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Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, juillet 1943

« Tout malheur national appelle, d’abord, un examen de conscience ; puis (car l’examen de conscience n’est qu’une délectation morose, s’il n’aboutit à un effort vers le mieux) l’établissement d’un plan de rénovation. Quand, après la victoire prochaine, nous nous retrouverons entre Français, sur une terre rendue à la liberté, le grand devoir sera de refaire une France neuve.
Or, de tant de reconstructions indispensables, celle de notre système pédagogique ne sera pas la moins urgente. Qu’il s’agisse de stratégie, de pratique administrative ou, simplement, de résistance morale, notre effondrement a été avant tout, chez nos dirigeants et (pourquoi ne pas voir le courage de l’avouer ?) dans toute une partie de notre peuple, une défaite à la fois de l’intelligence et du caractère. C’est dire que, parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre société donnait à ses jeunes ont figuré au premier rang.


Pour redresser ces vices, une réforme timide serait vaine. On ne refait pas à un pays son éducation en rapetassant de vieilles routines. C’est une révolution qui s’impose. Ne nous laissons pas troubler par le discrédit qu’un régime odieux réussirait, si l’on n’y prenait garde, à jeter sur ce mot, qu’il a choisi pour camouflage. En matière d’enseignement, comme partout, la prétendue révolution nationale a perpétuellement oscillé entre le retour aux routines les plus désuètes et l’imitation servile de systèmes étrangers au génie de notre peuple. La révolution que nous voulons saura rester fidèle aux plus authentiques traditions de notre civilisation. Et elle sera une révolution, parce qu’elle fera du neuf.
Ne nous y trompons pas, la tâche sera rude. Elle n’ira pas sans déchirements. Il sera toujours difficile de persuader des maîtres que les méthodes qu’ils ont longuement et consciencieusement pratiquées n’étaient peut-être pas les meilleures ; à des hommes mûrs, que leurs enfants gagneront à être élevés autrement qu’eux-mêmes ne l’ont été ; aux anciens élèves de grandes Écoles, que ces établissements parés de tous les prestiges du souvenir et de la camaraderie doivent être supprimés. Là, comme ailleurs, cependant, l’avenir, n’en doutons pas, appartiendra aux hardis ; et pour tous les hommes qui ont charge de l’enseignement, le pire danger résiderait dans une molle complaisance envers les institutions dont ils se sont fait peu à peu une commode demeure.
De cette révolution nécessaire, on ne saurait prétendre discuter, en quelques pages, le programme. Le tracé précis viendra, s’il y a lieu, plus tard et par collaboration. On se bornera pour l’instant à quelques principes directeurs.
Une condition préliminaire s’impose : à ce point impérieuse que, si elle manque à être remplie, rien de sérieux ne se fera. Il importe que, pour l’éducation de ses jeunes, comme pour le développement permanent de la culture dans l’ensemble de ses citoyens, la France de demain sache dépenser incomparablement plus qu’elle ne s’y est résignée jusqu’ici.


Deux épisodes ont, à cet égard, brutalement caractérisé, avant-guerre, l’attitude des éléments mêmes que la défaite devait hisser au pouvoir et que la victoire en précipitera bientôt. Lorsque, ministre de la  » prospérité « , André Tardieu établit un vaste plan d’  » outillage national « , il commença par proscrire purement et simplement, de cet équipement d’une France heureuse, tout armement scientifique (plus tard, si je ne me trompe, un repentir de la dernière heure fit inscrire au budget quelques crédits pour les laboratoires ; car, après tout, la Schwerindustrie ne peut ignorer absolument que les techniciens servent à quelque chose ; les bibliothèques par contre continuèrent d’être oubliées ; des  » réalistes  » ont-ils à se soucier des livres ? et surtout quel besoin les Français trop pauvres pour acheter eux-mêmes des livres auraient-ils de lire ?).
Lorsque, ministre de la grande pénitence, Pierre Laval, désireux, avant tout, d’atteindre, par ricochet, les salaires, eu décidé de pratiquer dans les dépenses de la République quelques coupes sombres, on vit, seul entre tous les gouvernements civilisés, le gouvernement français étendre cette épargne aux œuvres de l’intelligence.  » Ce qui nous a toujours frappés chez vos gouvernants, me disait naguère un ami norvégien, c’est le peu d’intérêt qu’ils portent aux choses de l’esprit.  » Le mot était dur. On voudrait qu’il cessât, à jamais, d’être mérité…
Il nous faudrait donc des ressources nouvelles. Pour nos laboratoires. Pour nos bibliothèques peut-être plus encore, car elles ont été, jusqu’ici, les grandes victimes (bibliothèques savantes ; bibliothèques dites populaires aussi, dont le misérable état, comparé à ce que nous offrent l’Angleterre, l’Amérique, l’Allemagne même, est une des pires hontes de notre pays. Qui a pu sans mélancolie feuilleter le catalogue d’une bibliothèque d’une grande ville, pour ne pas parler des petites et y mesurer l’amenuisement progressif des achats, la décadence de la culture depuis une cinquantaine d’années ? La bourgeoisie dite éclairée ne lit plus guère ; et ceux qui, issus de milieux moins aisés ne demanderaient qu’à lire, les livres ne viennent pas les solliciter). Pour nos entreprises de recherches. Pour nos universités, nos lycées et nos écoles, où il convient que pénètrent l’hygiène et la joie, la jeunesse a le droit de ne plus être confinée entre des murs lépreux, dans l’obscurité de sordides in pace. Il nous en faudra aussi, disons-le sans fausse honte, pour assurer à nos maîtres de tous les degrés une existence non pas luxueuse certes (ce n’est pas une France de luxe que nous rêvons), mais suffisamment dégagée des menues angoisses matérielles, suffisamment protégée contre la nécessité de gagne-pain accessoires pour que ces hommes puissent apporter à leurs tâches d’enseignement ou d’enquête scientifique une âme entièrement libre et un esprit qui n’aura pas cessé de se rafraîchir aux sources vives de l’art ou de la science.
Mais ces indispensables sacrifices seraient vains s’ils ne s’adressaient à un enseignement tout rajeuni.


