Extraits de G. Noiriel, Histoire populaire de la France de la guerre de cent ans à nos jours, Agone, Marseille, 2018, 830 p.
Voici un résumé succinct de l’excellent ouvrage de Gérard Noiriel sur l’Histoire populaire de la France.
Gérard Noiriel débute ainsi son premier chapitre : « si j’ai finalement décidé de débuter cette histoire populaire par l’épopée de la Bonne Lorraine, ce n’est ni pour dénoncer un mythe, ni pour le cautionner, mais tout simplement parce que la France s’est définitivement imposée sur la scène de l’histoire à cette époque. (…) Cet Etat français, toutes les études récentes le confirment, s’est consolidé définitivement entre la fin du XIVème et le début du XVème siècle ; l’épopée de Jeanne d’Arc ne représentant qu’un épisode dans un processus qui s’acheva avec la fin de la guerre de Cent Ans, quelques décennies après sa mort ».
La féodalité s’impose à partir du Xième siècle comme « un nouveau mode de domination de l’Homme par l’Homme ».
Avec l’effondrement du pouvoir central, les princes, les ducs, les comtes, s’arrogent tous les instruments de pouvoir : prélèvement des taxes, justice, … les vassaux juraient fidélité au seigneur en échange d’un fief, une terre où ils régnaient en maître. Pour renforcer leur pouvoir et leur exploitation économique, les seigneurs rassemblent les paysans autour d’un centre fortifié : on assiste à une « militarisation de l’espace » avec les châteaux forts. Pour les paysans, il s’agit de la servitude/servage. Ce mode de domination permet le pouvoir social du seigneur sur les paysans. Mais il atteint les droits fondamentaux de l’Homme : droit de se marier, d’hériter… Les serfs, même s’ils utilisent de meilleures techniques agraires (charrue, assolement triennal…) subissent une surexploitation de leur travail dans le cadre de ces seigneuries qui rationalisent « l’exploitation économique ».
Les seigneurs d’île de France imposent leur domination
Les seigneurs d’Île de France mènent des guerres de conquête et soumettent les vaincus à l’autorité royale. Ils combattent aussi les hérésies religieuses qui pourraient remettre en cause leur domination. Il y a par exemple la croisade contre les Albigeois ou contre Béziers (en 1209). Les rois combattent aussi le judaïsme comme Saint Louis qui mène une répression contre les communautés juives du royaume.
Les rois capétiens cherchent à soumettre la noblesse en imposant par exemple la justice royale par le biais du Parlement de Paris sur la justice seigneuriale ou ecclésiastique.
La guerre de Cent Ans met en péril la construction de l’Etat capétien
Pour Noiriel, la guerre de cent ans résulte de la querelle dynastique classique au sein des Capétiens (entre Edouard II et Philippe de Valois) mais aussi de la crise économique qui secoue l’Europe du XIVème siècle. La crise de subsistance entraine une effondrement démographique, un rétrécissement de l’espace cultivé et un recul de l’activité industrielle. La Peste Noire (1347-1352) provoque vingt-cinq millions de morts. Un tiers de la population européenne disparait à ce moment-là. La crise qui touche l’économie renforce l’exploitation des paysans car les propriétaires tentent de redresser leurs seigneuries qui ont perdu une partie de leurs ressources.
Cette crise transforme les représentations dominantes de la pauvreté
Dans les villes, une masse de migrants arrive, chassée des campagnes à cause des guerres, des épidémies et de la faim. La pauvreté devient un fléau social et un délit. En 1351, Jean II le Bon décide de la première ordonnance du royaume de France, visant ceux qui « se tiennent oyseux par la ville de Paris ». Les ouvriers ne peuvent fréquenter les tavernes les jours ouvrables, et quitter leur atelier pour un meilleur salaire. En 1367, une ordonnance royale oblige les chômeurs à réparer les fossés sous peine d’être fouettés. Le vagabondage des plus pauvres est criminalisé. Sur ce sujet, l’ouvrage de Bronislaw Geremek montre que le vagabondage est de plus en plus soumis à une répression du pouvoir central.
C’est la naissance de l’impôt royal qui fabrique le peuple français en tant que communauté d’individus assujettis à l’Etat
Philippe le Bel en 1314 décide de réunir les états généraux, composés de membres de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie pour financer des impôts pour les opérations militaires dans les Flandres. C’est le début d’un prélèvement d’un impôt direct (la taille) sur l’ensemble du territoire dépendant du pouvoir royal.
Les demandes de prélèvement entrainent une agitation devant « chronique dans les campagnes situées entre Seine et Rhin ». Ces « jacqueries » s’attaquent aux seigneurs et à l’Etat royal naissant. Dans un contexte où les seigneurs ou la bourgeoisie cherchent à freiner la domination royale, ils peuvent s’allier dans un premier temps avec les mouvements populaires et paysans. Bien souvent effrayés par les révoltes paysannes, les puissants finissent alors par les réprimer.
L’épopée de Jeanne d’Arc montra ce qui arrive au peuple quand il se porte au secours des puissants
Née dans une famille de laboureurs aisés qui possédaient une ferme et quelques terres, Jeanne comme beaucoup de sujets du royaume de France commençait à se forger une identité collective, en opposition à l’ennemi anglais et en se distinguant des peuples lointains qui leur semblaient étranges. Jeanne obtient du dauphin Charles d’aller à Orléans pour remotiver les troupes royales. Cela permit de faire lever le siège d’Orléans tenu par les Anglais. Elle réussit à convaincre le roi de se faire couronner à Reims. Cependant, abandonnée par le roi, elle est capturée par les Bourguignons, vendue aux Anglais et condamnée à être brûlée vive comme apostate et suspecte d’hérésie.
En sortant vainqueurs de cette guerre, les rois de France imposent un véritable Etat au royaume autour d’un impôt et une armée permanente. Le royaume s’agrandit, se rapprochant des frontières actuelles (mis à part sa partie orientale). Cependant, le royaume était encore marqué par une très grande hétérogénéité.
Comme souvent dans l’Histoire de cette époque, Jeanne d’Arc, cette figure populaire est sacrifiée au bénéfice des puissants. Gérard Noiriel ne conclut pas autrement lorsqu’il dit : « A chaque fois, les élites en lutte contre le pouvoir d’Etat encouragèrent « ceux d’en bas » à se révolter car ils avaient besoin de cette violence de masse pour triompher des forces royales. Mais dès que cette violence se déchaîna, ils furent contraints, pour sauver leurs propres privilèges, de se soumettre à la loi du monarque en implorant sa protection, contribuant bien souvent à massacrer eux-mêmes ce peuple qu’ils avaient mobilisé ».
Retrouvez le cours de 5ème sur l’affirmation des rois de France: