Archives de catégorie : Actualités

Les agents secrets de troisième face au nazisme

Les élèves de troisième devaient présenter un rapport du Deuxième Bureau sur les dangers du nazisme, voici les résultats de leur espionnage :

Trois femmes dans le gouvernement Léon Blum

En juin 1936, les femmes n’ont pas encore le droit de vote. Pour autant, trois d’entre-elles entrent dans le gouvernement du Front populaire, en qualité de sous-secrétaire d’Etat. Cette innovation revient à Léon Blum. Son choix s’est porté sur trois personnalités qui se sont illustrées par leurs compétences professionnelles ou leur combat afin d’étendre les droits des femmes dans la société.

Irène Joliot-Curie (1897-1956) est la fille de Pierre et Marie Curie. En 1935, elle obtient le prix Nobel de chimie. L’année suivante, elle accepte sa nomination en qualité de sous-secrétaire d’Etat à la Recherche scientifique, afin de prouver que les femmes peuvent accéder à tous les postes.

Suzanne Lacore (1875-1977), institutrice et militante socialiste, est nommée à la Santé publique, où elle s’occupe plus particulièrement de la protection de l’enfance.

La radicale Cécile Brunschvicg (1877-1946), présidente de l’Union française pour le suffrage des femmes, devient sous-secrétaire d’Etat à l’Education nationale. A la suite de ces nominations, les féministes attendent beaucoup de Léon Blum qui, en 1925-1926, avait déposé des propositions de loi tendant à accorder aux femmes électorat et éligibilité. Mais la guerre survient sans que leur situation dans la société n’ait été améliorée.

Source : https://www.senat.fr/connaitre-le-senat/lhistoire-du-senat/dossiers-dhistoire/d35/les-femmes-et-le-pouvoir-21.html

« Trois hirondelles ne font pas le printemps »

« Trois hirondelles ne font pas le printemps » : la formule est signée de la journaliste Louise Weiss. Pour certaines militantes, l’arrivée de ces trois ministres est un leurre qui ne va pas changer la situation politique des femmes. Elles accusent même Léon BLum de vouloir endormir le combat féministe. Le seul combat qui vaille, c’est le droit de vote. 

D’ailleurs, l’entrée de ces trois femmes au gouvernement n’a pas suscité de controverse, n’a pas créé de scandale. Était-ce un geste inoffensif et symbolique ? La question peut se poser. Mais les symboles sont importants. En 1937, le gouvernement du Front Populaire prend fin et avec lui cette parenthèse historique. On peut considérer – pour voir le verre à moitié plein – que ces trois pionnières ont fait évoluer les mentalités, en montrant qu’elles étaient dignes de la fonction. Elles ont préparé le terrain pour la suite. Le droit de vote fut accordé aux femmes en 1944.  

Le nazisme et les femmes

Les nazis sont parvenus au pouvoir en 1933 en Allemagne. A ce moment-là, l’Europe reste encore largement dominée par le modèle patriarcal. Mais les nazis vont radicaliser « l’idéologie de la différence des sexes » en imposant des « stéréotypes de féminité et masculinité ». L’image de l’homme combattant par exemple est très fortement mise en avant par les nazis, d’autant plus que la guerre pour venger la défaite de 1918, ou encore pour favoriser la victoire du « fort » sur le « faible » est un idéal nazi.

Les acquis féministes de la République de Weimar sont rejetés: les femmes sont renvoyées à leur fonction procréatrice et à l’espace domestique. Les nazis défendent un modèle nataliste. Des aides financières sont versées aux femmes qui ont de nombreux enfants. A l’inverse, les nazis ancrent les sociabilités masculines et virilistes, encourageant les lieux de rencontre où l’alcool, le duel, le culte du corps sont très présents pour les hommes.

Comme le remarquent des historiens dans Le Monde nazi 1919-1945, « Dans les textes et les discours de Hitler, la haine des femmes et des homosexuels n’est jamais très loin de celle des juifs considérés comme les corrupteurs des femmes allemandes ». Avec les lois de Nuremberg, les relations sexuelles entre juifs et Allemands sont interdites tout comme celles avec les « nègres » et les Tziganes aussi. Les femmes ne respectant pas ces interdits sont publiquement exhibées en public et subissent des sorts humiliants : pancartes infâmantes, tonte de leurs cheveux en place publique.

