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Les Palestiniens, nouveau numéro des Collections de l’Histoire

Un numéro extrêmement intéressant et bien documenté:

Les Palestiniens

Collections N°106 daté janvier-mars 2025

Après le choc de l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, et alors qu’Israël poursuit une guerre impitoyable contre la bande de Gaza, retour sur cent cinquante ans d’histoire des Palestiniens.

En 1872 Jérusalem devient la capitale d’une province ottomane et le centre d’un nationalisme naissant. Mais c’est contre la tutelle britannique mise en place en 1918 et surtout dans l’opposition au sionisme que s’est forgée l’identité palestinienne.

En 1947, les Britanniques laissent à l’ONU le soin de trancher l’avenir de cette terre en proie à la guerre civile : ce sera le partage en deux États, inacceptable pour les Arabes. A l’issue de la guerre de 1948-1949, Israël voit le jour et 750 000 Palestiniens doivent s’exiler. Le combat reprendra au sein de cette diaspora, sous le leadership d’Arafat. Et dans les formes parfois les plus sanglantes.

Aujourd’hui, quel futur imaginer, au vu du nombre de victimes et des désillusions entraînées par le seul espoir de paix, les accords d’Oslo de 1993, il y a trente ans ?

Avec notamment les contributions de : Raphaël Banc-Lévêque, Alain Dieckhoff, Kamel Doraï, Arlette Khoury-Tadié, Pénélope Larzillière, Henry Laurens, Vincent Lemire, Falestin Naïli, Nadine Picaudou, Jenny Raflik-Grenouilleau, Eugene Rogan, Abaher el-Sakka, Maurice Sartre, Leila Seurat, Édouard Vernon et Élie Barnavi, Agnès Levallois, Elias Sanbar.

Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, juillet 1943

« Tout malheur national appelle, d’abord, un examen de conscience ; puis (car l’examen de conscience n’est qu’une délectation morose, s’il n’aboutit à un effort vers le mieux) l’établissement d’un plan de rénovation. Quand, après la victoire prochaine, nous nous retrouverons entre Français, sur une terre rendue à la liberté, le grand devoir sera de refaire une France neuve.
Or, de tant de reconstructions indispensables, celle de notre système pédagogique ne sera pas la moins urgente. Qu’il s’agisse de stratégie, de pratique administrative ou, simplement, de résistance morale, notre effondrement a été avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas voir le courage de l’avouer ?) dans toute une partie de notre peuple, une défaite à la fois de l’intelligence et du caractère. C’est dire que, parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre société donnait à ses jeunes ont figuré au premier rang.


Pour redresser ces vices, une réforme timide serait vaine. On ne refait pas à un pays son éducation en rapetassant de vieilles routines. C’est une révolution qui s’impose. Ne nous laissons pas troubler par le discrédit qu’un régime odieux réussirait, si l’on n’y prenait garde, à jeter sur ce mot, qu’il a choisi pour camouflage. En matière d’enseignement, comme partout, la prétendue révolution nationale a perpétuellement oscillé entre le retour aux routines les plus désuètes et l’imitation servile de systèmes étrangers au génie de notre peuple. La révolution que nous voulons saura rester fidèle aux plus authentiques traditions de notre civilisation. Et elle sera une révolution, parce qu’elle fera du neuf.
Ne nous y trompons pas, la tâche sera rude. Elle n’ira pas sans déchirements. Il sera toujours difficile de persuader des maîtres que les méthodes qu’ils ont longuement et consciencieusement pratiquées n’étaient peut-être pas les meilleures ; à des hommes mûrs, que leurs enfants gagneront à être élevés autrement qu’eux-mêmes ne l’ont été ; aux anciens élèves de grandes Écoles, que ces établissements parés de tous les prestiges du souvenir et de la camaraderie doivent être supprimés. Là, comme ailleurs, cependant, l’avenir, n’en doutons pas, appartiendra aux hardis ; et pour tous les hommes qui ont charge de l’enseignement, le pire danger résiderait dans une molle complaisance envers les institutions dont ils se sont fait peu à peu une commode demeure.
De cette révolution nécessaire, on ne saurait prétendre discuter, en quelques pages, le programme. Le tracé précis viendra, s’il y a lieu, plus tard et par collaboration. On se bornera pour l’instant à quelques principes directeurs.
Une condition préliminaire s’impose : à ce point impérieuse que, si elle manque à être remplie, rien de sérieux ne se fera. Il importe que, pour l’éducation de ses jeunes, comme pour le développement permanent de la culture dans l’ensemble de ses citoyens, la France de demain sache dépenser incomparablement plus qu’elle ne s’y est résignée jusqu’ici.


Deux épisodes ont, à cet égard, brutalement caractérisé, avant-guerre, l’attitude des éléments mêmes que la défaite devait hisser au pouvoir et que la victoire en précipitera bientôt. Lorsque, ministre de la  » prospérité « , André Tardieu établit un vaste plan d’  » outillage national « , il commença par proscrire purement et simplement, de cet équipement d’une France heureuse, tout armement scientifique (plus tard, si je ne me trompe, un repentir de la dernière heure fit inscrire au budget quelques crédits pour les laboratoires ; car, après tout, la Schwerindustrie ne peut ignorer absolument que les techniciens servent à quelque chose ; les bibliothèques par contre continuèrent d’être oubliées ; des  » réalistes  » ont-ils à se soucier des livres ? et surtout quel besoin les Français trop pauvres pour acheter eux-mêmes des livres auraient-ils de lire ?).
Lorsque, ministre de la grande pénitence, Pierre Laval, désireux, avant tout, d’atteindre, par ricochet, les salaires, eu décidé de pratiquer dans les dépenses de la République quelques coupes sombres, on vit, seul entre tous les gouvernements civilisés, le gouvernement français étendre cette épargne aux œuvres de l’intelligence.  » Ce qui nous a toujours frappés chez vos gouvernants, me disait naguère un ami norvégien, c’est le peu d’intérêt qu’ils portent aux choses de l’esprit.  » Le mot était dur. On voudrait qu’il cessât, à jamais, d’être mérité…
Il nous faudrait donc des ressources nouvelles. Pour nos laboratoires. Pour nos bibliothèques peut-être plus encore, car elles ont été, jusqu’ici, les grandes victimes (bibliothèques savantes ; bibliothèques dites populaires aussi, dont le misérable état, comparé à ce que nous offrent l’Angleterre, l’Amérique, l’Allemagne même, est une des pires hontes de notre pays. Qui a pu sans mélancolie feuilleter le catalogue d’une bibliothèque d’une grande ville, pour ne pas parler des petites et y mesurer l’amenuisement progressif des achats, la décadence de la culture depuis une cinquantaine d’années ? La bourgeoisie dite éclairée ne lit plus guère ; et ceux qui, issus de milieux moins aisés ne demanderaient qu’à lire, les livres ne viennent pas les solliciter). Pour nos entreprises de recherches. Pour nos universités, nos lycées et nos écoles, où il convient que pénètrent l’hygiène et la joie, la jeunesse a le droit de ne plus être confinée entre des murs lépreux, dans l’obscurité de sordides in pace. Il nous en faudra aussi, disons-le sans fausse honte, pour assurer à nos maîtres de tous les degrés une existence non pas luxueuse certes (ce n’est pas une France de luxe que nous rêvons), mais suffisamment dégagée des menues angoisses matérielles, suffisamment protégée contre la nécessité de gagne-pain accessoires pour que ces hommes puissent apporter à leurs tâches d’enseignement ou d’enquête scientifique une âme entièrement libre et un esprit qui n’aura pas cessé de se rafraîchir aux sources vives de l’art ou de la science.
Mais ces indispensables sacrifices seraient vains s’ils ne s’adressaient à un enseignement tout rajeuni.


Un mot, un affreux mot, résume une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage. C’est certainement dans l’enseignement primaire que le poison a pénétré le moins avant : sans l’avoir, je le crains, tout à fait épargné. L’enseignement secondaire, celui des universités et les grandes écoles en sont tout infectés.
« Bachotage » – Autrement dit : hantise de l’examen et du classement. Pis encore : ce qui devait être simplement un réactif, destiné à éprouver la valeur de l’éducation, devient une fin en soi, vers laquelle s’oriente, dorénavant, l’éducation tout entière. On n’invite plus les enfants ou les étudiants à acquérir les connaissances dont l’examen permettra, tant bien que mal, d’apprécier la solidité. C’est à se préparer à l’examen qu’on les convie. Ainsi un chien savant n’est pas un chien qui sait beaucoup de choses, mais qui a été dressé à donner, par quelques exercices choisis d’avance, l’illusion du savoir.  » Vous serez certainement agrégé l’année prochaine, disait naïvement un juge d’agrégation à un de mes étudiants, cette année, vous n’êtes pas encore suffisamment formé au concours.  » Durant les vingt dernières années, le mal a fait d’épouvantables ravages. Nos étudiants de licence trébuchent désormais de certificat en certificat. Depuis la révolution nationale, on n’entre plus au barreau sans un examen supplémentaire. Des lycées ont organisé, interrompant pour cela la suite régulière des études, un  » pré- baccalauréat « . Dans les librairies médicales de Paris, se vendent, toutes faites, les questions d’internat, qu’il n’y a qu’à apprendre par cœur. Certaines institutions privées ont découpé les programmes sujet par sujet et se vantent d’un sectionnement si juste que la plupart de leurs candidats ne tombent jamais que sur des questions ainsi traitées et corrigées. Du haut en bas de l’échelle, l’attraction des examens futurs exerce son effet. Au grand détriment de leur instruction, parfois de leur santé, d’innombrables enfants suivent trop jeunes des classes conçues originairement pour de plus vieux, parce qu’il faut éviter à tout prix le retard éventuel qui les amènerait plus tard à se heurter aux limites d’âge de telle ou telle grande école.  » Tous nos programmes scientifiques d’enseignement secondaire, me disait un physicien, sont conçus en vue de celui de Polytechnique.  » Et, dans les lycées ou collèges, les
perpétuelles compositions entretiennent moins encore l’émulation, d’ailleurs mal comprise, que l’aptitude au travail hâtif, dont on verra plus tard nos misérables adolescents subir les affres, en pleine canicule, dans des salles surchauffées.
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les inconvénients intellectuels d’une pareille manie examinatoire. Mais ses conséquences morales, les a-t-on toujours assez clairement vues : la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance ; une sorte de tremblement perpétuel et de hargne, là où devrait au contraire régner la libre joie d’entreprendre ; la foi dans la chance (car ces examens, quelle que puisse être la conscience des examinateurs, demeurent, par nature, hasardeux : qu’on veuille bien se souvenir de la curieuse et terrible enquête de Piéron et Laugier, si savamment étouffée par les chefs de l’Université : d’un correcteur à l’autre, d’un jour à l’autre, elle a révélé des plus inquiétantes variations dans les notes) ; enfin, mal encore infiniment plus grave, la foi dans la fraude ? Car on  » copie  » dans nos classes, au jour des compositions, on copie dans nos salles d’examen, on copie beaucoup plus fréquemment et avec beaucoup plus de succès que les autorités ne veulent officiellement l’avouer. Certes, je le sais, il subsiste, Dieu merci ! des âmes probes. Je consens même qu’elles soient nombreuses. Elles y ont du mérite.  » Faut-il que tu aies bien copié  » : ainsi un élève de ma connaissance, qui venait d’être premier et l’avait été honnêtement s’entendait interpeller, sur un ton d’atroce admiration, par un de ses camarades. Est-ce dans cette atmosphère qu’on forme une jeunesse ?
J’ai dit que je ne pouvais présenter ici un programme détaillé de réforme. Il sera délicat à établir. Certaines condamnations à mort s’imposent. Qui croit encore au baccalauréat, à la valeur de choix, à l’efficacité intellectuelle de cette aléatoire forcerie ? Bien entendu, divers procédés de sélection demeureront, cependant, nécessaires ; mais plus rationnellement conçus et en nombre désormais suffisamment restreint pour que la vie de l’écolier ou de l’étudiant cesse d’être enfermée dans une obsédante répétition d’épreuves. je me contenterai, pour l’instant, d’une suggestion très simple de d’application dès l’abord aisée.
J’ai, comme tous mes collègues, corrigé des copies, interrogé des candidats. Comme tous, je me reconnais sujet à l’erreur. M’arrive-t-il cependant de confondre une très bonne épreuve avec une très mauvaise, ou même avec une épreuve moyenne ? Assez rarement, je pense. Mais, lorsque je vois un examinateur décider que telle ou telle copie d’histoire par exemple ou de philosophie ou même de mathématiques, cotée sur 20 vaut 13 1/4 et telle autre 13 1/2, je ne puis en toute déférence m’empêcher de crier à la mauvaise plaisanterie. De quelle balance de précision l’homme dispose-t-il donc qu’il lui permette de mesurer avec une approximation de 1,2% la valeur d’un exposé historique ou d’une discussion mathématique ? Nous demandons instamment que – selon l’exemple de plusieurs pays étrangers – l’échelle des notes soit uniformément et impérieusement ramenée à cinq grandes catégories : 1 ou  » très mauvais « , 2 ou  » mauvais « , 3 qui sera  » passable « , 4 qui voudra dire  » bien « , 5 qui voudra dire  » très bien  » (non  » parfait « , qu’interdit l’infirmité humaine). Cela du moins partout où les ex æquo sont sans inconvénients. Il faudra faire étudier à un mathématicien le problème des concours à places limitées. Mais là encore, il doit être possible de se garder de raffinements trop poussés, dont l’absurdité ne nous échappe que par suite d’une trop longue accoutumance. Tout vaut mieux qu’une sottise, qui se prolonge en injustice.
Mais l’abus des examens n’est peut-être, à son tour, qu’un des signes de déformations plus profondes. Là encore, je parlerai peu de l’école primaire. Autant que je la connaisse – car j’ai avec elle, je l’avoue, moins de familiarité qu’avec le Lycée et l’Université – elle n’est pas sans défauts. Elle me paraît, cependant, beaucoup moins mal adaptée à ses fins que ne le sont, pour leur part, les établissements des deux autres degrés. Les erreurs des enseignements secondaire et supérieur sont patentes. Elles peuvent s’exprimer brièvement comme il suit.


