu ne disposant que de sa « capacité de travail ». Nombre d’outils devenaient démodés. Une haine de la machine se développa, haine contre l’instrument et non pas contre celui qui possédait cet instrument.

  • Développement du luddisme (des briseurs de machine).
  • Au départ crainte des anciennes classes dirigeantes, des propriétaires terriens contre ce développement industriel. L’intelligentsia non technique était remonté contre la machine : Blake fait des vers contre les « usines sataniques » (satanic mills). Pour beaucoup de catégories, la nouveauté était inquiétante, et ils avaient peur de ce que l’avenir allait apporter. Dans l’autre sens, un groupe de révolutionnaire brise les machines pour partir à l’assaut du système.
  • Il y a des briseurs de machines partout où celles-ci sont introduites.
  • La condition de la classe ouvrière

Nombreux témoignage sur la condition ouvrière : villermé, V. Hugo, etc. qui évoquent ses femmes, ses enfants, maigres, sales, en haillon.

  • Témoignage du docteur Hawkins à Manchester qui évoque « la petitesse et la fragilité » de ces ouvriers.

Nombre de ces ouvriers étaient des femmes et des enfants car la révolution industrielle, en détruisant la tâche complexe du travail a introduit le travail féminin et enfantin.

  • Ch Wilson à Londres théorise même cet aspect là : « il est presque impossible de faire un travailleur d’usine utilisable de quelqu’un qui a dépassé l’âge de la puberté, qu’il vienne de l’agriculture ou de l’artisanat ».

Nombre d’arguments sont utilisés pour justifier le travail des enfants : il faut compléter le salaire des familles vivant dans la misère, l’Etat ne peut pas se substituer au chômage de l’enfant…

Il existe de grandes différences de salaires entre artisans qualifiés, ouvriers qualifiés et non qualifiés. D’ailleurs les ouvriers d’usines non qualifiés viennent surtout de la paysannerie et de la main d’œuvre à domicile, et peu de l’artisanat et des ouvriers qualifiés qui sont vus comme des « ouvriers d’élite ».

Les 1ers ouvriers d’usine se recrutaient dans des catégories souvent « déclassées », souffrant d’une mauvaise réputation. Beaucoup de femmes rejoignent les usines car elles deviennent indépendantes de la maison, mais elles y sont souvent pointées du doigt.

Beaucoup de ces ouvriers voient l’usine, non comme un travail stable mais comme un « travail occasionnel qui dure ».

Au début des usines, importance de la discipline pour domestiquer le corps et l’esprit de l’ouvrier. Introduction d’un système pénal rappelant davantage la prison qu’une entreprise industrielle.

  • Hobsbawm explique : « tous les travailleurs devaient commencer par apprendre à travailler comme l’industrie le demandait ». Discipline de travail contre la « paresse » de l’ouvrier.

En conclusion, « l’usine est le creuset où se fondent en un seul alliage ces différents groupes, ces individus qui viennent de milieux si hétérogènes ».

  • Façons de penser et d’agir de la classe ouvrière

Dans nombre de récits contemporains au XIXème siècle, le prolétaire est vu comme classe dans la misère mais qui en a conscience et est prêt à se battre pour une nouvelle position.

  • Depuis la révolution française, le prolétariat est entré en scène et a participé à des mouvements insurrectionnels de la vie politique, à la lutte pour l’augmentation des salaires.
  • Dès avant 1848, les limites du prolétariat ne sont pas clairement définies mais le sentiment d’être une classe sociale se développa très rapidement, plus que chez les artisans du MA. La technique industrielle, la discipline, les logements les rapprochaient. Il ‘agit d’un « sentiment de classe » et non encore d’une conscience.
  • L’idée de s’organiser collectivement se développe : Comme dit Hobsbawm, « cet ordre socialiste devait représenter une réplique effective, pratiquement réalisable et durable, à l’ordre bourgeois ».
  • En même temps, la révolution industrielle enfonce l’ouvrier dans une misère plus profonde avec l’allongement de la journée de travail. L’alcool est souvent vu comme recours pour sortir de sa vie. 
  • Beaucoup d’enfants sont perdus pour l’institution scolaire car employés au travail et « abrutis » à ces tâches : incapables de suivre un enseignement car trop épuisés.
  • Certains dans les classes dirigeantes considéraient l’éducation comme un « phénomène dangereux » . Pour Giddy, membre du Parlement, « l’éducation apprendrait aux pauvres à haïr leur situation au lieu d’en faire de bons domestiques dans l’agriculture ou d’autres métiers, ce à quoi leur place dans la société les a destinés. »  « Elle les rendrait impertinents envers leurs supérieurs ».
  1. Le début des organisations
  • Le mérite de Marx-Engels, d’après l’auteur, est d’avoir saisi le fait que dans toute société une classe sociale s’est libérée du travail pour s’occuper des affaires de l’état, de droit, des arts des sciences et qu’elle a toujours chargé les classes laborieuses d’un fardeau plus pesant. Mais grâce à la grande industrie, le travail pourrait être réparti entre tous, pour que tous réduisent le temps de travail afin de participer aux affaires communes de la société.
  • A partir de 1830, le combat pour réduire le temps de travail devient réalité. A partir de 1848 en France, la diminution du temps de travail débute.
  • Fin XVIIIè-début XIXème, développement de syndicats qui sont interdits en France puis en Angleterre (1799-1800).
  • Au début des organisations ouvrières, il est difficile de distinguer entre syndicat et parti politique. D’après Hobsbawm, « le mouvement ouvrier était (…) un instrument d’autodéfense, un organe de protestation, un instrument de la révolution ». C’était aussi un « mode d’existence ».
  • En Angleterre, l’organisation des travailleurs est le plus avancé avec le chartisme. Millions de signatures pour obtenir le droit de vote. + utilisation de la grève pour l’obtenir.
  • Ces organisations sont mises sur pied par des hommes qui n’ont rien pour vivre, qui travaillent jours et nuits. Beaucoup sont analphabètes mais non dépourvus d’idées. Des représentants d’autres couches sociales leur viennent en aide : R. Owen (industriel) ; Charles Fourrier (riche héritier), Engels (industriel), Horace Greeley (éditeur), Blanqui (précepteur), Marx (famille d’avocat)
  • L’éducation de la classe ouvrière

