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Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, juillet 1943

« Tout malheur national appelle, d’abord, un examen de conscience ; puis (car l’examen de conscience n’est qu’une délectation morose, s’il n’aboutit à un effort vers le mieux) l’établissement d’un plan de rénovation. Quand, après la victoire prochaine, nous nous retrouverons entre Français, sur une terre rendue à la liberté, le grand devoir sera de refaire une France neuve.
Or, de tant de reconstructions indispensables, celle de notre système pédagogique ne sera pas la moins urgente. Qu’il s’agisse de stratégie, de pratique administrative ou, simplement, de résistance morale, notre effondrement a été avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas voir le courage de l’avouer ?) dans toute une partie de notre peuple, une défaite à la fois de l’intelligence et du caractère. C’est dire que, parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre société donnait à ses jeunes ont figuré au premier rang.


Pour redresser ces vices, une réforme timide serait vaine. On ne refait pas à un pays son éducation en rapetassant de vieilles routines. C’est une révolution qui s’impose. Ne nous laissons pas troubler par le discrédit qu’un régime odieux réussirait, si l’on n’y prenait garde, à jeter sur ce mot, qu’il a choisi pour camouflage. En matière d’enseignement, comme partout, la prétendue révolution nationale a perpétuellement oscillé entre le retour aux routines les plus désuètes et l’imitation servile de systèmes étrangers au génie de notre peuple. La révolution que nous voulons saura rester fidèle aux plus authentiques traditions de notre civilisation. Et elle sera une révolution, parce qu’elle fera du neuf.
Ne nous y trompons pas, la tâche sera rude. Elle n’ira pas sans déchirements. Il sera toujours difficile de persuader des maîtres que les méthodes qu’ils ont longuement et consciencieusement pratiquées n’étaient peut-être pas les meilleures ; à des hommes mûrs, que leurs enfants gagneront à être élevés autrement qu’eux-mêmes ne l’ont été ; aux anciens élèves de grandes Écoles, que ces établissements parés de tous les prestiges du souvenir et de la camaraderie doivent être supprimés. Là, comme ailleurs, cependant, l’avenir, n’en doutons pas, appartiendra aux hardis ; et pour tous les hommes qui ont charge de l’enseignement, le pire danger résiderait dans une molle complaisance envers les institutions dont ils se sont fait peu à peu une commode demeure.
De cette révolution nécessaire, on ne saurait prétendre discuter, en quelques pages, le programme. Le tracé précis viendra, s’il y a lieu, plus tard et par collaboration. On se bornera pour l’instant à quelques principes directeurs.
Une condition préliminaire s’impose : à ce point impérieuse que, si elle manque à être remplie, rien de sérieux ne se fera. Il importe que, pour l’éducation de ses jeunes, comme pour le développement permanent de la culture dans l’ensemble de ses citoyens, la France de demain sache dépenser incomparablement plus qu’elle ne s’y est résignée jusqu’ici.


Deux épisodes ont, à cet égard, brutalement caractérisé, avant-guerre, l’attitude des éléments mêmes que la défaite devait hisser au pouvoir et que la victoire en précipitera bientôt. Lorsque, ministre de la  » prospérité « , André Tardieu établit un vaste plan d’  » outillage national « , il commença par proscrire purement et simplement, de cet équipement d’une France heureuse, tout armement scientifique (plus tard, si je ne me trompe, un repentir de la dernière heure fit inscrire au budget quelques crédits pour les laboratoires ; car, après tout, la Schwerindustrie ne peut ignorer absolument que les techniciens servent à quelque chose ; les bibliothèques par contre continuèrent d’être oubliées ; des  » réalistes  » ont-ils à se soucier des livres ? et surtout quel besoin les Français trop pauvres pour acheter eux-mêmes des livres auraient-ils de lire ?).
Lorsque, ministre de la grande pénitence, Pierre Laval, désireux, avant tout, d’atteindre, par ricochet, les salaires, eu décidé de pratiquer dans les dépenses de la République quelques coupes sombres, on vit, seul entre tous les gouvernements civilisés, le gouvernement français étendre cette épargne aux œuvres de l’intelligence.  » Ce qui nous a toujours frappés chez vos gouvernants, me disait naguère un ami norvégien, c’est le peu d’intérêt qu’ils portent aux choses de l’esprit.  » Le mot était dur. On voudrait qu’il cessât, à jamais, d’être mérité…
Il nous faudrait donc des ressources nouvelles. Pour nos laboratoires. Pour nos bibliothèques peut-être plus encore, car elles ont été, jusqu’ici, les grandes victimes (bibliothèques savantes ; bibliothèques dites populaires aussi, dont le misérable état, comparé à ce que nous offrent l’Angleterre, l’Amérique, l’Allemagne même, est une des pires hontes de notre pays. Qui a pu sans mélancolie feuilleter le catalogue d’une bibliothèque d’une grande ville, pour ne pas parler des petites et y mesurer l’amenuisement progressif des achats, la décadence de la culture depuis une cinquantaine d’années ? La bourgeoisie dite éclairée ne lit plus guère ; et ceux qui, issus de milieux moins aisés ne demanderaient qu’à lire, les livres ne viennent pas les solliciter). Pour nos entreprises de recherches. Pour nos universités, nos lycées et nos écoles, où il convient que pénètrent l’hygiène et la joie, la jeunesse a le droit de ne plus être confinée entre des murs lépreux, dans l’obscurité de sordides in pace. Il nous en faudra aussi, disons-le sans fausse honte, pour assurer à nos maîtres de tous les degrés une existence non pas luxueuse certes (ce n’est pas une France de luxe que nous rêvons), mais suffisamment dégagée des menues angoisses matérielles, suffisamment protégée contre la nécessité de gagne-pain accessoires pour que ces hommes puissent apporter à leurs tâches d’enseignement ou d’enquête scientifique une âme entièrement libre et un esprit qui n’aura pas cessé de se rafraîchir aux sources vives de l’art ou de la science.
Mais ces indispensables sacrifices seraient vains s’ils ne s’adressaient à un enseignement tout rajeuni.