Un mot, un affreux mot, résume une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage. C’est certainement dans l’enseignement primaire que le poison a pénétré le moins avant : sans l’avoir, je le crains, tout à fait épargné. L’enseignement secondaire, celui des universités et les grandes écoles en sont tout infectés.
« Bachotage » – Autrement dit : hantise de l’examen et du classement. Pis encore : ce qui devait être simplement un réactif, destiné à éprouver la valeur de l’éducation, devient une fin en soi, vers laquelle s’oriente, dorénavant, l’éducation tout entière. On n’invite plus les enfants ou les étudiants à acquérir les connaissances dont l’examen permettra, tant bien que mal, d’apprécier la solidité. C’est à se préparer à l’examen qu’on les convie. Ainsi un chien savant n’est pas un chien qui sait beaucoup de choses, mais qui a été dressé à donner, par quelques exercices choisis d’avance, l’illusion du savoir.  » Vous serez certainement agrégé l’année prochaine, disait naïvement un juge d’agrégation à un de mes étudiants, cette année, vous n’êtes pas encore suffisamment formé au concours.  » Durant les vingt dernières années, le mal a fait d’épouvantables ravages. Nos étudiants de licence trébuchent désormais de certificat en certificat. Depuis la révolution nationale, on n’entre plus au barreau sans un examen supplémentaire. Des lycées ont organisé, interrompant pour cela la suite régulière des études, un  » pré- baccalauréat « . Dans les librairies médicales de Paris, se vendent, toutes faites, les questions d’internat, qu’il n’y a qu’à apprendre par cœur. Certaines institutions privées ont découpé les programmes sujet par sujet et se vantent d’un sectionnement si juste que la plupart de leurs candidats ne tombent jamais que sur des questions ainsi traitées et corrigées. Du haut en bas de l’échelle, l’attraction des examens futurs exerce son effet. Au grand détriment de leur instruction, parfois de leur santé, d’innombrables enfants suivent trop jeunes des classes conçues originairement pour de plus vieux, parce qu’il faut éviter à tout prix le retard éventuel qui les amènerait plus tard à se heurter aux limites d’âge de telle ou telle grande école.  » Tous nos programmes scientifiques d’enseignement secondaire, me disait un physicien, sont conçus en vue de celui de Polytechnique.  » Et, dans les lycées ou collèges, les
perpétuelles compositions entretiennent moins encore l’émulation, d’ailleurs mal comprise, que l’aptitude au travail hâtif, dont on verra plus tard nos misérables adolescents subir les affres, en pleine canicule, dans des salles surchauffées.
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les inconvénients intellectuels d’une pareille manie examinatoire. Mais ses conséquences morales, les a-t-on toujours assez clairement vues : la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance ; une sorte de tremblement perpétuel et de hargne, là où devrait au contraire régner la libre joie d’entreprendre ; la foi dans la chance (car ces examens, quelle que puisse être la conscience des examinateurs, demeurent, par nature, hasardeux : qu’on veuille bien se souvenir de la curieuse et terrible enquête de Piéron et Laugier, si savamment étouffée par les chefs de l’Université : d’un correcteur à l’autre, d’un jour à l’autre, elle a révélé des plus inquiétantes variations dans les notes) ; enfin, mal encore infiniment plus grave, la foi dans la fraude ? Car on  » copie  » dans nos classes, au jour des compositions, on copie dans nos salles d’examen, on copie beaucoup plus fréquemment et avec beaucoup plus de succès que les autorités ne veulent officiellement l’avouer. Certes, je le sais, il subsiste, Dieu merci ! des âmes probes. Je consens même qu’elles soient nombreuses. Elles y ont du mérite.  » Faut-il que tu aies bien copié  » : ainsi un élève de ma connaissance, qui venait d’être premier et l’avait été honnêtement s’entendait interpeller, sur un ton d’atroce admiration, par un de ses camarades. Est-ce dans cette atmosphère qu’on forme une jeunesse ?
J’ai dit que je ne pouvais présenter ici un programme détaillé de réforme. Il sera délicat à établir. Certaines condamnations à mort s’imposent. Qui croit encore au baccalauréat, à la valeur de choix, à l’efficacité intellectuelle de cette aléatoire forcerie ? Bien entendu, divers procédés de sélection demeureront, cependant, nécessaires ; mais plus rationnellement conçus et en nombre désormais suffisamment restreint pour que la vie de l’écolier ou de l’étudiant cesse d’être enfermée dans une obsédante répétition d’épreuves. je me contenterai, pour l’instant, d’une suggestion très simple de d’application dès l’abord aisée.
J’ai, comme tous mes collègues, corrigé des copies, interrogé des candidats. Comme tous, je me reconnais sujet à l’erreur. M’arrive-t-il cependant de confondre une très bonne épreuve avec une très mauvaise, ou même avec une épreuve moyenne ? Assez rarement, je pense. Mais, lorsque je vois un examinateur décider que telle ou telle copie d’histoire par exemple ou de philosophie ou même de mathématiques, cotée sur 20 vaut 13 1/4 et telle autre 13 1/2, je ne puis en toute déférence m’empêcher de crier à la mauvaise plaisanterie. De quelle balance de précision l’homme dispose-t-il donc qu’il lui permette de mesurer avec une approximation de 1,2% la valeur d’un exposé historique ou d’une discussion mathématique ? Nous demandons instamment que – selon l’exemple de plusieurs pays étrangers – l’échelle des notes soit uniformément et impérieusement ramenée à cinq grandes catégories : 1 ou  » très mauvais « , 2 ou  » mauvais « , 3 qui sera  » passable « , 4 qui voudra dire  » bien « , 5 qui voudra dire  » très bien  » (non  » parfait « , qu’interdit l’infirmité humaine). Cela du moins partout où les ex æquo sont sans inconvénients. Il faudra faire étudier à un mathématicien le problème des concours à places limitées. Mais là encore, il doit être possible de se garder de raffinements trop poussés, dont l’absurdité ne nous échappe que par suite d’une trop longue accoutumance. Tout vaut mieux qu’une sottise, qui se prolonge en injustice.
Mais l’abus des examens n’est peut-être, à son tour, qu’un des signes de déformations plus profondes. Là encore, je parlerai peu de l’école primaire. Autant que je la connaisse – car j’ai avec elle, je l’avoue, moins de familiarité qu’avec le Lycée et l’Université – elle n’est pas sans défauts. Elle me paraît, cependant, beaucoup moins mal adaptée à ses fins que ne le sont, pour leur part, les établissements des deux autres degrés. Les erreurs des enseignements secondaire et supérieur sont patentes. Elles peuvent s’exprimer brièvement comme il suit.


L’enseignement supérieur a été dévoré par les écoles spéciales, du type napoléonien. Les Facultés même ne méritent guère d’autre nom que celui-là. Qu’est-ce qu’une Faculté des Lettres, sinon, avant tout, une usine à fabriquer des professeurs, comme Polytechnique une usine à fabriquer des ingénieurs ou des artilleurs ? D’où deux résultats également déplorables. Le premier est que nous préparons mal à la recherche scientifique ; que, par suite, cette recherche chez nous périclite. Interrogez à ce sujet un médecin, par exemple, ou un historien ; s’ils sont sincères leurs réponses ne différeront guère. Par là, soit dit en passant, notre rayonnement international a été gravement atteint : en beaucoup de matières, les étudiants étrangers ont cessé de venir chez nous, parce que nos universités ne leur offrent plus qu’une préparation à des examens professionnels, sans intérêt pour eux. D’autre part, à nos groupes dirigeants, trop tôt spécialisés, nous ne donnons pas la culture générale élevée, faute de laquelle tout homme d’action ne sera jamais qu’un contremaître. Nous formons des chefs d’entreprise qui, bons techniciens, je veux le croire, sont sans connaissance réelle des problèmes humains ; des politiques qui ignorent le monde ; des administrateurs qui ont l’horreur du neuf. À aucun nous n’apprenons le sens critique, auquel seuls (car ici se rejoignent les deux conséquences à l’instant signalées) le spectacle et l’usage de la libre recherche pourraient dresser les cerveaux. Enfin, nous créons, volontairement, de petites sociétés fermées où se développe l’esprit de corps, qui ne favorise ni la largeur d’esprit ni l’esprit du citoyen.
Le remède ? Une fois de plus, il faut, dans ce premier schéma, renoncer au détail. Disons seulement, en deux mots, que nous demandons la reconstitution de vraies universités, divisées désormais, non en rigides facultés qui se prennent pour des patries, mais en souples groupements de disciplines ; puis, concurremment avec cette grande réforme, l’abolition des écoles spéciales. À leur place, quelques instituts d’application technique permettant la préparation dernière à certaines carrières : après, toutefois, un passage obligatoire dans les universités. Pour achever la formation particulière d’une certaine catégorie d’ingénieurs, l’École des ponts et chaussées, par exemple, est indispensable ; affaire d’Université, la préparation scientifique générale n’a pas de raison d’être donnée dans une école entre cloisons étanches, comme Polytechnique.
Aussi bien deux exemples, qu’on empruntera impartialement à nos deux moments opposés de notre histoire politique, feront sans doute saisir, mieux que de longs discours, la routine avec laquelle on voudrait rompre et l’orientation nouvelle qu’on voudrait adopter.
Nous avons vu naguère le Front Populaire se proposer de briser le quasi-monopole des Sciences politiques, comme pépinière de notre haute administration. Politiquement, l’idée était saine. Un régime a toujours le droit de ne pas recruter ses serviteurs dans un milieu, dont les traditions lui sont presque unanimement hostiles. Mais qu’imaginèrent alors les hommes au gouvernement ? Ils auraient pu songer à instituer un grand concours d’administration civile, analogue à l’admirable concours du Civil Service britannique : comme lui, fondé avant tout sur des épreuves de culture générale et laissant, grâce à un libre jeu d’options, une grande part aux curiosités individuelles ; comme lui, enfin, préparé dans des universités d’esprit élargi. Ils préférèrent tracer le plan d’une nouvelle école spéciale : une autre École des Sciences politiques, encore un peu mieux close que sa rivale…
Le régime de Vichy a supprimé les Écoles normales. Mesure principalement politique, sans aucun doute. Nul ne saurait se laisser tromper par les absurdes griefs qui lui servirent de masque. Aux instituteurs, les Écoles normales donnaient, elles leur donneront sans doute de nouveau, une instruction générale et une formation technique également solides. On accordera, cependant, qu’au sortir de ces établissements, forcément un peu repliés sur eux-mêmes et de programme nécessairement rigide, il ne serait sans doute pas, pour de jeunes esprits, inutile de prendre contact avec des milieux étudiants plus variés, de même qu’avec des formes d’enseignement plus critiques et plus souples. Remplacer l’École normale par un passage dans des lycées, comme l’a voulu Vichy, est un non-sens. Les futurs maîtres y apprennent moins bien ce qu’on leur enseignait mieux dans l’ancienne École. Mais je les verrai volontiers, pour ma part, une fois les Écoles normales rétablies, achever leur cycle d’études par un an de travail très libre dans les universités.


