Archives par étiquette : situation mondiale

De 2024 à 2025: Un monde toujours en conflit

C’est ce que recense notamment Courrier International: plus de 52 guerres plus ou moins « chaudes » sont recensées de par le Monde.

Deux conflits retiennent principalement l’attention aujourd’hui:

  • le conflit Russie-Ukraine

La guerre se poursuit depuis février 2022 du fait de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine. La situation militaire semble aujourd’hui dans l’impasse. Poutine qui souhaitait neutraliser l’Ukraine vis-à-vis des pays de l’OTAN se trouve mis en échec. La présence de l’OTAN s’est renforcée en Ukraine et sa volonté de conquête territoriale est aussi invalidée. Aucune nouvelle arme utilisée n’a réellement pu changer le cours de la guerre. De plus, les dirigeants russes avaient sous-estimés la volonté de résistance du peuple ukrainien qui n’acceptera pas la domination de son voisin russe. Les pays Européens se trouvent aussi dans une impasse car ils ne souhaitent pas un cessez-le-feu acceptant le statu quo actuel. Ainsi, s’ils souhaitent inverser la situation, ils devront recourir comme la Russie à une intensification de l’effort de guerre et de son engagement. Mais c’est comme le remarque Pascal Boniface « prendre le risque d’un affrontement direct », dont les conséquences de confrontation militaire sont incalculables. Aussi, l’Ukraine est confrontée à une inégalité démographique face à son voisin russe qui dispose de plus de réserves humaines (de « chair à canon ») pour mener les combats. Il faut donc voir si l’épuisement d’un camp ou de l’autre, et notamment les bouleversements géopolitiques (l’arrivée de Trump aux Etats-Unis, la montée des pays du Sud) ne pousse pas à modifier les buts de guerre pour mettre fin à cette guerre.

  • Le conflit israélo-palestinien

Depuis l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 menée par le Hamas, on assiste à une nouvelle phase de ce conflit débuté en 1947-1948. Le Hamas a mené une attaque d’ampleur depuis Gaza tuant 1.200 personnes, dont deux tiers de civils et pris des centaines de civils en otage. Le gouvernement israélien n’en a pas moins répliqué en bombardant Gaza sous blocus, causant à ce jour plus de 45.000 victimes, entrant en conflit avec le Liban, occupant le Golan syrien et bombardant les infrastructures militaires syriennes. Gaza, sous blocus israélien depuis 2007 subit des bombardements intenses. Comme l’analyse Pascal Boniface, « les infrastructures – habitations, santé, éducation, etc ont été en grande partie détruites par les bombardements et faute d’approvisionnement, la famine s’est installée ».

Surtout, le monde paraît impuissant à imposer un cessez-le-feu. La Cour Pénale Internationale (CPI) a beau avoir émis un mandat d’arrêt contre le 1er ministre israélien et les dirigeants du Hamas (pour la plupart tués par Israël), les bombes pleuvent toujours sur Gaza. Nombre de pays du Sud interrogent le « double standard » appliqué à la Russie et Israël. Poutine, lui aussi poursuivi par la CPI fait l’objet de sanctions de la part des pays occidentaux, Netanyahou, lui subit des critiques verbales mais sans aucune sanctions Au contraire, les Etats-Unis poursuivent l’armement de l’Etat hébreu dans sa guerre menée à Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, les Etats-Unis ont livré 20 milliards de dollars d’armes à Israël. Le spécialiste du Moyen-Orient, Jean Pierre Filiu observe dans le journal Le Monde : « l’incapacité des Etats-Unis à obtenir ne serait-ce qu’un cessez-le-feu à Gaza au bout de treize mois d’une guerre impitoyable, démontre malheureusement qu’une telle aide militaire à Israël ne fait qu’alimenter le conflit en cours »(Le Monde, 3/11/2024). Il est donc difficile d’entrevoir une sortie de guerre tant la solution militaire parait la seule option envisagée par le gouvernement israélien. A l’heure actuelle, aucune solution politique respectant les droits des Palestiniens ne semble envisagée ; D’où les critiques d’un double standard occidental en la matière puisque les pays Européens et d’Amérique du Nord appellent à propos du conflit russo-ukrainien au respect des droits du peuple ukrainien. Comme le remarque Denis Bauchard, (Diplomatie, 2/12/2024), plusieurs options sont sur la table: Israël peut chercher à expulser la population palestinienne de Gaza et de Cisjordanie en niant les droits des Palestiniens (ce qu’ils font en refusant de reconnaitre un Etat palestinien, vote du 18-07-2024 à l’assemblée nationale israélienne, la Knesset), en imposant un Etat d’apartheid où les Palestiniens seraient sous domination militaire-policière israélienne autour d’une vague « entité », « administration » palestinienne. Ou alors, mais les rapports de forces géopolitiques actuels semblent voir cette perspective s’éloigner : la reconnaissance des droits palestiniens par la création d’un Etat de Palestine, ce à quoi nombre de pays du Sud appellent, avec seulement l’Espagne, l’Irlande, la Norvège à l’échelle des pays occidentaux. Au vu de la situation, une paix durable et respectueuse des droits des uns et des autres semble repoussée à un temps incertain.