Avec la révolution industrielle, vision différente sur l’éducation qui se dépouille de ses formes religieuses. Une éducation scientifique, technique voit le jour. « Savoir c’est pouvoir » disait Bacon.

  • Une partie de l’élite libérale souhaitait diffuser le savoir aux ouvriers. Cas de Carlite Richard en Angleterre qui fut tout de même condamné à 9 années de prison. Cette élite souhaitait que la classe ouvrières, grâce à l’éducation, assure sa propre autonomie de pensée.
  • Un autre courant était plus paternaliste au niveau éducatif pour que les masses laborieuses restent à leur place et respectent l’ordre.
  • Les ouvriers tentent aussi autour de certains lettrés d’ouvrir leurs propres instituts ou bibliothèques.
  • Histoires nationales de la naissance de la classe ouvrière

Comme révolution industrielle, l’Angleterre est souvent vue comme « exemple classique ». Différence de la France qui connait une « faiblesse relative de son développement économique » mais une « force relative de son développement politique ». Jusqu’en 1850, l’auteur voit l’Allemagne comme un pays « semi-féodal ».

  1. L’Angleterre, modèle classique

La naissance de la classe ouvrière date de 1760. Notamment autour d’ l’industrie cotonnière, surtout implantée à la campagne.

Début XIXème, remplacement de l’énergie hydraulique par thermique

La croissance extraordinaire des villes anglaises fait disparaitre les jardins potagers des villes.

La classe dirigeante face à ces changements (notamment ces nouvelles concentrations humaines) faisait face à des problèmes nouveaux et difficiles.

L’Angleterre dispose ainsi par sa précocité industrielle d’un « prolétariat héréditaire ». + recrutement de la main d’œuvre ouvrière en Irlande qui est très pauvre, et qui recherche son salut en Angleterre et répond aux besoins des industriels en main d’œuvre.

En Angleterre, les campagnes ont été davantage dépeuplées qu’ailleurs par l’élimination des petites paysans par les propriétaires fonciers.

  • La France, la tradition révolutionnaire

La classe ouvrière en France avait un niveau de maturité politique plus élevé qu’ailleurs. De ce point de vue, la révolution française a eu une très importante influence.

Révolution de 1830 où se mêlent des revendications politiques, sociales et économique. « Agitation populaire causée par le marasme économique ».

Le prolétariat s’approprie l’héritage de la révolution française autour d’organes journalistiques qui apparaissent avec Cabet (Le Populaire) , Fourrier (Le Nouveau Monde), St Simon (Le Globe).

Pour Kuczinski, la révolution française, son héritage, son mode d’intervention politique (action directe, diffusion des idées, combat politique et non seulement économique) joue un rôle essentiel dans la prise de conscience politique, socialiste des ouvriers français. Ce n’est donc pas un hasard si l’auteur considère le niveau de conscience ouvrière plus élevé qu’ailleurs. Cet aspect a souvent ensuite était minoré, même par les mouvements communistes se revendiquant de ce mode de fonctionnement.

1830 à 1848, Nombre d’émeutes ouvrières secouent la France : émeutes à Paris en juin 1832, les ouvriers de Lyon en 1831-34, insurrection blanquiste en 1839, troubles à Lille, Toulouse… + rôle de 1848 où les ouvriers sont durement réprimés.

L’autre caractéristique de la France est la lenteur de sa révolution industrielle. Les auteurs ont mis en avant plusieurs raisons :

  • Faiblesse de la croissance démographique
  • Forte polarisation des revenus
  • Gros investissements outre-mer + emprunts gouvernementaux.
  • Faibles investissement en capital + consommation en bien.
  • Faibles ressources en charbon et industrialisation
  • Politique protectionniste
  • Puissante bureaucratie de l’Etat

Mais pour l’auteur, c’est la victoire de la propriété paysanne durant la révolution qui freine la révolution industrielle : « ils se cramponnèrent malgré la misère et malgré l’endettement qui commencèrent avec la Restauration ». Différence fondamentale avec l’Angleterre où les paysans avaient en grande partie disparu.

En France, l’artisanat est aussi important pour les travailleurs manuels. Mis à part Paris, il n’existe pas au début du XIXème siècle de masse compacte d’ouvriers.

En 1831, on assiste à une insurrection ouvrière, la révolte des soyeux de Lyon : ils prennent la ville mais sont écrasés par 20.000 hommes et canons. Il s’agissait d’émeutes de la faim. Même si elle est peu politique, il s’agit de la 1ère insurrection autonome en tant que catégorie sociale.