Depuis quelques décades, l’enseignement secondaire est en perpétuel remaniement. Sans doute, les grotesques incohérences des trois dernières années ne dénoncent-elles rien d’autre que l’incapacité foncière du régime à rien créer ni coordonner. Mais le déséquilibre est plus ancien. Il répond à des causes profondes. L’ancien système humaniste a vécu. Il n’a pas été remplacé. D’où un malaise aigu, qui se traduit de bien des façons. Il y a toujours eu de mauvais élèves qui devenaient, plus tard, des hommes instruits et cultivés. Je ne crois pas me tromper en disant que le cas a, de nos jours, tout à fait cessé d’être exceptionnel. Alors qu’inversement, beaucoup de prétendus bons élèves n’ouvriront plus jamais un livre. À la vérité, en ont-ils jamais ouvert, durant leurs classes, d’autres que leurs  » morceaux choisis  » ? Aussi bien, la désaffection qui enveloppe l’enseignement chez les jeunes n’est pas niable. Je suis un assez vieil homme pour m’en souvenir : il y a une quarantaine d’années, on allait au lycée avec plus de plaisir ; on le quittait avec moins de joie. Le succès du mouvement  » éclaireur  » s’explique par bien des raisons. Dans le nombre, figure, soyons-en sûr, au premier rang, l’échec de l’éducation officielle. Au milieu de sa meute ou de sa patrouille, l’enfant trouve ce que lui apporte de moins en moins le lycée ou le collège : meilleur esprit d’équipe, des chefs plus près de lui, des  » Centres d’intérêt  » mieux faits pour séduire et fixer la spontanéité d’une fraîche intelligence.
Plutôt que de développer ces critiques, il vaudra mieux, sans doute, indiquer sommairement ce que nous souhaitons.
Nous demandons un enseignement secondaire très largement ouvert. Son rôle est de former des élites, sans acception d’origine ou de fortune. Du moment donc qu’il doit cesser d’être (ou de redevenir) un enseignement de classe, une sélection s’imposera. un examen d’entrée demeurera probablement nécessaire ; il le faudra très simple et adapté à l’enfance : un test d’intelligence plutôt qu’une épreuve de connaissances… ou de perroquetage. Des examens de passage subsisteront. Mais non d’année en année. C’est méconnaître toute la psychologie de la croissance – disons mieux c’est nier la physiologie – que de prétendre juger un enfant ou un adolescent sur le travail d’une dizaine de mois. Quels mois, parfois, dans son développement !


Nous demandons une discipline plus accueillante, dans des classes moins nombreuses ; une discipline exercée par des maîtres et des administrateurs auxquels auront été enseignés au moins les grands principes de cette psychophysiologie, dont je rappelais tout à l’heure l’existence ; que les instituteurs apprennent ; qu’un professeur d’enseignement secondaire a actuellement le droit (il ne s’en prive pas toujours !) d’ignorer radicalement. Au lieu de chercher à plier l’enfant à un régime implacablement uniforme, on s’attachera à cultiver ses goûts, voire ses  » marottes « . Il y avait une grande fécondité dans l’idée des loisirs dirigés que, sous le nom d’éducation générale, Vichy s’est annexée, en la déformant. Il conviendra de la reprendre, à l’aide d’un personnel jeune. L’éducation physique aura sa large part. Étrangère à tout excès ridicule, à toute admiration béate ou malsaine pour un athlétisme d’exception, elle sera, simplement, ce qu’elle doit être : un moyen de fortifier le corps, donc le cerveau ; un appel à l’esprit d’équipe et de loyauté.


Nous demandons une très souple liberté d’option dans les matières d’enseignement : liberté désormais d’autant plus aisée que la suppression du carcan des examens doit permettre une grande variété d’initiative. se rend-on bien compte que, par la faute du baccalauréat, la France est actuellement un des rares pays où toute l’expérimentation pédagogique, toute nouveauté qui ne s’élève pas immédiatement à l’universel, se trouve particulièrement interdite ? Le latin universellement obligatoire est une absurdité ; de même l’uniformité d’un programme mathématique trop poussé, auquel certains esprits, qu’il faut peut-être plaindre, mais non condamner, se révèlent par nature rebelles. Nous ne nous proposons d’ailleurs nullement de rejeter la tradition humaniste. Sous préjudice, cela va de soi, des langues vivantes, le latin continuera d’être enseigné. Sa connaissance est indispensable à toute discipline de caractère historique. Elle ouvre l’accès d’une littérature dont les résonances sont loin d’être éteintes. Surtout, l’apprentissage d’une langue de caractère synthétique est, pour l’intelligence, une gymnastique à peu près irremplaçable. Mais pour que cette étude porte ses fruits, il faut qu’elle soit sérieuse, partant qu’un nombre d’heures suffisant lui soit consacré. Plutôt qu’un latin maladroitement ânonné, comme on le voit trop souvent aujourd’hui, mieux vaudrait pas de latin du tout ; avant toute chose, il faut dans l’éducation fuir l’à-peu-près. C’est pourquoi, malgré l’admirable valeur esthétique et intellectuelle du grec, je crains fort qu’il ne puisse être maintenu, sinon par exception : une once de latin, quelques grains de grec… je préfère bon poids du premier. Au reste, on n’aura pas la fausse vergogne des traductions. Aucun élève ne devrait sortir du lycée sans avoir pris contact avec les grandes œuvres antiques. Il est cent fois préférable d’avoir lu, en traduction, L’Odyssée ou L’Orestie tout entière que de s’être contenté d’en expliquer péniblement, dans le texte, deux ou trois douzaines de vers. Un magistrat du XVIIIe siècle, raconte Tallemant des Réaux, comme son fils, élève chez les jésuites, lui demandait de lui faire parvenir une Légende dorée, lui envoya, à la place, le Plutarque d’Amyot :  » Mon fils, lui écrivait-il, voilà la vie des saints telle que la lisent les honnêtes gens.  » Je laisse à ce parlementaire son jugement sur l’hagiographie. Qui ne souscrirait à celui qu’il portait sur les lettres grecques, même connues, comme chez Amyot, à travers un vêtement français ?