De ce fait, le parti nazi est un parti d’hommes. Alors que le parti communiste allemand (KPD) et le parti socialiste allemand (SPD) accueillent respectivement 16,9 % et 20 % de femmes, le parti nazi n’a dans ses rangs que 5 % de femmes, et surtout, il n’y eut jamais de femme députée nazie. Cela n’empêche pas que les électrices soient quasi aussi nombreuses que les électeurs à voter pour le parti nazi. L’idéologie nazie de l’inégalité des sexes s’est donc imposée chez de nombreux hommes mais aussi chez une part importante des femmes.

mrcabanneshg.wordpress.com

Quelques documents pédagogiques sur le nazisme et les femmes

Une vision sexiste

Les sociabilités masculines et virilistes

Chapoutot J., Ingrao C., Patin N., Le monde nazi, 1919-1945, Tallandier, Paris, 2024

Antisémitisme et humiliation des femmes

Chapoutot J., Ingrao C., Patin N., Le monde nazi, 1919-1945, Tallandier, Paris, 2024

Aller plus loin :

Chapoutot J., Ingrao C., Patin N., Le monde nazi, 1919-1945, Tallandier, Paris, 2024

Dermandjian G. (coord), La place des femmes dans l’histoire, une histoire mixte, Belin, Paris, 2010

Biard C., Les filles de Marianne, Histoire des féminismes, 1914-1940, Fayard, Paris, 1995

La question de l’eau à Gaza

Voici un document exploitable sur l’eau à Gaza extrait de l’ouvrage du dernier ouvrage de Jean Pierre Filiu, Un histoiren à Gaza, Les arènes, Paris, 2025. Jean Pierre Filiu est un historien spécialiste du Moyen-Orient et de Gaza. Il a notamment écrit une Histoire de Gaza. Il écrit notamment des chroniques dans Le Monde

« Gaza a été durant des millénaires une oasis réputée pour la richesse de sa végétation et la douceur de son climat. Le Wadi Gaza, cette « vallée de Gaza » qui débouche en Méditerranée, au sud de la cité éponyme, avait un débit bien plus important que le fameux Jourdain. Là rayonnait la zone humide la plus vaste de la Palestine historique, réputée pour ses vergers et ses palmeraies. La prospérité de Gaza reposait largement sur ses exportations de céréales et d’agrumes, les premières dominant la fin de la période ottomane, avant que les secondes prennent l’avantage durant le mandat britannique et l’administration égyptienne.

C’est l’occupation de 1967 qui fait basculer les ressources hydrauliques de Gaza sous la coupe d’Israël, avec d’abord l’implantation de Mekorot, la compagnie nationale des eaux de l’État hébreu, puis le détournement vers les colonies de peuplement. Celles-ci ont beau n’accueillir que quelques milliers de colons plutôt radicaux, elles accaparent un quart des terres de l’enclave palestinienne et une allocation disproportionnée de l’eau. La politique de la terre brûlée qui marque le retrait unilatéral de 2005 interdit à la population de Gaza de profiter des infrastructures établies au pro.t des colons.

L’armée israélienne veille à maintenir l’ensemble du territoire sous son étroite dépendance, un étau qui se resserre en 2007 après la prise de contrôle par le Hamas et l’instauration d’un blocus rigoureux. Cette mainmise israélienne, désormais à distance, aggrave un cercle vicieux où la pression démographique accentue la surexploitation de la nappe phréatique, de plus en plus infiltrée par l’eau de mer, elle-même de plus en plus contaminée par le déversement des eaux usées dans la Méditerranée. En 2021, seuls 7 % de la consommation en eau de la bande de Gaza sont fournis par trois centrales de désalinisation, qui assurent aussi la chloration de l’eau de mer, tandis que 13 % sont livrés par trois pipelines de Mekorot. Pour profiter de la qualité de l’eau israélienne, il faut être connecté à ce réseau, payer un surcoût et être en mesure de constituer des réserves, l’eau ne coulant que par intermittence. Les 80 % restants sont extraits de quelque trois cents puits, publics ou privés, forés dans la nappe phréatique. Cette eau est impropre à la consommation, sauf à être désalinisée et purifiée. À la veille du conflit en cours, l’allocation quotidienne en eau dans la bande de Gaza est d’environ 80 litres par personne, trois fois moins qu’en Israël. Elle a chuté, en ces derniers jours de 2024, à 9 litres par personne et par jour, dont seulement 2 litres d’eau potable, une moyenne qui masque de sérieuses disparités dans l’accès à une ressource devenue aussi rare. »