L’enseignement supérieur a été dévoré par les écoles spéciales, du type napoléonien. Les Facultés même ne méritent guère d’autre nom que celui-là. Qu’est-ce qu’une Faculté des Lettres, sinon, avant tout, une usine à fabriquer des professeurs, comme Polytechnique une usine à fabriquer des ingénieurs ou des artilleurs ? D’où deux résultats également déplorables. Le premier est que nous préparons mal à la recherche scientifique ; que, par suite, cette recherche chez nous périclite. Interrogez à ce sujet un médecin, par exemple, ou un historien ; s’ils sont sincères leurs réponses ne différeront guère. Par là, soit dit en passant, notre rayonnement international a été gravement atteint : en beaucoup de matières, les étudiants étrangers ont cessé de venir chez nous, parce que nos universités ne leur offrent plus qu’une préparation à des examens professionnels, sans intérêt pour eux. D’autre part, à nos groupes dirigeants, trop tôt spécialisés, nous ne donnons pas la culture générale élevée, faute de laquelle tout homme d’action ne sera jamais qu’un contremaître. Nous formons des chefs d’entreprise qui, bons techniciens, je veux le croire, sont sans connaissance réelle des problèmes humains ; des politiques qui ignorent le monde ; des administrateurs qui ont l’horreur du neuf. À aucun nous n’apprenons le sens critique, auquel seuls (car ici se rejoignent les deux conséquences à l’instant signalées) le spectacle et l’usage de la libre recherche pourraient dresser les cerveaux. Enfin, nous créons, volontairement, de petites sociétés fermées où se développe l’esprit de corps, qui ne favorise ni la largeur d’esprit ni l’esprit du citoyen.
Le remède ? Une fois de plus, il faut, dans ce premier schéma, renoncer au détail. Disons seulement, en deux mots, que nous demandons la reconstitution de vraies universités, divisées désormais, non en rigides facultés qui se prennent pour des patries, mais en souples groupements de disciplines ; puis, concurremment avec cette grande réforme, l’abolition des écoles spéciales. À leur place, quelques instituts d’application technique permettant la préparation dernière à certaines carrières : après, toutefois, un passage obligatoire dans les universités. Pour achever la formation particulière d’une certaine catégorie d’ingénieurs, l’École des ponts et chaussées, par exemple, est indispensable ; affaire d’Université, la préparation scientifique générale n’a pas de raison d’être donnée dans une école entre cloisons étanches, comme Polytechnique.
Aussi bien deux exemples, qu’on empruntera impartialement à nos deux moments opposés de notre histoire politique, feront sans doute saisir, mieux que de longs discours, la routine avec laquelle on voudrait rompre et l’orientation nouvelle qu’on voudrait adopter.
Nous avons vu naguère le Front Populaire se proposer de briser le quasi-monopole des Sciences politiques, comme pépinière de notre haute administration. Politiquement, l’idée était saine. Un régime a toujours le droit de ne pas recruter ses serviteurs dans un milieu, dont les traditions lui sont presque unanimement hostiles. Mais qu’imaginèrent alors les hommes au gouvernement ? Ils auraient pu songer à instituer un grand concours d’administration civile, analogue à l’admirable concours du Civil Service britannique : comme lui, fondé avant tout sur des épreuves de culture générale et laissant, grâce à un libre jeu d’options, une grande part aux curiosités individuelles ; comme lui, enfin, préparé dans des universités d’esprit élargi. Ils préférèrent tracer le plan d’une nouvelle école spéciale : une autre École des Sciences politiques, encore un peu mieux close que sa rivale…
Le régime de Vichy a supprimé les Écoles normales. Mesure principalement politique, sans aucun doute. Nul ne saurait se laisser tromper par les absurdes griefs qui lui servirent de masque. Aux instituteurs, les Écoles normales donnaient, elles leur donneront sans doute de nouveau, une instruction générale et une formation technique également solides. On accordera, cependant, qu’au sortir de ces établissements, forcément un peu repliés sur eux-mêmes et de programme nécessairement rigide, il ne serait sans doute pas, pour de jeunes esprits, inutile de prendre contact avec des milieux étudiants plus variés, de même qu’avec des formes d’enseignement plus critiques et plus souples. Remplacer l’École normale par un passage dans des lycées, comme l’a voulu Vichy, est un non-sens. Les futurs maîtres y apprennent moins bien ce qu’on leur enseignait mieux dans l’ancienne École. Mais je les verrai volontiers, pour ma part, une fois les Écoles normales rétablies, achever leur cycle d’études par un an de travail très libre dans les universités.


Depuis quelques décades, l’enseignement secondaire est en perpétuel remaniement. Sans doute, les grotesques incohérences des trois dernières années ne dénoncent-elles rien d’autre que l’incapacité foncière du régime à rien créer ni coordonner. Mais le déséquilibre est plus ancien. Il répond à des causes profondes. L’ancien système humaniste a vécu. Il n’a pas été remplacé. D’où un malaise aigu, qui se traduit de bien des façons. Il y a toujours eu de mauvais élèves qui devenaient, plus tard, des hommes instruits et cultivés. Je ne crois pas me tromper en disant que le cas a, de nos jours, tout à fait cessé d’être exceptionnel. Alors qu’inversement, beaucoup de prétendus bons élèves n’ouvriront plus jamais un livre. À la vérité, en ont-ils jamais ouvert, durant leurs classes, d’autres que leurs  » morceaux choisis  » ? Aussi bien, la désaffection qui enveloppe l’enseignement chez les jeunes n’est pas niable. Je suis un assez vieil homme pour m’en souvenir : il y a une quarantaine d’années, on allait au lycée avec plus de plaisir ; on le quittait avec moins de joie. Le succès du mouvement  » éclaireur  » s’explique par bien des raisons. Dans le nombre, figure, soyons-en sûr, au premier rang, l’échec de l’éducation officielle. Au milieu de sa meute ou de sa patrouille, l’enfant trouve ce que lui apporte de moins en moins le lycée ou le collège : meilleur esprit d’équipe, des chefs plus près de lui, des  » Centres d’intérêt  » mieux faits pour séduire et fixer la spontanéité d’une fraîche intelligence.
Plutôt que de développer ces critiques, il vaudra mieux, sans doute, indiquer sommairement ce que nous souhaitons.
Nous demandons un enseignement secondaire très largement ouvert. Son rôle est de former des élites, sans acception d’origine ou de fortune. Du moment donc qu’il doit cesser d’être (ou de redevenir) un enseignement de classe, une sélection s’imposera. un examen d’entrée demeurera probablement nécessaire ; il le faudra très simple et adapté à l’enfance : un test d’intelligence plutôt qu’une épreuve de connaissances… ou de perroquetage. Des examens de passage subsisteront. Mais non d’année en année. C’est méconnaître toute la psychologie de la croissance – disons mieux c’est nier la physiologie – que de prétendre juger un enfant ou un adolescent sur le travail d’une dizaine de mois. Quels mois, parfois, dans son développement !


Nous demandons une discipline plus accueillante, dans des classes moins nombreuses ; une discipline exercée par des maîtres et des administrateurs auxquels auront été enseignés au moins les grands principes de cette psychophysiologie, dont je rappelais tout à l’heure l’existence ; que les instituteurs apprennent ; qu’un professeur d’enseignement secondaire a actuellement le droit (il ne s’en prive pas toujours !) d’ignorer radicalement. Au lieu de chercher à plier l’enfant à un régime implacablement uniforme, on s’attachera à cultiver ses goûts, voire ses  » marottes « . Il y avait une grande fécondité dans l’idée des loisirs dirigés que, sous le nom d’éducation générale, Vichy s’est annexée, en la déformant. Il conviendra de la reprendre, à l’aide d’un personnel jeune. L’éducation physique aura sa large part. Étrangère à tout excès ridicule, à toute admiration béate ou malsaine pour un athlétisme d’exception, elle sera, simplement, ce qu’elle doit être : un moyen de fortifier le corps, donc le cerveau ; un appel à l’esprit d’équipe et de loyauté.


Nous demandons une très souple liberté d’option dans les matières d’enseignement : liberté désormais d’autant plus aisée que la suppression du carcan des examens doit permettre une grande variété d’initiative. se rend-on bien compte que, par la faute du baccalauréat, la France est actuellement un des rares pays où toute l’expérimentation pédagogique, toute nouveauté qui ne s’élève pas immédiatement à l’universel, se trouve particulièrement interdite ? Le latin universellement obligatoire est une absurdité ; de même l’uniformité d’un programme mathématique trop poussé, auquel certains esprits, qu’il faut peut-être plaindre, mais non condamner, se révèlent par nature rebelles. Nous ne nous proposons d’ailleurs nullement de rejeter la tradition humaniste. Sous préjudice, cela va de soi, des langues vivantes, le latin continuera d’être enseigné. Sa connaissance est indispensable à toute discipline de caractère historique. Elle ouvre l’accès d’une littérature dont les résonances sont loin d’être éteintes. Surtout, l’apprentissage d’une langue de caractère synthétique est, pour l’intelligence, une gymnastique à peu près irremplaçable. Mais pour que cette étude porte ses fruits, il faut qu’elle soit sérieuse, partant qu’un nombre d’heures suffisant lui soit consacré. Plutôt qu’un latin maladroitement ânonné, comme on le voit trop souvent aujourd’hui, mieux vaudrait pas de latin du tout ; avant toute chose, il faut dans l’éducation fuir l’à-peu-près. C’est pourquoi, malgré l’admirable valeur esthétique et intellectuelle du grec, je crains fort qu’il ne puisse être maintenu, sinon par exception : une once de latin, quelques grains de grec… je préfère bon poids du premier. Au reste, on n’aura pas la fausse vergogne des traductions. Aucun élève ne devrait sortir du lycée sans avoir pris contact avec les grandes œuvres antiques. Il est cent fois préférable d’avoir lu, en traduction, L’Odyssée ou L’Orestie tout entière que de s’être contenté d’en expliquer péniblement, dans le texte, deux ou trois douzaines de vers. Un magistrat du XVIIIe siècle, raconte Tallemant des Réaux, comme son fils, élève chez les jésuites, lui demandait de lui faire parvenir une Légende dorée, lui envoya, à la place, le Plutarque d’Amyot :  » Mon fils, lui écrivait-il, voilà la vie des saints telle que la lisent les honnêtes gens.  » Je laisse à ce parlementaire son jugement sur l’hagiographie. Qui ne souscrirait à celui qu’il portait sur les lettres grecques, même connues, comme chez Amyot, à travers un vêtement français ?


Nous demandons que l’éducation scientifique, que nous souhaitons étendue et profonde, laisse résolument tomber ce qui n’est que matière d’apprentissage technique. L’enseignement secondaire a pour objet de former des esprits ; non, par avance, des ingénieurs, des chimistes ou des arpenteurs. Ceux-là trouveront, plus tard et ailleurs, les écoles qu’il leur faut. Nous voudrions que, surtout jusqu’à quatorze ou quinze ans, une place fût faite aux disciplines d’observation, parmi lesquelles la botanique, pratiquée sur le terrain, semble appelée à tenir un rôle prééminent. Nous prions les mathématiciens de se souvenir que l’enseignement secondaire, la géométrie par exemple, a sa place beaucoup moins comme accumulation de connaissances (dont un grand nombre, par la suite, deviendront inutiles au commun des élèves) que comme un merveilleux instrument à aiguiser le raisonnement. Nous pensons que des allègements sérieux peuvent être apportés à des programmes comme celui de la chimie, où la masse des faits est excessive.


Nous demandons que par un enseignement historique et géographique largement conçu – j’ajouterais volontiers, pour l’histoire au moins, totalement refondu – on s’attache à donner à nos jeunes une image véridique et compréhensive du monde. Gardons-nous de réduire l’histoire, comme on a eu tendance à le faire ces dernières années, aux événements purement politiques d’une Europe, dans le temps, toute proche de nous. Le passé lointain inspire le sens et le respect des différences entre les hommes, en même temps qu’il affine la sensibilité à la poésie des destinées humaines. Dans le présent même, il importe bien davantage à un futur citoyen français de se faire une juste image des civilisations de l’Inde ou de la Chine que de connaître, sur le bout du doigt, la suite des mesures par où  » l’Empire autoritaire  » se mua, dit-on, en  » Empire libéral « . Là encore, comme dans les sciences physiques, un choix neuf s’impose.
En résumé, nous demandons, d’un bout à l’autre, une révision raisonnée des valeurs. La tradition française, incorporée dans un long destin pédagogique, nous est chère. Nous entendons en conserver les biens les plus précieux : son goût de l’humain ; son respect de la spontanéité spirituelle et de la liberté ; la continuité des formes d’art et de pensée qui sont le climat même de notre esprit. Mais nous savons que, pour lui être vraiment fidèles, elle nous commande elle-même de la prolonger vers l’avenir. »

Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, juillet 1943, p. 17. Il s’agit d’une publication émanant du Conseil National de la Résistance, auquel Marc Bloch participa avant son arrestation le 8 mars 1944.