Nous demandons que l’éducation scientifique, que nous souhaitons étendue et profonde, laisse résolument tomber ce qui n’est que matière d’apprentissage technique. L’enseignement secondaire a pour objet de former des esprits ; non, par avance, des ingénieurs, des chimistes ou des arpenteurs. Ceux-là trouveront, plus tard et ailleurs, les écoles qu’il leur faut. Nous voudrions que, surtout jusqu’à quatorze ou quinze ans, une place fût faite aux disciplines d’observation, parmi lesquelles la botanique, pratiquée sur le terrain, semble appelée à tenir un rôle prééminent. Nous prions les mathématiciens de se souvenir que l’enseignement secondaire, la géométrie par exemple, a sa place beaucoup moins comme accumulation de connaissances (dont un grand nombre, par la suite, deviendront inutiles au commun des élèves) que comme un merveilleux instrument à aiguiser le raisonnement. Nous pensons que des allègements sérieux peuvent être apportés à des programmes comme celui de la chimie, où la masse des faits est excessive.


Nous demandons que par un enseignement historique et géographique largement conçu – j’ajouterais volontiers, pour l’histoire au moins, totalement refondu – on s’attache à donner à nos jeunes une image véridique et compréhensive du monde. Gardons-nous de réduire l’histoire, comme on a eu tendance à le faire ces dernières années, aux événements purement politiques d’une Europe, dans le temps, toute proche de nous. Le passé lointain inspire le sens et le respect des différences entre les hommes, en même temps qu’il affine la sensibilité à la poésie des destinées humaines. Dans le présent même, il importe bien davantage à un futur citoyen français de se faire une juste image des civilisations de l’Inde ou de la Chine que de connaître, sur le bout du doigt, la suite des mesures par où  » l’Empire autoritaire  » se mua, dit-on, en  » Empire libéral « . Là encore, comme dans les sciences physiques, un choix neuf s’impose.
En résumé, nous demandons, d’un bout à l’autre, une révision raisonnée des valeurs. La tradition française, incorporée dans un long destin pédagogique, nous est chère. Nous entendons en conserver les biens les plus précieux : son goût de l’humain ; son respect de la spontanéité spirituelle et de la liberté ; la continuité des formes d’art et de pensée qui sont le climat même de notre esprit. Mais nous savons que, pour lui être vraiment fidèles, elle nous commande elle-même de la prolonger vers l’avenir. »

Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, juillet 1943, p. 17. Il s’agit d’une publication émanant du Conseil National de la Résistance, auquel Marc Bloch participa avant son arrestation le 8 mars 1944.

La publicité durant la Première Guerre Mondiale

1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Engagée dans une guerre totale, la France va utiliser son économie au service de la guerre. La publicité ne sera pas en reste. Elle saura attendrir l’arrière, galvaniser le patriotisme, ou dénoncer l’ennemi.

La guerre deviendra aussi un prétexte pour vendre tout et n’importe quoi. Ce qui fera dire à l’intellectuelle socialiste, Rosa Luxembourg, que « Les affaires fructifient sur des ruines. Des villes se métamorphosent en monceaux de décombres, des villages en cimetières, des régions entières en déserts ».

Voici quelques affiches publicitaires de la Première Guerre Mondiale regroupé dans l’ouvrage de Didier DAENINCKX, 1914-1918, La pub est déclarée !, Editions Hoëbeke, Paris, 2013.

Le rôle de l’armée allemande dans les crimes nazis

Hommes et femmes russes sauvant leurs maigres biens de leurs maisons en flammes, réputées brûlées par les Russes dans le cadre d’une stratégie de terre-brûlée, dans une banlieue de Léningrad, le 21 octobre 1941. Crédits : AP.

La participation de la Wehrmacht aux crimes du régime nazi ne fait (…) aucun doute, depuis longtemps, de même qu’il ne fait aucun doute que le théâtre principal de ces crimes fut l’Europe de l’Est et du Sud-Est, ce qui facilita le refoulement de leur souvenir au temps de la guerre froide. Leurs cibles de prédilection, on le sait, fuirent les prisonniers soviétiques, les populations civiles, et parmi celles-ci, les juifs en particulier.

Dès le déclenchement de la guerre contre l’URSS en 1941, l’armée allemande fit le tri des prisonniers pour découvrir les commissaires politiques et les militants communistes, qu’elle fusillait aussitôt. A dire vrai, elle ne traita guère mieux la masse des captifs : dans les six premiers mois de la campagne, environ deux millions d’entre eux moururent victimes de marches à pied épuisantes et d’une nourriture insuffisante. Dire que la Wehrmacht n’était pas préparée à accueillir cet immense afflux d’hommes, c’est manquer l’essentiel. Car cette impréparation découlait d’un double choix, fort conscient : celui de donner la priorité absolue au ravitaillement du Reich et celui de ne pas utiliser, pour des raisons politiques et raciales, les prisonniers soviétiques dans l’économie allemande. (…)

La population civile fut traitée, quant à elle, avec une brutalité exceptionnelle. Sur le front russe particulièrement, des milliers de villages furent pillés et incendiés, leurs habitants fusillés, pendus ou brûlés vif. Pour ne donner que deux illustrations de l’ordre allemand tel que le comprenait la Wehrmacht : en automne 1941, tandis qu’à Charkhov, en Ukraine, des centaines d’hommes étaient pendus aux balcons de la ville où ils restèrent exposés pendant plusieurs jours, quelque vingt mille civils étaient fusillés en Serbie dans une gigantesque opération de représailles. A la fin de la guerre, la vague de violence allait se reporter vers l’Ouest. En 1944, la France et l’Italie firent connaissance avec les méthodes de pacification longuement rodées à l’Est, des méthodes qui enflaient cette résistance populaire qu’il s’agissait d’étouffer dans l’œuf.

Au sein des populations civiles, la Wehrmacht prit tout particulièrement dans son viseur les juifs. Partout dans les territoires qu’elle administrait, elle édicta des mesures discriminatoires ; à l’Est, elle y ajouta la création de ghettos et l’imposition du travail forcé. Mais elle contribua aussi, et notablement, à l’extermination en fournissant aux tueurs de la SS des troupes pour encercler les localités, rassembler les victimes et les conduire sur les lieux de mise à mort. En Serbie, elle procéda directement à l’exécution de quelque 8.000 hommes juifs sous le couvert de l’opération de représailles mentionnée plus haut.

Philippe Burrin in Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.

Pour aller plus loin, lire:

Omer Bartov, L’Armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 2024, 339 p.

Conseils pour la premier développement construit (1ère GM)

Conseils pour le paragraphe

Retours sur le premier développement construit

Contenu du sujet :

  • Il faut toujours utiliser les idées générales (partir d’elles) et développer ensuite les arguments. Exemple : Les civils sont mobilisés durant la 1ère GM. Les femmes… Les enfants…
  • Eviter d’oublier une partie du sujet (exemple : les difficultés des civils/l’économie de guerre)
  • Illustrer d’exemples, de faits, d’arguments les idées que vous défendez. Le correcteur a besoin de « preuves ».
  • Toujours définir les termes du sujet : le terme « civils »
  • Ne pas développer sur les soldats et les combats

Structuration du développement construit

  • Revenir à la ligne entre parties et faire des alinéas.
  • Sauter des lignes entre intro-développement-conclusion

Syntaxe et rédaction :

  • Attention à vérifier que les phrases ont du sens
  • ne pas faire des phrases trop longues
  • Toujours expliquer ce que vous dites par des éléments du cours : éviter le « quelque chose », un « truc »…

Quelques exemples réussis

Les cartes mentales des entrainements

Le numéro de septembre 2024 de l’Histoire

Avec ses quelques 5 millions d’entrées en salle et ses innombrables rediffusions à la télévision, le film de René Clément Paris brûle-t-il ?, sorti en 1966, a ancré chez les Français un imaginaire de la Libération qui a fini par se confondre avec l’événement lui-même.

Le grand vainqueur politique de cette affaire, Charles de Gaulle, étant encore au pouvoir lors du tournage, se rejouaient les tensions avec les anciens résistants communistes.