La classe ouvrière a deux particularités :

  • « un développement politique extrêmement vigoureux et rapide (…) dans une société nourrie d’une tradition révolutionnaire ».
  • « le développement industriel extrêmement lent – dans une société où le paysan et l’artisan jouent un rôle relativement grand – avec ses conséquences sur le rythme de croissance d’un prolétariat industriel moderne ».
  • L’Allemagne : la révolution industrielle dans une société semi-féodale

En Allemagne, rôle du féodalisme très tardivement. La transition fut lente. Les féodaux dominaient l’administration de l’Etat ainsi que l’armée. Ils passent très progressivement à une exploitation capitaliste de leurs terres.

Force de la discipline du travail : les jeunes ouvriers des mines, les apprentis, les compagnons doivent porter l’uniforme même lorsqu’ils vont au travail et en reviennent. Rôle de la discipline militaire et féodale. Jusqu’en 1850 au moins, la pensée des ouvriers reste proches de ces conceptions militaristes ou en tous les cas éloignée du mouvement ouvrier français.

Rôle de la construction des chemins de fer dans ces années-là qui permettent de détruire le morcellement de l’Allemagne en petits Etats. De ce point de vue, le rôle de ces ouvriers, des saisonniers est historique dans la construction d’une nation allemande. En même temps, une solidarité ouvrière commence à naitre sur ces chantiers.

Notes de lecture, Xavier VIGNA, Histoire des ouvriers au XXème siècle, Editions Perrin, Paris, 2012, 408 pages

Notes qui vont de 1900 à 1939: en vue de la préparation du sujet d’agrégation sur le travail en Europe contemporaine

Xavier VIGNA, Histoire des ouvriers au XXème siècle, Editions Perrin, Paris, 2012, 408 pages

  • XXème siècle caractérisé par la centralité de la classe ouvrière en nombre et dans le champs politique (PCF-SFIO).
  1. Le monde ouvrier est un monde en mouvement

En 1911 = 6 millions d’ouvriers en France (29,9 % de la population). Différenciation de population mais dépendance commune au patronat = salariat.

La Lorraine, le Nord, la région parisienne, marseillaise, le Montbéliard ont une industrie massive. L’Ouest est plus délaissé excepté des grands ports comme Saint-Nazaire, Nantes, le Midi avec Marseille.

  • Ex : Le Nord rassemble une grande concentration d’ouvriers textiles avant 1914 = 210 000 ouvriers (dont 55.000 à Lille) + forte présence du travail à domicile.

On trouve des districts industriels autour de villes ou des systèmes productifs localisés (ex : argenton sur creuse dans l’Indre : 10.000 salariés dans la chemiserie dans les années 1930. D’autres territoires sont spécialisés autour d’une activité le pays de Montbéliard et la grosse horlogerie. 16.000 à Besançon, 12.000 à Montbéliard, 5.300 à Morteau.

Enfin, il existe des « nébuleuses manufacturières campagnardes, héritières de la proto-industrie ». Dans le Haut-Jura, développement d’une industrie autour de la transformation du bois (industrie du jouet à Moirans, la pipe à Saint Claude). Au Creusot, Schneider = 9.000 ouvriers dans la métallurgie et les mines.

La 1ère GM accélère la croissance industrielle, notamment autour de Paris : ex de Billancourt (automobile) + localisation d’une partie de l’industrie de guerre autour de la loire. 108 000 personnes y travaillent pour la défense nationale en 1917.

  • Une main d’œuvre ouvrière de toute origine

La classe ouvrière a dès le début du XXè siècle une fraction coloniale, qui s’accélère lors de la 1ère GM ; Ce sont les pouvoirs publics qui organisent cette migration du travail. Une concurrence se développe selon les critères nationaux mais aussi sexuels. Dans le bâtiment, les huileries, les tuileries, forte présence de la main d’œuvre étrangères. A Decazeville, 25 % d’Espagnols en 1931.

Développement de la main d’œuvre féminine, notamment avec les muntionnettes. 8.000-9.000 femmes dans la région parisienne en 1914 -> 59.000 en juin 1916. Au sortir de la guerre, pouvoirs publics et patronat incitent ces femmes à partir de l’industrie. Beaucoup cependant, essaient de s’y maintenir.

  • Formation de la main d’œuvre

Pour les garçons = multiplication d’écoles d’entreprise pour former une main d’œuvre plus qualifiée ou former des jeunes pour des postes à responsabilité.

  • Rationalisation du travail et limites

Chronométrage du travail pour les tâches. Cela heurte les ouvriers : ex grève en février mars 1913 chez Renault. Le syndicaliste E. Pouget sort une brochure, L’organisation du surmenage : le système Taylor. Les industries les plus modernes (automobile, constructions électriques) adoptent ce système.

Cependant, la modernisation des entreprises et très lente et se réalise du haut vers le bas. Mais la guerre entraine une accélération -> développement des 1ères chaines durant la guerre. Cela entraine la déqualification d’une masse d’ouvriers tandis qu’une petite minorité est surqualifiée. Le travail a un caractère semi-forcé. Les primes forment une grande part du salaire.

Développement de la modernisation : ex le marteau piqueur dans les mines.

Chez citröen, dans les années 20, développement des chaines de montage, de la spécialisation.

  • Les politiques sociales de l’Etat et du patronat

Avant guerre, journée de travail limité à 10h, interdiction du travail de nuit des femmes, repos hebdomadaire

  • Dès août 1914, législation sociale assouplie (12-14 h par jour) -> Augmentation des accidents de travail. En Lorraine, un mineur sur deux est victime dans l’année d’un accident de travail nécessitant 4 jours d’arrêt.