États-Unis : la démocratie est-elle malade ?

Rhae Lynn Barnes, Omer Bartov, Bruno Cabanes, Robert Darnton, Thomas Dodman, Laure Murat dans collections 104
daté juillet-août-septembre 2024

Alors que les Américains vont élire leur 47e président, des historiens vivant sur place expriment leur inquiétude sur l’état du pays.

Robert Darnton
« Une crise comparable à 1789 ? »

Professeur émérite à Princeton, spécialiste des Lumières, il a publié The Revolutionary Temper. Paris 1748-1789, W.W. Norton, 2024 (une traduction française paraîtra chez Gallimard cet automne).

Ayant publié un livre sur l’avènement de la Révolution française, je me suis souvent exposé à une question posée par mes concitoyens : sommes-nous en train de succomber à une crise semblable à celle qui bouleversa la France en 1789 ?

Je les assure qu’il serait absurde de voir dans l’assaut sur le Capitole par les partisans de Donald Trump, le 6 janvier 2021, un mécontentement de la même force que la fureur du 14 juillet 1789. Les circonstances sont complètement différentes, et je ne souscris pas aux dictons qui commencent par « L’histoire nous apprend que… ». Pourtant, si l’on ne saurait tirer des leçons de l’histoire, elle peut nous fournir une perspective pour juger les événements actuels.

Dans mon livre, j’étudie le Paris du XVIIIe siècle comme une société de l’information, et je m’efforce de suivre la diffusion et la perception des nouvelles telles qu’elles furent transmises par les médias de l’époque. Bien sûr, les bruits publics, les gazettes clandestines, les chansons de rue, les graffitis et les lectures publiques de pamphlets se distinguent foncièrement des médias de nos jours, mais ils produisaient un effet semblable : l’érosion du sentiment de légitimité à la base du système politique. Pour faire voir ce processus sous l’Ancien Régime, il m’a fallu décrire son développement en détail pendant un demi-siècle. Pour l’observer à l’oeuvre aujourd’hui, je n’ai qu’à regarder l’écran de mon ordinateur.

Il y a deux cent cinquante ans, les Américains adhéraient implicitement à une religion civile. Ils voyaient la Constitution comme sacrée, les pères fondateurs comme des prophètes, et la Cour suprême comme l’apogée de la justice. Aujourd’hui, nos institutions sont entachées de racisme, de fanatisme, de corruption et les opinions sont polarisées. A l’extrême droite, on croit que les élections sont truquées par une élite étatiste. A l’extrême gauche, on les trouve antidémocratiques à cause du collège électoral qui favorise les États peu peuplés du Middle West – qui ont donné la victoire à Donald Trump en 2016, malgré la majorité de voix en faveur de Hillary Clinton.

Je ne crois pas que le dôme du Congrès de Washington figure dans l’imaginaire collectif des Américains de la même manière que les tours de la Bastille dans la mentalité des Parisiens du XVIIIe siècle. Mais la perte du sentiment de légitimité me paraît un vrai danger en ce moment où la campagne électorale, manipulée par les médias, nous emmène vers un destin inconnu.

Bruno Cabanes
« Le spectre de la désunion »

Professeur à Ohio State University (chaire Donald et Mary Dunn d’histoire de la guerre), il est membre du comité scientifique de L’Histoire.

On sait depuis longtemps que la démocratie américaine est malade. Malade d’un capitalisme fou qui a fait flamber les frais de campagne au point d’imposer une sorte de ploutocratie, malade d’une inégalité sociale et raciale dans l’accès au suffrage, malade du redécoupage partisan des circonscriptions électorales. Depuis la victoire, en novembre 2000, de George W. Bush sur Al Gore, on sait aussi qu’une élection présidentielle peut se jouer à quelques centaines de suffrages dans un canton de Floride, sans parler de celle de 2016 qui vit Hillary Clinton l’emporter de presque 3 millions de voix, sans gagner l’élection.

Pourtant, la contestation par Donald Trump des résultats de la présidentielle de 2020 et l’assaut sur le Capitole par ses partisans le 6 janvier 2021 nous ont fait entrer dans une autre époque. En 2024, les démocrates devront obtenir une majorité massive pour espérer l’emporter. Leur victoire serait presque inévitablement contestée. On évoque le spectre de la guerre civile. D’autres considèrent que nous sommes entrés en terre inconnue, car la Constitution est muette sur la possibilité, pour un président condamné, d’être réélu. C’est moins l’histoire que le droit qui peut nous éclairer sur l’avenir de la démocratie américaine. L’enjeu est fondamental : comment resacraliser des institutions souillées par une tentative de coup d’État et s’assurer que les citoyens américains ne désespèrent pas définitivement de la démocratie ?

Rhae Lynn Barnes
« L’angoisse de ne pas durer »

Professeure assistante à l’université de Princeton, elle est spécialiste de la culture populaire et du racisme.

L’une des caractéristiques de la démocratie américaine est son angoisse quant à sa capacité à durer. Le 21 avril 1796 déjà, John Adams, vice-président puis président, confiait son inquiétude à sa femme Abigail : « Notre Constitution fait face à une crise. J’ai calculé, lorsqu’elle a été instaurée, qu’elle durerait environ dix ans. Cet été, le peuple devra déterminer si elle survivra à sa huitième année. » Elle a survécu. Les États-Unis ont défendu leur démocratie contre l’empire britannique, contre le IIIe Reich et le Japon impérial.

Mais certaines des plus grandes menaces sont venues de l’intérieur. Les guerres culturelles, rhétoriques ou réelles, ont été nombreuses. On peut citer l’émeute d’Astor Place en 1849, lorsque les New-Yorkais se déchirèrent à propos du choix du comédien pour interpréter Macbeth, l’Anglais William Macready ou l’Américain Edwin Forrest, le premier soutenu par l’élite new-yorkaise, le second par les classes populaires.

Au XXIe siècle, la désinformation et les médias partisans ont permis à George W. Bush et Donald Trump d’accéder à la présidence sans la majorité des voix. Les juges qu’ils ont nommés à la Cour suprême ont accéléré le démantèlement de victoires du XXe siècle, dont l’arrêt Roe v. Wade (1973) sur le droit à l’avortement. L’Amérique est revenue à un système juridique inégalitaire pour les femmes, leurs droits dépendant de l’État où elles vivent. Notre lutte doit donc continuer.

Thomas Dodman
« Un printemps américain ? »

Professeur associé à l’université Columbia à New York, Thomas Dodman est spécialiste de la France à l’Époque moderne.

Que disent de la plus ancienne démocratie au monde les manifestations étudiantes qui agitent les campus américains en ce printemps 2024 ? Comme le Vietnam avant, l’Apartheid ensuite, la cause palestinienne mobilise les esprits, tissant solidarités et aspirations nouvelles entre étudiants d’horizons divers, juifs et musulmans… Comme leurs aînés en 1968, ces étudiants n’acceptent pas que leurs frais universitaires financent une guerre, cette fois à Gaza. Leur démarche est pacifique, en dépit des débordements surmédiatisés qui ont eu lieu, pour l’essentiel à l’extérieur des campus, mais qui ont servi d’excuse pour une escalade de la violence lancée par les autorités.

Cette réponse est aussi riche d’enseignements sur la polarisation du débat politique et de ses enjeux. L’instrumentalisation de l’antisémitisme, tout d’abord, par des républicains opportunistes, qui ne répugnent pas toujours à s’adonner aux stéréotypes antisémites lorsqu’il faut mobiliser leur base, mais qui épaulent aveuglement Benyamin Netanyahou quand il s’agit de battre les démocrates, bien embarrassés par le conflit au Moyen-Orient.

En manipulant cyniquement les protections fédérales à la liberté d’expression – un héritage du mouvement contestataire pour les droits civiques et contre les discriminations raciales des années 1960 -, Donald Trump et ses épigones s’attaquent à autre chose : aux universités américaines, auxquelles ils veulent couper les financements publics, pour démonter ces derniers contre-pouvoirs et bastions d’une pensée libre dans un pays où l’on ne parle plus qu’à son semblable. Et où des administrateurs universitaires n’hésitent plus à appeler la police sur les campus pour faire taire les dissensions en dépit de principes d’autonomie et d’autogestion bien établis. Si Tocqueville n’aurait sans doute pas osé manifester avec les étudiants, il aurait surtout diagnostiqué les symptômes d’une démocratie malade : une population atomisée, mise sous tutelle. Ce printemps américain risque de devenir un long automne.

Laure Murat
« Déjà en danger »

Professeure à l’université de Californie à Los Angeles, elle est spécialiste de la littérature des XIXe et XXe siècles, de l’histoire culturelle et des gender studies.

Bien malin qui peut prédire l’issue de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis. En revanche, il ne faut pas être grand clerc pour prévoir que, quel que soit le résultat, jamais la démocratie américaine n’aura été à ce point mise en péril. Car, que Donald Trump gagne ou perde, la crise est au bout du chemin. Il gagne ? Il imposera, comme il l’a très explicitement annoncé, « une dictature ». Il perd ? Il contestera – forcément – les résultats, au risque d’exciter une forme de guerre civile, dont l’assaut sur le Capitole le 6 janvier 2021 n’aura été que le galop d’essai.

Ce scénario pessimiste doit être tempéré par au moins deux éléments. D’abord, les fameux checks and balances (« freins et contrepoids ») prévus par la Constitution, qui garantissent l’équilibre des pouvoirs. Les Américains ont une confiance aveugle dans leur système, que les pères fondateurs ont en effet très prudemment verrouillé. Mais c’est aussi un pays qui n’a jamais connu la dictature, laquelle se moque bien des lois. Ensuite, le brouhaha permanent créé par Donald Trump autour de sa personne, qui diffuse une ambiance frénétique et, peut-être, artificielle. Si bien qu’il se pourrait aussi qu’il perde dans les grandes largeurs ou que ses affaires judiciaires finissent par le rattraper.

L’élection de 2016 avait produit un choc dans le monde entier. Que Donald Trump soit amplement plébiscité dans les sondages huit ans plus tard, alors que pèsent sur lui 91 chefs d’accusation, allant du viol à la fraude, est cependant une indication suffisante, en dehors du scrutin du 5 novembre 2024 : la démocratie est déjà en danger.

Omer Bartov
« La revitalisation peut venir des campus »

Israélo-Américain, professeur d’histoire européenne à Brown University (Providence), il est spécialiste de la Shoah.

Les États-Unis sont traversés par des dynamiques profondément contradictoires. Une réélection de Donald Trump, qui est tout à fait crédible, constituerait une menace majeure pour la démocratie et donnerait un élan aux forces illibérales et xénophobes dans le monde, y compris en Europe de l’Ouest. Il faut espérer une réaction de la société civile qui provoque une revitalisation démocratique, comme ce fut le cas durant les sixties, lorsque les étudiants, sur les campus, protestaient contre la guerre du Vietnam.

Aujourd’hui, les manifestants ne craignent pas d’être enrôlés comme dans les années 1960. Ils agissent en tant que contribuables d’un pays qui soutient financièrement l’effort militaire israélien, mais aussi en vertu d’une morale civique altruiste. L’accusation d’antisémitisme que brandissent les conservateurs pour délégitimer ces mobilisations est étrange et paradoxale d’un point de vue historique : les étudiants exigent le respect d’un droit international élaboré après 1945, précisément en réaction aux crimes nazis, en particulier à la Shoah. L’avenir dira si un véritable sursaut démocratique est possible.

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Le travail des femmes au XIXème siècle

Michelle Perrot, grande historienne du travail des femmes, estime que la révolution industrielle a mis sur le devant de la scène le travail productif et a séparé davantage le travail à l’usine, à l’extérieur de celui au domicile de l’ouvrière (exemples : l’artisanat de la chaise, machine à coudre…). Pour comprendre, l’histoire du travail féminin, il faut d’abord saisir le caractère primordial de la famille, des rapports de sexe et sociaux. Le travail peut contribuer à l’émancipation des femmes mais la famille en tant que rapport social doit aussi être transformée. Autrement dit, l’obtention d’un travail par les femmes ne suffit pas à les émanciper (c’est une condition nécessaire mais insuffisante).

Avant 1914, les femmes sont employées pour beaucoup d’entre elles comme nourrices et domestiques : environ un million d’entre elles. Mal payées, elles sont plus « libres » que les ouvrières mais souvent plus seules et solitaires.