Au-delà du mythe et pour son 80e anniversaire, les historiens reviennent, jour par jour, sur cette folle semaine où rien n’était joué d’avance.

Les Parisiens s’étaient insurgés, très mal armés, à leurs risques et périls. Quant aux Alliés américains, qui venaient à peine de se désengluer du bocage normand dans lequel ils se battaient depuis le Débarquement, ils comptaient contourner Paris pour foncer sur Berlin…

mensuel N°523 daté septembre 2024

Tout le sommaire à retrouver ici

Témoignages. “Je m’emmerde, alors je tire” : les récits glaçants de soldats israéliens revenus de Gaza

Article du Courrier International, à lire ici

Des réservistes israéliens démobilisés après avoir combattu dans l’enclave palestinienne dénoncent l’absence quasi totale de règles d’engagement. Les soldats tirant à leur guise sur tout ce qui bouge, détruisant des immeubles et laissant derrière eux des rues jonchées de cadavres. Et ce, avec l’autorisation implicite de leurs supérieurs, raconte le média israélien “Siha Mekomit”.

Le 12 juin dernier, [la chaîne panarabe] Al-Jazeera diffusait des images d’exécutions sommaires présumées de Palestiniens, apparemment désarmés, par des soldats israéliens sur une plage de la bande de Gaza.

De telles images sont rares, en raison des contraintes strictes imposées par Tsahal [acronyme en hébreu désignant l’armée israélienne] aux journalistes israéliens et étrangers et aussi du danger encouru par la presse dans l’enclave assiégée.

Ces images concordent avec les témoignages de six réservistes israéliens recueillis après leur démobilisation. Corroborant les déclarations de médecins palestiniens indépendants, ces soldats affirment qu’ils étaient autorisés à ouvrir le feu contre des civils palestiniens sans restriction aucune.

Des cadavres livrés aux animaux errants

Ces six témoins, dont un seul n’a pas demandé l’anonymat, racontent comment les soldats israéliens exécutent des civils palestiniens simplement parce que ces derniers entrent dans une zone que l’armée a unilatéralement et sans avertissement suffisant décrétée comme interdite.

Les témoignages brossent, entre autres, le portrait d’un paysage jonché de cadavres exposés à la rapacité d’animaux errants. Tsahal se contente de les dissimuler dès qu’elle sait que des convois humanitaires internationaux vont arriver, “afin que les images de cadavres de Palestiniens à un stade avancé de décomposition ne ressortent pas”.

Deux soldats évoquent également une politique systématique consistant à incendier des immeubles palestiniens après y avoir séjourné.Les témoignages de ces soldats soulignent par ailleurs que leurs officiers les autorisent à tirer sans aucune retenue et à “se défouler” pour tuer leur ennui. “Les gars veulent vivre l’événement [pleinement]”, souligne S., un réserviste qui a servi dans le nord de la bande de Gaza.

“J’ai moi-même tiré dans tous les sens et sans raison aucune dans la mer, sur des trottoirs, contre des immeubles abandonnés et sur des Palestiniens présents au mauvais moment et au mauvais endroit”.

Dans le jargon de Tsahal, on appelle ça : “Je m’emmerde, alors je tire.”

“Les directives sont quasi inexistantes”

Depuis la fin des années 1980 [au moment de la première Intifada], l’armée israélienne refuse de divulguer ses règles d’engagement, malgré les demandes répétées de la Cour suprême [israélienne].

Selon le sociologue militaire Yagil Levy, depuis la seconde Intifada [2000-2005], “l’armée ne fixe plus aucune règle d’engagement aux soldats”, ce qui laisse une immense latitude aux réservistes et à leurs commandants. En plus d’avoir causé la mort de plus de 38 000 Palestiniens, “la quasi-inexistence de directives est également responsable du nombre élevé de soldats tués par des ‘tirs amis’ depuis le 7 octobre 2023”.

Le soldat B. explique qu’à Gaza, “il est difficile de distinguer les civils des miliciens du Hamas”, ces derniers “se promenant souvent sans leurs armes”. De ce fait :

“Tout homme âgé de 16 à 50 ans est soupçonné d’être un terroriste.”

Même dans les zones moins peuplées et calmes de Gaza, les soldats procèdent à des tirs lourds et intensifs. Dans certains cas, note-t-il, cela répond tout simplement à une autre directive officieuse : “Montrer que nous sommes là, montrer une présence.”

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M., un autre réserviste, confirme que ces ordres viennent directement des commandants de compagnies ou de bataillons sur le terrain. “Lorsqu’il n’y a pas [d’autres] forces que Tsahal [dans la zone]… les tirs se font sans aucune restriction, c’est complètement dingue. Tout y passe : les armes légères, évidemment, mais aussi les mitrailleuses, les tirs de mortiers et les obus de chars.”

Et M., de poursuivre : “En l’absence d’ordres formels, de nombreux soldats sur le terrain se vengent [du 7 octobre] et se font ‘justice’ eux-mêmes, sans que l’échelon supérieur de l’armée ne juge bon d’intervenir.”

“Comme un jeu vidéo”

Un seul des soldats interrogés dans le cadre de cette enquête a accepté d’être identifié nommément : Yuval Green, un réserviste de 26 ans originaire de Jérusalem, qui a servi dans la 55e brigade de parachutistes en novembre et décembre 2023 et a récemment signé une lettre de 41 réservistes déclarant leur refus de continuer à servir à Gaza, à la suite de l’invasion de Rafah par l’armée. “Il n’y avait aucune restriction sur les munitions”, s’étrangle Yuval Green :

“Les soldats tiraient juste pour ne plus s’emmerder.”

Pour Green, l’absence de règles d’engagement officielles démontre également une profonde indifférence à l’égard du sort des otages. “Ils m’ont parlé d’une pratique consistant à faire sauter des tunnels et je me suis dit que s’il y avait des otages [à l’intérieur], cela les tuerait, ce qui m’a valu plusieurs rappels à l’ordre.” Après que, pensant qu’il s’agissait de Palestiniens, des soldats basés à Shujaiya [un quartier de la ville de Gaza] ont abattu [en décembre 2023] trois otages israéliens brandissant des drapeaux blancs, Green a exprimé sa colère, mais on lui a répondu : “C’est comme ça, on n’y peut rien.”

A. explique que “tirer sur des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, des institutions religieuses et des bâtiments d’organisations internationales suppose a priori une autorisation de l’état-major. Mais, dans les faits, je peux compter sur les doigts d’une seule main les cas où on nous a demandé de ne pas ouvrir le feu.” Et A. de poursuivre : “L’état d’esprit se résume par ‘d’abord tirer, ensuite penser’. Le consensus implicite est que personne ne versera une larme si nous rasons, même sans raison aucune, tout un immeuble palestinien.”

A. continue en affirmant avoir vu des images capturées par des drones israéliens. “De temps en temps, un bâtiment s’effondre, mais on n’entend rien, c’est juste une image. Le sentiment est ‘wow, c’est dingue, quel pied !’ Même moi, qui suis plutôt situé à gauche, j’ai très vite oublié qu’il s’agissait de vrais immeubles avec de vrais habitants à l’intérieur. C’était comme un jeu vidéo. Il m’a fallu deux grosses semaines avant d’admettre que c’étaient de vrais bâtiments qui s’effondraient et ensevelissaient de vrais civils.”

Les civils, cibles régulières

Plusieurs soldats témoignent de ce que la politique de tir permissive induite par les commandants autorise de facto les unités israéliennes à tuer des civils palestiniens même lorsqu’ils sont identifiés comme tels.

D., un autre réserviste, explique que sa brigade était stationnée à côté de deux couloirs dits “humanitaires”, l’un pour les organisations humanitaires et l’autre pour les civils fuyant le nord vers le sud de la bande de Gaza. Dans la zone d’opération de sa brigade, ils ont institué une politique de “ligne rouge, ligne verte”, délimitant les zones où il était interdit aux civils d’entrer.