Victimes oubliées : Les Noirs sous le nazisme, Lionel Richard

Source: https://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/RICHARD/12212

Diapositive projetée durant les cours de l’Académie nationale de la race et de la santé, à Dresde(Photographie)
La fille d’une femme allemande blanche et d’un soldat français noir pose au milieu de ses camarades de classe blancs, Munich, 1936. Cette photo figurait sur une diapositive présentée dans le cadre d’un cours de génétique, d’ethnologie et de reproduction raciale à l’Académie nationale de la race de la santé de Dresde, en Allemagne.
Crédits:Library of Congress

Le sujet ayant été fort négligé, un livre sur les Noirs (1) dans les camps nazis ne peut être accueilli qu’avec intérêt, même si certains y voient l’occasion d’alimenter l’absurde « concurrence des victimes ». Qui plus est, son auteur, Serge Bilé, soulève intelligemment de graves questions. Remontant à la colonisation allemande en Afrique à la fin du XIXe siècle, il laisse entendre que la stratégie coloniale, sous l’empereur Guillaume II, fut fondée sur la ségrégation et l’extermination. Pour preuve, le massacre des Hereros de Namibie en 1904-1905. Anticipation du racisme génocidaire du IIIe Reich ?

Une exposition, organisée en 2002 à Cologne, au Centre de documentation sur le nazisme, a fourni à un groupe d’historiens l’occasion d’un ouvrage analysant de manière approfondie la politique du IIIe Reich à l’égard des Noirs (2). En 1933, l’Allemagne comptait 2 500 à 3 000 Noirs ou métis. Immigrés en provenance des colonies perdues en 1918. Anciens prisonniers de la première guerre mondiale. Soldats des troupes françaises qui occupaient la Rhénanie et, par la grâce de ces derniers, enfants naturels d’Allemandes, lesdits « bâtards de Rhénanie ». Musiciens et comédiens de pays divers, parmi eux quelques Américains.

Bien que les lois raciales de Nuremberg, en 1935, aient été essentiellement conçues contre les juifs, les « gens de couleur » tombèrent dans leur champ d’application. Même si une répression systématique ne s’abattit pas sur eux. Par la loi du 15 septembre 1935 destinée à la « protection du sang et de l’honneur allemands », seules les relations entre « Juifs et Aryens » sont passibles de condamnation. Une ordonnance du 14 novembre 1935 stipule que les mariages ne peuvent être conclus quand il faut s’attendre à « une descendance préjudiciable à la pureté du sang allemand ». Précision complémentaire dans un arrêté du ministère de l’intérieur en date du 26 novembre : il est spécifié que « les mariages de personnes de sang allemand avec des Tziganes, des Nègres ou leurs bâtards » ne sont pas autorisés.

Pour les nazis, le nœud de l’affaire était de lutter contre le « métissage ». En 1937, une politique de « stérilisation forcée » fut donc décidée en secret pour prévenir toute procréation des Noirs et des métis avec des Allemandes. Dans les communes de Rhénanie, particulièrement, une chasse aux « bâtards » fut mise en place, et sur 600 environ, selon les sources nazies, 385 ont été contraints à cette « prophylaxie sociale ».

Jusqu’en 1941, quelque 80 000 soldats noirs seront incarcérés, sur le territoire allemand, dans des camps de prisonniers. Puis, sur directive de Hitler, on les évacuera vers Bordeaux pour éviter leurs contacts avec les Allemands. N’en resteront en Allemagne que 500, à des fins de « recherches anthropologiques ». Quant aux Noirs ou métis enfermés dans des camps de concentration, jusqu’en 1945, ils le seront en tant que militants communistes ou pour faits de résistance. La couleur de leur peau n’a pas été la cause déterminante de leur déportation, même si elle leur valut d’horribles traitements, comme le montre Bilé. Jamais les nazis ne préconisèrent l’élimination méthodique de Noirs : ils devaient, après leur « victoire finale » du IIIe Reich, former la « race d’esclaves » qui serait exploitée par les « Aryens ».

Les sévices exercés sous le IIIe Reich à l’encontre des métis nés dans les années 1920 de Noirs originaires des colonies belges et françaises, ou de nationalité américaine, restent un problème pour l’Allemagne d’aujourd’hui. Aucun dédommagement ne leur a été accordé par la loi allemande. Ils n’ont toujours pas été reconnus comme des « victimes du national-socialisme ».

Lionel Richard

Historien, professeur émérite à l’université de Picardie. Auteur de Goebbels. Portrait d’un manipulateur, (André Versaille éditeur, Bruxelles, 2008), Nazisme et barbarie (Complexe, Bruxelles, 2006), Arts premiers. L’évolution d’un regard (Le Chêne-Hachette, Paris, 2005), Le Nazisme et la Culture (Complexe, Bruxelles, 2001) et L’Art et la guerre (Flammarion, Paris, 1995).

Analyser une affiche de propagande

Une affiche de propagande a pour but de délivrer un message politique ; elle est placée dans un lieu public et doit être facilement comprise pour mieux convaincre.
 

Etape 1: Présenter le document

Quand ? (date), Qui l’a réalisé (l’auteur), la Nature (type de document), le Sujet/titre. D.A.N.S. pour aller plus vite. Dans une analyse de propagande, cette présentation n’est pas une formalité. Cela permet de savoir quel est le point de vue exprimé. La date permettra de situer le document dans un contexte. Le sujet, de pouvoir comprendre le thème du document.

Etape 2: Décrire le document

Identifier les personnages, les symboles et leur sens, les éléments de décors, les couleurs utilisées, le(s) slogan(s) (le texte court qui résume le message) etc.

Décrire et expliquer la dynamique de l’affiche et comment ces différents éléments sont organisés. La composition: premier plan, arrière plan par exemple. La taille et la disposition des symboles, mais aussi des personnages ainsi que leur vêtement, leur attitude, leur regard etc.

Etape 3: Critiquer le document (analyser)

Donner du sens à l’affiche : Quel(s) message(s) veut transmettre l’affiche ? Ce message est-il péjoratif (critique, dénonciation) ou positif ? (défendre une idée, un objet, faire l’éloge de quelqu’un).

Pourquoi l’artiste ou le commanditaire a-t-il voulu faire passer un tel message?

Faire preuve d’esprit critique : quelle est la réalité du message? L’affiche dit-elle toute la vérité, cache-t-elle des éléments ? Donner des exemples concrets qui confirment le manque d’objectivité

Exemple d’activité sur l’analyse d’affiche

Quelles ont été les grandes étapes de la révolution bolchévique ?

Source: https://www.geo.fr/histoire/quelles-ont-ete-les-grandes-etapes-de-la-revolution-bolchevique-218841

En 1917, la révolution russe ou révolution bolchévique achève de mettre à bas le régime tsariste. C’est ainsi que naît la république socialiste fédérative soviétique de Russie, entraînant de nombreux et profonds changements structurels.

Si la Russie est une grande puissance avant 1914, la Première Guerre mondiale met le pays à mal. La bourgeoisie souhaite éliminer le tsar régnant Nicolas II pour faire monter son frère sur le trône. En 1916, la population est en désaccord sur la poursuite de la guerre, l’hiver rude fait grimper les prix et le pain est rationné, les manifestations se multiplient : le tsar abdique en mars, laissant place à un gouvernement provisoire présidé par la bourgeoisie.

Depuis son exil, puis lors de son retour, Lénine œuvre toutefois pour une prise de pouvoir populaire, qui adviendra au mois d’octobre 1917.

L’abdication du tsar, première étape de la révolution bolchevique

La révolution russe s’est déroulée en deux temps forts. Le premier est la révolution de Février, qui voit la situation se dégrader de jour en jour pour le tsar et l’armée penche de plus en plus du côté des insurgés.

Les bolchéviques ne sont cependant pas encore les leaders qu’ils seront par la suite, et les réflexions se font en commun avec les menchéviques, l’autre groupe du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), dont les bolchéviques se sont émancipés en 1912. Le 15 mars 1917, Nicolas II abdique au profit de son frère, mais ce dernier renonce au trône, mettant ainsi fin au régime tsariste et laissant en place un régime provisoire.

L’insurrection de Petrograd

L’insurrection qui marque le point d’orgue de la révolution d’Octobre est lancée par Lénine et Trotski. L’objectif est de faire passer le pouvoir aux mains des prolétaires et d’en finir avec la situation actuelle où deux pouvoirs se partagent la Russie : le gouvernement provisoire et le soviet de Petrograd (nom donné à la ville de Saint-Pétersbourg ).