Le patronat est aussi réticent à la législation sociale même s’il se documente sur le monde ouvrier pour mieux le connaitre et le maitriser

  • L’organisation patronale (UIMM) de la métallurgie et le comité des houillères mobilisent des médecins pour interdire la reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle.

Les ouvriers poussent l’Etat et le patronat à prendre des mesures sociales.

Il y a le paternalisme, qui est un système de production et reproduction de la main d’œuvre, instituant des caisses de protection sociale, des logements ouvriers, des structures d’éducation et de loisirs. Il y a souvent une logique religieuse (charité), idéologique (combattre le socialisme et économique (stabilité du vivier de main d’œuvre).

« Le paternalisme ménage donc les intérêts patronaux et renforce la domination du chef d’entreprise sur ses salariés ». La politique sociale du patronat développe deux axes : l’aide au logement et les allocations familiales. Dans la métallurgie, 480 entreprises versent des allocations familiales en 1920. Ces allocations fidélisent les générations de travailleurs ainsi.

Son coût entraine néanmoins son déclin dans les années 20.

En 1908, au RU : régime de retraite qui commence à voir le jour + 1911 : création par L. Georges d’un système très large d’assurances sociales contre les maladies. En 1914, 50 % des travailleurs sont couverts. En France = couverture médiocre.

  • La condition ouvrière à l’épreuve de la crise des années 30

Crise moins forte en France, qu’en Allemagne-Angleterre

Cependant, le chômage passe de 50.000 personnes en 1931 à 860 000 en 1936. Ce sont les industries anciennes ou dépendantes des exportations qui sont le plus touchées. Le textile, la métallurgie, la sidérurgie,

  • La crise stabilise durablement la classe ouvrière (thèse de Noiriel) : le turn-over s’effondre.
  • Développement du secours pour les chômeurs : ex à la municipalité communiste de saint denis.
  • Avec le chômage partiel ou total, la crise provoque des diminutions de salaire et la rationalisation de l’appareil productif.
  • Les étrangers sont victimes de la crise : expulsés ou rapatriés car licenciés.
  • 10 aout 1932 : loi protégeant la main d’œuvre nationale : patronat et syndicats fixent des quotas. L’application de cette loi est fermement appliquée excepté dans les grands monopoles « modernistes » (ex Michelin)

La crise a donc contribué à stabiliser et homogénéiser le monde ouvrier.

  • Organisations, communautés et cultures ouvrières (1914- milieu des années 1930)

Le monde ouvrier est souvent instables. Mais éléments stabilisateurs avec les organisations de la classe : syndicales, politiques, coopératives.

  • La 1ère GM comme rupture

Mouvement ouvrier comme un tout uni, est bousculé par la guerre avec l’entrée dans l’union sacré.

Avant 1914, le mouvement ouvrier français a des traits particuliers :

  • L’indépendance syndicale de 1906 avec la charte d’Amiens. A la différence de l’Angleterre et l’Allemagne où les syndicats sont proches ou même organiquement liés à la social-démocratie ou au parti travailliste.
  • La CGT (1895) s’affermit autour du syndicalisme révolutionnaire (voir Dreyfus, Histoire de la CGT)

La CGT a environ 450.000 adhérants en 1910.

La guerre va bousculer cette organisation du monde ouvrier.

  • L’affirmation nationale et réformiste

Les dirigeants du mouvement ouvrier se rallient à l’union sacré, et à Léon Jouhaux. Ils rompent avec la mort de Jaurès avec « toute une tradition antimilitariste et un syndicalisme révolutionnaire », avec l’action directe d’affrontement avec l’Etat.

  • Cette période montre une « intégration politique profonde des ouvriers à la Nation et à la République ».
  • La guerre renforce donc le réformisme latent qui a pour fonction d’investir l’Etat pour « compenser la faiblesse militante » due à la guerre.
  • Guesde, Sembat entrent au gouvernement, Jouhaux organise le secour national avec Charles Maurras et le préfet Lépine.

Une fraction minoritaire autour de La Vie Ouvrière (Monatte) la fédération des métaux (Merrheim) se réunissent aux conférences internationales (comme Zimmerwald en mai 1915) , qui refusent la guerre impérialiste. En avril 1916, s’organise un comité de défense syndicaliste contre le mensonge de l’union sacrée. Ces initiatives, au fil de la guerre, ont de plus en plus d’échos.

  • Victoire ou révolution

A partir de 1917 : mobilisation contre la vie chère + grève. En France comme en Europe se développe « une hypothèse révolutionnaire », de façon pratique.

En France, la vague révolutionnaire culmine à l’été en région parisienne et dans l’Ouest. Rôle des femmes dans le développement de protestations, notamment de hausse des prix. Malgré l’union sacrée, l’action directe syndicale radicale reste d’actualité et connait un essor.