Selon D., les organisations humanitaires sont autorisées à se rendre dans ces zones avec une coordination préalable. Mais pour les Palestiniens, c’est différent. “Quiconque pénètre dans une zone rouge devient une cible”, explique-t-il, certifiant que ces zones, censément signalées aux civils, ne le sont en fait absolument pas. “S’ils franchissent la ligne rouge, on le signale par radio même si, dans les faits, nous savons que l’autorisation de Tsahal va tomber de soi : ‘Vous pouvez tirer.’”

D. explique que tout le monde [au sein de Tsahal] sait que des civils [palestiniens] viennent souvent dans les zones de transit des convois humanitaires pour ramasser des produits alimentaires tombés des camions. Néanmoins, la politique officieuse de Tsahal reste de tirer sur tout ce qui bouge et sur quiconque essaie de franchir des lignes dont le tracé est connu des seuls soldats israéliens. “Ces civils sont clairement des réfugiés, ils sont désespérés, ils n’ont plus rien.” Pourtant, depuis les premiers mois de la guerre, “chaque jour, il y a deux ou trois incidents avec des personnes innocentes ou [des personnes] soupçonnées d’être envoyées par le Hamas comme observateurs” et que les soldats de son bataillon abattent sans sourciller.

“Tout pue la mort”

Les soldats interviewés assurent que, dans toute la bande de Gaza, les cadavres de civils palestiniens restent éparpillés le long des routes et dans les champs. Le soldat S. raconte :

“Tous ces endroits sont jonchés de cadavres que nous laissons à la merci de chiens errants, de veaux abandonnés et de chevaux désemparés. Nous ne voulons pas que ces animaux s’approchent de nous. Mais, du coup, nous voyons souvent des chiens errants se promener avec des morceaux de viande arrachés aux cadavres putréfiés de Palestiniens que nous avons laissés derrière nous après notre passage. Tout pue la mort.”

Mais, avant chaque arrivée de convois humanitaires, continue S., les corps sont évacués. “Un D9 [bulldozer blindé Caterpillar] accompagné d’un char, vient ramasser les cadavres et les enterre sous les décombres, pour que les humanitaires ne les voient pas et pour qu’il n’y ait aucune image de cadavres palestiniens à un stade avancé de décomposition, des cadavres qui sont majoritairement ceux de civils [palestiniens] : des femmes et des enfants, voire des familles entières. Dans mon secteur, chaque jour, au moins un ou deux civils étaient abattus à bout portant parce qu’ils circulaient dans une zone interdite dont on ne les avait pas informés. Je ne sais pas qui était terroriste et qui ne l’était pas, mais la plupart d’entre eux ne portaient pas d’armes.”

“Les soldats israéliens ne s’occupent pas des corps, confirme B. Si ces cadavres gênent, on les met de côté ou on prétend que nos soldats ont marché dessus par erreur.”

Le mois dernier, Guy Zaken, un soldat qui conduisait un bulldozer D9 à Gaza, a déclaré devant une commission parlementaire de la Knesset que lui et son unité avaient, littéralement, “aplati des centaines de terroristes supposés, morts ou vivants”. Aucun député n’a bronché. Mais un soldat de son unité de bulldozers s’est suicidé par la suite.

La routine des immeubles pillés, brûlés et détruits

Deux des soldats interrogés décrivent également comment incendier des immeubles palestiniens est devenu une routine. Green a personnellement été témoin de deux cas de ce type : le premier, une initiative indépendante d’un soldat, et le second, un ordre d’un commandant. C’est, entre autres, une des raisons qui l’a amené à déserter.

Lorsque les soldats occupent des immeubles civils, témoigne Yuval Green, la politique est la suivante : “Après y avoir séjourné, vous avez l’ordre d’incendier l’immeuble.” Pourtant, pour Green, cela n’a aucun sens : “Nous occupons ces immeubles non pas parce qu’ils appartiennent à des membres du Hamas, mais parce qu’ils nous servent sur un plan purement opérationnel. Détruire gratuitement un immeuble abritant trois ou quatre familles signifie qu’elles se retrouveront sans abri.”

“J’ai interrogé le commandant de ma compagnie, lequel m’a répondu qu’aucun équipement militaire ne pouvait être laissé sur place et qu’il ne fallait pas que l’ennemi découvre nos règles d’engagement”, poursuit Green. “Cet argument ne tenant absolument pas la route, mon commandant s’est ensuite ‘démasqué’ en se déplaçant sur le terrain de la pure vengeance et en affirmant que l’état-major [de Tsahal] avait décidé de lâcher la bride à nos soldats.”

Yuval Green explique que les destructions causées par l’armée [israélienne] à Gaza sont “inimaginables”. Au début des combats, raconte-t-il, les soldats avançaient entre des immeubles distants de 50 mètres les uns des autres et de nombreux soldats “traitaient ces bâtiments [comme] des boutiques de souvenirs”, taguant tous les murs d’insultes salaces en hébreu et pillant tout ce que les propriétaires [palestiniens] n’avaient pas eu le temps d’emporter avec eux : des vêtements et, surtout, des photos de famille. Green conclut :

“Nous avons anéanti tout ce qu’il était possible d’anéantir.”

“Pas par simple nécessité de nous défendre, mais par un pur désir de vengeance et une indifférence totale envers tout ce qui est palestinien. Je n’oublierai jamais à quelle vitesse des quartiers entiers, pleins de vie et presque bucoliques peuvent être réduits en amas de sable.”

Oren Ziv

Lire l’article original

Ralph SCHOR, L’antisémitisme en France dans l’entre deux guerres, 2005 (réédition de 1992).

Ralph Schor, dans cet ouvrage qui fait date, suit la vague antisémite des années 1930 en France. Les journaux et auteurs antisémites sont passés au peigne fin de même que les positionnements des partis politiques, les courants religieux et culturels. L’auteur fait un tableau des différents vecteurs idéologiques de l’antisémitisme (notamment les différents journaux comme Le Matin, ou les hommes de lettres comme Ferdinand Céline). Il analyse la montée du racisme au fil des évènements internationaux (les fascismes et le nazisme, la crise économique…) et français (la montée du chômage, le front populaire…). Si l’analyse discursive est très intéressante et permet d’avoir une idée claire de l’argumentation raciste et antisémite de l’époque, l’auteur laisse cependant de côté les réactions globales de l’opinion : on a peu d’informations sur la réception des idées antisémites et leur immersion dans la société française (poussée électorale, agressions racistes, augmentation du nombre d’antisémites). Il faut dire qu’il est difficile d’y parvenir (voir les travaux de Pierre Laborie sur l’opinion française sous le régime de Vichy).

Les thèmes de l’argumentation antisémite

En lisant cet ouvrage, le lecteur pourra constater une continuité temporelle dans les arguments et les thèmes xénophobes, racistes. Autrement dit, les racistes d’aujourd’hui n’ont rien inventé. Nombre de thèmes usés jusqu’à la moëlle à l’encontre des juifs sont réutilisés aujourd’hui contre les « Arabes , les « musulmans ». Aussi, au travers des recherches de l’auteur, on peut constater que le racisme français est plutôt « culturel », contrairement au racisme « biologique » allemand. Malgré les avancées scientifiques sur l’existence d’une Humanité unique, ce racisme « culturel » est un instrument réadaptable par les racistes de tous les pays et de tout temps. Les thèmes antisémites des années 1930 raisonnent donc encore aujourd’hui. Voici une liste non exhaustive de thèmes mis en avant par les racistes des années 1930 contre les juifs :

