Archives par étiquette : religion musulmane

Mohammed, prophète de l’islam, chef d’Etat et guerrier

La seule source datant de l’époque de Mohammed est le Coran lui-même. Mais l’exploitation historique de ce texte pose problème car, d’après la tradition musulmane, Mohammed serait lui-même l’auteur de ce texte. Deux textes de la tradition musulmane (la sunna) viennent compléter le Coran : la Sira (« Vie » de Mohammed rédigé au VIIIème siècle) et le Hadith (« dits » de Mohammed, IXème siècle) mais sont plus tardifs.

L’islam, à l’origine, est une religion arabe

L’islam nait à l’Ouest de l’Arabie, à La Mecque. Cette religion n’émerge pas dans des régions christianisés du Nord du Moyen-Orient ou dans les parties judaïsées du Yémen. La nouvelle religion est donc monothéiste et arabe. La grâce divine est octroyée aux Arabes jusque là païens (polythéistes), comme Moïse avec les Hébreux. Cette nouvelle alliance portée par Mohammed élit les Arabes. D’ailleurs, Mohammed réussit à convaincre les Mecquois d’être musulmans en tournant leurs prières non plus vers Jérusalem mais vers La Mecque, vers la Kaaba (lieu de culte consacré aux cultes païens).

La vie de Mohammed

Mohammed nait vers 570. Rapidement orphelin, il est élevé par son Oncle Abu Talib du clan Quraychites. Mohammed épouse une veuve, Khadija avec qui il a sept enfants. C’est aux alentours de 610 que Mohammed est touché par la « Révélation ». D’après le Coran, l’Ange Gabriel vint le trouver et lui dit : « O Mohammed, tu es le messager de Dieu ». Quelques mecquois deviennent alors les partisans de Mohammed , son cercle familial, Khadija, Ali (cousin de Mohammed), un riche marchand, Abu Bakr, ainsi qu’Umar et Uthman. Mais la majorité des Mecquois était hostile à cette nouvelle religion car elle rejetait le polythéisme et les dieux protecteurs de la cité. Surtout, l’islam annonce un jugement dernier et voue aux enfers les infidèles.

Mohammed, chef d’Etat

La vie à La Mecque devenait dangereuse pour Mohammed. Il décide alors de s’allier aux tribus de Médine. Il quitte La Mecque en 622 pour l’oasis du Nord. Il se réfugie alors dans une caverne dont d’après la légende, une araignée miraculeuse ferme l’entrée. C’est de la date de cet Exil que débute l’an 1 du calendrier musulman. Ainsi nait le premier Etat musulman, entre exilés mecquois, hôtes médinois, juifs médinois. C’est la première Umma. Mohammed devient donc le premier chef d’Etat musulman. Il se fait législateur. Ses recommandations serviront de base à la charia.

Mohammed, chef de guerre

Mahomet (visage voilé) avançant à la Mecque, avec les anges Gabriel, Michel, Israfil et Azrael

En 630, Mohammed, maître d’une armée de 10.000 hommes s’empare de La Mecque. Il tente une expédition sur la Syrie mais échoue face aux Byzantins. A la mort de Mohammed en 632, les musulmans dominent quasiment toute l’Arabie. Se pose alors la question de sa succession et c’est Abu Bakr qui est désigné calife (« successeur » du prophète). Avec ses premières guerres, Mohammed élabore les guerres islamiques pour convertir et soumettre ceux qui ne croient pas à l’islam (les infidèles), et surtout agrandir le territoire de son Etat-empire.

Mohammed, les juifs et les chrétiens

Il y a en Arabie une présence juive et chrétienne. D’ailleurs, des chefs chrétiens ont fait très tôt de l’islam une hérésie chrétienne (= une déviation du christianisme). L’islam au contraire, place Mohammed comme l’aboutissement de la lignée des prophètes juifs et chrétiens.

Si des tribus juives sont présentes aux côtés de Mohammed à ses débuts, il semble leur avoir fait la guerre ensuite. Pour les musulmans, si Jésus est un prophète, il n’a pas accompli la mission qui incombe aux prophètes : rassembler un peuple autour d’une loi. Mohammed rassemble les Arabes divisés, autour d’une loi inclue dans le Coran : la charia

Qu’est-ce que la charia ?