Un mot, un affreux mot, résume une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage. C’est certainement dans l’enseignement primaire que le poison a pénétré le moins avant : sans l’avoir, je le crains, tout à fait épargné. L’enseignement secondaire, celui des universités et les grandes écoles en sont tout infectés.
« Bachotage » – Autrement dit : hantise de l’examen et du classement. Pis encore : ce qui devait être simplement un réactif, destiné à éprouver la valeur de l’éducation, devient une fin en soi, vers laquelle s’oriente, dorénavant, l’éducation tout entière. On n’invite plus les enfants ou les étudiants à acquérir les connaissances dont l’examen permettra, tant bien que mal, d’apprécier la solidité. C’est à se préparer à l’examen qu’on les convie. Ainsi un chien savant n’est pas un chien qui sait beaucoup de choses, mais qui a été dressé à donner, par quelques exercices choisis d’avance, l’illusion du savoir.  » Vous serez certainement agrégé l’année prochaine, disait naïvement un juge d’agrégation à un de mes étudiants, cette année, vous n’êtes pas encore suffisamment formé au concours.  » Durant les vingt dernières années, le mal a fait d’épouvantables ravages. Nos étudiants de licence trébuchent désormais de certificat en certificat. Depuis la révolution nationale, on n’entre plus au barreau sans un examen supplémentaire. Des lycées ont organisé, interrompant pour cela la suite régulière des études, un  » pré- baccalauréat « . Dans les librairies médicales de Paris, se vendent, toutes faites, les questions d’internat, qu’il n’y a qu’à apprendre par cœur. Certaines institutions privées ont découpé les programmes sujet par sujet et se vantent d’un sectionnement si juste que la plupart de leurs candidats ne tombent jamais que sur des questions ainsi traitées et corrigées. Du haut en bas de l’échelle, l’attraction des examens futurs exerce son effet. Au grand détriment de leur instruction, parfois de leur santé, d’innombrables enfants suivent trop jeunes des classes conçues originairement pour de plus vieux, parce qu’il faut éviter à tout prix le retard éventuel qui les amènerait plus tard à se heurter aux limites d’âge de telle ou telle grande école.  » Tous nos programmes scientifiques d’enseignement secondaire, me disait un physicien, sont conçus en vue de celui de Polytechnique.  » Et, dans les lycées ou collèges, les
perpétuelles compositions entretiennent moins encore l’émulation, d’ailleurs mal comprise, que l’aptitude au travail hâtif, dont on verra plus tard nos misérables adolescents subir les affres, en pleine canicule, dans des salles surchauffées.
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les inconvénients intellectuels d’une pareille manie examinatoire. Mais ses conséquences morales, les a-t-on toujours assez clairement vues : la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance ; une sorte de tremblement perpétuel et de hargne, là où devrait au contraire régner la libre joie d’entreprendre ; la foi dans la chance (car ces examens, quelle que puisse être la conscience des examinateurs, demeurent, par nature, hasardeux : qu’on veuille bien se souvenir de la curieuse et terrible enquête de Piéron et Laugier, si savamment étouffée par les chefs de l’Université : d’un correcteur à l’autre, d’un jour à l’autre, elle a révélé des plus inquiétantes variations dans les notes) ; enfin, mal encore infiniment plus grave, la foi dans la fraude ? Car on  » copie  » dans nos classes, au jour des compositions, on copie dans nos salles d’examen, on copie beaucoup plus fréquemment et avec beaucoup plus de succès que les autorités ne veulent officiellement l’avouer. Certes, je le sais, il subsiste, Dieu merci ! des âmes probes. Je consens même qu’elles soient nombreuses. Elles y ont du mérite.  » Faut-il que tu aies bien copié  » : ainsi un élève de ma connaissance, qui venait d’être premier et l’avait été honnêtement s’entendait interpeller, sur un ton d’atroce admiration, par un de ses camarades. Est-ce dans cette atmosphère qu’on forme une jeunesse ?
J’ai dit que je ne pouvais présenter ici un programme détaillé de réforme. Il sera délicat à établir. Certaines condamnations à mort s’imposent. Qui croit encore au baccalauréat, à la valeur de choix, à l’efficacité intellectuelle de cette aléatoire forcerie ? Bien entendu, divers procédés de sélection demeureront, cependant, nécessaires ; mais plus rationnellement conçus et en nombre désormais suffisamment restreint pour que la vie de l’écolier ou de l’étudiant cesse d’être enfermée dans une obsédante répétition d’épreuves. je me contenterai, pour l’instant, d’une suggestion très simple de d’application dès l’abord aisée.
J’ai, comme tous mes collègues, corrigé des copies, interrogé des candidats. Comme tous, je me reconnais sujet à l’erreur. M’arrive-t-il cependant de confondre une très bonne épreuve avec une très mauvaise, ou même avec une épreuve moyenne ? Assez rarement, je pense. Mais, lorsque je vois un examinateur décider que telle ou telle copie d’histoire par exemple ou de philosophie ou même de mathématiques, cotée sur 20 vaut 13 1/4 et telle autre 13 1/2, je ne puis en toute déférence m’empêcher de crier à la mauvaise plaisanterie. De quelle balance de précision l’homme dispose-t-il donc qu’il lui permette de mesurer avec une approximation de 1,2% la valeur d’un exposé historique ou d’une discussion mathématique ? Nous demandons instamment que – selon l’exemple de plusieurs pays étrangers – l’échelle des notes soit uniformément et impérieusement ramenée à cinq grandes catégories : 1 ou  » très mauvais « , 2 ou  » mauvais « , 3 qui sera  » passable « , 4 qui voudra dire  » bien « , 5 qui voudra dire  » très bien  » (non  » parfait « , qu’interdit l’infirmité humaine). Cela du moins partout où les ex æquo sont sans inconvénients. Il faudra faire étudier à un mathématicien le problème des concours à places limitées. Mais là encore, il doit être possible de se garder de raffinements trop poussés, dont l’absurdité ne nous échappe que par suite d’une trop longue accoutumance. Tout vaut mieux qu’une sottise, qui se prolonge en injustice.
Mais l’abus des examens n’est peut-être, à son tour, qu’un des signes de déformations plus profondes. Là encore, je parlerai peu de l’école primaire. Autant que je la connaisse – car j’ai avec elle, je l’avoue, moins de familiarité qu’avec le Lycée et l’Université – elle n’est pas sans défauts. Elle me paraît, cependant, beaucoup moins mal adaptée à ses fins que ne le sont, pour leur part, les établissements des deux autres degrés. Les erreurs des enseignements secondaire et supérieur sont patentes. Elles peuvent s’exprimer brièvement comme il suit.