  • Mai 1918 : grèves parisiennes avec environ 100.000 grévistes et des mots d’ordres pacifistes. La dimension politique s’affirme puisque les ouvriers interrogent les buts de la guerre. Pour autant, les élus socialistes parisiens appellent à chatier les traites et les défaitistes.
  • Entre 1919-1920, le mouvement ouvrier connait une extension : la CGT a plus de 2 millions d’adhérents, les grèves sont fortes au printemps 1919 + mouvement cheminot en 1920. Mots d’ordres de grèves nationales et grèves locales très dures cohabitent.
  • La situation est révolutionnaire mais il existe un manque cruel d’organisation et de coordination des différents secteurs en lutte, en même temps qu’un manque de débouchés politique à cette conflictualité
  • Il y a eu spontanément et localement des mouvements révolutionnaires : conseils d’ouvrier et de soldats à Metz, Forbach, un soviet à Saint Denis. Mais ces mouvements isolés, ne s’articuleront jamais entre eux : « aucune coordination nationale n’émerge ».
  • Les mineurs de lorraine et du Nord entrent en grève, de façon non coordonné, et pas en même temps.
  • Mai 1920 est aussi puissant : mineurs, dockers, métallos, bâtiments entrent en grève . Le patronat , l’Etat répriment les cadres syndicaux. Des combats entre « jaunes » et grévistes émergent. Cependant, la structure CGT refuse d’entamer le bras de fer. Les cheminots perdent leur grève et 18.000 d’entre eux sont licenciés.

Ce mouvement a parfois été supérieur en ampleur au front populaire. La conflictualité a glissé des centre-villes aux banlieues avec une grande  tonalité politique. La CGT a peiné à relayer les aspirations populaires d’alors, tandis que la SFIO a semblé absente des mobilisations du monde du travail.

Cependant, cette vague a été moins puissante qu’en Italie et en Allemagne où des tentatives de prises de pouvoir ont eu lieu. Il y avait peu de liens avec la paysannerie. Comme en GB, la répression a été présente mais limitée si on compare aux autres pays.

  • 1920-1934 : le mouvement ouvrier se divise

 Le contexte international (révolution russe, vague révolutionnaire) et les échecs nationaux poussent à la division du mouvement ouvrier.

  • Scission de la SFIO en 1920. Ce parti avait un puissant ancrage et une autorité héritée d’avant la guerre. Nombre de villes ont des maires socialistes (roubaix, lille, limoges). Dans le NPDC, nombreuses forteresses socialistes. Développement de mesures sociales (parc HLM à Limoges), d’ « instruments d’autogestion ouvrières » à Limoges, autour d’une maison du peuple, d’une université populaire, d’institutions coopératives et socialistes.
  • Naissance du PC : parti ouvrier en lien avec le monde syndical, dans les entreprises. Promotion de cadres ouvriers. Le PC fait adhérer de figures d’ouvriers : les cheminots (radicalisés par leur lutte de 1920), les mineurs et les métallos. Rôle des jeunes ouvriers révoltés par les horreurs de la guerre. Dans les années 1920, forte instabilité de ce parti, de ses adhérents. De + difficultés même pour les grèves : à Renault, Billancourt, deux grèves seulement, en 1926 et en 1932 contre les baisses de salaires.

« Bien que constamment minoritaires, les communistes incarnent l’opposition irréductible à un système de domination économique, sociale et politique, que l’on retrouve sous d’autres formes dans le mouvement syndical ».

  • Répliques syndicales

Avec la divison syndicale en 1921-1922, la CGTU ne possède que de fédérations modestes (alimentation, ameublement). Peu d’implantation dans la grande industrie, excepté la métallurgie et des UD industrielles (région parisienne, marseille, lyon).

La CGT quant à elle appuie le courant rationalisateur autour d’Albert Thomas et du B.I.T. (Bureau International du Travail) -> faire participer les ouvriers aux bénéfice sociaux, via le « contrôle ouvrier ».

La CGTU combat toute forme de rationalisation capitaliste et refuse le chronométrage.

  • Les organisations catholiques

Déchristianisation dans les régions ouvrières : le nombre de baptisés diminue, comme celui des mariages religieux.

Mais des noyaux résistent comme dans le Nord. + en 1928, l’union catholique des cheminots aurait 100.000 membres.

L’encadrement religieux reste fort dans les paroisses, les spectacles, distractions…

La classe ouvrière est la catégorie sociale la plus déchristianisée ce qui va de surcroît avec un fort anticléricalisme.

1919 : naissance CFTC : syndicalisme catholique en lien avec la hiérarchie ecclésiastique, qui refuse la lutte des classes. Elle est dominée par la fédération des employés. V. 1930 : 15.000 cheminots, 13.000 du textile, 5.000 mineurs, 2.500 métallos.

Dans le NPDC, elle conquiert son rang d’organisation ouvrière et s’enracine. Mise en avant d’allocations familiales, refus rationalisation, et loi des 8 heures + services rendus aux syndiqués : cours, ristournes chez de commerçants…

1926-1927 : naissance de la jeunesse ouvrière chrétienne

  • L’essor du mouvement coopératif

= « association de personnes qui entendent se soustraire au fonctionnement classique des entreprises, tant dans la gestion que dans la répartition des bénéfices, et créent pour ce faire des coopératives tantôt de consommation, tantôt (…) de production ».

Fédération nationale des coopératives de consommation créées en 1912. 2,3 millions de sociétaires en 1922. : développement de restaurants coopératifs. Il va y avoir dans les années 20 une lutte politique entre socialistes et communistes pour le contrôle des coopératives. Cependant, les coopératives vont connaitre un lent déclin.