En 1906, les ouvrières représentent 25 % de l’emploi féminin. Les trois quarts de ces ouvrières travaillent dans le textile. Ce travail féminin est souvent vue comme un travail d’appoint, donc sous-payé, intermittent, lié au statut matrimonial (grossesse, enfants…). Le travail féminin accorde une place particulière au corps : « décence » de présentation, rectitude du geste. Les femmes doivent supporter tout un code de discipline. Elles ont un statut d’éternelle mineure. Pourtant nombre de ces femmes ne se laissent pas faire et résistent  : bavardages malgré l’interdiction en usine, chants, absentéisme, grève, manifestation…

Le cas des ouvrières d’Etat du tabac et des allumettes

Les femmes travaillant dans ces usines subissent une discipline tatillonne et lourde : elles servent la machine. Cependant, comparé à d’autres secteurs, les femmes sont bien mieux payées, nombre d’entre elles sont d’ailleurs qualifiés. Ces dernières réalisent un apprentissage de deux années et confectionnent des cigares, il s’agit presque d’un travail artisanal. Pour les moins qualifiées qui manient des machines, deux mois suffisent mais elles ont besoin de dextérité car elles manient de lourdes machines.

Pour les ouvrières des allumettes, le travail est à la chaine. Les ouvrières sont cependant solidaires entre elles car leur métier est dangereux : le phosphore blanc provoque des nécroses, ce qui entraine la perte d’une partie de la mâchoire. Même des ouvrières de 20-25 ans pouvaient voir la moitié de leur mâchoire retirée. Peu d’entre elles survivaient après l’opération. Cela montre bien les conditions de travail dangereuses dans lesquelles évoluaient ces ouvrières. D’ailleurs entre 1893-1895, des grèves éclatent pour qu’on cesse d’appliquer ce produit toxique.

Dans ces usines d’Etat, la discipline est forte : les ouvrières doivent disposer d’un « certificat de bonne vie et mœurs ». Ces usines sont souvent comparées à des « couvents laïques » tant la discipline est forte pour ces femmes : la cloche annonce le début et la fermeture du travail : un retard entraine la perte d’une journée de travail. Elles sont souvent fouillées en cas de vol, une humiliation quotidienne mal supportée. Beaucoup d’entre se syndiquent pour humaniser leurs conditions de travail. Cependant, l’existence d’une retraite, la stabilité de leur emploi amène beaucoup de ces femmes à faire carrière.

Aller plus loin :

Michelle Perrot (dir), « travaux de femmes dans la France du XIXème siècle », Mouvement social n°105, octobre-décembre 1978.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57317237

La grève victorieuse des allumettières anglaises, https://www.retronews.fr/politique/echo-de-presse/2022/02/28/la-greve-victorieuse-des-matchgirls-anglaises

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_ouvri%C3%A8res_des_manufactures_d%E2%80%99allumettes_%C3%A0_Londres_en_1888

L’industrie orthézienne au XIXème siècle : entre activités traditionnelles et nouvelle bourgeoisie industrielle

En 1870, Orthez est peuplée de 6627 habitants. C’est alors une ville ancrée dans une région profondément rurale et agricole.

L’industrie orthézienne au XIXème siècle

« Des industries locales atteignent un certain rayonnement pour une région peu industrielle » (Thierry ISSARTEL, Les bourgeois d’Orthez : une élite d’Orthez de 1870 à 1914)

Au milieu du XIXème siècle, Orthez se distingue par la présence d’activités industrielles traditionnelles, souvent issues du secteur agricole. L’industrie du cuir y est particulièrement représentée avec l’activité de 24 tanneries, de tailles réduites (d’une dizaine d’ouvriers au maximum). L’industrie textile, des fabriques de duvets et d’allumettes chimiques fonctionnent alors dans la ville. Ces entreprises sont souvent modestes. L’industrie du meuble occupe aussi des ouvriers à l’usine Cazalis-Lhoste mais aussi des ouvriers à domicile qui paillent les chaises.

Cependant, une nouvelle bourgeoisie industrielle émerge, favorisée entre autre par l’arrivée du train à partir de 1863, ce qui permet de désenclaver la région : les produits orthéziens entrent alors en concurrence avec d’autres régions. Dans le même temps, une industrie nouvelle voit le jour, qui permet un certain dynamisme pour la ville d’Orthez.

  • La famille Lameignère construit l’usine à chaux de Lapeyrère grâce au calcaire. Elle emploie entre 80/100 ouvriers.
  • La société des forces motrices d’Orthez bâtie l’usine à gaz d’Orthez et le barrage de Castétarbe, ce qui permettra l’électrification de la ville.

La figure industrielle de ce milieu de XIXème siècle est le marquis de Cornulier. Cet industriel landais achète le moulin du Pesqué en 1840 (qui devient la minoterie). Avec le gave et ses cascades, il voyait un intérêt géographique à s’installer à Orthez. En 1854, il fait donc construire la papèterie près du gave qui emploie une cinquantaine d’ouvrier au départ.

La mort du marquis entraine la fin d’un certain dynamisme. En 1862, la minoterie est louée à Destandau et emploie 25 ouvriers. Quant à la papeterie, elle passe entre les mains de plusieurs industriels, pour devenir en 1906, sous la houlette de Julien Pouyanne, la SAPSO, la Société Anonyme des Papeteries du Sud-Ouest.

Photo 1 : La papeterie construite par le Maquis de Cornulier en 1854, qui devient la SAPSO en 1906 sous la direction de Julien Pouyanne
Photo 2 : La minoterie, acheté en 1862 par Destandau, qui emploie 25 ouvriers

Julien Pouyanne, un banquier-industriel

Photo in ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

Julien Pouyanne nait en Uruguay en 1871. Issu d’une famille protestante orthézienne, qui a émigré en Amérique du Sud, il a fait de bonnes études à Montévidéo. Il y côtoie des Français qui investissent et développent des sociétés. Revenu en France à l’âge de 14 ans, il s’installe à Orthez, et y achète des terres agricoles, voire des vignes.

Son baccalauréat en poche, il devient banquier à la banque Tachoires à Orthez avant d’ouvrir sa propre banque en 1903. La banque Pouyanne est notamment une banque de dépôt puisque Julien Pouyanne se spécialiste comme banquier d’affaires auprès des industries. Il prête notamment son argent aux industries locales, de la chaussure, allant d’Orthez à Mauléon.

Il investit lui-même dans l’industrie, notamment dans le barrage du Pesqué qui alimente la minoterie et la papeterie. Il devient actionnaire principal de Castétarbe qui alimente la ville en électricité.

Julien Pouyanne investit aussi dans l’automobile bordelaise, dans l’entreprise Motobloc. Cette industrie participe à l’industrie de guerre durant la Première Guerre Mondiale, en produisant des moteurs d’avions.

           

Photo in ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

C’est dans le domaine des papeteries qu’il cherche à étendre son emprise industrielle. En créant la SAPSO en 1906, il prend le contrôle de plusieurs papeterie en Aquitaine : Pompejac en Gironde (1906), Saint Michel de Castelnau, Beaulac, Casteljaloux. Surtout, la papeterie d’Orthez emploie 125 ouvriers et devient la plus grosse entreprise de la ville. La papier sert à emballer des produits (papier de boucher, sacs d’emballage…). L’affaire marche bien puisque du papier est exporté en Egypte. Principalement, la production s’écoule dans la région et le Midi.

Photo in ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

En 1912, un pont est créé pour relier directement la papeterie à la voie ferrée.

            Ainsi, la SAPSO, fleuron industriel orthézien, sert aux Pouyanne à assurer des dividendes fixes aux placements de leur clientèle. La SAPSO existera jusqu’en 1998, avec 24 sites de production, 1.230 salariés. Elle sera une firme de taille nationale, qui sera vendue à la multinationale espagnole SAICA. La papeterie orthézienne fermera définitivement ses portes en 2007.

            Aujourd’hui, l’entreprise Pouyanne s’est recentrée autour du seul secteur bancaire pour « occuper un créneau laissé vacant par le gigantisme bancaire, celui de la banque polyvalente de proximité » (JP Allinne, Banque Pouyanne, histoires d’entrepreneurs). Pour conclure, on ne peut que reprendre les mots de Thierry Issartel affirmant que « l’originalité de la banque Pouyanne est d’avoir eu, à côté des activités traditionnelles de prêts à intérêt des banques locales, une politique financière ambitieuse en investissant dans l’industrie orthézienne » (T Issartel, Les bourgeois d’Orthez : une élite urbaine de 1870 à 1914).

Aller plus loin :

ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

ISSARTEL T, Les bourgeois d’Orthez : une élite urbaine de 1870 à 1914, TER de l’université Bordeaux III, 1986, 196 p.

Martin Nadaud, un rural devenu maçon à Paris, puis député

Venu travailler à Paris à l’âge de quinze ans avec son père, comme le faisaient les « Limousins » ou « Limousinants » de son hameau et de tous les hameaux et villages de l’arrondissement de Bourganeuf, dont fait partie Soubrebost, il connut la vie des garnis où l’on s’entasse afin de rapporter le maximum d’argent « au pays » quand on retourne passer l’hiver avec la femme et les petits enfants, la vie des garnis où l’on meurt lorsque survient une épidémie.

Acquis, peu avant la révolution de 1848, au communisme réformiste des Icariens quand se dressèrent les barricades de février, Martin Nadaud jouait gaillardement de la hotte et de la truelle en haut de la rue Soufflot; il alla rejoindre les insurgés. Le 13 mai 1849, les électeurs de la Creuse l’envoyèrent siéger à la Législative. Il obtint environ 15 000 voix sur 73 000 inscrits et 40 000 votants. Il travaillait, dit-on, sur un échafaudage parisien quand on lui apporta la nouvelle de son élection. Les journaux conservateurs se gaussèrent du maçon devenu législateur.

Source : https://maitron.fr/spip.php?article24353

Document de première, extrait : Le chant des Ouvriers par Pierre Dupont.

Écrite, publiée, et diffusée en 1846-1847, cette chanson témoigne de l’éveil de la conscience de la classe ouvrière peu de temps avant la Révolution de 1848 et met en avant l’amour de l’humanité.

Couplet 1

Nous dont la lampe, le matin,

Au clairon du coq se rallume,

Nous tous qu’un salaire incertain

Ramène avant l’aube à l’enclume,

Nous qui des bras, des pieds, des mains,

De tout le corps luttons sans cesse,

Sans abriter nos lendemains,

Contre le froid et la vieillesse,

Refrain

Aimons-nous, et quand nous pouvons

Nous unir pour boire à la ronde,

Que le canon se taise ou gronde,

Buvons (ter)

A l’indépendance du monde !

Couplet 3

Quel fruit tirons-nous des labeurs

Qui courbent nos maigres échines !

Où vont les flots de nos sueurs ?

Nous ne sommes que des machines.

Nos Babels(1) montent jusqu’au ciel,

La terre nous doit ses merveilles :

Dès qu’elles ont fini le miel,

Le maître chasse les abeilles.

Couplet 5

Mal vêtus, logés dans des trous,

Sous les combles, dans les décombres,

Nous vivons avec les hiboux,

Et les larrons, amis des ombres ;

Cependant notre sang vermeil

Coule impétueux dans nos veines ;

Nous nous plairions au grand soleil,

Et sous les rameaux verts des chênes.

Le conflit israélo-palestinien dans Le cours de l’histoire (France Culture)

Histoire du conflit israélo-palestinien

Qu’est-ce que le sionisme et quel peuplement en Palestine avant l’État d’Israël ? Que signifie le partage de la Palestine en 1947 et comment se crée l’État d’Israël ? Organisation de libération de la Palestine, Camp David, accords d’Oslo : des rappels historiques pour éclairer l’actualité.

Episode 1: Avant l’État d’Israël, le sionisme et le peuplement de la Palestine (clique)

Pour aller plus loin

  • Chloé Rosner, Creuser la terre-patrie. Une histoire de l’archéologie en Palestine – Israël, CNRS Éditions, 2023
  • Henry Laurens, Le Passé imposé, Fayard, 2022

Episode 2: Du partage de la Palestine à la création de l’État d’Israël (clique)

Pour aller plus loin

  • Marie-Antoinette Hily, William Berthomière, Yann Scioldo-Zürcher, Partir pour Israël. Une nouvelle migration de Juifs de France ? Presses universitaires François Rabelais, 2023
  • Alain Dieckhoff, Israël-Palestine : une guerre sans fin ? 22 questions décisives, Armand Colin, 2022
  • Jihane Sfeir, L’Exil palestinien au Liban : le temps des origines 1947-1952, IFPO/Karthala, 2008
  • Alain Dieckhoff, L’Invention d’une nation. Israël et la modernité politique, Gallimard, 1993

Episode 3: Histoire de l’Organisation de libération de la Palestine (Clique):

Pour aller plus loin

  • Jean-Paul Chagnollaud, Le Rendez-vous manqué des peuples. De l’échec des révolutions populaires aux dérives populistes, Autrement, 2022
  • Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Moyen-Orient, idées reçues sur une région fracturée, Le Cavalier bleu, 2019
  • Jean-Paul Chagnollaud, Proche-Orient, 7 ans de régression (2012-2019), L’Harmattan, 2019
  • Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Israël face à Israël, Autrement, 2018
  • Jean-Paul Chagnollaud, Israël/Palestine, la défaite du vainqueur, Actes Sud, 2017

Episode 4: De Camp David aux accords d’Oslo, à la recherche de la paix israélo-palestinienne (Clique)

Pour aller plus loin

  • Nadine Picaudou, Visages du politique au Proche-Orient, Gallimard, 2018
  • Nadine Picaudou (dir. avec Isabelle Rivoal), Retours en Palestine. Trajectoires, rôles et expériences des “returnees” dans la société palestinienne après Oslo, Karthala, 2006
  • Nadine Picaudou (dir.), Territoires palestiniens de mémoire, Karthala, 2006
  • Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Complexe, 1997, édition augmentée, 2003

Notes de lecture : S. APRILE, 1815-1870, La Révolution inachevée

Chapitre 1er : De Louis XVIII à Louis-Philippe : la monarchie limitée

En 1815, la France assiste au retour des rois sur son trône. Cette « restauration » se situe dans le contexte de l’invasion de la France par les Anglais, Autrichiens, Russes, Prussiens en 1814. Napoléon abdique le 6 avril et est exilé sur l’île d’Elbe. Tous ces alliés souhaitent une France faible, placée sous leur surveillance et ils s’accordent par défaut à rétablir Louis XVIII.