L’enseignement supérieur a été dévoré par les écoles spéciales, du type napoléonien. Les Facultés même ne méritent guère d’autre nom que celui-là. Qu’est-ce qu’une Faculté des Lettres, sinon, avant tout, une usine à fabriquer des professeurs, comme Polytechnique une usine à fabriquer des ingénieurs ou des artilleurs ? D’où deux résultats également déplorables. Le premier est que nous préparons mal à la recherche scientifique ; que, par suite, cette recherche chez nous périclite. Interrogez à ce sujet un médecin, par exemple, ou un historien ; s’ils sont sincères leurs réponses ne différeront guère. Par là, soit dit en passant, notre rayonnement international a été gravement atteint : en beaucoup de matières, les étudiants étrangers ont cessé de venir chez nous, parce que nos universités ne leur offrent plus qu’une préparation à des examens professionnels, sans intérêt pour eux. D’autre part, à nos groupes dirigeants, trop tôt spécialisés, nous ne donnons pas la culture générale élevée, faute de laquelle tout homme d’action ne sera jamais qu’un contremaître. Nous formons des chefs d’entreprise qui, bons techniciens, je veux le croire, sont sans connaissance réelle des problèmes humains ; des politiques qui ignorent le monde ; des administrateurs qui ont l’horreur du neuf. À aucun nous n’apprenons le sens critique, auquel seuls (car ici se rejoignent les deux conséquences à l’instant signalées) le spectacle et l’usage de la libre recherche pourraient dresser les cerveaux. Enfin, nous créons, volontairement, de petites sociétés fermées où se développe l’esprit de corps, qui ne favorise ni la largeur d’esprit ni l’esprit du citoyen.
Le remède ? Une fois de plus, il faut, dans ce premier schéma, renoncer au détail. Disons seulement, en deux mots, que nous demandons la reconstitution de vraies universités, divisées désormais, non en rigides facultés qui se prennent pour des patries, mais en souples groupements de disciplines ; puis, concurremment avec cette grande réforme, l’abolition des écoles spéciales. À leur place, quelques instituts d’application technique permettant la préparation dernière à certaines carrières : après, toutefois, un passage obligatoire dans les universités. Pour achever la formation particulière d’une certaine catégorie d’ingénieurs, l’École des ponts et chaussées, par exemple, est indispensable ; affaire d’Université, la préparation scientifique générale n’a pas de raison d’être donnée dans une école entre cloisons étanches, comme Polytechnique.
Aussi bien deux exemples, qu’on empruntera impartialement à nos deux moments opposés de notre histoire politique, feront sans doute saisir, mieux que de longs discours, la routine avec laquelle on voudrait rompre et l’orientation nouvelle qu’on voudrait adopter.
Nous avons vu naguère le Front Populaire se proposer de briser le quasi-monopole des Sciences politiques, comme pépinière de notre haute administration. Politiquement, l’idée était saine. Un régime a toujours le droit de ne pas recruter ses serviteurs dans un milieu, dont les traditions lui sont presque unanimement hostiles. Mais qu’imaginèrent alors les hommes au gouvernement ? Ils auraient pu songer à instituer un grand concours d’administration civile, analogue à l’admirable concours du Civil Service britannique : comme lui, fondé avant tout sur des épreuves de culture générale et laissant, grâce à un libre jeu d’options, une grande part aux curiosités individuelles ; comme lui, enfin, préparé dans des universités d’esprit élargi. Ils préférèrent tracer le plan d’une nouvelle école spéciale : une autre École des Sciences politiques, encore un peu mieux close que sa rivale…
Le régime de Vichy a supprimé les Écoles normales. Mesure principalement politique, sans aucun doute. Nul ne saurait se laisser tromper par les absurdes griefs qui lui servirent de masque. Aux instituteurs, les Écoles normales donnaient, elles leur donneront sans doute de nouveau, une instruction générale et une formation technique également solides. On accordera, cependant, qu’au sortir de ces établissements, forcément un peu repliés sur eux-mêmes et de programme nécessairement rigide, il ne serait sans doute pas, pour de jeunes esprits, inutile de prendre contact avec des milieux étudiants plus variés, de même qu’avec des formes d’enseignement plus critiques et plus souples. Remplacer l’École normale par un passage dans des lycées, comme l’a voulu Vichy, est un non-sens. Les futurs maîtres y apprennent moins bien ce qu’on leur enseignait mieux dans l’ancienne École. Mais je les verrai volontiers, pour ma part, une fois les Écoles normales rétablies, achever leur cycle d’études par un an de travail très libre dans les universités.


Depuis quelques décades, l’enseignement secondaire est en perpétuel remaniement. Sans doute, les grotesques incohérences des trois dernières années ne dénoncent-elles rien d’autre que l’incapacité foncière du régime à rien créer ni coordonner. Mais le déséquilibre est plus ancien. Il répond à des causes profondes. L’ancien système humaniste a vécu. Il n’a pas été remplacé. D’où un malaise aigu, qui se traduit de bien des façons. Il y a toujours eu de mauvais élèves qui devenaient, plus tard, des hommes instruits et cultivés. Je ne crois pas me tromper en disant que le cas a, de nos jours, tout à fait cessé d’être exceptionnel. Alors qu’inversement, beaucoup de prétendus bons élèves n’ouvriront plus jamais un livre. À la vérité, en ont-ils jamais ouvert, durant leurs classes, d’autres que leurs  » morceaux choisis  » ? Aussi bien, la désaffection qui enveloppe l’enseignement chez les jeunes n’est pas niable. Je suis un assez vieil homme pour m’en souvenir : il y a une quarantaine d’années, on allait au lycée avec plus de plaisir ; on le quittait avec moins de joie. Le succès du mouvement  » éclaireur  » s’explique par bien des raisons. Dans le nombre, figure, soyons-en sûr, au premier rang, l’échec de l’éducation officielle. Au milieu de sa meute ou de sa patrouille, l’enfant trouve ce que lui apporte de moins en moins le lycée ou le collège : meilleur esprit d’équipe, des chefs plus près de lui, des  » Centres d’intérêt  » mieux faits pour séduire et fixer la spontanéité d’une fraîche intelligence.
Plutôt que de développer ces critiques, il vaudra mieux, sans doute, indiquer sommairement ce que nous souhaitons.
Nous demandons un enseignement secondaire très largement ouvert. Son rôle est de former des élites, sans acception d’origine ou de fortune. Du moment donc qu’il doit cesser d’être (ou de redevenir) un enseignement de classe, une sélection s’imposera. un examen d’entrée demeurera probablement nécessaire ; il le faudra très simple et adapté à l’enfance : un test d’intelligence plutôt qu’une épreuve de connaissances… ou de perroquetage. Des examens de passage subsisteront. Mais non d’année en année. C’est méconnaître toute la psychologie de la croissance – disons mieux c’est nier la physiologie – que de prétendre juger un enfant ou un adolescent sur le travail d’une dizaine de mois. Quels mois, parfois, dans son développement !


Nous demandons une discipline plus accueillante, dans des classes moins nombreuses ; une discipline exercée par des maîtres et des administrateurs auxquels auront été enseignés au moins les grands principes de cette psychophysiologie, dont je rappelais tout à l’heure l’existence ; que les instituteurs apprennent ; qu’un professeur d’enseignement secondaire a actuellement le droit (il ne s’en prive pas toujours !) d’ignorer radicalement. Au lieu de chercher à plier l’enfant à un régime implacablement uniforme, on s’attachera à cultiver ses goûts, voire ses  » marottes « . Il y avait une grande fécondité dans l’idée des loisirs dirigés que, sous le nom d’éducation générale, Vichy s’est annexée, en la déformant. Il conviendra de la reprendre, à l’aide d’un personnel jeune. L’éducation physique aura sa large part. Étrangère à tout excès ridicule, à toute admiration béate ou malsaine pour un athlétisme d’exception, elle sera, simplement, ce qu’elle doit être : un moyen de fortifier le corps, donc le cerveau ; un appel à l’esprit d’équipe et de loyauté.


