Notes de lectures sur le thème: Monde ouvrier et xénophobie, antisémitisme

Dornel L., La France hostile, socio-histoire de la xénophobie : 1870-1914

Introduction : La xenophobie, objet d’histoire ?

En 1892, les grandes grèves du Nord s’en prennent aux patrons qui emploient des Belges. Cela amène à l’AN la question de la protection des travailleurs étrangers. Tout au long du XIXème siècle, les ouvriers français s’en sont pris aux travailleurs immigrés, avec une apogée dans les années 1880-90.

[Il s’agit en fait de franges du mouvement ouvrier, prises dans ce piège xénophobe. Dornel montre que c’est aussi un moyen pour des couches ouvrières de s’intégrer à la nation alors qu’ils en sont marginalisés. De plus, il faut faire le lien entre cette xénophobie et la concurrence mise en place par le patronat pour tirer davantage de profits du travail salarié.]

La xénophobie ouvrière : morphologie d’une tradition

Pour l’auteur, la xénophobie est présente dans le milieu ouvrier. Ceux-ci se mobilisent pour obtenir le renvoi des étrangers. La rixe comme « explosion spontanée de colère » est souvent le mode d’expression.

Dornel reconnait néanmoins que lorsque l’internationalisme ouvrier se développe, la xénophobie diminue.

La xénophobie s’exprime surtout sur les lieux de travail, seuls lieux où les français et étrangers vivent ensemble.

Le mouvement social, mobilisateur et violent

  • Vient de la « révolte primitive », terme forgé par Hobsbawm. 
  • Les milieux les plus enclins à la xénophobie sont souvent les moins stables et protégés.
  • La xénophobie est surtout liée au contexte global, plus qu’à l’augmentation de l’immigration. L’étranger est transformé en bouc-émissaire. Les incidents interviennent surtout lorsque les grèves diminuent. (Noiriel, sur les gilets jaunes, les grèves et mouvements sociaux neutralisent la xénophobie ; de même Hobsbawm aussi le reconnait dans l’Âge des extrêmes)
  • Cependant, le facteur économique n’est pas le seul déterminant.

Lente et inégale intégration de la classe ouvrière

La cause réelle de la xénophobie n’est pas l’arrivée des étrangers mais la peur du déclassement. Au début du XXème, le développement de l’internationalisme franco-italien par exemple développe un syndicalisme unitaire. La violence disparait quasiment, ainsi que les rixes franco-italiennes.

Les revendications les plus xénophobes se développent chez les plus démunis, sans travail ni qualification. Les tendances xénophobes se révèlent dans le mouvement boulangiste ou des ligues de défense.  Même le POF de Guesde a connu un virage chauvin en 1893 dans le Cri du Peuple. Au début du XXème, nombre d’étrangers se syndiquent. L’opposition devient davantage ouvriers-patrons, grévistes-jaunes. Avec l’arrivée de travailleurs coloniaux, une hostilité antiétrangère va aussi grandir.

La politisation : les étrangers à la chambre des députés

35 projets de loi sont déposés sur la main d’œuvre étrangère entre 1883-1912.  La xénophobie prend son envol en même temps que le protectionnisme économique. Dans le champs politique, l’étranger commence à être perçu comme un ennemi. Les milieux conservateurs prônent la « préférence nationale ». les discours xénophobes ciblent les « barbares », « l’invasion ». Ils sont stigmatisés comme « nomades », « vagabonds », « espions ». Les étrangers sont ciblés, c’est le prélude à leur identification. Barrès par ex, prend à son compte la protection nationale du travail, justifie la xénophobie au nom du nationalisme.

La médiatisation : quand savants et journalistes se penchent sur les étrangers

La distanciation sociale entre monde ouvrier et bourgeois laisse un temps de côté le « problème des étrangers ». Les élites ne prennent en compte ce problème que dans la liaison avec le développement national(iste).

Les journaux libéraux, affirment la nécessité d’utiliser la main d’œuvre immigrée. En face, des positions protectionnistes estiment que les étrangers sont un coût, surtout s’ils ne travaillent pas. Certains penseur font le lien entre étrangers et criminalité.

Dès 3 septembre 1849, la loi permet d’expulser les étrangers, notamment les syndicalistes étrangers. La législation nationale s’oriente contre les étrangers.

Les pauvres errants, notamment les bohémiens sont la figure de « l’exclu absolu ».

Les guerres ont développé l’exclusion des étrangers. Ils sont notamment vus comme des étrangers. La guerre de 1870 a développé la germanophobie.

A la fin du XIXème, les manifestations xénophobes perdent leurs formes de « révolte primitive » pour une appartenance nationale affirmée. La politique d’assimilation et l’essor du syndicalisme font baisser les heurts xénophobes. (voir sur ce point G. Noiriel, les ouvriers dans la société française -> sur sa thèse autour de la génération singulière où les ouvriers issus de familles immigrés se lient aux organisations « françaises » du monde ouvrier: PCF et CGT notamment).

Noiriel G., Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème-XXème siècles)

En 1848, en même temps que la question ouvrière se pose la question des étrangers. Les conservateurs s’opposent aux étrangers comme ils s’opposent au SU (Gobineau).

La guerre amplifie le regard hostile à l’étranger : 100.000 allemands vivant en France sont arrêtés ou internés en 1870.

Le POF a participé a politiser les problèmes ouvriers. Le prolétariat se dote ainsi d’une mémoire collective « autonome » : elle se nourrit de la réalité de la lutte des classes, de la répression, de l’actualité internationale, autour de symboles : le drapeau rouge, l’Internationale, le 1er mai. Cependant, la concurrence nationalisme-internationalisme donne raison au 1er notamment dans la vague de la 1ère GM, autour de l’Union sacrée.

Les migrations du XIXème sont surtout le fait de Belges et Italiens. Ils sont recrutés dans les industries du fer. Les patrons les embauchent pour faire diminuer les salaires. Ils les utilisent pour briser les grèves. Le syndicalisme s’empare néanmoins rapidement de cette question pour protéger les travailleurs immigrés. Mais même les saisonniers pouvaient subir des vagues de violences. Les conflits immigrés-français font souvent l’objet de rixe et entraine une quinzaine de morts dans les années 1890’. Dans le midi, on assiste même à des grèves anti-étrangers.

Le journal fondé par Vallès, Le Cri du Peuple porte un message négatif sur les étrangers. Cette mouvance adopte la position de protection du travail national. Ces revendications nationalistes sont sensibles dans « l’ancienne classe ouvrière » : chez les boutiquiers et l’artisanat. Barrès mobilise ce thème nationaliste mais ne parvient néanmoins pas à rallier dans la grande industrie en raison d’un internationalisme fort. De plus, la 2ème génération d’ouvriers étrangers est nationalisée par la loi de 1809. Guesde est accusé d’être le député des Belges.

Les étrangers bénéficient du repos hebdomadaire et de la limitation de la journée de travail. La loi de décembre 1892 interdit néanmoins les fonctions de délégués et d’arbitres. De plus, les étrangers doivent se faire identifier dans la commune où ils résident.

Au début du XXème siècle, on assiste à un retournement, les anarchistes, l’Humanité, le mouvement socialiste dénoncent les arguments xénophobes ou antisémites. Les travailleurs immigrés sont donc intégrés dans le mouvement ouvrier.

Cependant, les nomades, ou « itinérants », sont la cible privilégiés du petit peuple des campagnes.

Laisser un commentaire