Une charte constitutionnelle du 4 juin 1814 est mise en place : pour le roi elle s’oppose à « l’esprit de la révolution ». La charte est donc « octroyée » par le roi. Le roi possède seul le pouvoir exécutif et l’initiative de la loi. Les ministres sont choisis parmi le Sénat ou le corps législatif. Cependant, l’égalité devant la loi est rappelée, de même que l’Etat de droit et la liberté de culte, même si l’Etat est catholique. Le roi est inviolable et sacré et il a la puissance exécutive et il est le chef des armées. La puissance législative est assurée par le roi, la chambre des pairs et la chambre des députés de département. Le roi peut convoquer et dissoudre les chambres. La charte ne remet pas en cause les grands acquis de la révolution.

Le retour de l’aigle (Napoléon) qui s’enfuit d’Elbe le 26 février 1815 aboutit à son retour à Paris le 20 mars. Il élargie le nombre des électeurs à 92.000 et rétablit le drapeau tricolore. Mais le 18 juin 1815, Napoléon perd à la bataille de Waterloo et abdique le 22 juin. Le congrès de Vienne décide de l’occupation de la France, avec un million de soldats étrangers. Dans le Sud-Est, des massacres ont lieu. Une terreur blanche secoue le pays et les différentes fonctions sont épurées des anti-monarchistes. Le corps électoral est réduit à 18.000.

A partir de 1820, ce sont les ultraroyalistes qui dominent la vie politique et réduisent la liberté de la presse. Les grands propriétaires fonciers sont favorisés par le régime. Cependant, des oppositions entre libéraux et royalistes voient le jour, même dans les rues. En 1824, Charles X succède à Louis XVIII. Il rétablit le clergé à la tête de la société. Il indemnise les émigrés dont les biens avaient été confisqué par la révolution.

Chapitre 2 :  Une révolution et une monarchie au profit de qui ?

Le roi fait face à une opposition de députés en mars 1830. Il décide de dissoudre la Chambre. Ce raidissement du roi fait monter l’opposition libérale et républicaine. En juillet 1830, les élections donnent une large majorité à l’opposition. La chambre est de nouveau dissoute et les journaux doivent avoir une autorisation préalable pour paraitre. Un nouveau régime électoral exclut la bourgeoisie d’affaires du vote.

Les Trois Glorieuses

Thiers estime que « des ministres criminels ont violé la légalité, nous sommes dispensés d’obéir ». Journalistes, patrons d’imprimeries, ameutent la population parisienne. De plus, 5.000 ouvriers imprimeurs se sentent menacés par le chômage. Les étudiants se réunissent sous le cri de « A bas Polignac, à bas les ministres ! vive la charte ! ». Les députés opposants cependant restent dans l’attentisme. Il faut ajouter au contexte, les mauvaises récoltes que connaissait alors la France.

  • Le 27 juillet, 3.000-4.000 républicains, étudiants autour de Cavaignac et Raspail se retrouvent auprès d’anciens soldats de l’empires, près de 50.000 combattants, ouvriers et gardes nationaux défilent derrière le drapeau tricolore.
  • Durant la nuit du 28, le centre et l’Est de Paris se couvrent de barricades arborant le drapeau tricolore. Les insurgés s’emparent de la poudrerie de la Salpétrière et de l’Arsenal. L’Hôtel de ville, Notre Dame sont pris.
  • Le 29, les insurgés prennent le Louvre et les Tuileries. Les libéraux autour de La Fayette, Guizot veulent reprendre en main le mouvement pour éviter « le dérapage dans l’anarchie ».

Au 30, cette révolution a fait environ 1 millier de victimes. Deux solutions s’affrontent entre nommer le duc d’Orléans ou établir une République. Malgré la puissance républicaine dans la rue, Thiers lance une proclamation qui désigne le duc d’Orléans comme « roi citoyen ». Les députés le désignent alors comme roi des Français par la grâce de Dieu et de la volonté nationale. Le drapeau tricolore devient officiellement emblème national.

Une révolution escamotée

La volonté insurrectionnelle est vite déconsidérée par le nouveau pouvoir qui rétablit la loi. La charte est ainsi révisée : les Français sont citoyens, la religion catholique n’est plus religion d’Etat, la censure est interdite… les chambres ont désormais l’initiative des lois. La mise en place d’un régime parlementaire est donc conforté. La révolution a fait se côtoyer les journalistes, les aspirations à la politique de la petite bourgeoisie parisienne ainsi que le refus des députés de voir leur pouvoir bafoué.

La révolution n’est pas terminée (1830-35)

Les libéraux semblent obtenir avec la révolution des mesures conformes à leurs souhaits. Une politisation élargie se met en place. Un conseil municipal est élu dans chaque commune avec un minimum de 50 électeurs. 2 millions d’électeurs font leur entrée dans la vie politique. Dans les grandes villes, le maire est toujours élu par le préfet.

Pour les consultations nationales, on passe de 166.000 électeurs en 1831 à 250.000 en 1848. Cependant, le pouvoir politique reste un privilège de richesse et de raison.

De grandes modifications sont organisées par le régime : la création des postes rurales et la naissance des annuaires des postes.

Le bonapartisme tend à faire son retour dans la vie politique, notamment auprès des anciens soldats. Louis-Philippe tente de dépolitiser ce sentiment en incluant Bonaparte dans le culte national (retour des cendres de Napoléon).

Les Républicains ont surtout de l’influence dans les villes et ont des journaux, La Tribune d’Armand Marrast, et Le Réformateur de Raspail. Il y a des clubs comme la Société des amis du Peuple, la Société des droits de l’Homme et du citoyen, réunissant ouvriers, étudiants, intellectuels. Les funérailles du général Lamarque sont l’occasion de barricades dans Paris. On estime à 600 morts ou blessés cette tentative révolutionnaire. Face aux mesures d’interdiction des journaux, les républicains tentent des mouvements insurrectionnels à Lyon en avril 1834. Les républicains entrent dans la clandestinité. De plus, on note à cette époque la montée des idées socialistes.

Le mécontentement populaire

Une loi du 10 avril 1831 réglemente les attroupements qui définit les formes de réunions possibles sur la voie publique. En novembre 1831, les patrons de la soie de Lyon refusent d’observer le tarif négocié des salaires, ce qui provoque la révolte des canuts.

A Paris, le choléra fait en 1832 18.000 morts à Paris et créé un climat de tension. En 1835, un attentat contre Louis Philippe est utilisé pour prévoir des peines sévères contre les délits de presse et font entrer les républicains dans l’illégalités. La bourgeoisie se raidit et craint une menace sur l’ordre social. Cependant, elle voit, autour de Guizot, l’instruction comme une façon de moraliser les classes populaires. La loi de 1833 impose l’ouverture et l’entretien d’une école dans chaque commune.

Les derniers feux de la monarchie

De 1835 à 1840, on assiste à un apaisement social et politique. Le roi joue un rôle majeur dans la vie politique mais la Chambre se cabre de ses interventions politiques. A la toute fin des années 1830, Thiers devient premier ministre avec sa formule : « le roi règne mais ne gouverne pas ». Cependant, il se retire dès octobre 1840. C’est donc l’idée d’un pouvoir fort et conservateur qui triomphe.

C’est au tour de Guizot de diriger ce gouvernement conservateur jusqu’en février 1848. L’abolition de l’esclavage est bloqué par une minorité possédant des intérêts dans l’exploitation du sucre.

La fabrique de l’opinion : le roi, les chambres, l’esprit public et la rue

La chambre des pairs est constituée de l’aristocratie nommée par le roi.

La pétition devient un mode d’expression d’une grande importance. Des enquêtes peuvent ainsi être décidées et le pouvoir législatif peut davantage contrôler l’exécutif. L’adresse au roi peut aussi être un moyen de contrôler le roi et son pouvoir.

Les écrits aussi peuvent être utiliser pour faire de la politique. Chateaubriand, ministre de Louis-Philippe écrit et défend un libéralisme parlementaire. Guizot de son côté, prend la plume pour s’opposer aux ultras et rattache la charte constitutionnelle à la révolution.

Les salons restent des lieux important de la discussion politique, notamment pour l’élite. Les députés viennent parfois y lire les discours qu’ils vont prononcer ensuite à l’assemblée.

Une vie politique émerge aussi dans la presse, par les caricatures de Daumier par exemple.

Les banquets politiques se développent autour des députés. En 1832, les républicains de Lyon réunissent 1800 personnes.

Il y a aussi nombre de sociétés secrètes durant la monarchie. Il s’agit d’organiser une opposition mais aussi l’action (exe : l’appel à l’insurrection du comité des saisons de 1839, avec Blanqui). Ces chefs finissent en prison mais font circuler et enraciner l’idée républicaine.

La presse devient un moyen important de l’opinion : elle répercute les débats et prend position. Chaque tendance politique à son journal : les Ultras avec la Gazette de France, le Drapeau Blanc par exemple. Des brochures fleurissent aussi sur différents sujets. Les tirages progouvernementaux sont évalués à environ 14.300 exemplaires alors que pour l’opposition, on est à 41.300 exemplaires autour du Constitutionnel, le Journal des débats…

Le théâtre est aussi utilisé pour dénoncer l’Eglise ou le pouvoir royal. La violence des propos ou des insultes envers l’autorité royale ou le pouvoir est aussi importante et fait partie d’une forme d’opposition populaire. Les chansonniers moquent aussi le pouvoir.

La garde nationale est utilisée comme police intérieure et se montre médiocre. Durant les 3 glorieuses, elle a eu tendance à se reconstituer. Le garde national est utilisé par le pouvoir. Les officiers de la garde nationale sont élus de façon plus démocratique que les autres élections. Ils sont souvent un foyer de militants républicains.

Le deuil est aussi utilisé comme un moment de protestation. La foule porte le cercueil du défunt, passe par Vendôme et la Batille. On provoque les forces de l’ordre et on y fait des discours. La barricade est aussi une tradition parisienne, utilisée à plusieurs reprises durant le règne de Louis Philippe. Mais c’est « une pratique rare ».

Chapitre 3 : la France des champs et l’industrialisation

Des changements économiques se développent sous la Restauration mais surtout à partir des années 1830. L’auteur refuse d’employer le terme de « révolution industrielle ».

Qui sont les Français ?

La France passe de 30,5 M d’habitants en 1821 à 35,4 M en 1846. La révolution et l’empire ont pourtant amputé le pays d’habitants (morts, émigration). Le recul du taux de mortalité est dû à une baisse du taux de mortalité infantile, à de meilleurs conditions de vie, notamment pour les plus aisés. Paris groupe 1 M d’hab, Lyon 150.000, Marseille 183.000 en 1846.

Le village : cadre de vie de la majorité des Français

Le village est un monde plein. Il n’y a pas de notables, d’étrangers…. Cependant, le village s’ouvre vers l’extérieur : foires, marchés accélèrent les échanges, les contacts.

A la campagne, les aléas sont nombreux et il y a souvent des périodes de mauvaises récoltes (ex : 1840 et 1846). La production agricole augmente néanmoins de 1 % /an. Elle se fait par extension des surfaces cultivées ou intensification des méthodes et développement de l’élevage. La main d’œuvre est nombreuse dans l’agriculture et nécessite peu de capitaux. L’agriculture s’est en fait modernisée très progressivement. Par la révolution, les propriétés sont restées morcelées ce qui est un frein à la croissance.

La communauté paysanne reste très soudée autour de pratiques communautaires et religieuses, de l’esprit de clocher. Le temps de travail est toujours élevé : 14 h en été, 11 h en hiver. L’habitat reste souvent rudimentaire : il accueille la famille et les animaux. Les cafés, les carnavals et charivaris animent la sociabilité.

Durant la moitié du XIXème, l’école et les migrations jouent un rôle majeur dans les changements des campagnes. L’alphabétisation reste inégale entre les propriétaires-exploitants et les journaliers. L’émigration favorise donc les interactions entre villes et campagnes, surtout si cette émigration est temporaire.

Les curés, les médecins, les notaires, voire les châtelains gardent une forte influence dans les campagnes.

Les rebellions paysannes sont encore nombreuses et proviennent souvent de lois venues d’en haut : refus de la vente des biens communaux rachetés par les grands propriétaires, refus de l’alourdissement de la fiscalité… Ex à Buzançais (Indre) les émeutiers s’emparent des récoltes de blé et souhaitent imposer leur tarif aux notables de la ville. L’insurrection est matée et trois paysans sont guillotinés.

Modernisation douce ou industrialisation sauvage ?

 L’urbanisation est un facteur majeur, tout comme la croissance démographique. Mais c’est surtout la consommation paysanne, artisanale, le développement d’une « classe moyenne », l’accroissement des salariés qui créent un marché de biens industriels populaires. La première industrialisation est notamment centrée autour du textile, de secteurs agroalimentaires (minoteries, brasseries, sucreries). Cette industrie textile est aussi destinée à l’exportation.

La naissance de l’usine, de la « fabrique » frappe les contemporains, même si elle est l’exception. L’organisation du travail se modifie par l’industrialisation. Pour Jeff Horn, la révolution pousse les entrepreneurs à être plus prudent dans leur développement industriel, notamment face aux mouvements populaires.

Difficultés et faiblesses des échanges

On voyage toujours mal à l’époque : il faut entre 55-58 heures pour aller de Paris et Lyon. Les routes royales reliant Paris aux grands ports et villes frontières sont mal entretenues. Les routes départementales sont très médiocres. La voie fluviale est souvent la plus rapide et praticable autour de la Seine, l’Oise, la Saône. Il y a seulement 2.000 bureaux de postes pour 37.000 communes. Il y a un déficit des communications et un isolement de la capitale face au reste du pays.

Nombre de banques ont investis dans les années 1840 dans les chemins de fer. La banque Rothschild se tient à l’écart mais participe à la modernisation des Etats en tant que prêteur du roi. Les grandes bourses françaises mettent du temps à se développer car il y a des freins à concentrer l’ensemble des valeurs industrielles.

Le commerce intérieur est freiné par le manque de bons moyens de communication, mais aussi le manque de moyens monétaires (billets). Le commerce extérieur reste modeste et la France est protectionniste. Même avec ses colonies, la France adopte une logique protectionniste : droit de 5 francs par quintal pour le sucre des Antilles. Les armateurs et négociants se prononcent néanmoins pour le libre-échange. Durant les années 1830, le commerce extérieur connait un fort dynamisme : vins, soie.

Au départ de l’industrialisation, l’autofinancement des entreprises par les familles a suffi à lancer le processus. L’esprit d’entreprise se serait surtout développé chez des entrepreneurs protestants. L’industrie textile est notamment à la pointe de ces changements.

On peut néanmoins parler de « révolution industrielle » car celle-ci transforme l’ensemble de la société. Mais il s’agit d’une « lente transformation » qui se réalise autour de la proto-industrialisation et du pluralisme d’activités. La proto-industrialisation n’est pas synonyme d’artisanat. Ce sont parfois des hauts fourneaux (près des forêts) ou de véritables industries (papéterie). Jusqu’au milieu du XIXème, les établissements industriels sont près des rivières. La fonte et le fer au bois dominent toujours, même si le procédé du puddlage se développe au Creusot, à Montataire. Les mines progressent aussi à Anzin et font la fortune de Casimir Perrier.

L’auteur considère qu’en s’intéressant aux industries lourdes, on laisse de côté d’autres industries qui se sont développées comme l’industrie betteravière. De plus des industries de luxe se développent (parfumeries) ou encore des fournitures pour le bâtiment (les papiers peints).

Les entrepreneurs sont vus souvent comme des self made man (« fils de leurs œuvres » en Français). Cependant, il faut relever leur endogamie sociale. Ce ne sont pas réellement des « parvenus ».

Le monde industrieux

Dans les années 1840, 1,2 M d’ouvriers travaillent dans les manufactures sur 4,4 M d’ouvriers, dont 60% dans le textile. Dès ces années les femmes et enfants sont 75 % de l’effectif et déqualifient le travail. Les femmes pratiquent souvent un travail discontinu en fonction des besoins commerciaux. Les pratiques des nouvelles usines entrainent souvent un système de coercition imposant un travail régulier, à heures fixes. Le travail n’y est pas compliqué mais dangereux, sale, bruyant, répétitif. L’insécurité du travail, voire le caractère saisonnier conduit souvent au chômage. Le nomadisme ou le turn-over sont importants. Les patrons essayent parfois de fixer leur main d’œuvre par la contrainte (livret ouvrier ou la philanthropie (logement, instruction, assistance). Les hygiénistes sociaux ont par ailleurs souligné l’insalubrité de l’industrie.

La misère est physiologique : les ouvriers sont de petite taille, atteints de maladies industrielles : silicose (mineurs),, saturnisme chez les peintres en bâtiment, ou chez les fondeurs de caractères d’imprimerie. La prostitution et l’alcoolisme se développent aussi dans les catégories populaires. Pour autant, l’Etat reste neutre et n’intervient pas malgré la loi de 1841 qui n’est pas vraiment appliquée.

La lutte contre les mécaniques, « tueuses de bras » touche le textile et les métiers artisanaux parisiens. Les conflits ont tendance à augmenter : chez les imprimeurs-typographes (contre les presses mécaniques), les tailleurs (machines à coudre). Ce sont de catégories très présentes dans les trois glorieuses. Le pouvoir tente de les discréditer.

L’organisation de la nouvelle société

L’urbanisation s’accélère, lentement au début du siècle, mais de façon plus rapide à partir de 1840. En 1832, il y a seulement 33 % de Parisiens nés dans la capitale.

Chapitre 4  : Le temps des possibles : réformistes, utopistes, novateurs et féministes

 L’idéologie libérale repose sur plusieurs principes : refus de l’absolutisme, limitation de l’Etat, reconnaissance d’une autonomie de la société par rapport à l’Etat, valorisation de l’individu, souveraineté de la nation par rapport à ses représentants, libertés religieuses… ce libéralisme politique n’est pas forcément porté par les porteurs de la liberté d’entreprendre et d’acquérir.

Frédéric Bastiat au niveau économique fonde l’association pour la liberté des échanges. II rédige une « Pétition des fabricants de chandelles » et dénonce le protectionniste. Bastiat y dénonce les fabricants de chandelle qui réclament le protectionnisme et l’intervention de l’Etat. Il défend le libre-échange et estime que l’intervention de l’Etat n’est que l’expression des intérêts de groupes particuliers. Ce discours libéral tend à légitimer les transformations sociales à l’œuvre.

S’opposer en proposant un nouveau modèle de société

Ce sont en général des socialistes et des utopistes. L’objectif de ces projets sont le bien-être pour tous. Le terme de socialisme est un néologisme et apparait dans la correspondance saint-simonienne, même si Pierre Leroux prétend en être l’auteur.

Parmi les 1ers théoriciens, il y a Saint Simon, Fourier. Claude Henri de Rouvroy, comte de St Simon (1760-1825) a fait fortune comme acquéreur de biens nationaux, s’est ruiné sous l’empire. Il mise sur l’alliance entre industrie et la science. Ils voient notamment les savants guidés l’industrialisation.

Fourrier (1772-1837) est un fils de marchand. Il rejette toute idée de gouvernement et invente un phalanstère, cadre de l’harmonie où la vie de chacun est un parcours. Cabet, un de ses successeurs, veut que la communauté possède en commun toute les richesses et prenne en charge l’éducation de chacun.

Il y a de nombreux réformateurs sociaux. Pierre Leroux est un penseur et expérimentateur. Il crée une colonie agricole où fonctionne une imprimerie et l’exploitation. Il gagne une grande popularité car son expérience se diffuse dans les élites ouvrières. Louis Blanc connait une popularité grâce à son ouvrage L’organisation du travail, qui assure son audience dans les classes populaires. Il prône l’association des travailleurs en coopératives et à la gestion des échanges sociaux. C’est l’Etat qui doit mettre en place des « ateliers sociaux » dans les différentes branches industrielles. Proudhon est le père de l’anarchisme. Il s’oppose à l’intervention de l’Etat et rêve une société de petits propriétaires tout en qualifiant la propriété de « vol ».

Le catholicisme social est dominé par Lammenais qui estime que Dieu délègue la souveraineté au peuple. Il est poursuivi par le pape et le pouvoir. D’autres prônent davantage un catholicisme social.

De nombreuses associations voient le jour. L’esprit d’association est prôné face à l’individualisme. En 1834, est fondée la société pour l’abolition de l’esclavage, par De Broglie et Lamartine. En 1838, à l’initiative de Balzac est fondée la Société des gens de lettres, société d’entraide et de groupement de défense de la propriété individuelle. Cependant, ce sont surtout les ouvriers qui se groupes dans des associations. Buchez voit l’association comme alternative à la condition ouvrière. Au départ, ces associations sont davantage des lieux de sociabilité, des sociétés chantantes. Le pouvoir se méfie de ces associations où l’on chante, discute, critique. Elles sont vues comme des lieux qui ont permis la révolution de 1830. Après les tentatives révolutionnaires de Blanqui dans les années 1830, nombre d’ouvriers se lancent vers l’éducation et la propagande qui leur parait être les seuls moyens de créer les conditions du changement social. Ils créent des journaux comme L’atelier, la Ruche populaire.

Les utopistes sont les premiers à défendre les femmes, et nombre d’entre elles s’engagent ainsi. La liberté de s’exprimer est accordée aux femmes mais il n’est jamais question d’égalité. La figure la plus connue est Flora Tristan avec son Tour de France (1843-44).

Une période contrastée sur le plan intellectuel et artistique

Au niveau littéraire, le romantisme s’affirme comme une manière de se révolter, au nom de la liberté de l’art. C’est une affirmation libérale. Ses auteurs sont nombreux : Hugo, Musset, Nerval, mais aussi sont des historiens (Prosper Mérimée…). Pour Hugo d’ailleurs, le romantisme est « le libéralisme en littérature ». Cependant, au milieu du siècle, le romantisme « s’assagit » : Lamartine devient académicien puis député, de même qu’Hugo. Il « s’embourgeoise ».

Chapitre 5 : La France, l’Europe, le Monde

Dès la Restauration, la France veut relancer sa présence en Afrique noire, autour de sa marine, en Côte d’Ivoire, près des côtes gabonaises.

En 1815, la France est sous tutelle, après l’épopée napoléonienne.

La révolution de 1830 suscite la méfiance des puissances du congrès de Vienne mais attise le développement des mouvements libéraux et nationaux en Europe. Les pouvoirs absolus craignent Louis-Philippe. Celui-ci se fera accepter en respectant les traités et en menant une politique classique d’alliance.

Durant la période, la France est en rivalité avec l’Angleterre, notamment autour de la Méditerranée.

Charles X se lance à la conquête de l’Algérie, en partie pour détourner l’attention, en 1830. Cependant, la victoire n’est pas accueillie dans un grand enthousiasme. Louis-Philippe maintient l’occupation et fait face à la résistance d’Abd-El-Kader, entrainant un cycle de violences. Contrairement à la colonisation anglaise qui serait mercantile, la France présente son colonialisme comme civilisateur. Les républicains critiquent les exactions, prônent la liberté religieuse mais ne condamne pas le colonialisme même.

Le moment « 48 » s’inscrit dans l’Europe du printemps des peuples. Les années précédentes sont marquées par la baisse du pouvoir d’achat, le déclin d’une économie agraire et artisanale. Il existe partout un climat révolutionnaire et un parti du mouvement, qui peut être divisé, radical, réformiste, révolutionnaire, avec des revendications communes (droits de l’homme, révolution française, instances représentatives, fin du système seigneurial…). Les 1ers signes se trouve dans le mouvement chartiste en Angleterre qui structure les revendications sociales et politiques. En 1846, le pape fait introduire des mesures libérales dans ses Etats : amnistie politique, chambre consultative, libéralisation de la presse. Les évènements parisiens s’inscrivent dans ce contexte et vont ensuite jouer un rôle moteur.

Chapitre 6 : Révolution et République : retrouvailles et ruptures

Comment nait la révolution ? La crise de 1846-1848

La crise des années 1840 prend la forme de crise de sous-production agricole, alliant les aspects nouveaux de la crise industrielle, une surproduction. La France connait une crise frumentaire. L’augmentation des prix agricoles a entrainé une mévente industrielle car les populations ont cherché d’abord à s’alimenter. Cela entraine donc une crise du bâtiment et du textile. A Roubaix, en mai 1847, 60 % des ouvriers sont au chômage. Le régime est mis en accusation. Le gouvernement connait l’usure de son pouvoir. Les républicains prônent le suffrage universel. Des affaires de corruption entache en plus le pouvoir et le roi est de moins en moins populaire.

Les causes générales n’expliquent pas tout. L’évènement déclencheur est l’interdiction d’un banquet républicain à Paris. Les banquets se multiplient même chez les libéraux ce qui inquiète le pouvoir. Le 24 février, un banquet pourtant modéré est interdit et malgré les forces répressives utilisées par le roi, deux journées de barricades (23-24 février) entrainent la chute du roi.

La révolution a marqué la fusion, à chaud, d’un peuple citoyen et travailleur et de la bourgeoisie mais montre ses limites. La revendication sociale a fait un temps alliance avec l’idée républicaine, mais le peuple redevient vite pour les gouvernants l’incarnation de la violence et de l’impatience.