Nous demandons une très souple liberté d’option dans les matières d’enseignement : liberté désormais d’autant plus aisée que la suppression du carcan des examens doit permettre une grande variété d’initiative. se rend-on bien compte que, par la faute du baccalauréat, la France est actuellement un des rares pays où toute l’expérimentation pédagogique, toute nouveauté qui ne s’élève pas immédiatement à l’universel, se trouve particulièrement interdite ? Le latin universellement obligatoire est une absurdité ; de même l’uniformité d’un programme mathématique trop poussé, auquel certains esprits, qu’il faut peut-être plaindre, mais non condamner, se révèlent par nature rebelles. Nous ne nous proposons d’ailleurs nullement de rejeter la tradition humaniste. Sous préjudice, cela va de soi, des langues vivantes, le latin continuera d’être enseigné. Sa connaissance est indispensable à toute discipline de caractère historique. Elle ouvre l’accès d’une littérature dont les résonances sont loin d’être éteintes. Surtout, l’apprentissage d’une langue de caractère synthétique est, pour l’intelligence, une gymnastique à peu près irremplaçable. Mais pour que cette étude porte ses fruits, il faut qu’elle soit sérieuse, partant qu’un nombre d’heures suffisant lui soit consacré. Plutôt qu’un latin maladroitement ânonné, comme on le voit trop souvent aujourd’hui, mieux vaudrait pas de latin du tout ; avant toute chose, il faut dans l’éducation fuir l’à-peu-près. C’est pourquoi, malgré l’admirable valeur esthétique et intellectuelle du grec, je crains fort qu’il ne puisse être maintenu, sinon par exception : une once de latin, quelques grains de grec… je préfère bon poids du premier. Au reste, on n’aura pas la fausse vergogne des traductions. Aucun élève ne devrait sortir du lycée sans avoir pris contact avec les grandes œuvres antiques. Il est cent fois préférable d’avoir lu, en traduction, L’Odyssée ou L’Orestie tout entière que de s’être contenté d’en expliquer péniblement, dans le texte, deux ou trois douzaines de vers. Un magistrat du XVIIIe siècle, raconte Tallemant des Réaux, comme son fils, élève chez les jésuites, lui demandait de lui faire parvenir une Légende dorée, lui envoya, à la place, le Plutarque d’Amyot :  » Mon fils, lui écrivait-il, voilà la vie des saints telle que la lisent les honnêtes gens.  » Je laisse à ce parlementaire son jugement sur l’hagiographie. Qui ne souscrirait à celui qu’il portait sur les lettres grecques, même connues, comme chez Amyot, à travers un vêtement français ?


Nous demandons que l’éducation scientifique, que nous souhaitons étendue et profonde, laisse résolument tomber ce qui n’est que matière d’apprentissage technique. L’enseignement secondaire a pour objet de former des esprits ; non, par avance, des ingénieurs, des chimistes ou des arpenteurs. Ceux-là trouveront, plus tard et ailleurs, les écoles qu’il leur faut. Nous voudrions que, surtout jusqu’à quatorze ou quinze ans, une place fût faite aux disciplines d’observation, parmi lesquelles la botanique, pratiquée sur le terrain, semble appelée à tenir un rôle prééminent. Nous prions les mathématiciens de se souvenir que l’enseignement secondaire, la géométrie par exemple, a sa place beaucoup moins comme accumulation de connaissances (dont un grand nombre, par la suite, deviendront inutiles au commun des élèves) que comme un merveilleux instrument à aiguiser le raisonnement. Nous pensons que des allègements sérieux peuvent être apportés à des programmes comme celui de la chimie, où la masse des faits est excessive.


Nous demandons que par un enseignement historique et géographique largement conçu – j’ajouterais volontiers, pour l’histoire au moins, totalement refondu – on s’attache à donner à nos jeunes une image véridique et compréhensive du monde. Gardons-nous de réduire l’histoire, comme on a eu tendance à le faire ces dernières années, aux événements purement politiques d’une Europe, dans le temps, toute proche de nous. Le passé lointain inspire le sens et le respect des différences entre les hommes, en même temps qu’il affine la sensibilité à la poésie des destinées humaines. Dans le présent même, il importe bien davantage à un futur citoyen français de se faire une juste image des civilisations de l’Inde ou de la Chine que de connaître, sur le bout du doigt, la suite des mesures par où  » l’Empire autoritaire  » se mua, dit-on, en  » Empire libéral « . Là encore, comme dans les sciences physiques, un choix neuf s’impose.
En résumé, nous demandons, d’un bout à l’autre, une révision raisonnée des valeurs. La tradition française, incorporée dans un long destin pédagogique, nous est chère. Nous entendons en conserver les biens les plus précieux : son goût de l’humain ; son respect de la spontanéité spirituelle et de la liberté ; la continuité des formes d’art et de pensée qui sont le climat même de notre esprit. Mais nous savons que, pour lui être vraiment fidèles, elle nous commande elle-même de la prolonger vers l’avenir. »

Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, juillet 1943, p. 17. Il s’agit d’une publication émanant du Conseil National de la Résistance, auquel Marc Bloch participa avant son arrestation le 8 mars 1944.

La population mondiale et son évolution probable

En complément au cours de 5ème.

Grâce à cette carte, nous pouvons observer une actualisation récente de la population mondiale (en 2021). Nous pouvons appréhender les tendances mondiales à venir (l’évolution de la population: augmentation de la population et diminution).

Si cette carte est de qualité, on peut critiquer l’absence de nuance dans l’augmentation de la population (qui est soit forte soit très forte – il n’y a pas de pays représenté avec une faible augmentation).

Source: https://pierrickauger.wordpress.com/2024/09/21/la-population-mondiale-et-son-evolution-probable/

Habiter le monde rural et agricole

  1. Localise et nomme les différents éléments géographiques demandés.
  2. Doc 4: Qu’est-ce que ce document
  3. Décris ce que tu vois ?
  4. Quel est le type de paysage que tu vois (urbain, rural, désertique). Justifie ton choix.

Questions sur le texte

  1. Quelle est l’activité de Dale ?
  2. Montre que Dale et sa famille sont reliés à la ville
  3. Est-ce que Dale pense avoir de bonnes conditions de vie ? (Justifie)

Doc photo

  1. Décris cette photographie
  2. Est-ce une agriculture intensive (beaucoup de vaches dans un petit champ) ou extensive (les vaches sont dans les champs et ont une grande liberté) ? Justifie ta réponse.
  3. Cette agriculture sera destinée à (justifie ton choix): a) La propre consommation des agriculteurs b) La vente dans les villes et la consommation par leurs habitants c) L’aide humanitaire pour sauver ceux qui n’ont pas à manger

Pages 264-265

  1. Nommez les différents types d’agriculture pratiquées dans le monde. Donnez un exemple de pays ou de région pour chaque.
  2. Quel type d’agricultures pratique-t-on dans mes espaces de faibles densités? Donnez quelques exemples.
  3. Quels liens peut-on faire entre niveau de développement et type d’agriculture.

