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L’industrie orthézienne au XIXème siècle : entre activités traditionnelles et nouvelle bourgeoisie industrielle

En 1870, Orthez est peuplée de 6627 habitants. C’est alors une ville ancrée dans une région profondément rurale et agricole.

L’industrie orthézienne au XIXème siècle

« Des industries locales atteignent un certain rayonnement pour une région peu industrielle » (Thierry ISSARTEL, Les bourgeois d’Orthez : une élite d’Orthez de 1870 à 1914)

Au milieu du XIXème siècle, Orthez se distingue par la présence d’activités industrielles traditionnelles, souvent issues du secteur agricole. L’industrie du cuir y est particulièrement représentée avec l’activité de 24 tanneries, de tailles réduites (d’une dizaine d’ouvriers au maximum). L’industrie textile, des fabriques de duvets et d’allumettes chimiques fonctionnent alors dans la ville. Ces entreprises sont souvent modestes. L’industrie du meuble occupe aussi des ouvriers à l’usine Cazalis-Lhoste mais aussi des ouvriers à domicile qui paillent les chaises.

Cependant, une nouvelle bourgeoisie industrielle émerge, favorisée entre autre par l’arrivée du train à partir de 1863, ce qui permet de désenclaver la région : les produits orthéziens entrent alors en concurrence avec d’autres régions. Dans le même temps, une industrie nouvelle voit le jour, qui permet un certain dynamisme pour la ville d’Orthez.

  • La famille Lameignère construit l’usine à chaux de Lapeyrère grâce au calcaire. Elle emploie entre 80/100 ouvriers.
  • La société des forces motrices d’Orthez bâtie l’usine à gaz d’Orthez et le barrage de Castétarbe, ce qui permettra l’électrification de la ville.

La figure industrielle de ce milieu de XIXème siècle est le marquis de Cornulier. Cet industriel landais achète le moulin du Pesqué en 1840 (qui devient la minoterie). Avec le gave et ses cascades, il voyait un intérêt géographique à s’installer à Orthez. En 1854, il fait donc construire la papèterie près du gave qui emploie une cinquantaine d’ouvrier au départ.

La mort du marquis entraine la fin d’un certain dynamisme. En 1862, la minoterie est louée à Destandau et emploie 25 ouvriers. Quant à la papeterie, elle passe entre les mains de plusieurs industriels, pour devenir en 1906, sous la houlette de Julien Pouyanne, la SAPSO, la Société Anonyme des Papeteries du Sud-Ouest.

Photo 1 : La papeterie construite par le Maquis de Cornulier en 1854, qui devient la SAPSO en 1906 sous la direction de Julien Pouyanne
Photo 2 : La minoterie, acheté en 1862 par Destandau, qui emploie 25 ouvriers

Julien Pouyanne, un banquier-industriel

Photo in ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

Julien Pouyanne nait en Uruguay en 1871. Issu d’une famille protestante orthézienne, qui a émigré en Amérique du Sud, il a fait de bonnes études à Montévidéo. Il y côtoie des Français qui investissent et développent des sociétés. Revenu en France à l’âge de 14 ans, il s’installe à Orthez, et y achète des terres agricoles, voire des vignes.

Son baccalauréat en poche, il devient banquier à la banque Tachoires à Orthez avant d’ouvrir sa propre banque en 1903. La banque Pouyanne est notamment une banque de dépôt puisque Julien Pouyanne se spécialiste comme banquier d’affaires auprès des industries. Il prête notamment son argent aux industries locales, de la chaussure, allant d’Orthez à Mauléon.

Il investit lui-même dans l’industrie, notamment dans le barrage du Pesqué qui alimente la minoterie et la papeterie. Il devient actionnaire principal de Castétarbe qui alimente la ville en électricité.

Julien Pouyanne investit aussi dans l’automobile bordelaise, dans l’entreprise Motobloc. Cette industrie participe à l’industrie de guerre durant la Première Guerre Mondiale, en produisant des moteurs d’avions.

           

Photo in ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

C’est dans le domaine des papeteries qu’il cherche à étendre son emprise industrielle. En créant la SAPSO en 1906, il prend le contrôle de plusieurs papeterie en Aquitaine : Pompejac en Gironde (1906), Saint Michel de Castelnau, Beaulac, Casteljaloux. Surtout, la papeterie d’Orthez emploie 125 ouvriers et devient la plus grosse entreprise de la ville. La papier sert à emballer des produits (papier de boucher, sacs d’emballage…). L’affaire marche bien puisque du papier est exporté en Egypte. Principalement, la production s’écoule dans la région et le Midi.

Photo in ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

En 1912, un pont est créé pour relier directement la papeterie à la voie ferrée.

            Ainsi, la SAPSO, fleuron industriel orthézien, sert aux Pouyanne à assurer des dividendes fixes aux placements de leur clientèle. La SAPSO existera jusqu’en 1998, avec 24 sites de production, 1.230 salariés. Elle sera une firme de taille nationale, qui sera vendue à la multinationale espagnole SAICA. La papeterie orthézienne fermera définitivement ses portes en 2007.

            Aujourd’hui, l’entreprise Pouyanne s’est recentrée autour du seul secteur bancaire pour « occuper un créneau laissé vacant par le gigantisme bancaire, celui de la banque polyvalente de proximité » (JP Allinne, Banque Pouyanne, histoires d’entrepreneurs). Pour conclure, on ne peut que reprendre les mots de Thierry Issartel affirmant que « l’originalité de la banque Pouyanne est d’avoir eu, à côté des activités traditionnelles de prêts à intérêt des banques locales, une politique financière ambitieuse en investissant dans l’industrie orthézienne » (T Issartel, Les bourgeois d’Orthez : une élite urbaine de 1870 à 1914).

Aller plus loin :

ALLINNE JP, Banque Pouyanne : histoire d’entrepreneurs, 1903-2003, Editions Gascogne, 2003, 160 p.

ISSARTEL T, Les bourgeois d’Orthez : une élite urbaine de 1870 à 1914, TER de l’université Bordeaux III, 1986, 196 p.