La religion islamique tient dans l’imminence du Jugement dernier, dans la résurrection du corps, du jugement personnel, du paradais et de l’enfer. Comme la tradition chrétienne, l’islam est souvent apocalyptique. Le Coran met en avant des lois puisque Dieu rendra son jugement à partir de cette loi qu’il aura fait connaître aux hommes et dont nul ne pourra dire qu’il l’ignorait. C’est donc cette loi, la charia, que les Hommes doivent respecter au nom de Dieu.

La situation des femmes à l’époque de Mohammed

Au VIIème siècle, en Arabie, la loi du Coran améliora le sort des femmes. En effet, le Coran interdisait l’infanticide des filles qui était très répandu. Elle réserve une part d’héritage aux filles (la moitié du garçon). Le témoignage féminin est reconnu recevable par la justice. Les veuves doivent être respectées et soignées et il est indiqué la retenue dans les châtiments que le mari peut infliger aux femmes. Les femmes utilisèrent souvent ces lois coraniques contre la tradition et la coutume , plus anciennes et plus défavorables pour elles.

Aujourd’hui, bien entendu, ces lois sont restrictives et inacceptables au vu de la libération des femmes, à l’époque contemporaine. La législation de l’époque de Mohammed est donc à relier au contexte de son époque.

Texte issu de notes à partir de :

Gabriel Martinez-Gros, « Mahomet, prophète et guerrier », L’islam et le coran, un livre, une religion, des empires, Les collections de l’Histoire n°30, 2006.

Clique sur le lien pour le numéro:

Qu’est-ce que l’islam ? Par John Tolan, historien

L’islam est une religion. Une religion avec un texte sacré, le Coran, qui aurait été révélé au prophète Muhammad. De cette révélation, et des faits et dires du Prophète (réunis dans le corpus des hadiths ou traditions), découle une religion avec ses doctrines, ses rites, sa loi [charia], ses croyances. Mais dès qu’on y regarde de plus près, les choses se compliquent car des milliards de musulmans, depuis l’époque du Prophète jusqu’à la nôtre, ont des conceptions très différentes de l’islam. Il y a bien entendu la division entre sunnites et chiites, fondée sur des conflits surgis peu après la mort de Muhammad. Il y a une pluralité d’opinions de juristes, de théologiens, de mystiques et d’autres encore sur ce qui est l’essentiel dans les croyances et pratiques. L’islam vécu et pratiqué des premiers califes n’est pas le même que celui des jurisconsultes du Bagdad abbasside, des maîtres soufis de l’époque ottomane, des réformateurs du mouvement Nahda au XIXe siècle, des ayatollahs de la révolution iranienne ou des islamo-féministes du XXIe siècle. L’islam est une religion marquée par une grande diversité de pratiques et de croyances, une religion qui a essaimé sur un énorme territoire comprenant des centaines de langues et de cultures.

L’Islam est aussi une culture et une civilisation. En français, comme dans d’autres langues européennes, on distingue bien en général la religion (christianisme, bouddhisme, hin-douisme) des aires culturelles ou civilisationnelles (Occident, Byzance, Inde, etc.). Mais pour l’islam, un terme unique désigne à la fois une civilisation et une religion. L’islam en tant que religion est présent bien entendu en Inde, en Chine, en Afrique et en Occident : L’umma (communauté des croyants) est planétaire. En même temps, un grand nombre de membres de la civilisation de l’Islam ne sont pas musulmans mais chrétiens, zoroastriens, hindous, juifs, etc. Quand on parle d’art islamique, d’architecture islamique, de pensée ou de littérature islamique, on désigne des choses qui peuvent être sans lien direct avec la religion musulmane. En français il arrive que l’on distingue entre islam comme religion (avec i minuscule) et Islam comme civilisation (avec i majuscule) : distinction en théorie utile mais en pratique souvent problématique, tant les deux notions sont enchevêtrées. Je ne suivrai donc pas cette convention.

John Tolan, Nouvelle histoire de l’islam, VIIème-XXIème siècle, Tallandier, Paris, 2022, 336 p., pp. 11-12.

Version 1.0.0