  • Un monde en recomposition

Le Monde actuel est saisi par les deux conflits principaux en cours qui participent à bouleverser les équilibres géopolitiques et géostratégiques en vigueur. Beaucoup d’analystes évoquent un « basculement géopolitique du monde » (le général Vincent Desportes), un « bouleversement du monde » (Gilles Kepel).

Le renversement de la dictature de Bachar-El-Assad en Syrie illustre ces bouleversements rapides des équilibres. Après avoir réprimé fortement le mouvement populaire en 2011-2013 qui réclamait des transformations démocratiques et sociales, une guerre civile a participé à délabrer le territoire national syrien, voyant s’affronter le régime d’Assad à plusieurs forces :  celles issues de la contestation sociale, devenues minoritaires et des groupes armées islamistes financés par des puissances concurrentes (Qatar, Arabie-Saoudite, Turquie). Le régime qui s’effondrait, car ne possédant pas de bases dans le peuple (ayant réprimé ses aspirations démocratiques et sociales), compta alors sur le soutien de la Russie, et des islamistes chiites: de l’Iran et du Parti de Dieu libanais (Le Hezbollah). Surtout, les grandes puissances (Etats-Unis, France, GB, Russie) intervenaient pour endiguer la progression de l’Etat islamique (DAESH) sur le territoire syrien et irakien. La situation semblait gelée jusqu’en décembre 2024. Mais, le conflit en Ukraine a obligé Poutine à rapatrier les moyens russes en Syrie. L’Iran et le Hezbollah ont dû retirer leurs forces face aux coups répétés d’Israël. Ainsi le dictateur Assad a perdu ses soutiens étrangers. Les troupes rebelles d’Idlib (appartenant à des courants islamistes), soutenues par la Turquie notamment, ont pu avancer rapidement et prendre Damas. Pour le peuple syrien, c’est un moment de liesses populaires car le dictateur est tombé : hommes et femmes ont pu retrouver leurs libertés d’expression, en l’absence pour le moment d’un nouveau régime. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens : la Syrie va-t-elle avoir la force de retrouver sa souveraineté nationale face aux prétentions de la Turquie, d’Israël, de l’Iran sur son territoire ? Va-t-elle réussir à affirmer son indépendance face aux ingérence des grandes puissances ? Va-t-elle parvenir à se doter d’un régime qui assure la souveraineté populaire et accorde des droits pour tout son peuple (femmes, minorités)? Autant de questions restant sans réponse tant les groupes militaires djihadistes interrogent sur leurs buts politiques réels, de même que la capacité de la société syrienne à s’affirmer, à s’organiser, à résister pour défendre un projet démocratique.