Les différents types de campagnes

Les espaces de faibles densités en France

  1. Qu’est-ce qu’un espace de faible densité ? Combien de Français habitent dans ces espaces ?
  2. Quels sont les différents types d’espaces de faible densité ?
  3. Comment appelle-t-on les nouveaux habitants des campagnes ?
  4. Quels sont les atouts des espaces à faible densité ?
  5. Qu’est-ce que le tourisme vert ?

L’énergie, l’eau: des ressources à ménager

Qu’est-ce que c’est ? Que voyez-vous ? Que comprenez-vous ?

  1. Doc 1A : Quelle est la part du Moyen Orient dans les réserves mondiales de pétrole ?
  2. Doc 1A : Quel pays détient les réserves les plus importantes ?
  3. Doc 1B : Que font les pays du Moyen Orient de leur production de pétrole ?
  4. Doc 4 : Où se situent les gisements de pétrole et de gaz au Moyen-Orient ?
  5. Quels sont les aménagements réalisés pour transporter ces hydrocarbures ?
  6. Vers quelles régions du monde le pétrole et le gaz sont-ils exportés ?
  7. Par quels passages stratégiques passent-ils ?
  8. Montre que le Moyen-Orient est une zone de tension et de guerre.
  9. Doc 2 et 3 : Montre que le pétrole a permis le développement économique et social du Moyen-Orient. Donne au moins 4 arguments.
  1. Doc 1 : Comment Dubaï utilise-t-elle son énergie et son eau ? Dans quel but économique ?
  2. Doc 2 : Grâce à quelles ressources, la Russie a pu s’enrichir et se développer ?
  3. Doc 2 : Quel problème cela va-t-il entrainer dans 25 ans ?
  4. A l’aide des documents et de vos réponses, pensez-vous que l’utilisation que nous faisons des ressources de la planète est toujours adaptée et équitable ? Justifiez votre réponse
  1. Que représentent les cercles ?
  2. Que représentent les couleurs ?
  3. Cite les trois espaces où la consommation d’énergie est très élevée ?
  4. Quelles sont les énergies les plus consommées ? Quel problème cela pose t’il ?
  5. Dans quel pays la part des énergies renouvelables est-elle la plus importante ?
  6. Fais un bilan qui explique : qui consomme le plus, ce qu’ils consomment en majorité et quel problème ça pose.

            Avec la croissance de la population mondiale, les besoins en énergie continueront à augmenter à l’avenir. De même, les énergies non renouvelables sont destinées à disparaître surtout qu’elles ont souvent de graves conséquences pour l’environnement. Les États cherchent donc à mettre en avant les énergies renouvelables pour réussir la transition énergétiques. A toi de découvrir de quoi il s’agit.

  1. Doc 1 : Qu’est ce qui montre sur l’image que Las Vegas se situe dans une zone aride ?
  2. Doc 1 : Quel aménagement a été réalisé pour capter l’eau afin d’alimenter Las Vegas ?
  3. Doc 2 : Combien de litres d’eau est consommé par personne à Las Vegas ?
  4. Doc 2 : Comment est acheminé l’eau jusqu’à Las Vegas ?
  5. Doc 2 :  Qui s’oppose à ce projet d’eau ? Pourquoi ?
  6. Doc 3 : Explique le climat de Las Vegas (températures, précipitations).
  7. Doc 4 et 5 :Explique à quoi sert l’eau de Las Vegas ?
  1. Combien de personnes n’ont pas accès à l’eau potable dans le monde ?
  2. A quoi n’ont pas accès 2,6 milliards de personnes dans le monde
  3. Pourquoi l’eau est très demandée ?
  4. Combien d’eau peut être consommable sur Terre ? Comment appelle t’on cette eau ?
  5. Y a-t-il un risque de pénurie d’eau ? Justifie ta réponse.
  1. Nomme les régions ou les pays faisant face à des pénuries ou des stress hydriques en eau ?
  2. Nomme une région du monde en particulier l’accès à l’eau potable est-il difficile ?
  3. Relève les aménagements utilisés par l’Homme pour utiliser l’eau ?

Les usages de l’eau p. 216-217

  1. Doc 1 : Où l’eau est-elle captée ?Comment est-elle traitée ?
  2. Doc 1 : Montre que ce schéma est respectueux de l’environnement.
  3. Doc 2 : Quelle est l’évolution des prélèvements en eau ?
  4. Doc 2 : Quels sont les trois secteurs d’utilisation d’eau ? Quel secteur utilise le plus d’eau 
  5. Doc 4 : Relève où se situent les usages domestiques (consommation courante des habitants), les usages touristiques et agricoles.
  6. Doc 4 : Quelles sont les populations en concurrence pour accéder à une eau rare dans cette région ?

Habiter une métropole

A partir des documents, qu’est-ce qu’une ville ?

Extrait du film Fast and Furious avec Rio de Janeiro

Que vois-tu de la ville de Rio de Janeiro dans cet extrait de film (ville, milieu naturel, habitation, population) ?

A- Vivre à Rio, vivre séparé

Doc 1: Vue sur la favela de Rocinha
  1. Doc 1 : Quel est le type de document ? (photo, image satellite, tableau)
  2. Doc 1 : Décris ce document. Vois-tu des différences ?

B- Les fonctions de Rio

  1. Doc 2 : Décris cette photographie. Comment te paraissent les gens ? Qu’est-ce qu’un CBD ?
  2. Doc 3 : Grâce à quoi la ville de Rio est connue dans le monde ? Qu’est-ce que ça peut permettre pour le développement de la ville ?
  3. Doc 4 : Quels sont les avantages de la ville de Rio d’après Margaux ?

Schéma de la ségrégation sociale à Rio

Doc 1: Tokyo à l’échelle du pays

Sur la carte, localiser Tokyo, l’Océan Pacifique et  la mer du Japon.

Doc 2 : A l’échelle de la métropole : Tokyo

Sur l’image satellite, relever les noms proposés. A quoi correspondent-ils ?

Colorier en rouge (ou orange) les espaces construits. A quoi correspondent les parties sombres de l’image ?

Doc 3:  A l’échelle humaine : Vue sur un quartier de Tokyo

Décrire cette photographie en citant précisément les différents bâtiments, moyens de transports

.