Le soviet de Pétrograd

Les bolchéviques occupent alors les bâtiments officiels, le palais d’Hiver est bombardé, mais les effusions de sang sont limitées, car la résistance est faible, les régiments en place se déclarant rapidement neutres ou en faveur du soulèvement.

Les grands décrets du nouveau gouvernement bolchévique

Le 26 octobre 1917 voit la création du gouvernement bolchévique, baptisé « Conseil des commissaires du peuple ». Les bolchéviques sont en effet les grands gagnants de la révolution russe. Ils ont réussi à évincer les menchéviques.

Lénine est à la tête du nouveau gouvernement, tandis que Trotski est chargé des Affaires étrangères et que Staline est responsable des Nationalités (habitants non russes installés dans le pays). Les grands décrets qui fondent le nouveau régime sont alors proclamés : le décret sur la paix cherche une entente avec tous les pays en guerre contre la Russie, le décret sur la terre abolit la grande propriété foncière au profit des soviets paysans, et le décret sur les nationalités assure à tous les peuples l’égalité sur le sol russe.

Les grandes réformes de la révolution russe

Par la suite, la peine de mort est abolie, les banques sont nationalisées le 14 décembre 1917, une milice ouvrière est mise en place, ainsi que le contrôle ouvrier sur la production et la journée de 8 heures. Le nouveau régime annonce la séparation de l’Église et de l’État, et le passage au calendrier grégorien.

Cependant, le pouvoir doit se consolider : dès le 12 novembre, Kerenski tente une reconquête de Petrograd et l’adhésion au nouveau régime reste précaire dans l’ensemble du pays. Après la révolution, la Russie connaît ainsi un épisode de guerre civile.

Ce que montrent (et cachent) les rares photographies d’Auschwitz

Photographiées par deux SS à l’été 1944, les images de l’« Album d’Auschwitz » sont l’une des rares preuves visuelles restantes de la mécanique du camp. L’historien Tal Bruttmann en décrypte les détails et les arrière-plans pour « Le Monde ».

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Ce sont quelques dizaines de photographies, capturées par les nazis eux-mêmes, qui laissent entrevoir l’horreur de la sélection des Juifs de Hongrie, au moment de leur arrivée dans la gare du centre de mise à mort d’Auschwitz, en 1944.

« L’Album de Lilli Jacob », ou « Album d’Auschwitz », réunit 193 photographies, essentiellement capturées près de la gare du camp, entre la mi-mai et début août 1944. Aujourd’hui considéré comme un document exceptionnel, cet album est, à l’époque, d’abord un outil de communication : l’officier SS Rudolf Höss l’a commandé pour rassurer sa hiérarchie sur l’accomplissement de sa mission. Son but : montrer que la sélection des Juifs se déroule sans accroc. Mais malgré les efforts des photographes pour dissimuler la violence des lieux et les actes de résistance des déportés, les images de l’« Album d’Auschwitz » dévoilent quelques détails saisissants.

L’historien Tal Bruttmann, spécialiste de la Shoah, éclaire quelques-unes de ces images pour « Le Monde », en vidéo.

Bibliographie :
« Auschwitz. Une monographie de l’humain », de Piotr M. A. Cywinski : retour sur la « planète Auschwitz », Tal Bruttmann, historien. Le Monde (Janvier 2025)​​​​​​​

Auschwitz à l’épreuve de la photographie​​​​​​​, Jean-Louis Halpérin​​​​​​​, Genèses Sciences sociales et histoire (Février 2024)

« Un album d’Auschwitz » : échapper au regard des bourreaux, Christophe Cognet, cinéaste et essayiste. Le Monde (Mmars 2023)

Auschwitz, Encyclopédie multimédia de la Shoah

Ces cartes qui montrent l’Afrique plus petite qu’elle n’est

Un article de libération très intéressant sur notre représentation du Monde

Il n’existe pas de « carte juste » comme l’explique Vincent Capdepuy: « le véritable enjeu n’est pas de corriger « la » carte mais d’apprendre à lire toutes les cartes dans leur diversité comme autant de façons de penser le Monde ».