  • Des mobilisations difficiles

Entre 1921 et 1935, le mouvement ouvrier connait un reflux assez important. Cependant, la conflictualité n’est pas au point zéro :

  • Mobilisation pour la préservation du « pain quotidien ». : Plus que deux classes, ce sont aussi deux monde qui s’affrontent. Le monde ouvrier dispersé, divisé, mais soudé par une condition, une lange, des expressions patoisantes, des lieux d’habitations, de réunion (estaminets, maisons du peuple) et une haine de classe. Lire Van der meersh, quand les sirènes se taisent.
  • Grèves contre le processus de rationalisation avec de longues grèves : chez Lipmann à Besançon où le syndicat mobilise les ouvriers qualifiés contre l’imposition du travail à la chaine en août 1930. La nouvelle méthode de travail ne sera pas appliquée.  Lutte de syndicaliste pour donner un temps de travail moins productiviste, plus respectueux des ouvriers, ou des méthodes développant le bien-être des ouvriers à l’usine
  • Plusieurs moyens d’actions sont utilisés : les grèves et les marches contre la faim.
  • Dans les années 30, les marches de la faim se développent autour de la CGTU et du PCF : Ch Tillon et M. Destrumeaux. Il existe dans ces mobilisations une aspiration à l’unité ouvrière.
  • L’entre soi et la culture ouvrière

« Le travail est le grand ordonnateur du quotidien ».

Des lieux stratégiques organisent la sociabilité : les bornes-fontaines, le lavoirs, les bains-douches, les bistrots et cafés pour avant ou après le travail. Les discussions sont nombreuses au niveau politique, syndical. Ces bistrots sont parfois tenus par des militants, sont des lieux de réunion, des sièges d’associations.

Les quartiers ouvriers favorisent l’entraide : dans le quartier du Soleil, à Ste Etienne, les ouvriers se prêtent les ustensiles, les produits de base, surveillent les enfants. Le travail y commence vers 12-13 ans pour se payer une séance de cinéma, ou pouvoir aller au bal. La musique tient une place centrale dans le Nord. Rôle de la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs fêtée le 4 décembre.

Culture d’un jardin : à la fois économique et loisir : Sainte Etienne est par exemple connue pour ses jardins ouvriers.

Rites à caractère sexuel important dans le monde ouvrier, voire même pratiques de bizutage à caractère sexuel. Liens entre l’entrée dans le monde du travail et celle dans la vie de l’adulte.

  • Les cultures d’oppositions

Persistance de comportements d’opposition comme le freinage de la production.

Le chant ouvrier et révolutionnaire est très important. Le monde du travail chantait beaucoup. Le chant est le reflet du quotidien : du travail des luttes, reprend les traditions de la chanson populaire. Le chant est aussi un espace de répit face au labeur : il permet sa réalisation. Le chant est critique du travail en même temps qu’illusion de la critique.

Rôle de la perruque : matériaux récupérés et façonnés en objet utilitaire ou décoratif, durant le temps de travail. Culture ouvrière du savoir faire, de la solidarité : la perruque est souvent offerte. Chez les dockers, le « grapillage » est souvent toléré.

Le macadam = accident de travail déguisé : blessures superficielle : entorse, éraflure du bras, de la jambe. L’objectif est de se reposer, s’instruire, participer à un congrès, une réunion.

« Ces comportements réfractaires palient plus ou moins l’impossibilité de transformer radicalement la condition ouvrière ».

Dans les municipalités ouvrières, socialistes et communistes ; les fêtes prennent un caractère folkorique avec une connotation politique : carnaval et fête sont l’occasion d’une identité ouvrière et communiste.

Possibilité de s’élever par le quotidien, avec la politisation : A Saint Denis, au début des années 30, 20.000 lecteurs à la bibliothèque. Construction d’une « contre-société » : La « banlieue rouge » entend être un lieu de modernité, de solidarité. Les communistes retournent ainsi le stigmate dont est victime la banlieue en lui donnant un projet positif. Ex : à St Denis, construction de bains-douches modernes, d’une piscine. Cela passe par l’assistance et l’aide sociale, l’instruction publique et le œuvres en faveur de l’enfance, les colonies municipales pour offrir des vacances aux enfants d’ouvriers. + rôle de la solidarité avec les ouvriers d’autres régions : meetings, fêtes, souscriptions, accueil des enfants de gréviste pour soulager leur lutte.

Cependant, cette appartenance de classe peut couvrir d’autres types d’appartenance : des communautés nationales, ou d’entreprise.

  • Le Creusot = mairie de droite : le maitre des forges Eugène Schneider remporte les élections et développe paternalisme et loisirs sportifs. En 1936, les usines du Creusot ne connaîtront pas une seule jeure de grève. « les ouvriers y écoutent d’autres sirènes : celles de la nation, de l’entreprise, et du sport, qui souvent entremêlent leurs chants.
  • Mr Renault en décembre 1918 reçoit un livre d’or du travail signé par 12.000 de ses ouvriers. Ici, les ouvriers se reconnaissent dans l’entreprise.
  •  La promotion du sport par les entreprises obtient un large succès bien plus que la FSGT et ses 16.000 adhérents en 1934.

L’aspect nationaliste ou patriotique existe aussi :

  • La Commune est une réaction nationale et la frontière est très limitée entre haine de classe et haine de l’étranger lorsque des « jaunes » étrangers sont recrutés pour casser les grèves.
  • La concurrence entre ouvrier entraine aussi des positions xénophobes ou chauvines. C’est le cas de la CGT en 1932, à la différence de la CGTU.
  • L’exaltation nationale peut aussi séduire une partie des ouvriers 

Au début des années 1930, la classe ouvrière est polarisée.