  1. Doc 1: Montre que la ville de Tokyo disposent de centres économiques
  2. Relève les différents axes de transports de la ville de Tokyo.
  3. Doc 2: A quoi vois-tu que ce quartier est fréquenté
  4. Quelles sont les activités qu’on trouve dans ce quartier?
  5. Doc 3 : Surligne dans le texte deux passages qui montrent que beaucoup d’habitants résident à Chiba
  6. Relève les activités agricoles, industrielles, et de loisirs à Chiba.
  7. Doc 3 et 4 : Quels moyens de transports permettent de relier Tokyo à Chiba

Bilan : A l’aide de tes réponses, rédige un texte qui présente Tokyo. Tu devras montrer que Tokyo dispose de centres économiques. Tu devras décrire le paysage urbain de Tokyo présenteras aussi des moyens de transports et différentes activités de Tokyo

Pages 212-213

  1. Que représente cette carte (utilise la légende)
  2. Quels sont les continents les plus urbanisés ? Quels sont les continents les moins urbanisés ?
  3. Sur quel continent y-a-t’il le plus de métropoles. Justifie ta réponse

Photographie de La pollution de Sao Paulo

Un temps sec et une couche de pollution couvrent le ciel de Sao Paulo au Brésil le 9 septembre 2024. L’air de Sao Paulo est le plus pollué du Monde ce jour-là, selon l’agence suisse IQUAIR

Photographie AFP

Les villes et la pollution

Les villes contribuent significativement aux changements climatiques. Selon ONU-Habitat, les villes comptent pour 78 % de la consommation énergétique mondiale et produisent plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, elles représentent moins de 2 % de la surface de la Terre.

  • L’incendie à Los Angeles

Le Monde habité

  1. Présente ce document
  2. Que voit-on?
  3. Comment sont répartis les Hommes ?

Questions 1 à 5 p. 294-295

La répartition mondiale et les grandes villes:

  1. A partir du doc 1, 2 et 3, repère dans quel pays se situe chaque paysage.
  2. Docs 2 et 3 : Décris chacun des paysages dans un tableau
  3. De quelles couleurs est représentée la forte présence de la population du doc 2 sur la carte ? Et la très faible présence du doc 3 ?
  4. Doc 1 : Combien de couleurs sont utilisées pour représenter le peuplement de la Chine ? Qu’est-ce que cela veut dire ?
  5. Doc 1 : Quelle différence constatez-vous entre les des régions côtières et l’intérieur des terres ?
  6. Doc 2-3 : Pourquoi Tokyo attire-t-elle la population ? Pourquoi la Mongolie est-elle peu peuplée ?

Bilan

Travail par équipes:

A partir des documents suivants, explique pourquoi certains espaces de l’Asie de l’Est sont peuplés et d’autres non.

Vous pouvez faire des hypothèses.

La Chine vue depuis le ciel

Vues de Tokyo (Japon) avec un drône

La pauvreté continue d’augmenter en France

Libération, mercredi 15 novembre 2023

Par Anne-Sophie Lechevallier

Les inégalités se sont creusées en 2021, d’après les données de l’Insee, publiées mardi. Des chiffres qui risquent d’empirer : depuis, l’inflation est venue frapper de plein fouet les plus précaires. L’histoire du jour

L’accalmie aura été éphémère. L’explosion de la pauvreté, tant redoutée à l’arrivée la pandémie, n’a certes pas eu lieu, en grande partie grâce aux soutiens publics mis alors en place pour les plus précaires, telles que la majoration de l’allocation de rentrée scolaire ou l’aide exceptionnelle de solidarité. Mais sitôt ces dispositifs du arrêtés l’année suivante, le taux de pauvreté monétaire a de nouveau augmenté. Il est passé de 13,6% de la population en 2020 à 14,5% en 2021, selon les données encore provisoires de l’Insee. Malgré la fragilité des indicateurs pour l’année 2020, l’Insee souligne que «la France sort de l’épisode Covid en 2021 avec un taux de pauvreté supérieur à celui qu’elle avait quand elle y est entrée». Féminisation. Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, incite à ne pas trop s’attarder sur ces variations: «Plus que les comparaisons d’une année à l’autre, qui font parfois du yoyo, il faut regarder sur une plus longue période. On observe alors une hausse du nombre de personnes pauvres, qui n’est pas seulement liée à la hausse de la population.» En effet, ces vingt-cinq dernières années, jamais autant de personnes résidant en logement ordinaire n’avaient vécu sous le seuil de pauvreté – défini à 60 % du revenu médian. Elles étaient 9,1 millions en 2021, 545 000 de plus qu’en 2017 et 1,5 million de plus que vingt ans plus tôt. C’est-à-dire, pour une personne seule, avec un revenu disponible mensuel inférieur à 1 158 euros. La moitié de ces personnes se situent bien en deçà de ce seuil, avec moins de 924 euros par mois. Des constats qui viennent corroborer les précédentes études, comme celle publiée aussi par l’Insee l’été dernier, pointant l’aggravation de la proportion de personnes en situation de privation matérielle et sociale vivant en logement ordinaire.

En regardant en détail les différents statuts d’activité, les statisticiens constatent une hausse marquée de la pauvreté parmi les chômeurs, déjà très précaires. Le taux de pauvreté dans cette population passe à 35,1 % en 2021, 1,9 point de plus que l’année précédente. «Ces évolutions interviennent dans un contexte [ ] de fin des mesures de prolongation des droits d’assurance chômage en milieu d’année», souligne l’Insee. Les familles nombreuses, avec au moins trois enfants, ont elles aussi subi une nette augmentation du taux de pauvreté, 4,8 points de plus pour atteindre 25,6 %. Ce serait notamment lié à l’arrêt des mesures de soutien Covid. La pauvreté parmi les familles monoparentales -le plus souvent des mères isolées- progresse également, avec un taux de 32,3 % en 2021. Comme celle des enfants, dont le taux passe de 19,3 % à 20,6 %. Des constats qui viennent en écho à ceux du Secours catholique qui, dans un rapport publié mardi, fait état d’une féminisation de la précarité. Effet retard. Dans le même temps, les inégalités de niveau de vie se sont creusées. Les 20% des personnes les plus aisées percevaient en 2021 une masse cumulée des niveaux de vie 4,5 fois plus importante que celle des 20% les plus pauvres. Ces derniers ont vu cette même année, leur niveau de vie reculer, comme ceux de la moitié la plus modeste de la population, en tenant compte de l’inflation. L’une des explications avancées par l’Insee tient à l’effet retard des revalorisations des prestations sociales, «alignées sur l’inflation observée l’année précédente», qui «ne suffisent pas à maintenir immédiatement leur pouvoir d’achat lorsque l’inflation augmente».