La carte Mercator très souvent utilisée représente le Groenland quasi aussi étendu que l’Afrique alors que le Groenland est quinze fois plus petit que l’Afrique

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/ces-cartes-qui-montrent-lafrique-plus-petite-quelle-nest-20250821_2IVMLSR6VJDSNNLHDJEKUXGY4Y/

Les différentes cartes évoquées par Vincent Capdepuy dans l’article. Une carte n’est « jamais neutre »

La projection de Mercator -1569

La projection Equal Earth de 2018

La projection Armadillo (1943)

La projection Jacques Bertin (1953)

La projection Ecker IV (1906)

La projection de Hao Xiaoguang (2002)

Quelle laïcité voulons-nous ?

Par Pierre Kahn,
 Propos recueillis par Jean-François Courco

https://shs.cairn.info/revue-cahiers-pedagogiques-2023-8-page-12?lang=fr

Objet de multiples interprétations et récupérations politiques, la laïcité fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt nourri et d’une quantité impressionnante de publications. Dans cette masse, cet ouvrage court et engagé se démarque. Empruntant à la philosophie et à l’histoire, Pierre Kahn appelle ses concitoyens au débat et en pose les termes de manière éclairante. Facile d’accès, le livre n’en demeure pas moins riche et subtil.

Dans le premier chapitre, il oppose deux manières de « penser la laïcité ». Argüant du fait que sa définition consensuelle, articulant les trois principes indissociables de liberté de conscience, d’égalité de droit et de recherche de l’intérêt général, n’évite pas les profonds désaccords concernant l’application concrète de ces principes, l’auteur défend une approche ancrée dans le cours de l’histoire envisageant la variété des « régimes de laïcités » (Jean Baubérot) contre une approche conceptuelle déconnectée des facteurs contextuels et historiques.

Partant de l’existant pour penser la laïcité, Pierre Kahn s’efforce, dans le deuxième chapitre, de saisir l’esprit des lois qui la fondent. À partir de la loi du 28 mars 1882, qui laïcisa les enseignements de l’école primaire, et celle du 9 décembre 1905, qui sépara les Églises et l’État, l’auteur affirme le caractère libéral du dispositif juridique laïque de la IIIe République : « La laïcité est une réponse démocratique et libérale au problème posé par le pluralisme religieux des sociétés modernes. »

Le troisième chapitre questionne la neutralité de l’État, déduite de la séparation. Neutralité et séparation ne doivent être conçues que comme des moyens et non comme des fins. Or, Pierre Kahn montre à quel point le « tournant sécuritaire de la laïcité française » (Philippe Portier) en cours depuis les années 1990, confondant fin et moyen, a conduit, par un certain nombre de lois (depuis celle du 15 mars 2004 jusqu’à la loi « séparatisme » d’aout 2021), à étendre la neutralité attendue de l’État à la sphère sociale, réduisant ainsi les libertés.

Le quatrième chapitre présente le cœur de sa démonstration : la distinction entre laïcité procédurale et laïcité(s) substantielle(s). La laïcité procédurale « définit des règles de droit rendant possible le pluralisme des valeurs, c’est-à-dire la liberté mutuelle des conceptions du bien qui coexistent au sein d’une société démocratique ». Les laïcités substantielles, qu’elles soient anticléricale, philosophique, socialiste ou culturelle, ont comme point commun de « conférer un contenu déterminé à l’idéal laïque et tend à attendre des individus qu’ils se l’approprient ». Pierre Kahn valorise la laïcité procédurale : ce n’est pas à l’État de dicter ce qu’un individu doit croire, seul lui importe que des groupes religieux ne cherchent pas à régenter l’espace public ou à limiter la liberté d’autrui.

Qu’on soit favorable ou pas à la position de Pierre Kahn, on doit lui savoir gré de nous aider à distinguer laïcité procédurale et laïcité substantielle. Les personnels d’éducation, habitués qu’ils sont à faire respecter un cadre légal tout en adoptant une posture de neutralité dans le cadre de leur action, trouveront dans cette distinction conceptuelle beaucoup de pertinence ainsi qu’un précieux outil pour la concevoir, pour agir et pour la transmettre. Souhaitons que la discussion à laquelle il appelle puisse se tenir avec autant de sérieux que sa démonstration, sans hystérisation, sur la base d’arguments aussi solides et rationnels que ceux présentés. Le débat est ouvert.

Questions à Pierre Kahn

Vous aviez déjà consacré un livre à la laïcité, en 2005. Qu’estce qui vous amené à écrire ce nouvel ouvrage ?