  • La France est envahie : Céline évoque une « invasion juive » avec l’afflux de migrants d’Europe de l’Est. La France deviendrait une « colonie juive ». Paris n’est plus française mais judaïsée devenant « Parisalem ». La culture française serait menacée par des noms à consonnance étrangère, l’annuaire téléphonique en fournissant la preuve.
  • Les juifs sèment le désordre : Ils provoqueraient des émeutes et nombre d’entre eux seraient des criminels, des voleurs et des assassins. Les antisémites publient des chiffres invérifiables pour « prouver » leurs affirmations (page 52).
  • Les juifs sont riches et feignants : Ils seraient dominateurs et rechercheraient l’argent. Pour autant, on trouve des juifs aux deux extrémités de la richesse. Les juifs sont touchés par de fortes inégalités dans la France des années 1930, comme le reste de la population française.  Ils manqueraient de culture : « le moindre petit pet d’un juif, ça s’appelle un boom » (Céline, page 101)
  • Les juifs sont un facteur de désagrégation nationale : ils sont accusés de diffuser ou de s’intégrer dans des projets révolutionnaires. Ils seraient les destructeurs des Etats : « le communisme est une entreprise juive » (121). Les juifs sont de toute évidence des « traitres » puisqu’ils seraient incapables de s’intégrer et surtout ils militent dans des partis de gauche qui sont internationalistes et « trahissent » la patrie française. D’où le terme de « judéo-bolchevisme » souvent utilisé alors : gauche et juifs s’intègrent avec d’autres les francs maçons dans une anti-France.  
  • Les « bons français » sont victimes des juifs : Les racistes inversent le coupable et la victime. Ce sont les juifs qui voudraient organiser des pogroms de français et non l’inverse. Si des français sont antisémites, c’est en réaction à la haine juive, afin de sauver la France  de sa dissolution par les juifs (page 78).
  • Le judaïsme détruit la civilisation occidentale. Si les juifs s’en prennent à la France, c’est parce qu’elle est « le rempart de la civilisation occidentale et chrétienne » (130). Ce thème est assez surprenant à la lumière d’aujourd’hui puisque les racistes mettent sans cesse en avant la « civilisation judéo-chrétienne » menacée face au « péril musulman ».
  • Les juifs et l’Allemagne : Les juifs sont vus au miroir des évènements de l’Allemagne nazi. Ils sont tour à tour des espions au service de l’Allemagne, voulant se racheter un ticket de retour. Ou, au contraire, ils pousseraient sans cesse à provoquer la guerre pour se venger de l’Allemagne. Quoiqu’ils fassent finalement, ils sont des individus « dangereux ».

Les raisons de la montée de l’antisémitisme

Les facteurs qui attisent la vague antisémite sont clairement la crise économique, les migrations de réfugiés. Après l’affaire Dreyfus, les courants antisémites et xénophobes sont marginalisés grâce aux combats menés par les Dreyfusards, les défenseurs des droits de l’homme, le socialisme. Cependant, l’antisémitisme et le racisme prennent une ampleur de masse dans les années 1930 avec la crise. La montée du chômage notamment entraine des réactions et une tendance au protectionnisme de la main d’œuvre : la « préférence nationale ». Le journal Le Défi l’illustre bien : « pas de travail aux juifs et aux étrangers tant qu’un seul français aura faim » (p. 151-152). Pour contrer cette main d’œuvre étrangère, certaines professions vont obtenir des mesures de préférence nationale, comme les médecins qui ne pourront exercer que s’ils ont un doctorat français. La victoire du front populaire en 1936 radicalise l’antisémitisme. Il est vu comme une « invention juive » (169) et son dirigeant, Léon Blum voudrait judaïser la société en imposant la « circoncision générale ». Xavier Vallat, député antisémite accuse le gouvernement d’être dirigé par un « talmudiste » (173). Lors de cette polémique, seules la gauche et l’extrême gauche défendent Blum, preuve d’une montée des sentiments antisémites. Sur l’échiquier politique, Blum est vu par les antisémites comme un soutien juif et le front populaire comme s’appuyant sur un vote communautaire, celui des juifs : «  tout juif naturalisé est un votant front populaire indéfectible » (180).

Le projet des antisémites

A la lumière de leurs arguments antisémites, les racistes ont un programme politique à l’encontre des juifs. Ils veulent un statut pour inférioriser les juifs au sein de la société française. Il s’agit alors d’un recul puisque la révolution française avait émancipé les juifs et en avait fait des citoyens égaux aux autres. Mais ces projets démontrent bien la dimension « anti-lumière » « anti-universelle » de l’extrême droite. Ils trouveront leur aboutissement logique sous le régime de Vichy à partir de 1940 (Voir Z Sternhell, Ni droite ni gauche, l’idéologie fasciste en France, 2012, p. 74).  D’autres antisémites se prononcent plutôt pour l’expulsion des juifs, dans leur pays d’origine (Allemagne, Europe de l’Est) ou se font même sionistes : « Faut-il donc abandonner le seul espoir d’une solution de l’éternel problème parce qu’une poignée d’Arabes arriérés et fanatiques s’oppose à l’établissement des Juifs en Palestine ? L’intérêt de l’Humanité doit passer avant celui d’une minorité ? ». (pages 194-195). Ainsi, les juifs seraient bien en Palestine car ils ne seraient plus en France pour « l’envahir ».

La pluralité des juifs vivant en France

L’ouvrage montre bien qu’il n’existe pas de communauté juive unie. La croyance en cette unité relève bien d’un fantasme antisémite. Par exemple, les juifs français sont bien intégrés, dans des métiers plutôt libéraux, intellectuels. Il y a une forte différence avec les immigrés israélites plus récents, dont le niveau social est faible : ils sont ouvriers, employés, commerçants, pratiquent davantage la religion, autour d’associations et utilisent la langue yiddish (pages 13-14).

D’ailleurs, nombre de juifs intégrés et modérés craignent l’arrivée des juifs étrangers et voient dans leur culture un fossé insurmontable (page 207), des « particularismes » (210).

Politiquement, les juifs ne sont pas unis. Beaucoup de juifs français sont conservateurs et ne placent pas la lutte contre l’antisémitisme sur le plan politique, mais plutôt religieux et moral. Ils appellent plutôt à la discrétion et voient la place de Blum dans le gouvernement de 1936 comme un ferment de l’antisémitisme (page 217). D’autres juifs se placent plutôt à gauche comme Bernard Lacache qui fonde la LICA (ligue internationale contre l’antisémitisme) qui refuse « l’inégalité des races humaines » (212). La gauche (CGT, LDH, radicaux, SFIO, communistes) attire nombre de juifs qui placent la lutte antiraciste sur le plan politique.

Une minorité juive, paradoxalement, soutient l’extrême droite comme l’Action Française. Il y a même un parti, l’Union patriotique des français israélites, animé par Edmond Bloch qui organise des meetings avec des fascistes et antisémites notoires : Doriot, Vallat, Maurras, Daudet (286).

Aussi, la solidarité n’est pas intégrale envers les immigrés juifs : certains représentants juifs dénoncent des juifs communistes actifs à la police et demandent qu’ils soient expulsés (303).

Il y a donc une pluralité d’identités juives, une multiplicité d’attitudes, de positionnements politiques. Il n’y a en rien un « communautarisme juif » malgré ce qu’en disent les antisémites.

Face aux persécutions, la solidarité

Les partis de gauche viennent principalement en aide aux réfugiés, contre les arguments antisémites. Ils le font au nom de la solidarité « prolétarienne », au nom des droits humains. Nombre d’associations radicales-socialistes, socialistes, communistes aident à ces réfugiés. Mais il ne faut pas sous-estimer le rôle des catholiques (Pie XI dit notamment en 1938, « l’antisémitisme et inadmissible ; spirituellement, nous sommes tous des sémites ». Le père Devaux : « l’Eglise professe qu’il n’y a qu’une seule Humanité (…) tous les hommes sont et resteront naturellement frères »).  Les protestants par les siècles de persécutions qu’ils ont connu sont souvent enclins à la solidarité active envers les réfugiés juifs. Quant aux juifs eux-mêmes, ils mènent une forte solidarité interne, par le biais d’associations religieuses ou civiques. Bien entendu, et c’est une leçon pour nous, la solidarité s’est révélée insuffisante et n’a parfois pas bien senti tous les dangers que portaient l’antisémitisme et les racismes. L’ouvrage de Schor est donc une histoire à mettre en lumière avec les événements actuels.