Or, en 2021, les prix n’avaient pas encore atteint les niveaux historiques qu’ils ont connus ces derniers mois, l’inflation n’étant cette année-là «que» de 1,6 %. Elle a été de 5,2 % en 2022 et sans doute autant cette année. Ce qui peut laisser penser que cet effet retard ne sera pas indolore sur la pauvreté. Anticiper la revalorisation des minima sociaux et des allocations au 1er janvier (au lieu du 1er avril) fait d’ailleurs partie des revendications des associations de solidarité réunies dans le collectif Alerte. Des banques alimentaires aux Restos du cœur, en passant par le Secours populaire, les structures ne cessent d’avertir sur ce qu’elles observent depuis des mois dans leurs points de distribution : une forte affluence et des publics de plus divers, à mesure que s’étend la crise alimentaire. Celle-ci a connu son pic en mars, avec une hausse des prix de l’alimentation de 15,9% sur un an, qui atteint particulièrement les plus modestes, pour qui ce poste a un poids plus important dans le budget que dans celui des autres ménages. Même si la Première ministre, Elisabeth Borne, assurait en septembre que «personne ne peut rester impassible devant la situation de femmes, d’hommes et d’enfants qui peinent à vivre dignement», les associations, par la voix du collectif Alerte, constatent, à l’occasion de la publication des statistiques de l’Insee, que «les politiques actuelles ne sont pas à même de contenir la hausse de la pauvreté en France». Et de citer la réforme de l’assurance chômage, la loi plein-emploi contenant la hausse de la pauvreté, ou le pacte des solidarités, jugé «très en deçà des attentes». ?

«La hausse du nombre de personnes pauvres n’est pas seulement liée à la hausse de la population.» Louis Maurin directeur de l’Observatoire des inégalités

La métropolisation du Brésil: page ressources

Vous disposez d’un dossier complet sur la métropolisation du Brésil dans votre manuel: pages 16 à 19

Un dossier sur Lelivrescolaire en ligne: https://www.lelivrescolaire.fr/page/8676356

BRÉSIL – SÃO PAULO : UNE MÉGALOPOLE TROPICALE: https://geoimage.cnes.fr/fr/geoimage/bresil-sao-paulo-une-megalopole-tropicale

Hervé Théry, São Paulo, du centre à la périphérie, les contrastes d’une mégapole brésilienne: https://journals.openedition.org/echogeo/15088

Un espace très urbanisé

Une forêt de tours à Sao Paulo, cliché de H. Théry

Une ville contrastée et fragmentée

Les immenses périphéries de la ville sont en très grande partie constituée de quartiers dont les habitants ont construit eux-mêmes leurs maisons, souvent par étapes successives, en montant un mur ou un étage supplémentaire quand ils avaient quelques rentrées d’argent, sur des terrains en principe inconstructibles. Le résultat est un entassement très serré de maisons très proches les unes des autres, sans rue bien tracée (et donc sans accès pour les services de sécurité), sans espaces verts ni espaces de loisirs. Les circulations se font par les rues principales, en bordure du quartier. Cliché H. Théry.

La favela de Brasilândia se situe au nord de la commune de São Paulo, sur les contreforts du massif de la Cantareira, aux pentes en principe inconstructibles. Ici aussi le tissu de construction est très dense, sans beaucoup d’espace, interstitiel, pas même sous les lignes hautes tension. La finition des maisons est moins complète que dans les quartiers populaires de la périphérie, elles sont rarement peintes ou crépies, alors que les habitants pourraient en général envisager cette dépense complémentaire, faible par rapport au coût de la construction. C’est souvent plus une question de pression sociale que de manque de ressources, il serait mal vu de le faire et de donner l’impression que l’on veut vivre au-dessus de sa condition sociale.

Les quartiers d’affaire (CBD) de Sao Paulo

L’allure générale et le fonctionnement de ce centre des affaires n’est pas tellement original par rapport au centre des affaires (central business district, CBD) de n’importe quelle ville nord-américaine, pas plus que ne le sont les banlieues résidentielles des classes supérieures, qui sont seulement plus vertes, composées de villas plus somptueuses et entretenues par des domestiques plus nombreux. Le centre historique est en perte de vitesse économique, au profit du sud-ouest, où se sont développés successivement un deuxième centre d’affaires, au long de l’avenue Paulista, puis un troisième vers le rio Pinheiros, autour des nouveaux shopping centers et des centres d’affaires de l’avenue Faria Lima, et enfin un quatrième, autour de l’avenue Berrini, où les multinationales trouvent les « immeubles intelligents », câblés et contrôlés par ordinateur, qu’elles recherchent pour installer leurs sièges sociaux.

Le bâtiment Martinelli, au premier plan, a été le premier gratte-ciel construit à São Paulo en 1924, celui de la Banespa, au second plan, à l’architecture inspirée de celle de l’Empire State Building et construit en 1939, était le siège de la principale banque publique de l’État de São Paulo. Cliché H. Théry.

Une forte ségrégation socio-spatiale au sein de la ville de Sao Paulo

Sao Paulo dispose de centres culturels de premier plan

Le musée d’Art moderne de São Paulo (MASP) a été fondé en 1947 et occupe depuis 1968 un bâtiment dessiné par Lina Bo Bardi, entièrement suspendu, ce qui laisse un espace au sol libre de plus de 70 mètres de longueur pour diverses manifestations et un prospère marché d’antiquités. Sa fondation, à l’initiative du magnat de la presse Assis Chateaubriand, visait à affirmer que l’État de São Paulo avait désormais, outre son rôle économique de locomotive du pays, l’intention de devenir centre de référence culturel. Le MASP possède la plus grande collection d’art occidental d’Amérique latine et de l’hémisphère sud. La collection d’art français est la plus fournie, elle met l’accent sur les mouvements artistiques des XVIIIe et XIXe siècles, notamment les impressionnistes Manet, Degas , Cézanne, Monet et Renoir. Cliché H. Théry.

La Sala São Paulo est située dans l’ancienne gare Julio Prestes, construite entre 1926 et 1938 pour être le point de départ du chemin de fer Sorocabana, une société créée par les barons du café pour transporter leur production vers le port de Santos. La salle des pas perdus a été choisie parce que ses dimensions sont similaires aux salles de concert du XIXe siècle, comme Boston, Vienne et Amsterdam. La salle de concert a été inaugurée en 1999 et le bâtiment est le siège de l’Orchestre symphonique de l’État de São Paulo (OSESP). La transformation de la gare en salle de concertes est un beau symbole de l’évolution de la ville de centre d’exportation de café en capitale culturelle. Cliché H. Théry.

H Théry, « Portrait de Sao Paulo », Géoconfluences

Lire l’article intégralement:

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/de-villes-en-metropoles/corpus-documentaire/portrait-sao-paulo-1-capitale

Une ville entre mer et montagne

Des atouts touristiques: la plage de Copa Cabana

Une ville fragmentée

Le quartier d’affaire de Rio

Rio, une métropole contrastée

Avec la Coupe du Monde 2014 et les Jeux Olympiques 2016, Rio de Janeiro et le Brésil sont devenues des vitrines internationales pour l’organisation d’évènements sportifs. Quels effets cependant sur la métropole de Rio et sa population?

Vidéo disponible sur YOUTUBE, Rio un an après les Jeux, un réveil difficile, documentaire de France Télévision

https://www.youtube.com/watch?v=2Upy1SG8yjM&t=45s

Un article sur les Jeux Olympiques de Rio 2016 à quelques jours de leur tenue

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/jo-rio-2016

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« La destruction de certaines favelas : cachez cette pauvreté que le spectateur ne saurait voir

À l’occasion des Jeux olympiques, spectacle télévisé en mondovision, les caméras peuvent s’attarder sur les lieux proches des sites de compétition. C’est pourquoi les autorités brésiliennes, soucieuses de l’image du Brésil, ont décidé une politique radicale vis-à-vis de certaines favelas proches, traitées de « dommage esthétique et environnemental ». Deux cas emblématiques illustrent cette politique : Vila do Metrô proche du Maracana et Vila Autodromo accolée au site principal des Jeux :

La favela de Vila do Metrô occupe un espace interstitiel entre les lignes de chemin de fer conduisant à la gare centrale et l’Avenida Radial Oeste. Elle subit donc les nuisances sonores du rail et la pollution liée au trafic routier. Elle se situe à quelques centaines de mètres de l’UERJ (Université de l’État de Rio) et du Maracana. Cette favela de taille modeste (environ 700 familles) s’est « spécialisée » dans l’activité automobile (garage, pneumatiques). Elle n’est pas connue pour être associée à des trafics.
La municipalité a décidé dès 2010 de détruire la favela. La justification avancée était de construire un parking pour le Maracana (toujours pas construit à quelques semaines de l’ouverture des Jeux) ou encore de faire une zone d’activités autour de l’automobile. Elle a donc mis la pression sur les habitants en lançant des procédures d’expulsion tout en proposant des solutions de relogement. Cette première vague a permis aux pouvoirs publics de commencer la destruction des logements des personnes ayant accepté l’indemnisation et le relogement. Mais les appartements proposés pour le relogement sont localisés dans le quartier de Cosmos en périphérie de Campo Grande, soit à 70 kilomètres de Vila do Metrô et à plus de deux heures de transport en commun du centre-ville où se trouvent les emplois des travailleurs de la favela. Une longue bataille s’est donc engagée entre les habitants regroupés en collectif et soutenus par les défenseurs des droits et la municipalité arguant de la dégradation des conditions d’hygiène pour poursuivre l’expulsion. Cette dégradation résulte de la spirale négative induite par les destructions suivies de dépôts d’ordures sauvages et du non-passage des services de la mairie pour nettoyer. Le collectif a réussi à obtenir des relogements à proximité, mais les loyers sont trop élevés pour certaines familles. En 2016, il ne reste que quelques maisons dont les habitants sont appelés à partir dans les mois qui viennent. »

Pascal Guillon, Les Jeux Olympiques de Rio 2016 : un héritage mais au profit de qui ? , juillet 2016, https://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/jo-rio-2016

Conclusion de l’article sur les Jeux Olympiques

Conclusion

« Organiser les Jeux olympiques est une occasion unique pour une ville de transformer son image et son organisation interne. La pression liée à cet événement fait bouger les lignes entre acteurs et permet de concrétiser des projets d’ampleur qui ne seraient pas sortis de terre sans cette occasion. La transformation du quartier du port, l’évolution du système de transport (BRT et nouvelle ligne de métro), ainsi que la création d’un futur quartier résidentiel à Barra sont le fruit de cette dynamique exceptionnelle. La réalisation de ces projets a des impacts forts sur l’organisation interne de l’agglomération mais au profit de qui ?
D’un point de vue spatial, plusieurs zones bénéficient d’impacts favorables :

  • Barra profite à plein des évolutions liées au transport : l’arrivée du métro, la reconfiguration des BRT et voies autoroutières renforcent clairement la centralité de cette zone aisée et la connectent à la banlieue ouest et à l’aéroport international. De plus, la création du village et du parc olympiques apporte de nouveaux logements dans une zone en tension. Le développement de certaines aménités apporte aussi un bénéfice à la population locale (golf, nouveau parc N. Mandela, infrastructures sportives …).
  • La rénovation urbaine du quartier portuaire doit offrir une nouvelle centralité et à terme un nouveau quartier d’affaires qui reprend tous les codes internationaux de la gentrification d’un front d’eau.
  • La zone sud touristique bénéficie du prolongement du métro et de la publicité que ne manquera pas de faire l’organisation des épreuves sur les sites iconiques de Rio.
  • Ces trois grandes zones ont été aussi la cible de la politique des UPP qui a amélioré sensiblement la vie des habitants des favelas dans la majorité des cas, mais elle conduit certaines à un début de « spéculation » immobilière qui chasse les plus pauvres.

Pour le reste de l’agglomération les bénéfices sont plus ténus. Le noyau de Déodoro est mieux connecté avec Barra et voit sa desserte ferroviaire améliorée ; la banlieue ouest plus pauvre pourra aller travailler plus facilement à Barra. Toutefois des pans entiers de l’agglomération ne profiteront pas des Jeux et il se trouve que ce sont les zones les plus pauvres.

D’un point de vue social, l’organisation de ces Jeux a un coût élevé pour les classes les plus pauvres qui tient à des expropriations pas toujours justifiées par les travaux, à un montant d’indemnisation largement sous-évalué et à la politique de relogement qui a rejeté des familles à la périphérie, sans parler des personnes encore plus pauvres qui ont perdu des zones de squat proches du centre. On peut s’interroger sur le choix des priorités de dépenses pour cet événement quand les infrastructures de base (soins, éducation, eau et assainissement) font défaut à de nombreuses populations.
En revanche, l’organisation de ces Jeux est une aubaine pour certaines sociétés comme le n°1 du BTP Odebrecht et certains acteurs de la ville de Rio impliqués dans des PPP. La justice a mis au grand jour avec le scandale de Petrobras la corruption endémique de la société brésilienne, notamment dans les sphères politiques et d’affaires (le dirigeant d’Odebrecht a été condamné à 19 ans de prison pour corruption en mars 2016). Et dans le cas des JO aussi, une partie non négligeable de l’argent public est allée favoriser des intérêts privés.
Enfin, l’annonce de l’incapacité de la ville à assumer le paiement de ces fonctionnaires six semaines avant les Jeux est un mauvais présage pour l’après JO [21], d’autant plus que l’État de Rio est privé d’une partie de ses recettes par l’effondrement de la rente pétrolière depuis 2 ans et que le Brésil s’enfonce dans la récession. La fête sera sûrement magnifique mais les lendemains risquent d’être difficiles pour la ville et l’État de Rio. Il ne faudrait pas que Rio suive la trajectoire d’Athènes … »