En ce début d’année 2025, des clivages et des tensions s’accentuent dans le Monde. Deux grands clivages sont clairement affirmés et creusent la ligne de partage. Le premier est celui qui divise les pays Occidentaux et la Russie, l’autre est celui divisant les Etats-Unis et la Chine, la lutte entre deux puissances pour la « suprématie mondiale ». Ce dernier clivage se renforce d’année en année. Obama avait déjà insisté dessus. Trump y avait fait la priorité de son premier mandat en souhaitant retirer la présence américaine du Moyen-Orient pour la renforcer en Asie-Pacifique. Il a prévenu Netanyahou qu’il souhaitait qu’il cesse sa guerre sur ses voisins avant sa prise de fonction. Les Etats-Unis sont aujourd’hui obsédés par le maintien de leur situation hégémonique dans le Monde. L’affirmation de la Chine et de nouvelles puissances issus du Sud (Inde, Brésil…) représente un défi et un enjeu stratégique pour eux. Les pays Européens, eux aussi en perte de vitesse, sont confrontés aux défis de rester soudés en bloc avec les Etats-Unis ou de rechercher une nouvelle place, de nouveaux alignements, de nouvelles coopérations, dans ce monde en bouleversement.

2024 a été l’année de l’affirmation d’un « Sud global », un ensemble de pays différents, ne partageant ni le même régime, la même idéologie ou culture (certains peuvent s’affronter entre eux). Ils ont un point commun, celui de refuser la domination exclusive sur le monde des pays occidentaux. Ces Etats menés par les BRICS cherchent à dégager des marges de manœuvre afin de s’affirmer et ne plus être en situation de dominé au sein du système de relation international. Cette affirmation du Sud correspond aux exigences de pays africains de retraits des bases françaises (Centrafrique, Mali…), à la demande Sud-africaine de traduire les responsables de la guerre à Gaza devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Les gouvernements occidentaux ont été souvent critiqués ces derniers mis pour leur manque de cohérence morale sur les conflits en cours. Ce changement d’équilibre ne signifie pas un effondrement des pays occidentaux (nombre de secteurs industriels et technologiques sont dominés des firmes occidentales) mais plutôt une montée de nouveaux acteurs qui cherchent à faire entendre leurs voix, et recherchent un plus grand équilibre au sein des relations internationales. C’est d’après nombre d’historiens et de politologues, une donnée à prendre en compte pour ne pas rester dans un « entre soi » occidental.

Dernière donnée de ce tableau, qui ne confinera pas à l’optimisme, c’est la montée en puissance de dirigeants basés sur des nationalismes dont la radicalité est souvent renforcée par des fondamentalismes religieux (musulman, juif, évangélistes, hindou…) et qui s’appuient sur un suprématisme vis-à-vis de leurs voisins ou d’autres peuples. L’hubris, le vertige de la puissance, les pousse à ne compter que sur les muscles, la force militaire pour aboutir à leurs objectifs. Ces leaders participent à déstabiliser les équilibres du monde, à le rendre plus instable encore. Une ère de guerres hybrides semble poindre, où il n’y a pas de limites à la guerre, où tous les moyens sont permis pour faire plier « l’ennemi » : attaque surprise de l’Ukraine par la Russie, menaces à l’arme atomique par Poutine, explosion programmée de bippers au milieu de populations civiles par Netanyahou au Liban, attaques terroristes ciblant toute la population civile par le Hamas, attaque de navires israéliens par les rebelles houtis…

De plus, la communauté internationale semble assister au naufrage des instances régulatrices des conflits : les Nations-Unies qui sont sans cesse piétinées par des dirigeants militaristes et désinhibés à lancer des guerres. « Nous entrons dans une période de ténèbres » (Sophie Bessis, historienne). Cette expression, un peu grossière, peut résumer les tensions et les risques dans lequel le Monde est entré depuis les années 2020.

C’est pourquoi, dans ce contexte, il faut rappeler que les peuples sont toujours les vaincus, les victimes des guerres. Seules les puissances gagnent les guerres. Il y a donc intérêt à travailler à la paix, à échanger malgré les différences de conceptions, malgré les tensions culturelles, afin de construire un monde de coexistence, de trouver de « l’universel », partageable pour tout le Monde, en bâtissant des rapports Nord/Sud plus soucieux de l’équilibre et de la justice. Il n’y a pas de fatalité, et même si l’espèce humaine a montré au fil des siècles un caractère belligène, nous ne sommes pas condamnés à subir, pour reprendre le Candide de Voltaire, une « boucherie héroïque ».