Le salut des minorités persécutés ?

Face aux persécutions antisémites, Quelle solution ? Le racisme, l’antisémitisme doivent se combattre à l’intérieur des sociétés qui en sont infectées. Mais il est vrai que c’est un combat parfois difficile, voire désespérant puisqu’il est difficile de combattre un « ressentiment » (Kaminski, page 242), « un délire compensateur » (Glasser, p. 307). Surtout, et malheureusement, les acteurs qui tentent de faire échouer la vague antisémite n’y sont pas parvenus. Cependant, cet ouvrage en donnant les lignes directrices des racistes contribue au combat pour faire triompher la raison aujourd’hui. Celle-ci se situe comme l’explique l’auteur mais aussi Florian Gulli dans la défense de l’universel (F Guilli, L’antiracisme trahi, défense de l’universel, 2022), de l’égalité.

Terminons en citant ce passage très important de Ralph Schor qui montre comment se combat le racisme à long terme.

Comment combattre les racismes en général ?

«  Si l’homme est influencé par son instinct, il est aussi un être de raison. Voila pourquoi il est permis d’espérer qu’au-delà de la simple réprobation de l’antisémitisme, une pédagogie de l’antiracisme peut contribuer, avec les remèdes sociaux et économiques, à faire reculer le mal » (page 326).

La Knesset rejette toute création d’un État palestinien

L’Humanité, 19-17-2024, Pierre Barbancey

© UPI/ABACA

Proche-Orient Alors que les bombardements s’intensifient sur Gaza, les députés du Parlement israélien ont confirmé leur opposition à une solution à deux États. Seuls les élus communistes et arabes ont voté contre cette résolution.

La proposition n’est pas venue de l’extrême droite mais de la droite israélienne. Le New Hope-The United Right (Nouvel Espoir-la Droite unie), une scission du Likoud de Benyamin Netanyahou, a présenté une résolution, le 18 juillet au matin, devant la Knesset (le Parlement israélien) dans laquelle il est mentionné que « l’établissement d’un État palestinien au coeur de la terre d’Israël constituerait une menace existentielle pour l’État d’Israël et ses citoyens, perpétuerait le conflit israélo-palestinien et déstabiliserait la région ».

Le président de Nouvel Espoir, Gideon Sa’ar, a expliqué que « la décision de résolution est destinée à exprimer l’opposition générale qui existe parmi le peuple (israélien) à l’établissement d’un État palestinien, ce qui mettrait en danger la sécurité et l’avenir d’Israël ». La résolution « signale à la communauté internationale que la pression pour imposer un État palestinien à Israël est futile ».

Une motion votée par 68 députés, sur les 120 que compte la Knesset, 9 s’y opposant (ceux du groupe communiste et Taal, ainsi que les parlementaires arabes de Raam et Avoda). Aucun parti sioniste ne s’est exprimé contre. Un vote que l’organisation La paix maintenant a qualifié de « populiste, nuisible et préjudiciable aux chances d’un accord régional et de mettre fin à la guerre ».

Les travaillistes se sont abstenus et les députés du parti Yesh Atid, du chef de l’opposition Yaïr Lapid, ont quitté la séance. L’ancien ministre de la Défense, Benny Gantz, et les parlementaires de l’Unité nationale ont voté en faveur de cette résolution « exprimant son opposition à un État palestinien », car la création de celui-ci serait perçue comme « une récompense pour la terreur et le Hamas », après le massacre du 7 octobre. Le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, du Parti sioniste religieux, s’est exclamé sur X : « Avec une majorité décisive de 68 contre 9, la Knesset a voté contre l’établissement d’un État terroriste arabe en Israël, pas maintenant, pas à l’avenir, pas unilatéralement et pas dans un accord. Le réveil de l’écrasante majorité de la société israélienne est incroyable. C’est maintenant le temps de la souveraineté. » Une allusion directe à l’annexion de la Cisjordanie.

Pour le député communiste Ayman Odeh, « ceux qui ont voté contre un État palestinien ne veulent pas la paix et ne veulent pas de sécurité, et surtout ne veulent pas de justice. Celui qui met sa voix contre la paix et la sécurité est un traître aux véritables intérêts de son peuple. Il y aura un État palestinien à côté de l’État d’Israël. Tout le monde sera en sécurité. Il y aura aussi la paix. La question est de savoir combien de morts nous devrons enterrer, combien d’êtres chers nous devrons pleurer jusqu’à ce que nous y arrivions. » Hussein Al Sheikh, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), estime que la décision de la Knesset confirme le « racisme  » d’Israël, « le mépris du droit international » et « la politique visant à perpétuer l’occupation ».

En Cisjordanie, les colons se déchaînent

Formellement, ce vote n’a aucune portée. Il revêt pourtant une importance politique forte. D’abord, il met en lumière le refus d’un État palestinien de la part de la majorité des députés israéliens, et pas seulement de Netanyahou et de l’extrême droite. Depuis plusieurs semaines, les États-Unis n’ont pas caché leur préférence pour un Benny Gantz, qui, à leurs yeux, serait plus rassembleur et apte à mettre fin à la guerre.

Mais cet ancien chef d’état-major a montré son véritable visage, qui n’est guère différent de celui d’un Netanyahou. Car, s’il est important d’arriver à un cessez-le-feu pour que la population de Gaza ne disparaisse pas tout entière sous les bombes, il convient également de préparer l’avenir, c’est-à-dire la fin de l’occupation et la création d’un État palestinien.

Netanyahou doit s’exprimer devant le Congrès des États-Unis, le 24 juillet, et rencontrer Joe Biden à la Maison-Blanche. Il vient d’ores et déjà d’envoyer un message clair au monde entier et à tous ceux qui, depuis le 7 octobre, le soutiennent et ne tentent pas d’arrêter sa politique génocidaire à Gaza et de nettoyage ethnique en Cisjordanie, où les colons se déchaînent. Benyamin Netanyahou fait un bras d’honneur au droit international et à la justice. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait délivrer un mandat d’arrêt à son encontre d’ici à deux semaines et, ce 19 juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) rendra publiques ses conclusions concernant les « conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». Rien de mieux que la guerre pour échapper à toutes poursuites.

La décolonisation et la construction de nouveaux Etats (1945-1990)

  1. Quels pays pratiquent encore le colonialisme en 1945 ? doc 1 p. 140
  2. Quels sont les espaces encore colonisés en 1945?
  3. Complétez le tableau suivant doc 2 p.141

L’Autre 8 mai 1945

Vidéo 2 : Rappel historique des massacres répressifs à Sétif en mai 1945 , 20 heures Fr2, 7 mai 2005

  1. Que réclament les Algériens ce 8 mai 1945
  2. Combien de victimes algériennes ? Françaises ?
  3. Comment les médias français traitent cette émeute ?
  4. Quelle réaction entraîne la répression sur les dirigeants politiques algériens 

La décolonisation de l’Algérie

  1. Doc 1 : Quand débute la guerre d’Algérie ?
  2. Doc 3 : Qui est l’ennemi du FLN ?
  3. Doc 3 : Quels sont les buts du FLN ?
  4. Doc 1, 2, 4 : Montre que la France ne veut pas accorder l’indépendance de l’Algérie et qu’elle agit contre le FLN ?
  5. Doc 4 et 6 : Montre que l’armée française utilise des méthodes très violentes en Algérie.
  6. Doc 1 : Qui remporte cette guerre ?
  7. Doc 5 : Quelle conséquence sur les harkis et pieds noirs ?

Le témoignage de l’Orthézien Charles Castéra sur la guerre d’Algérie

Mai 1958, les origines de la Vème République