La révolution retrouvée et perdue : février à juin 1848

La révolution de février est unanimement partagée dans le peuple. On reconnait des étudiants, des ouvriers (qualifiés, alphabétisés, manœuvres, sans qualificatons). Le 23, Guizot annonce à l’assemblée son propre départ. Dans la rue, c’est une explosion de joie, mais les combats ne cessent pas. Le 24, l’insurrection se poursuit et il s’agit désormais de s’en prendre à la royauté toute entière. Les républicains se réunissent pour ne pas revivre l’escamotage de 1830. La menace de la prise des tuileries provoque l’abdication du roi. La foule envahit la chambre et les espoirs royalistes s’effondrent.  A la tribune Lamartine annonce les noms d’un gouvernement provisoire. L’ouvrier Albert entre au gouvernement. La plupart sont avocats, journalistes comme Ledru-Rollin. L’astronome Arago, à la renommée internationale est du gouvernement. Toutes les nuances des années 1840 sont présents dans le gouvernement, la pensée libérale mais aussi les idées socialistes (Albert – Louis Blanc).

La monarchie s’est effondrée en février sans véritable effusion de sang même s’il y a eu des morts des deux côtés. A Lyon, la violence, même symbolique est ciblée : on dégrade des portraits de Bugeaud et de Soult associés à la répression des canuts. A Paris, le trône est porté en cortège et apporté à la Bastille où l’on procède à sa crémation.

Quelle République ?

Les républicains souhaitent que la république instaurée se légitime sur l’élection, donc sur le peuple consulté. Le peuple parisien lui, souhaite imposer l’organisation des travailleurs : en finir avec le chômage, et réorganiser les rapports économiques. La nouvelle république doit se construire sur l’idée du travail élevé au rang de garantie universelle des droits du citoyen.

Le 25 février, le gouvernement s’engage à entendre ces revendications. Cela aboutit à la création des ateliers nationaux, que prône Louis Blanc où l’Etat se substitue aux entreprises en organisant secteur par secteur, l’activité économique. Les ateliers se limiteront cependant au terrassement, à la réfection des voies Les ouvriers, ayant obtenu le droit au travail, cèdent sur la couleur du drapeau, même si Blanc considère qu’il a perdu son prestige sous Louis-Philippe. Une garde nationale est créé et on recrute chez les ouvriers et chômeurs.

Le 28 février, le cortège réclame un véritable ministère du travail. Cependant, c’est une commission du gouvernement qui est créée, présidée par Louis Blanc, pour réfléchir à l’organisation des travailleurs. Composée d’ouvriers et de patrons, elle devait jouer le rôle d’états généraux. Le travail est considérable : de nombreuses pétitions parviennent devant la Chambre, dénonçant les inquiétudes des ouvriers.

L’invention du télégraphe a permis l’acheminement rapide de la communication. Partout en province, les heurts sont limités. On s’attaque davantage aux symboles de la modernité qu’au pouvoir déchu.

Ledru-Rollin remplace les préfets par des commissaires de la république, qui peuvent nommer les maires, recourir à l’armée.

La fraternité fait partie des valeurs de cette révolution. Des royalistes deviennent républicains, le clergé participe à bénir les arbres de la liberté. L’archevêque de Paris, mgr Affre s’est rallié à la république. Les images de la révolution portent les marques d’une image de Jésus, comme « Christ des barricades ».

Les femmes sont entendues, notamment au Luxembourg et dans les ateliers nationaux. Elles réclament souvent le droit à l’éducation publique, la réciprocité dans le mariage, le divorce. Un décret de Crémieux à la Chambre pour le divorce ne suscite que rires et quolibets.

Le 4 mars 1848, le principe de l’abolition de l’esclavage est acté.

La révolution débouche sur l’essor de clubs (236 à Paris). Les femmes participent à certains clubs ou créent les leurs (Club des femmes d’Eugénie Niboyet). La presse révolutionnaire et des journaux font leur apparition (Le Père Duchène…), les femmes ont les leurs (la Voix des femmes). Même le gouvernement a son journal (Bulletin de la République).

En matière politique, la peine de mort est supprimée. Les ministres de la monarchie ne sont pas poursuivis. Le 29 février, les titres de noblesse sont abolis. Le 2 mars, la journée de travail passe à 10 h à Paris, 11 h en province. Le 8 mars, la garde nationale est démocratiquement ouverte à tous.

Les mesures économiques d’urgence

Pour se renflouer, l’Etat augmente l’impôt de 45 centimes partout. Cependant, il a refusé le développement d’un impôt progressif.

Les élections au suffrage universel

Le suffrage s’inscrit dans un climat d’agitation. Les gardes nationaux des quartiers riches (manifestation des bonnets à poils) manifestent contre la dissolution des compagnies d’élites. D’après Agulhon, c’est la première manifestation « à caractère d’opposition de droite ». le lendemain, une contre-manifestation s’organise et réunit 150.000 personnes pour le report des élections. Blanqui en est l’instigateur. En avril 1848, 9 M d’électeurs sont inscrits sur les listes. La participation est de 83,6 %. Le vote n’est pas secret et reste une pratique collective. Les cortèges électoraux ont des allures de procession. La république modérée remporte les élections (450 sièges) dont certains sont royalistes.

Le 4 mai, siège la 1ère séance de l’assemblée constituante. Hugo lui-même est déçu de cette assemblé, de sa composition : « on sent que cette assemblée est d’hier et qu’elle n’est pas de demain ». Les 1ers ouvriers font leur entrée à l’assemblée.

Le 15 mai : l’invasion de la chambre

Elle est envahie à l’occasion d’une manifestation en faveur de la Pologne. Barbès et Blanc sont accusés d’être à l’origine des troubles : cela montre le fossé entre l’extrême gauche et la Commission exécutive. L’objectif d’après Proudhon était aussi de « dire au gouvernement (…) vous n’avez rien fait pour la Révolution, pour l’organisation du travail et la liberté des peuples ». Blanqui intervient à l’assemblée, et Blanc est ovationné à l’extérieur par la foule qui le porte en triomphe. Mais, la manifestation bascule avec la tentative de Huber de dissoudre l’assemblée nationale. La garde nationale intervient et arrête 400 personnes, dont Blanqui et Albert. Blanc parvient à échapper à l’arrestation. Le 16 mai, la commission du Luxembourg est supprimée.

Le brasier de juin 

Les évènements de juin vont créer une fracture « profonde et durable ». La revendication qui guide cette 2nde révolution est le droit au travail et son organisation. Les insurgés défendent les ateliers nationaux et aussi une république démocratique et sociale, « l’association libre du travail, aidée par l’Etat ». Ces ateliers ne fournissaient pas suffisamment de travail et ceux qui les faisaient travailler, ne cherchaient pas à organiser leur travail, d’où un désœuvrement en croissance. Le 24 juin L’assemblée met Paris en état de siège, et Cavaignac dispose des pleins pouvoirs. Le 25, il lance le combat contre cette offensive. Il y a au total environ 4.000 victimes. La lutte a été très intense. Cette violence s’explique par la rumeur, la peur qui s’est inscrit entre les deux camps.

En province, l’irritation gronde contre l’agitation parisienne. Des volontaires montent à Paris de toute la France aux côtés du gouvernement. Les gardes mobiles, eux, se découvrent comme les défenseurs féroces de l’ordre, attachés à leur solde, notamment. A Marseille, l’affrontement est aussi violent. Lamartine a été accusé d’une mauvaise gestion de l’autorité républicaine. Il achève à jamais sa carrière politique. Gustave Flaubert, dans l’Education sentimentale porte une réflexion sur l’échec de la révolution.

Juin n’est pas une révolution de la faim. On prend les armes pour la république, mais sociale. De plus, avec la légalité, la rue a perdu son rôle de lieu reconnu et légitime d’expression du politique. Le 6 juillet, une cérémonie de réconciliation honore toute les victimes. Cependant, le peuple n’est pas venu. A l’été, les anciens insurgés font campagne pour l’amnistie, notamment les femmes. Cavaignac, puis Napoléon procèdera à des grâces. Cavaignac établit un gouvernement où les militaires ont la part belle, le parti de l’Ordre y domine. La répression se poursuit en Algérie, à Cayenne. Blanc s’exile à Londres. Il y a donc un reflux de la « république fraternelle » et une montée des auteurs réactionnaires qui s’approprient la culture et les arts.

Chapitre 7 : Une république qui se fait et se défait

La Constitution : l’équilibre des pouvoirs

Les constituants s’appuient sur la révolution française mais aussi l’expérience américaine, notamment portée par Tocqueville. La Constitution encourage le travail par l’enseignement primaire gratuit, l’éducation professionnelle, l’égalité des rapports entre patrons et ouvriers. Cette conception rejoint davantage le catholicisme social que l’idéal de démocratie sociale. Le président, malgré des oppositions (Jules Grévy : un président est un « pouvoir monarchique ») est élu lors d’élection directe, mais ne peut être réélu directement et ne peut dissoudre l’assemblée.

Le culte napoléonien est présent en France et un profond patriotisme de « gauche » le favorise aussi. De plus, ses écrits sur le paupérisme ou défendant l’industrie sucrière métropolitaine le rendent populaire. Son « idée napoléonienne » veut se placer au-dessus des partis. Il défend un « système hiérarchique qui, tout en assurant l’égalité, récompense le mérite et garantit l’ordre ». Le 4 juin 1848, LN Bonaparte est élu député. Il est un élu des ouvriers mais aussi des campagnes.

Lors de la présidentielle LNB fait face à 4 autres candidats qui ont un comité électoral national et des mités locaux. Cavaignac est un de ses adversaires. Ledru-Rollin (représentant la « montagne ») et Raspail (emprisonné depuis le 15-05) figurent aussi. Le parti de l’Ordre n’a pas de candidat et soutient ou Cavaignac, ou Ledru-Rollin. LNB va écraser l’élection avec plus de 5 M de voix. Il recueille des voix contre la république modérée mais aussi contre le communisme.

Le gouvernement de LNB est composé surtout de monarchistes et il écarte les républicains. Un conflit s’engage entre l’assemblée et le gouvernement. L’assemblée est entourée de troupes le 29 janvier 1849. L’Assemblée capitule et accepte sa dissolution. Ce coup de force permet de s’attaquer à Ledru-Rollin.

La constituante tente de créer un organe conciliateur entre l’exécutif et le législatif (le conseil d’Etat) mais il a peu de pouvoirs. Dans le même temps, la répression de la révolution se poursuit.

L’Italie au cœur : de la fraternité au fratricide

Les élections de mai 1849 marque la victoire des monarchistes, et la poussée des « rouges », notamment dans les campagnes. Les « rouges » obtiennent 34,8 % des exprimés. Dans le quartier de la Croix-Rousse, la liste « montagnarde » obtient 81 %. Les Constitutionnels sont loin derrière mais le parti de l’Ordre obtient 64 % des sièges.

L’exécutif intervient en Italie aux côtés du pape contre les républicains. Un coup de force est organisé contre Rome. Un appel au peuple est lancé à Paris et en province par la « montagne » et Ledru-Rollin. Un rassemblement pacifique est organisé devant l’assemblée mais la manifestation est chargée. Cependant, les ouvriers ne répondent pas présents à l’appel de Ledru-Rollin, vu comme un homme du gouvernement provisoire répressif. L’épidémie de choléra a aussi précipité l’échec de l’insurrection. Le gouvernement a donc maté la rue, s’est concilié l’armée mais veut s’en prendre au suffrage universel et à la presse.

La république réduite : juin 1849-décembre 1851

Après juin 1849, le gouvernement interdit les clubs, même les sociétés de secours mutuel. L’arsenal répressif aboutit à la quasi disparition de la presse républicaine avancée. La Démocratie pacifique, L’Atelier, disparaissent. Le droit de réunion est contrôlé. La loi Falloux, sur la liberté de l’enseignement montre l’alliance entre conservateurs et Eglise. Nombre de professeurs républicains sont destitués (4.000 d’entre eux environ). Le cours de Michelet est à nouveau supprimé.

Le gouvernement mène une politique néanmoins sociale : la création des bains gratuits et lavoirs publics, les caisses d’épargne, l’apprentissage…

Les gouvernants tâchent de remettre en cause le suffrage universel. Il faut trois ans de domicile pour être inscrits sur une liste électorale. La loi exclu les fils habitants chez leurs pères, les domestiques, les condamnés (notamment ceux des répressions politiques). Un tiers des électeurs perdent le droit de voter (3 M environ). A Roubaix, 80 % des électeurs sont radiés. Face à cette loi du 31 mai 1850, les républicains choisissent de pétitionner et recueillent 527.000 signatures. Deux mouvements républicains semblent se développer pour répondre à la réaction : la Jeune Montagne et la Solidarité républicaine. Cependant, le pouvoir va s’en servir pour légitimer le coup d’Etat.

LNB ne pouvant être réélu, se prépare à mener l’offensive et cherche à accentuer ses pouvoirs malgré la défiance de l’Assemblée. LNB purge l’administration, multiplie les faveurs pour s’assurer du soutien de l’armée. LNB se pose en victime de l’assemblée devant le peuple et en appelle à lui. Il veut réformer la république, non l’abolir. L’assemblée de l’ordre vote alors la possibilité de déchoir un président. Cependant, cette décision est sans effet. Les républicains tentent de soulever la population, mais décapitée par la répression, hostile à l’assemblée, la mobilisation reste faible. Une fusillade sur les boulevards le 4 décembre fait néanmoins 300 morts. L’opposition bourgeoise est terrorisée et on fusille les insurgés restant.

La magistrature s’est massivement ralliée à LNB. Elle a joué un rôle dans les condamnations de révolutionnaires. Ce coup de force a pu être qualifié de « révolution militaire » car le coup d’état a le soutien de la troupe. L’Assemblée de son côté s’était totalement discréditée.