  • Une partie adhère à l’entreprise, à la nation, souvent avec des idées conservatrices, et rêvant d’ascension sociale. Cette partie est minoritaire
  • Une autre partie, des ouvriers qui transforment leur territoire de vie en territoires solidaires. Ces ouvriers vont se mobiliser malgré la crise.

Cette polarisation transparait dans l’épisode du front populaire.

  • Les ouvriers dans la tourmente : du front populaire à l’après-guerre

Période qui se caractérise par « l’imposition d’une hégémonie entreprise par le mouvement ouvrier sur sa classe : la CGT et le parti communiste, plus que la SFIO, parviennent à être considérés comme les représentants non pas seulement légitimes, mais presque naturels du monde ouvrier ».

  • La courte embellie du front populaire

Engagement des ouvriers dans le combat plus politique. Cela suscite une « grande peur » du patronat. -> processus de politisation populaire autour de l’antifascisme. Un rapprochement unitaire s’amorce au sein du mouvement ouvrier

  • Chez les cheminots, dès 1934, 80 % des syndicats deviennent unique CGT-CGTU. Dès 1935, les UD fusionnent et cela entraine le congrès de réunification de Toulouse en mars 1936. Ce dynamisme entraine de très nombreuses adhésions (250.000)
  • Radicalisation des conflits sociaux en même temps qu’un « grand réalisme revendicatif » des communistes.

La victoire électorale entraine un mouvement de grève autour de trois vagues :

  • 1ère vague dans les usines d’aviation + aéro de la région parisienne qui dure une semaine (25 mai)
  • 2ème vague qui gagne la province et précipite les négociations de Matignon entre CGPF, CGT et Blum. Le mouvement connait une extension. Le 11 juin, Thorez estime qu’il faut « savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». « Tout n’est pas possible » contrairement à ce que dit M. Pivert.
  • 3ème vague entre juin et juillet : dans les départements ou les secteurs épargnés. Près de 1.200 grévistes à St Dizier.

Au total + de 12.000 entreprises affectés et + de 9.000 occupées.

Ces grèves sont en partie une « explosion spontanée » même si les militants syndicalistes, souvent unitaires y ont joué un grand rôle. Comme les cheminot et autres services publics n’ont pas participé, il s’agit du « seul grand mouvement proprement ouvrier du siècle ».

Climat de joie et de réappropriation des usines. Mais en même temps moment de tension avec l’encadrement et les patrons. Ces conflits restent des affrontements de classe qui aboutissent à des protocoles d’accord autour de fortes augmentations de salaires mais aussi de refus de pressions, d’autoritarisme patronal. Le patronat quant à lui y voit souvent ingratitude et remise en cause de son autorité.

Les acquis sont multiples

  • 40 heures + deux semaines congés payés,
  • Deux délégués du personnel dans les établissements de plus de 10 ouvriers.
  • Pour les mineurs : suppression du chronométrage, généralisation du paiement par équipe de travail, la généralisation de l’allocation de charbon.
  • Généralisation des conventions collectives qui fixent les salaires minimaux par branche.

Ces acquis sont inédits : « jamais le monde ouvrier n’avait obtenu de telles conquêtes ».  Cela a permis de forger le « mythe de 36 ». Les  syndicats connaissent une explosion d’adhérents : 4 millions en 1937. Certains secteurs comme la métallurgie, la chimie ont des taux de syndicalisation autour de 80 %.

Le front populaire permet d’homogénéiser la classe ouvrière par le relêvement des salaires, les conquêtes sociales identiques, un droit social par les conventions collectives.

Nombre de films mettent en avant la figure de l’ouvrier prolétaire : la belle équipe de Divivier, ou la bête humaine de Renoir. Rôle de J. Gabin.

L’engagement ouvrier antifasciste peut aussi être militaire : environ 10.000 français, dont deux tiers d’ouvriers participent aux brigades espagnoles.

  • Le désenchantement du front populaire

Une partie des ouvriers est exclu : les étrangers, même s’ils peuvent voter pour les délégués du personnel. Salengro (ministre de l’intérieur) refuse les grèves d’ouvriers étrangers. Le gouvernement poursuit la politique d’exclusion. Les femmes qui sont toujours des mineures entrent dans la lutte et se syndiquent. Cependant, les clivages de sexe persistent avec 20 % d’écart.

Jusqu’en 1938, persiste une insubordination ouvrière et une radicalisation. Les grèves du FP n’ont ni transformé les conditions de travail, ni diminué leur dangerosité. Dans nombre d’usines, la persistance d’accident mortels (ex Longwy), la rationalisation du travail aiguisent la colère ouvrière. Rôle de l’absentéisme ou du micro-sabotage, notamment dans le bâtiment. L’expo universelle de 1937 ouvre avec deux mois et demi de retard à cause de travaux inachevés.

Les 40 heures sont un succès pour le goût de ouvriers pour le temps libre, les loisirs, contre la discipline industrielle.

Loi du 31 décembre 1936 qui interdirait la grève avant toute procédure de conciliation et d’arbitrage. Les syndicalistes révolutionnaires dénoncent cette mesure mais restent minoritaires car acceptée par la CGT et les ex-unitaire.

Des syndicats professionnels se développent dans les années 30 autour de l’extrême droite ; ex du PSF. On a peu d’informations sur la situation et l’adhésion des ouvriers à ces groupes d’extrême droite.