Il s’agissait en 2005, comme l’indique le titre de la collection dans laquelle le livre a été publié (« Idées reçues » sur…), de faire sur le thème de laïcité des mises au point utiles pour les lecteurs intéressés par le sujet. Il procédait donc d’un souci de clarification, d’autant plus nécessaire que le problème que la laïcité posait en France était, depuis les premières affaires de voile, en 1989, un problème public, conflictuel et confus. Cette clarification ne masquait pas les orientations qui étaient déjà les miennes sur ce sujet. Cependant, le but n’était pas de les défendre et de les justifier, mais de procéder à un état des lieux de la question.

Il en va tout autrement de l’ouvrage de 2023, qui, comme son titre l’indique suffisamment, est un essai. Son ambition est d’intervenir dans le débat public en proposant une analyse historique et philosophique de la laïcité et se situe clairement, de façon critique, en regard d’autres analyses.

Vous l’indiquez nettement : la laïcité est complexe à saisir et sa définition conventionnelle ne suffit pas à en épuiser le sens. Quelle définition proposeriez-vous à des élèves et quelles démarches conseillez-vous aux enseignants pour aider les élèves à mieux la concevoir ?

La meilleure façon de définir auprès des élèves la laïcité est d’insister sur le principe de liberté qui en constitue le cœur. Ce qui implique, d’une part, de ne pas systématiquement la présenter, comme c’est trop souvent le cas, comme une source d’interdictions, et d’autre part, de la faire vivre au sein de la communauté scolaire et ne pas se contenter de l’enseigner. C’est d’ailleurs là une recommandation que j’étendrais volontiers à l’ensemble des valeurs de la République que l’école se doit de transmettre.

Vous critiquez l’idéal « d’émancipation laïque » que l’État ne devrait pas assumer, car cela le conduirait à « afficher une préférence publique pour certaines formes de conception du bien ». N’y a-t-il pas là une contradiction avec l’idéal d’émancipation qui anime l’école publique (et laïque) ?

Il est vrai qu’il y a dans mon livre une critique de l’idée d’émancipation, qui me parait toujours exposée au risque du paternalisme. De quoi l’école doit-elle émanciper ? Des préjugés ? Des croyances ? De la famille ? On ne s’émancipe que d’une servitude ou d’une aliénation : qui a donné à l’institution scolaire le droit de définir les « servitudes » dont il s’agirait d’émanciper les élèves ?

Votre ouvrage est publié dans un contexte particulièrement sombre pour les enseignants. Ne craignez-vous pas que votre ouvrage soit mal compris ? Voire d’être accusé d’affaiblir la laïcité dans un contexte où elle semble menacée ?

Ma crainte est réelle de voir le sens de mes analyses mal compris. Elle existait avant le bouleversement provoqué par l’assassinat de Dominique Bernard, mais elle ne peut bien sûr que croitre dans le climat dramatique de ces derniers jours. Il me faut à cet égard préciser trois choses. D’une part, un des buts de ce livre est de mettre en garde contre ce que le philosophe Ruwen Ogien a appelé, à la suite du sociologue britannique Stanley Cohen, une panique morale dont on peut penser qu’elle affecte trop souvent les débats actuels sur la laïcité et que le terrorisme islamiste ne peut qu’attiser. D’autre part, le minimalisme laïque que je défends ici, je le dis de mille manières dans le livre, n’est en rien une version faible de la laïcité ; il est au contraire le résultat d’une réflexion que je me suis efforcé de rendre aussi rigoureuse et aussi informée que possible.

De ce point de vue, opposer, comme on l’a parfois fait, ma conception de la laïcité à une laïcité « stricte », c’est user d’une terminologie impropre. Je défends une laïcité que je crois assez « strictement » fidèle à l’esprit de la loi de 1905. Parler comme je le fais de minimalisme en matière de laïcité, ce n’est finalement rien d’autre que d’affirmer ceci : il est préférable, du point de vue des libertés que la laïcité a pour fin de garantir, de la ramener autant qu’il est possible au cadre juridique posé par le législateur en 1905, plutôt que d’y voir un enjeu de civilisation, et de l’inscrire dans ce que Max Weber appelait le polythéisme des valeurs. J’ajoute enfin que le terrorisme menace moins la laïcité que des vies humaines et que c’est précisément en cela qu’il terrorise. Il faut rappeler que dans une république démocratique et laïque comme la nôtre, on a le droit d’être opposé à la république et à la laïcité dès lors que cette opposition s’exprime dans le cadre de la loi.