En province, la résistance paysanne a été assez importante. Elle reprend la carte électorale de la France de « gauche ». La lutte y est politique (contre le pouvoir du président) mais aussi sociale (hobereau ou patron détesté). D’autres campagnes ne se soulèvent pas et refusent de défendre la république impopulaire pour ses mesures fiscales. L’empreinte de l’Eglise a pu freiner les mobilisations.

La répression

Les « jacqueries » ont entrainé une répression massive : 32 départements en état de siège jusqu’au 27 mars 1852, 26.884 arrestations. 27.000 personnes sont sanctionnées, dont 50 % à surveillance à domicile, 10 % à résidence forcée, 21 % déportés en Algérie.

La presse est réduite, notamment à Paris à 11 journaux. LNB rétablit le plébiscite et obtient en décembre 1851 7,5 M de oui. Cependant, ce plébiscite a été activement surveillé mais il légitime le coup de force.

Comme le souligne Dewerpe, l’œuvre de 1848 n’est pas négligeable pour le monde du travail. L’ouvrier a été placé au cœur de ce qui devient la question sociale.

Chapitre 8 : l’autorité impériale

Ce régime autoritaire a eu tendance à se libéraliser.

Vers le régime impérial

LNB se revendique de la révolution française et des principes de 1789. Cependant, la liberté pose problème chez LNB. Début 1852, il gouverne seul et par décret. En mars 1852, il rétablir les sociétés de secours mutuels en les contrôlant. Il se pose en dirigeant économique voulant moderniser le pays, notamment en développant le réseau ferroviaire.

Le suffrage universel a été rétabli mais est sous tutelle avec les candidatures officielles. Les préfets se chargent de désigner les candidats qui ont le soutien du gouvernement. Le monde paysan a longtemps soutenu l’empereur, ayant l’impression d’être impliqués dans le devenir du régime. Cependant, en ville le bonapartisme a une moindre influence. Il tient compte des ouvriers, en distinguant leurs revendications spécifiques de celles républicaines. C’est ainsi qu’il faut analyser le droit de grève de 1864.

L’opposition muselée

L’empire a fortement réprimé les opposants à ses débuts : beaucoup sont en exil en Belgique, Angleterre. Hugo écrit Napoléon le petit, Les Misérables, et Les Châtiments. Quinet, Louis Blanc, Ledru-Rollin mènent aussi le combat. L’opposition intérieure a peu de forces et de lieux pour contester la politique de Napoléon. Le tyrannicide a aussi été une pratique pour tenter de mettre fin au régime. Les chefs légitimistes ou orléanistes, eux , se sont souvent déplacés en province : Guizot, Tocqueville…

Chapitre 9 : L’empereur et les Français

Le socle du régime, rejoint par les notables reste la peur du « spectre rouge ».  Cependant, pour perdurer, l’empire doit proposer un programme nouveau.

L’empire, c’est la prospérité

L’empereur a une vision économique et sociale. Il développe le réseau de chemin de fer en étoile autour de Paris. En 1851, 3558 kms de voies exploitées. Il est porté à 16.994 kms en 1869. Les grandes compagnies maritimes se créent à cette époque : Messageries maritimes, Compagnie générale transatlantique. C’est la création des chantiers de Saint-Nazaire et le développement des ports du Havre et de Marseille. L’empereur a encadré et accompagné le mouvement de concentration des capitaux pour permettre ces investissements. Le 2nd Empire est aussi un moment fort de collaboration entre Etat et patronat. Eugène Schneider est vice-président du sénat.

L’empire joue un rôle dans les grands travaux urbains de Paris : le Paris d’Haussmann. ands travaux urbains de Paris : le Paris d’Haussmann. L’objectif est de moderniser Paris, de relier aux grandes gares, mais aussi d’empêcher de nouvelles journées révolutionnaires. De plus, les entreprises polluantes sont rejetées vers l’extérieur.

Les prix agricoles ont tendance a augmenté, ce qui favorise la consommation de la paysannerie. L’empereur fait rupture avec la politique douanière antérieure. Des industries avaient besoin d’une telle réforme : les articles de Paris, les soieries ou encore les industries modernes nécessitant des matières 1ères (charbon, coton…). Un traité anglo-français voit le jour.

L’empire et la guerre : une nouvelle diplomatie française ?

La France ne craint plus d’être belliqueuse. Elle intervient en Italie, au Mexique. NIII a une politique méditerranéenne et internationale. Il veut se poser comme le défenseur des nationalités.

NIII mène une politique extérieure ambitieuse : il participe à l’ouverture forcée de la Chine avec l’Angleterre. La France annexe la Basse-Cochinchine.

NIII a été deux fois en Algérie. : il est soucieux d’y poursuivre la colonisation. Il veut rassurer les autorités et les populations coloniales. La France fait la conquête du Sénégal qui va lui servir de pont vers l’intérieur des terres.

Chapitre 10 : les Français et l’Empire

L’âge d’or des campagnes françaises

La prospérité des campagnes et le rééquilibrage social qui s’opère ont entrainé une amélioration générale du niveau de vie des ruraux. L’attraction urbaine est réelle mais souvent saisonnière. L’Empire s’engage dans la modernisation des campagnes, dans les Landes, en Sologne. L’Empire a développé les chemins vicinaux.

Vers un monde ouvrier

A l’exposition universelle de Londres de 1862, les ouvriers français découvrent que leurs homologues sont mieux payés qu’eux. Si la condition s’améliore pour certains, les femmes, notamment celles travaillant à domicile, connaissent des situations difficiles. Dans la fabrique lyonnaise, en 1857, on trouve des filles travaillant la soie 17 h par jour dans des ateliers malsains où elles deviennent poitrinaires. La situation des enfants est toujours problématique jusqu’à la loi de 1868.

Dans les années 1860, le mineur connait un allongement de sa journée même si la besogne est moins pénible grâce par ex à l’aération des galeries. La pratique de l’amende cependant, n’a pas disparu.

L’empire a tenté de mené une politique pour rassurer les ouvriers mais aussi pour surveiller. Il a créé un asile impérial à Vincennes pour les vieux ouvriers, de grandes maisons collectives comme la cité Napoléon. La loi de 1854 interdit la rétention du livret ouvrier mais étend le livret et met des amendes pour ceux qui ne l’auraient pas.

Le droit de grève de 1864 est contradictoire puisqu’il doit respecter la liberté du travail. C’est durant l’empire que nait l’importance de la revendication d’une représentation ouvrière. Un manifeste des 60 est organisé : « le suffrage universel nous a rendus majeurs politiquement, mais il nous reste encore à nous émanciper ». L’égalité est dénoncée comme étant illusion car les ouvriers n’ont pas de propriété et sont sous le joug du capital. Ils n’ont pas le droit de faire entendre leurs intérêts, ont peu de liberté de réunion, n’ont pas accès à l’instruction, privilège des dominants, les enfants décrépissent à l’usine. Ce manifeste revendique la liberté du travail, le crédit, la solidarité.

Les notables impériaux

Les relations entre le pouvoir et les industriels a été forte, notamment dans le développement de la politique libre-échangiste. L’affairisme des banquiers, des financiers est très présent dans l’empire.

Le retour des oppositions

Le républicanisme modéré peut s’observer dans les élections à partir de 1857. L’opposition démocratique, notamment celle des exilés (Hugo, Quinet) est contenue même si elle se diffuse clandestinement. Des salons sont les lieux de rendez-vous des républicains libéraux. Le nouveau parti de l’ordre se réorganise autour de Thiers.

La place de l’Eglise et de la religion

Les catholiques et l’Eglise se sont massivement ralliés à l’empire. De plus, les idées républicains (liberté de conscience, de presse, démocratie, progrès) sont condamnés par l’Eglise (Pie IX en 1864).

La franc maçonnerie va permettre un lieu de pensée libre et de réunion pour les républicains d’alors. Le positivisme, le scientisme se développe dans les loges. L’empereur va fermer nombre de loges.

Un timide parlementarisme

Un courant bonapartiste se développe autour d’idée d’un empire parlementaire. Ce courant n’est pas très éloigné des idées de Thiers, qui refuse toujours le ralliement au régime.

Chapitre 11 : Les dernières années : la fin du napoléonisme

Le césarisme à l’épreuve du temps

Compliment pour ses partisans, opprobre pour ses opposants, l’idée de césarisme occupe la scène dans les années 1860. En 1868, la liberté de la presse est accordée et permet au journaux républicains et libéraux de se développer. Cependant, le gouvernement peut poursuivre les journaux, ce qu’il se passe pour une partie de la presse républicaine.

S’affirme alors dans cette période l’opposition républicaine libérale autour de Gambetta, qui dénonce le bonapartisme.

Les élections de 1869 et leurs conséquences

Cette année-là est un succès pour l’empereur : ouverture du canal de Suez inauguré par l’impératrice. Les élections mènent au pouvoir des partisans du parlementarisme impérial, des candidats indépendants. Thiers par exemple, est difficilement élu.

C’est aussi à cette époque que voit le jour le 1er programme républicain, le programme de Belleville qui réclame un gouvernement démocratique, la liberté placée sous l’égide des lois, non de l’arbitraire, la liberté de la presse dans toute sa plénitude, la liberté d’association, la séparation des Eglises et de l’Etat, l’instruction primaire, laïque, gratuite et obligatoire, la nomination des fonctionnaires par l’élection, la fin des armées permanentes et des réformes économiques qui touchent au problème social.

Au début de l’année 1870, l’agitation est palpable à Paris et en province. Des grèves éclatent et se succèdent : elles sont souvent offensives et violentes. Même Le Creusot connait un climat d’agitation. Les ouvriers réclament la gestion de leur caisse de secours. Cette grève est symbolique puisque le patron dirige la plus grande usine du pays et est un pilier de l’empire. Les socialistes, les républicains dénoncent la collusion entre l’empire et les patrons. Cependant, ailleurs, les ouvriers font souvent grève en en appelant à l’empereur.

L’empereur cherche à sortir des turbulences avec un plébiscite qui lui donne un large triomphe, même si Paris marque l’opposition où les « non » sont majoritaires.

Sedan : « là où s’achève le crime de décembre »

Selon Price, l’empereur n’a pas cherché d’avance le conflit, contrairement à l’idée républicaine reprise sur le moment. La France espérait un conflit seulement contre l’empire prussien. Mais tous les Etats d’Allemagne se rallient à la cause prussienne. De plus, la France ne peut compter sur aucun allié, personne ne veut intervenir. Même si l’empire est autoritaire, ce n’est pas une dictature militaire et les moyens militaires n’ont guère été augmentés et modernisés. Napoléon va utiliser le thème de la révolution et de la Marseillaise (pourtant interdite) pour populariser la guerre.

Cependant dès la défaite de Forbach, une foule de 10 à 30.000 manifestants se rassemble devant le palais-Bourbon et réclame la déchéance de l’empereur. Le territoire français est envahi. L’armée est acculée à Sedan. Napoléon III se constitue prisonnier. La nouvelle se diffuse rapidement et une grande hostilité de l’empereur et de l’empire, accusés de la défaite se diffuse. Les Français ne sont pas habitués à la défaite ni à des pertes aussi élevées. Le 4 septembre 1870, Gambetta fait proclamer la république. Le gouvernement de Bonaparte est tombé de lui-même.

Biographies

Louis Blanc  (1811-1882) : journaliste, historien, théoricien socialiste et homme politique. En 1839, il fonde sa revue, Le Progrès, et participe à la rédaction de la Réforme. Il devient théoricien du mouvement socialiste en publiant De l’organisation du travail en 1839. Il prône le régime de l’association, des coopératives rattachées entre elles aboutissant à un grand atelier national. Il écrit aussi une Histoire de la Révolution française. En 1847, il participe à la campagne des banquets et devient membre du gouvernement provisoire de 1848. Il est représentant du peuple à l’assemblée constituante et dirige la commission du Luxembourg. Après la répression, il s’enfuit et est réélu député en février 1871. V Démier, Louis Blanc : Un socialiste en république.

Auguste Blanqui : il entre dans la charbonnerie et devient un des conspirateurs républicains à partir des années 1820. Il participe à l’opposition politique aux côtés de Pierre Leroux et de son journal Le Globe. Il participe à l’association les Amis du peuple. Il a passé 37 années en prison, d’où son surnom l’Enfermé, mais a été de toutes les révolutions en faveur de la République sociale. V Vigier, Blanqui et les blanquistes.

Honoré Daumier : fils d’ouvrier, Daumier commence une carrière de caricaturiste sous la monarchie de juillet. Il est condamné à 6 mois de prison pour avoir représenté Louis-Philippe en Gargantua. Il continue son activité jusqu’à la loi de 1835. Hostile à NIII, il créé le personnage de Ratapoil. Il publie des planches pour souligner l’horreur de la guerre de 1870.

Pierre Leroux : il est à ses débuts employés d’agent de change, ouvrier maçon et typographe. Il entre au Globe en 1824 et publie des articles remarqués. Il publie en 1840 son traité De l’humanité puis De la ploutocratie. Il s’adresse aux milieux ouvriers mais influence George Sand. Il devient maire de Boussac et député de la Seine. Il défend les insurgés de juin 1848. Il est obligé de s’exiler après le coup d’état et assiste à la naissance de la Commune.