Polarisation qui conduit aux heurts de l’automne 1938 : décrets lois du 12 novembre qui mettent fin aux 40h. Le patronat s’en sert pour prendre sa revanche. Une série de grèves spontanées se développe notamment dans le Nord où la confrontation est très dure. 50.000 mineurs/métallos à Valenciennes. L’Etat réprime et utilise le conseil de guerre pour juger les cheminots et mineurs réquisitionnés.

Le 30 nov, grève nationale de la CGT. Le patronat s’y est préparé et l’Etat réquisitionne les employés des services publics. Dans le privé, il y aurait eu d’après le ministère 25 % de grévistes. La grève est un succès mais la répression brise le mouvement ouvrier. Les entreprises licencient massivement les grévistes les réembaucher sans les acquis des congés payés. Les responsables syndicaux sont licenciés : 3.000 dans l’aéro, 4.000 dans la chimie et l’auto.

La grève défait les militants ouvriers les plus déterminés, et attise les divisions. Tout comme le reste du pays, les clivages et la crise nationale attise les antagonismes sociaux (voir P. Laborie – notes)

La IIIème République finissante attise  donc la défiance envers le monde ouvrier.

L’effort de guerre se développe dans l’année 1939 avec des semaines jusqu’à 60 h / semaine. Même si L. Jouhaux tente de renouer l’union sacré de 1914 : cela reste un échec car l’effort se réalise au détriment des acquis du monde ouvrier.

Le dernier numéro d’HISTORIENS & GÉOGRAPHES – 114e année – n° 461 – Février 2023. Le sommaire

Avec un dossier sur les femmes dans la Résistance durant la 2nde GM.

ÉDITORIAL

• Le vent des pages (Franck COLLARD) 07

OPINIONS

• Pour un Concours scolaire sur l’histoire de la colonisation et de la Guerre d’Algérie (Raphaëlle BRANCHE, Tramor QUEMENEUR, Aurélien SANDOZ et l’équipe du comité pédagogique du Concours) 11

ACTUALITÉS

Au fil de l’actualité…

• Le Souvenir Français, une association au service des enseignants (Serge BARCELLINI) 13
• Civisme, Défense, Armée, Nation (Patrice MOMPEYSSIN) 16
• Le Prix Philippe-Viannay Défense de la France remis par la Fondation de la Résistance (Fabrice GRENARD) 20
• 34e Semaine de la presse et des médias dans l’Ecole : « L’info sur tous les fronts » (Serge BARBET) 21
• Association CoExist : interventions en milieu scolaire pour déconstruire les préjugés antisémites, racistes, sexistes, xénophobes et homophobes (Marine DANIEL) 22

ACTIVITÉS DE L’APHG

• Assemblée générale nationale de l’APHG 2022 (Aleth BRIAT, Marc CHARBONNIER et Fabien SALESSE) 25
• L’APHG au Rwanda : l’éducation en acte (Yveline PROUVOST) 33
• Nos adhérents publient… (Cécile PICARDAT, Jacques GIRAULT, Bruno BENOIT et Guy PERVILLÉ) 37

DOSSIER

• Femmes en Résistance 39

Sous la direction de Catherine LACOUR-ASTOL et Fabrice GRENARD

Sommaire détaillé p. 40.

PÉDAGOGIES

Le regard du chercheur/de la chercheuse

• 1914-1945, entre surexposition et oubli. Entretien avec Julie Le Gac et Nicolas Patin (Anthony GUYON) 100

Le point sur les concours

• Histoire ancienne / Nouvelle question. CAPES 2024 – Bibliographie longue. Gouverner l’Empire romain de Trajan à 410 après J.-C. (Sylvain JANNIARD et Hélène MÉNARD) 107

Avec nos élèves…

• Recherche. Les photographies de la Résistance intérieure (Frantz MALASSIS) 122
• Didactique. Louis XIV à l’école : Le cas du « Louis XIV en costume de sacre » par Hyacinthe Rigaud (Marc VIGIÉ) 131
• Concours scolaire. Bibliographie « Jeunesses en guerre d’Algérie » (Tramor QUEMENEUR) 139
• Concours scolaire. Palmarès du Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire 2021-2022 (Frantz MALASSIS) 142
• Enseigner avec les séries. La fin du moment colonial dans « The Crown » (Yohann CHANOIR) 147
• Analyse de séquences filmiques. « Les révoltés du Bounty » de Frank Lloyd (1935), 2e partie (Éric AUPHAN) 151

DOSSIER

• Histoire et Géographie de la santé (2e partie) 159

Sous la direction de Franck COLLARD

Sommaire détaillé p. 160.

HOMMAGES

• Hommage de l’APHG à l’inspecteur général André Zweyacker, figure emblématique de l’enseignement de l’Éducation civique en France (Hélène CHANEZON, Aleth BRIAT et Claude BAUDOIN) 179

VOIR, ÉCOUTER

• Expositions (Violeta MARTINEZ-AURIOL et Vincent MULTRIER, dir.) 187
• Musique(s) (Philippe ZWANG, Jean-Pierre ALLAIN et Marc CHARBONNIER) 194

LIRE, RELIRE

• HG a noté (Monique DEFRADAS et Claude RUIZ, dir.) 195
• Revues (Monique DEFRADAS et Claude RUIZ, dir.) 199
• Livres (Monique DEFRADAS et Claude RUIZ, dir.) 203
• Mots croisés (Joseph ESTEVÈS) 215

LA TABLE DES ANNONCEURS